Histoire de France - Moyen Âge; (Vol. 2 / 10)
Part 37
Nantes a encore une originalité qu'il faut signaler: la perpétuité des familles commerçantes, les fortunes lentes et honorables, l'économie et l'esprit de famille; quelque âpreté dans les affaires, parce qu'on veut faire honneur à ses engagements. Les jeunes gens s'y observent, et les moeurs y valent mieux que dans aucune ville maritime.
4--page 11, note 3--_Dans les Hébrides et autres îles_, etc... V. Tolland's Letters, p. 2-3 et Martin's Hébrides, etc. Naguère encore, le paysan qui voulait se marier demandait femme au lord de Barra, qui régnait dans ces îles depuis trente-cinq générations. Solin, c. XXII, assure déjà que le roi des Hébrides n'a point de femmes à lui, mais qu'il use de toutes.
5--page 14 et note--_Superstitions bretonnes..._
D'autres se découvrent quand l'étoile de Vénus se lève (Cambry, I, 193).--Le respect des lacs et des fontaines s'est aussi conservé: ils y apportent à certain jour du beurre et du pain. (Cambry, III, 35. Voy. aussi Depping, 1, 76.)--Jusqu'en 1788, à Lesneven, on chantait solennellement, le premier jour de l'an: GUY-NA-NÉ. (Cambry, II, 26.)--Dans l'Anjou, les enfants demandaient leurs étrennes, en criant: MA GULLANNEU (Bodin, _Recherches sur Saumur_).--Dans le département de la Haute-Vienne en criant: GUI-GNE-LEU.--Il y a peu d'années que dans les Orcades la fiancée allait au temple de la Lune, et y invoquait Woden (? Logan, II, 360.)--La fête du Soleil se célébrerait encore dans un village du Dauphiné, selon M. Champollion-Figeac (_Sur les Dialectes du Dauphiné_, p. 11).--Aux environs de Saumur, on allait, à la Trinité, voir paraître _trois soleils_.--À la Saint-Jean, on allait voir danser le soleil levant. (Bodin, _loco citato_.)--Les Angevins appelaient le soleil _Seigneur_, et la lune _Dame_. (Idem, _Recherches sur l'Anjou_, I, 86.)
6--page 16--_Un mot profond a été dit sur la Vendée_, etc..
Témoignage de M. le capitaine Galleran, à la cour d'assises de Nantes, octobre 1832.
7--page 18--_Le dolmen de Saumur..._
C'est une espèce de grotte artificielle de quarante pieds de long sur dix de large et huit de haut, le tout formé de onze pierres énormes. Ce dolmen, placé dans la vallée, semble répondre à un autre qu'on aperçoit sur une colline. J'ai souvent remarqué cette disposition dans les monuments druidiques, par exemple, à Carnac.
8--page 21--_L'abbaye de Fontevrault..._
En 1821, il restait de l'abbaye trois cloîtres, soutenus de colonnes et de pilastres, cinq grandes églises, et plusieurs statues, entre autres celle de Henri II. Le tombeau de son fils, Richard Coeur-de-Lion, avait disparu.
9--page 22--_Le Poitou, le pays du mélange, des mulets..._
Les mules du Poitou sont recherchées par l'Auvergne, la Provence, le Languedoc, l'Espagne même.--La naissance d'une mule est plus fêtée que celle d'un fils.--Vers Mirebeau, un âne étalon vaut jusqu'à 3,000 francs. (Dupin, _Statistique des Deux-Sèvres_.)
_Des vipères..._
Les pharmaciens en achetaient beaucoup dans le Poitou.--Poitiers envoyait autrefois ses vipères jusqu'à Venise. (_Stat. de la Vendée_, par l'ingénieur La Bretonnière.)
10--page 25--_Vers La Rochelle, une petite Hollande_, etc..
