Histoire de France - Moyen Âge; (Vol. 1 / 10)
Part 36
Selon Paul Diacre (l. VI) les Sarrasins perdirent trois cent soixante-quinze mille hommes.--Isidore de Béja a raconté cette guerre vingt-deux ans après la bataille, dans un latin barbare. Une partie de son récit est en rimes, ou plutôt en assonances. (On retrouve l'assonance dans la chanson des habitants de Modène, composée vers 924):
Abdirraman multitudine repletam Sui exercitûs prospiciens terram, Montana Vaccorum disecans, Et fretosa el plana percalcans, Trans Francorum intus experditat . . . . . . . . . . . . . . . . . (Isidor. Pacensis, ap. Scr. Rer. Fr. II, 721.)
111.--page 228--... _Charles-Martel distribuait les dépouilles des évêques_...
Chronic. Virdun., ap. Scr. Fr., III, 364. «Tantâ enim profusione thesaurus totius ærarii publici dilapidatus est, tanta dedit militibus, quos soldarios vocari mos obtinuit (soldarii, soldurii? on a vu que les dévoués de l'Aquitaine s'appelaient ainsi)..., ut non ei suffecerit thesaurus regni, non deprædatio urbium... non exspoliatio ecclesiarum et monasteriorum, non tributa provinciarum. Ausus est etiam, ubi hæc defecerunt, terras ecclesiarum diripere, et eas commilitonibus illis tradere, etc..»--Flodoard, l. II, c. XII: Quand Charles-Martel eut défait ses ennemis, il chassa de son siège le pieux Rigobert, son parrain, qui l'avait tenu sur les saints fonts de baptême, et donna l'évêché de Reims à un nommé Milon, simple tonsuré qui l'avait suivi à la guerre. Ce Charles-Martel, né du concubinage d'une esclave, comme on le lit dans les Annales des rois Francs, plus audacieux que tous les rois ses prédécesseurs, donna non seulement l'évêché de Reims, mais encore beaucoup d'autres du royaume de France, à des laïques et à des comtes; en sorte qu'il ôta tout pouvoir aux évêques sur les biens et les affaires de l'Église. Mais tous les maux qu'il avait faits à ce saint personnage et aux autres Églises de Jésus-Christ, par un juste jugement, le Seigneur les fit retomber sur sa tête; car on lit dans les écrits des Pères que saint Euchère, jadis évêque d'Orléans, dont le corps est déposé au monastère de Saint-Trudon, s'étant mis un jour en prière, et absorbé dans la méditation des choses célestes, fut ravi dans l'autre vie; et là, par révélation du Seigneur, vit Charles tourmenté au plus bas des enfers. Comme il en demandait la cause à l'ange qui le conduisait, celui-ci répondit que, par la sentence des saints qui, au futur jugement, tiendront la balance avec le Seigneur, il était condamné aux peines éternelles pour avoir envahi leurs biens. De retour en ce monde, saint Euchère s'empressa de raconter ce qu'il avait vu à saint Boniface, que le saint-siège avait délégué en France pour y rétablir la discipline canonique; et à Fulrad, abbé de Saint-Denis et premier chapelain du roi Pepin, leur donnant pour preuve de la vérité de ce qu'il rapportait sur Charles-Martel, que, s'ils allaient à son tombeau, ils n'y trouveraient point son corps. En effet, ceux-ci étant allés au lieu de la sépulture de Charles, et ayant ouvert son tombeau, il en sortit un serpent, et le tombeau fut trouvé vide et noirci comme si le feu y avait pris.»
112--page 228--_L'Église anglo-saxonne, romaine d'esprit_...
Acta SS. ord. S. Ben., sæc. III. Le Pape Zacharie écrit à saint Boniface: «Provincia in quâ natus et nutritus es, quam et in gentem Anglorum et Saxonum in Britanniâ insulâ primi prædicatores ab apostolicâ sede missi, Augustinus, Laurentius, Justus et Honorius, novissime vero tuis temporibus Theodorus, ex græco latinus, arte philosophus et Athenis eruditus, Romæ ordinatus, pallio sublimatus, ad Britanniam præfatam transmissus, judicabat et gubernabat...» Ce Théodore, moine grec de Tarse en Cilicie, avait été envoyé pour remplir le siège de Kenterbury, par le pape Vitalien; il était fort savant en astronomie, en musique, en métrique, en langues grecque et latine; il apporta un Homère et un saint Chrysostome. Il était conduit par Adrien, moine napolitain, né en Afrique, non moins savant, et qui avait été deux fois en France. (Usque hodie supersunt de eorum discipulis, qui latinam græcamque linguam æque ut propriam norunt.) Sous eux, le moine northumbrien Benedict Biscop fit venir des artistes de France, et bâtit dans le Northumberland le monastère de Weremouth, selon l'architecture romaine; les murs étaient ornés de peintures achetées à Rome et de vitres apportées de France. Un maître chanteur avait été appelé de Saint-Pierre de Rome. (Beda, Hist. Abbat. Viremuth.)--Théodore et Adrien eurent pour élèves Alcuin et Aldhelm, parent du roi Ina, le premier Saxon qui ait écrit en latin, selon Camden; il chantait lui-même ses _Cantiones Saxonicæ_ dans les rues, à la populace. Guill. Malmesbury le qualifie: «Ex acumine Græcum, ex nitore Romanum, ex pompâ Anglum.» (Warton, Diss. on the introd. of learning into England, I, CXXII.)