Le marais méridional est tout entier l'ouvrage de l'art. La difficulté à vaincre, c'était moins le flux de la mer que les débordements de la Sèvre.--Les digues sont souvent menacées.--Les _cabaniers_ (habitants de fermes appelées cabanes) marchent avec des bâtons de douze pieds pour sauter les fossés et les canaux.--Le _Marais mouillé_, au delà des digues, est sous l'eau tout l'hiver. (La Bretonnière.)--Noirmoutiers est à douze pieds au-dessous du niveau de la mer, et on trouve des digues artificielles sur une longueur de onze mille toises.--Les Hollandais desséchèrent le _marais du Petit-Poitou_, par un canal appelé _Ceinture des Hollandais_. (_Statistique_ de Peuchet et Chanlaire. Voyez aussi la _Description de la Vendée_, par M. Cavoteau, 1812.)
11--page 26--_Le pape protégea La Rochelle contre les seigneurs..._
Raymond Perraud, né à La Rochelle, évêque et cardinal, homme actif et hardi, obtint en 1502, pour les Rochellois, des bulles qui défendent à tout juge forain de les citer à son tribunal.
12--page 27--_La Vendée qui a quatorze rivières, et pas une navigable..._
Voy. _Statist. du départ. de la Vienne_, par le préfet Cochon, an X.--Dès 1537, on proposa de rendre la Vienne navigable jusqu'à Limoges; depuis, de la joindre à la Corrèze qui se jette dans la Dordogne; elle eût joint Bordeaux et Paris par la Loire; mais la Vienne a trop de rochers.--On pourrait rendre le Clain navigable jusqu'à Poitiers, de manière à continuer la navigation de la Vienne. Châtellerault s'y est opposé par jalousie contre Poitiers.--Si la Charente devenait navigable jusqu'au-dessus de Civray, cette navigation, unie au Clain par un canal, ferait communiquer en temps de guerre Rochefort, la Loire et Paris.--Voy. aussi Texier, _Haute-Vienne_; et La Bretonnière, _Vendée_.
_N'était ni plus religieuse ni plus royaliste que bien d'autres provinces frontières..._
J'ai déjà cité le mot remarquable de M. le capitaine Galleran.--Genoude, _Voyage en Vendée_, 1821: «Les paysans disent: Sous le règne de M. Henri (de Larochejaquelein).»--Ils appelaient _patauds_ ceux des leurs qui étaient républicains. Pour dire le bon français, ils disaient _le parler noblat_.--Les prêtres avaient peu de propriétés dans la Vendée; toutes les forêts nationales, dit La Bretonnière (p. 6), proviennent du comte d'Artois ou des émigrés; une seule, de cent hectares, appartenait au clergé.
13--page 29--_Dans les montagnes d'Auvergne..._
L'hiver, ils vivent dans l'étable, et se lèvent à huit ou neuf heures. (Legrand d'Aussy, p. 283.) Voy. divers détails de moeurs, dans les _Mémoires_ de M. le comte de Montlosier, 1{er} vol.--Consulter aussi l'élégant tableau du Puy-de-Dôme par M. Duché; les curieuses Recherches de M. Gonod sur les antiquités de l'Auvergne; Delarbre, etc.
14--page 31--_Le Rouergue..._
C'est, je crois, le premier pays de France qui ait payé au roi (Louis VII) un droit pour qu'il y fît cesser les guerres privées. Voy. le _Glossaire_ de Laurière, t. I, p. 164, au mot _Commun de paix_, et la Décrétale d'Alexandre III sur le premier canon du concile de Clermont, publié par Marca.--Sur le Rouergue, voyez Peuchet et Chanlaire, _Statistique de l'Aveyron_, et surtout l'estimable ouvrage de M. Monteil.
15--page 34--_Dans les Landes les troupeaux de moutons noirs_, etc...
Millin, t. IV, p. 347.--On trouve aussi beaucoup de moutons noirs dans le Roussillon (Voy. Young, t. II, p. 59) et en Bretagne. Cette couleur n'est pas rare dans les taureaux de la Camargue.
_Vous les rencontrez montant des plaines_, etc...
Arthur Young, t. III, p. 83.--En Provence, l'émigration des moutons est presque aussi grande qu'en Espagne. De la Crau aux montagnes de Gap et de Barcelonnette, il en passe un million, par troupeaux de dix mille à quarante mille. La route est de vingt à trente jours. (Darluc, _Hist. nat. de Provence_, 1782, p. 303,329.)--_Statistique de la Lozère_, par M. Jerphanion, préfet de ce département, an X, p. 31: «Les moutons quittent les basses Cévennes et les plaines du Languedoc vers la fin de floréal, et arrivent sur les montagnes de la Lozère et de la Margéride, où ils vivent pendant l'été. Ils regagnent le bas Languedoc au retour des frimas.»--Laboulinière, I, 245: Les troupeaux des Pyrénées émigrent l'hiver jusque dans les landes de Bordeaux.
_En Espagne, sous la protection de la compagnie de la Mesta_, etc..
_A year in Spain, by an American_, 1832: Au seizième siècle, les troupeaux de la Mesta se composaient d'environ sept millions de têtes. Tombés à deux millions et demi au commencement du dix-septième, ils remontèrent sur la fin à quatre millions, et maintenant ils s'élèvent à cinq millions, à peu près la moitié de ce que l'Espagne possède de bétail.--Les bergers sont plus redoutés que les voleurs même; ils abusent sans réserve du droit de traduire tout citoyen devant le tribunal de l'association, dont les décisions ne manquent jamais de leur être favorables. La _Mesta_ emploie des _alcades_, des _entregadors_, des _achagueros_, qui, au nom de la corporation, harcèlent et accablent les fermiers.
16--page 36--_L'escalier colossal des Pyrénées_, etc..
Dralet, 1,5,--Ramond: «Au midi tout s'abaisse tout d'un coup et à la fois. C'est un précipice de mille à onze cents mètres, dont le fond est le sommet des plus hautes montagnes de cette partie de l'Espagne. Elles dégénèrent bientôt en collines basses et arrondies, au delà desquelles s'ouvre l'immense perspective des plaines de l'Aragon. Au nord, les montagnes primitives s'enchaînent étroitement et forment une bande de plus de quatre myriamètres d'épaisseur... Cette bande se compose de sept ou huit rangs, de hauteur graduellement décroissante.» Cette description, contredite par M. Laboulinière, est confirmée par M. Élie de Beaumont. L'axe granitique des Pyrénées est du côté de la France.
17--page 38--_Comparez les deux versants_, etc..
Dralet, II, p. 197: «Le territoire espagnol, sujet à une évaporation considérable, a peu de pâturages assez gras pour nourrir les bêtes à cornes; et comme les ânes, les mules et mulets se contentent d'une pâture moins succulente que les autres animaux destinés aux travaux de l'agriculture, ils sont généralement employés par les Espagnols pour le labourage et le transport des denrées. Ce sont nos départements limitrophes et l'ancienne province de Poitou, qui leur fournissent ces animaux; et la quantité en est considérable. Quant aux animaux destinés aux boucheries, c'est nous qui en approvisionnons aussi les provinces septentrionales, particulièrement la Catalogne et la Biscaye. La ville seule de Barcelone traite avec des fournisseurs français pour lui fournir chaque jour cinq cents moutons, deux cents brebis, trente boeufs, cinquante boucs châtrés, et elle reçoit en outre plus de six mille cochons qui partent de nos départements méridionaux pendant l'automne de chaque année. Ces fournitures coûtent à la ville de Barcelone deux millions huit cent mille francs par an, et l'on peut évaluer à une pareille somme celles que nous faisons aux autres villes de la Catalogne. La Catalogne paie en piastres et quadruples, en huile et lièges, en bouchons.» Les choses ont dû, toutefois, changer beaucoup depuis l'époque où écrivait Dralet (1812).