113--page 230--_Boniface se voue au pape_...
Bonifac, Epist. 105: «Decrevimus in nostro synodali conventu et confessi sumus fidem catholicam, et unitatem, et subjectionem Romanæ Ecclesiæ, fine tenus vitæ nostræ, velle servare: sancto Petro et vicario ejus velle subjici... Metropolitanos pallia ab illâ sede quærere: et per omnia, præcepta Petri Canonice sequi desiderare, ut inter oves sibi commendatas numeremur.»
114--page 230--_Il demande au pape, dans sa simplicité_, etc...
Le pape écrit à Boniface: «Talia nobis a te referuntur, quasi nos corruptores simus canonum et Patrum rescindere traditiones studeamus: ac per hoc (quod absit) cum nostris clericis in simoniacam hæresim incidamus, expetentes et accipientes ab illis præmia, quibus tribuimus pallia. Sed hortamur, carissime frater, ut nobis deinceps tale aliquid minime scribas...» Acta SS. ord. S. Ben., sæc. III, 75.
115--page 230--_Adalbert_, etc...
Saint Boniface écrit au pape Zacharie: «Maximus mihi labor fuit adversus duos hæreticos pessimos..., unus qui dicitur Adelbert, natione Gallus, alter qui dicitur Clemens, genere Scotus.--Fecit quoque (Adelbert) cruciculas et auratoriola in campis et ad fontes...; ungulas quoque et capillos dedit ad honorificandum et portandum cum reliquiis S. Petri, principis apostolorum.» Epist. 135.
116--page 233, note--... _un tribut de trois cents chevaux_...
Annal. Met., ap. Script. Fr., V, 336. Le cheval était la principale victime qu'immolaient les Perses et les Germains. Le pape Zacharie (Epist. 142) recommande à Boniface d'empêcher qu'on ne mange de chair de cheval, sans doute comme viande de sacrifice.
117--page 234--_Les Francs contre les Vasques_, etc..
Fredegar. Scholast., c. XXI. Je doute fort que les Francs, qui furent battus par eux dans la jeunesse de leur empire, leur aient imposé un tribut, comme le prétend Frédégaire, sous les faibles enfants de Brunehaut.
118--page 238--_Guaifer repoussa ces demandes_...
Voy. aussi Eginhard, Annal., ibid., 199: «Cùm res quæ ad ecclesias... pertinebant, reddere noluisset.--Spondet se ecclesiis sua jura redditurum, etc.»
119--page 239--_Pepin portant les reliques_...
Secunda S. Austremonii translatio, ap. Scr. Rer. Fr. V, 433. «Rex, ad instar David regis... oblita regali purpurâ, præ gaudio omnem illam insignem vestem lacrymis perfundebat, et antè sancti martyris exequias exultabat, ipsiusque sacratissima membra propriis humeris evehebat. Erat autem hiems.»--Translat. S. Germani Pratens., ibid., 428 «...mittentes, tâm ipse quàm optimates ab ipso electi, manus ad feretrum.»
120--page 239, note 3--_Charlemagne_...
Les Chroniques de Saint-Denys disent elles-mêmes Challes et Challemaines, pour Charles et Carloman (maine, corruption française de _mann_; comme _lana_, laine, etc.). On trouve dans la Chronique de Théophane un texte plus positif encore. Il appelle Carloman [Grec: Karoullomagnos]; Scr. Fr., V, 187. Les deux frères portaient donc le même nom.--Au dixième siècle, Charles-le-Chauve gagna aussi à l'ignorance des moines latins le surnom de Grand, comme son aïeul. Épitaph., ap. Scr. Fr., VII, 322:
... Nomen qui nomine duxit De magni magnus, de Caroli Carolus.