18--page 38--_Aux foires de Tarbes_, etc..
Arthur Young, t. I, p. 57 et 116: «Nous rencontrâmes des montagnards _qui me rappelèrent ceux d'Écosse_; nous avions commencé par en voir à Montauban. Ils ont des bonnets ronds et plats, et de grandes culottes.»--«On trouve des flûteurs, des bonnets bleus, et de la farine d'avoine, dit sir James Stewart, en Catalogne, en Auvergne et en Souabe, ainsi qu'à Lochabar.»--Toutefois, indépendamment de la différence de race et de moeurs, il y en a une autre essentielle entre les montagnards d'Écosse et ceux des Pyrénées: c'est que ceux-ci sont plus riches, et sous quelques rapports plus policés que les diverses populations qui les entourent.
_Le Béarnais et le Basque..._
Iharce de Bidassouet, Gantabres et Basques, 1825, in-8{o}: «Le peuple basque, qui a conservé avec ses pâturages le moyen d'amender ses champs, et avec ses chênes celui de nourrir une multitude infinie de cochons, vit dans l'abondance, tandis que dans la majeure partie des Pyrénées...»--Laboulinière, t. III, p. 416:
Bearnes Faus et courtes. Bigordan Pir que can.
«Le Béarnais est réputé avoir plus de finesse et de courtoisie que le Bigordan, qui l'emporterait pour la franchise et la simple droiture mêlée d'un peu de rudesse.»--Dralet, I, 170: «Ces deux peuples _ont d'ailleurs peu de ressemblance_. Le Béarnais, forcé par les neiges de mener ses troupeaux dans les pays de plaine, y polit ses moeurs et perd de sa rudesse naturelle. Devenu fin, dissimulé et curieux, il conserve néanmoins sa fierté et son amour de l'indépendance... Le Béarnais est irascible et vindicatif autant que spirituel; mais la crainte de la flétrissure et de la perte de ses biens le fait recourir aux moyens judiciaires pour satisfaire ses ressentiments. Il en est de même des autres peuples des Pyrénées, depuis le Béarn jusqu'à la Méditerranée: tous sont plus ou moins processifs, et l'on ne voit nulle part autant d'hommes de loi que dans les villes du Bigorre, du Comminges, du Conserans, du comté de Foix et du Roussillon, qui sont bâties le long de cette chaîne de montagnes.»
19--page 41--_Quantité de hameaux ont quitté les hautes vallées faute de bois de chauffage..._
Dralet, II, 105. Les habitants allaient voler du bois jusqu'en Espagne.--Il y a de fortes amendes pour quiconque couperait une branche d'arbre dans une grande forêt qui domine Cauterels, et la défend des neiges.-Diodore de Sicile disait déjà (lib. II): «Pyrénées vient du mot grec _pur_ (feu), parce qu'autrefois, le feu ayant été mis par les bergers, toutes les forêts brûlèrent.»--Procès-verbal du 8 mai 1670: «Il n'y a aucune forêt qui n'ait été incendiée à diverses reprises par la malice des habitants, ou pour faire convertir les bois en prés ou terrains labourables.»
20--page 43, note 2--_Le Cers_, etc..
Senec. Quæst. natur. I. III, c. XI: «Infestat..... Galliam Circius: cui ædificia quassanti, tamen incolæ gratias agunt, tanquam salubritatem coeli sui debeant ei. Divus certe Augustus templum illi, quum in Gallia moraretur, et vovit et fecit.»
21--page 45--_Les deux Chénier..._
Les deux Chénier naquirent à Constantinople, où leur père était consul général; mais leur famille était de Limoux, et leurs aïeux avaient occupé longtemps la place d'inspecteur des mines de Languedoc et de Roussillon.
22--page 48--_Ils ont préféré les figues fiévreuses de Fréjus..._
Millin, II, 487. Sur l'insalubrité d'Arles, id., III, 645.--Papon, I, 20, proverbe: Avenio ventosa, sine vento venenosa, cum vento fastidiosa.--En 1213, les évêques de Narbonne, etc., écrivent à Innocent III qu'un concile provincial ayant été convoqué à Avignon: «multi ex prælatis, quia generalis corruptio aeris ibi erat, nequivimus colloquio interesse; sicque factura est ut necessario negotium differetur.»(Epist. Innoc. III, éd. Baluze, II, 762.) Il y eut des lépreux à Martigues jusqu'en 1731; à Vitrolles, jusqu'en 1807. En général, les maladies cutanées sont communes en Provence. (Millin, IV, 35.)
_Les marais pontins de la Provence..._
Il y a quatre cent mille arpents de marais. (Peuchet et Chanlaire, _Statistique des Bouches-du-Rhône_.) Voy. aussi la _Grande Statistique_ de M. de Villeneuve, 4 vol. in-4{o}.--Les marais d'Hyères rendent cette ville inhabitable l'été; on respire la mort avec les parfums des fruits et des fleurs. De même à Fréjus. (_Statistique du Var_, par Fauchet, préfet, an IX, p. 52, sqq.)
23--page 49--_Le Rhône symbole de la contrée..._
On trouve le long de tout le cours du Rhône des traces du culte sanguinaire de Mithra. On voit à Arles, à Tain et à Valence des autels tauroboliques; un autre à Saint-Andéol. À la Bâtie-Mont-Saléon, ensevelie par la formation d'un lac, et déterrée en 1804, on a trouvé un groupe mithriaque.--À Fourvières, on a trouvé un autel mithriaque consacré à Adrien; il y en a encore un autre à Lyon consacré à Septime-Sévère. (Millin, _passim_.)
Page 52 et note 1--_Le drac, la tarasque..._
Millin, III, 453. Cette fête se retrouve, je crois, en Espagne.--L'Isère est surnommée le _serpent_, comme le Drac le _dragon_; tous deux menacent Grenoble:
Le serpent et le dragon Mettront Grenoble en savon.
--À Metz, on promène le jour des Rogations un dragon qu'on nomme le _graouilli_; les boulangers et les pâtissiers lui mettent sur la langue des petits pains et des gâteaux. C'est la figure d'un monstre dont la ville fut délivrée par son évêque, saint Clément.--À Rouen, c'est un mannequin d'osier, la _gargouille_, à qui on remplissait autrefois la gueule de petits cochons de lait. Saint Romain avait délivré la ville de ce monstre, qui se tenait dans la Seine, comme saint Marcel délivra Paris du monstre de la Bièvre, etc.
24--page 51--_Fréjus..._
«Cette ville devient plus déserte chaque jour, et les communes voisines ont perdu, depuis un demi-siècle, neuf dixièmes de leur population.» (Fauchet, an IX, _loc. cit._)
25--page 52 et note I--_Fidélité du peuple provençal aux vieux usages..._
Millin, III, 346. La fête patronale de chaque village s'appelle _Romna-Vagi_, et par corruption _Romerage_, parce qu'elle précédait souvent un voyage de Rome que le seigneur faisait ou faisait faire (?)--Millin, III, 336. C'est à Noël qu'on brûle le _caligneau_ ou _calandeau_; c'est une grosse bûche de chêne qu'on arrose de vin et d'huile. On criait autrefois en la plaçant: _Calene ven, tout ben ven_, calende vient, tout va bien. C'est le chef de la famille qui doit mettre le feu à la bûche; la flamme s'appelle _caco fuech_, feu d'amis. On trouve le même usage en Dauphiné. (Champollion-Figeac, p. 124.) On appelle _chalendes_ le jour de Noël. De ce mot on a fait _chalendal_, nom que l'on donne à une grosse bûche que l'on met au feu la veille de Noël au soir, et qui reste allumée jusqu'à ce qu'elle soit consumée. Dès qu'elle est placée dans le foyer, on répand dessus un verre de vin en faisant le signe de la croix, et c'est ce qu'on appelle: _balisa la chalendal_. Dès ce moment cette bûche est pour ainsi dire sacrée, et l'on ne peut pas s'asseoir dessus sans risquer d'en être puni, au moins par la gale.-Millin, III, 339. On trouve l'usage de manger des pois chiches à certaines fêtes, non seulement à Marseille, mais en Italie, en Espagne, à Gênes et à Montpellier. Le peuple de cette dernière ville croit que, lorsque Jésus-Christ entra dans Jérusalem, il traversa une _sesierou_, un champ de pois chiches, et que c'est en mémoire de ce jour que s'est perpétué l'usage de manger des _sesés_.--À certaines fêtes, les Athéniens mangeaient aussi des pois chiches (aux Panepsies.)
26--page 52, note 2--_Procession du bon roi René à Aix_, etc...
Millin, II, 299. On y voyait le duc d'Urbin (le malheureux général du roi René) et la duchesse d'Urbin montés sur des ânes; on y voyait une âme que se disputaient deux diables; les chevaux _frux_ ou fringants, en carton; le roi Hérode, la reine de Saba, le temple de Salomon, et l'étoile des Mages au bout d'un bâton, ainsi que la Mort, l'_abbé de la jeunesse_ couvert de poudre et de rubans, etc., etc.
27--page 56--_Ces hommes de la frontière, raisonneurs et intéressés..._
On trouve dans les habitudes de langage des Dauphinois des traces singulières de leur vieil esprit processif. «Les propriétaires qui jouissent de quelque aisance parlent le français d'une manière assez intelligible, mais ils y mêlent souvent les termes de l'ancienne pratique, que le barreau n'ose pas encore abandonner. Avant la Révolution, quand les enfants avaient passé un an ou deux chez un procureur, à mettre au net des exploits et des appointements, leur éducation était faite, et ils retournaient à la charrue.» (Champollion-Figeac, _Patois du Dauphiné_, p. 67.)
28--page 60--_Metz, Toul et Verdun..._
Sur les moeurs des habitants des Trois-Évêchés et de la Lorraine en général, voyez le Mémoire manuscrit de M. Turgot, qui se trouve à la bibliothèque publique de Metz: _Description exacte et fidèle du pays Messin_, etc.--Les trois évêques étaient princes du Saint-Empire.--Le comté de Créange et la baronnie de Fenestrange étaient deux francs-alleus de l'Empire.
29--page 61--_On portail l'épée devant l'abbesse de Remiremont..._
Piganiol de la Force, XIII. Elle était pour moitié dans la justice de la ville, et nommait, avec son chapitre, des députés aux états de Lorraine.--La doyenne et la sacristaine disposaient chacune de quatre cures. La _sonzier_, ou receveuse, partageait avec l'abbesse la justice de Valdajoz (val-de-joux), consistant en dix-neuf villages; tous les essaims d'abeilles qui s'y trouvaient lui appartenaient de droit. L'abbaye avait un grand prévôt, un grand et un petit chancelier, un grand _sonzier_, etc..
30--page 62--_Les légendes du Rhin..._
Un duc d'Alsace et de Lorraine, au septième siècle, souhaitait un fils; il n'eut qu'une fille aveugle, et la fit exposer. Un fils lui vint plus tard, qui ramena la fille au vieux duc, devenu farouche et triste, solitairement retiré dans le château d'Hohenbourg. Il la repoussa d'abord, puis se laissa fléchir, et fonda pour elle un monastère, qui depuis s'appela de son nom, sainte Odile. On découvre de la hauteur Baden et l'Allemagne. De toutes parts les rois y venaient en pèlerinage: l'empereur Charles IV, Richard Coeur-de-Lion, un roi de Danemark, un roi de Chypre, un pape... Ce monastère reçut la femme de Charlemagne et celle de Charles-le-Gros.--À Winstein, au nord du Bas-Rhin, le diable garde dans un château taillé dans le roc de précieux trésors.--Entre Haguenau et Wissembourg, une flamme fantastique sort de la _fontaine de la poix_ (Pechelbrunnen); cette flamme, c'est le _chasseur_, le fantôme d'un ancien seigneur qui expie sa tyrannie, etc.--Le génie musical et enfantin de l'Allemagne commence avec ses poétiques légendes. Les ménétriers d'Alsace tenaient régulièrement leurs assemblées. Le sire de Rapolstein s'intitulait le _Roi des Violons_. Les violons d'Alsace dépendaient d'un seigneur, et devaient se présenter, ceux de la Haute-Alsace à Rapolstein, ceux de la Basse à Bischwiller.
31--page 70--_Les Segusii lyonnais étaient une colonie d'Autun..._
_Gallia Christiana_, t. IV.--Dans un diplôme de l'an 1189, Philippe-Auguste reconnaît que Lyon et Autun ont l'une sur l'autre, quand l'un des sièges vient à vaquer, le droit de régale et d'administration.--L'évêque d'Autun était de droit président des états de Bourgogne.--On se rappelle les liaisons qui existaient entre saint Léger, le fameux évêque d'Autun, et l'évêque de Lyon.
32--page 70--_En vain Autun déposa sa divinité..._
Inscription trouvée à Autun:
DEAE BIBRACTI P. CAPRIL PACATUS I II II I VIR AUGUSTA, V. S. L. M.
MILLIN, I, 337.
_Et se fit de plus en plus romaine..._
Il semble que l'aristocratie se livra entièrement à Rome, tandis que le parti druidique et populaire chercha à ressaisir l'indépendance. «Le sage gouvernement d'Autun, dit Tacite, comprima la révolte des bandes fanatiques de Maricus, Boïe de la lie du peuple, qui se donnait pour un dieu et pour le libérateur des Gaules.» (_Annal_, I. II, c. LXI.) On a vu, au Ier vol., la révolte de Sacrovir.--Enfin les Bagaudes saccagèrent deux fois Autun. Alors furent fermées les écoles Moeniennes, que le Grec Eumène rouvrit sous le patronage de Constance Chlore.--François Ier visita Autun en 1521, et la nomma «sa Rome française». Autun avait été appelée la soeur de Rome, selon Eumène, ap. Scr. fr. I, 712, 716, 717.
_Toutes les grandes guerres des Gaules_, etc....:
Elle fut presque ruinée par Aurélien, au temps de sa victoire sur Tétricus, qui y faisait frapper ses médailles.-Saccagée par les Allemands en 280, par les Bagaudes sous Dioclétien, par Attila en 451, par les Sarrasins en 732, par les Normands en 886 et 895. En 924, on ne put en éloigner les Hongrois qu'à prix d'argent. (_Histoire d'Autun_, par Joseph de Rosny, 1802.)
33--page 71--_En Bourgogne les villes mettent des pampres dans leurs armes..._
Un bas-relief de Dijon représente les triumvirs tenant chacun un gobelet Ce trait est local.--La culture de la vigne, si ancienne dans ce pays, a singulièrement influé sur le caractère de son histoire, en multipliant la population dans les classes inférieures. Ce fut le principal théâtre de la guerre des Bagaudes. En 1630, les vignerons se révoltèrent sous la conduite d'un ancien soldat, qu'ils appelaient le roi Mâchas.
_Pays de bons vivants_, etc....
La _Fête des Fous_ se célébra à Auxerre jusqu'en 1407.--Les chanoines jouaient à la balle (_pelota_), jusqu'en 1538, dans la nef de la cathédrale. Le dernier chanoine fournissait la balle, et la donnait au doyen; la partie finie, venaient les danses et le banquet. (Millin, I.)