C'est ainsi que les Grecs se sont trompés sur le nom d'Élagabal, dont ils ont fait, bon gré, mal gré, Héliogabal, du grec _Hélios_, soleil.
121--page 241--... _dans ces déserts ils élevaient quelque place forte_...
Fronsac (Francicum ou Frontiacum) en Aquitaine (Eginh., Annal., ap. Scr. Fr., V, 201); et en Saxe, la ville que les chroniques désignent sous le nom de _Urbs Karoli_ (Annal. Franc, ibid., p. 11), un fort sur la Lippe (p. 29), Ehresburg, etc.
122--page 242--_Charlemagne confirma la dîme_...
Capitulare ann. 789, c. VII. «De decimis, ut unusquisque suam decimam donet, atque per jussionem pontificis dispensetur.»--Capitulatio de Saxon., ann. 791, c. XVI: «Undecunque censûs aliquid ad fiscum pervenerit..., decima pars ecclesiis et sacerdotibus reddatur.» C. XVII: «Omnes decimam partem substantiæ et laboris sui dent, tàm nobiles quàm ingenui, similiter et liti.»--Voy. aussi Capitul. Francoford., ann. 794, c. XXIII.--Dès l'an 567, on trouve mention de la dîme dans une lettre pastorale des évêques de Touraine; une constitution de Clotaire et les Actes du concile de Mâcon, en 588, la prescrivent expressément. Ducange, II, 1334, v{o} DECIMÆ.
123--page 242--... _affranchit l'Église de la juridiction séculière_.
Capitul. add. ad leg. Langob., ann. 801, c. I. «Volumus primo, ut neque abbates, neque presbyteri, neque diaconi, neque subdiaconi, neque quislibet de clero, de personis suis ad publica, vel ad secularia judicia trahantur vel distringantur, sed a suis episcopis judicati justitiam faciant.»--Cf. Capitul. Aquisgr., ann. 789, c. XXXVII.--Capitul. Francoford., ann. 794, c. IV: «Statutum est a domino rege et S. Synodo, ut episcopi justifias faciant in suas parochias... Comites quoque nostri veniant ad judicium episcoporum.»
124--page 245--... _la première victoire des Germains sur l'Empire_.
Stapfer, art. ARMINIUS, dans la Biogr. univers.: «Les lieux voisins de Dethmold sont encore pleins de souvenirs de ce mémorable événement. Le champ qui est au pied de Teutberg s'appelle encore Wintfeld, ou Champ de la Victoire; il est traversé par le Rodenbeck, ou Ruisseau de sang, et le Knochenbach, ou Ruisseau des os, qui rappelle ces ossements trouvés, six ans après la défaite de Varus, par les soldats de Germanicus venus pour leur rendre les derniers honneurs. Tout près de là est Feldrom, le champ des Romains; un peu plus loin, dans les environs de Pyrmont, le Herminsberg, ou mont d'Arminius, couvert des ruines d'un château qui porte le nom de Harminsbourg, et sur les bords du Weser, dans le même comté de la Lippe, on trouve Varenholz, le bois de Varus.
125--page 245--... _la victoire des Francs sanctifiée par un miracle_, etc...
Eginhard. Annal., ap. Script. Fr., V, 201. «Ne diutius siti confectus laboraret exercitus, divinitus factum creditur ut quâdam die, cùm juxta morem, tempore meridiano, cuncti quiescerent, prope montem qui castris erat contiguus tanta vis aquarum in concavitate cujusdam torrentis eruperit, ut exercitui cuncto sufficeret.»--Poetæ Saxonici Annal., l. I.
126--page 248--_Le nom du fameux Roland_...
Eginhard, vita Karoli, ap. Scr. Fr., V, 93.--Voy. aussi Eginhard. Annal., ibid., 203.--Poet. Sax., l. I, ibid., 143.--Chroniques de Saint-Denys, l. I, c. VI.--Les autres chroniques ne parlent point de cette déroute.--Sur les poèmes carlovingiens, voyez le cours de M. Fauriel, et l'excellente thèse de M. Monin: _Sur le Roman de Roncevaux_, 1832.
127--page 249--... _un système de conversion_...
Il prit pour otages quinze des plus illustres, et les remit à la garde de l'archevêque de Reims, Vulfar, auquel il accordait la plus grande confiance. Vulfar avait été précédemment revêtu des fonctions de Missus Dominicus en Champagne. Flodoard. Hist. Remens., l. II, c. XVIII. «Le très sage et très habile Charles, dit le biographe de Louis-le-Débonnaire, savait s'attacher les évêques. Il établit par toute l'Aquitaine des comtes et des abbés, et beaucoup d'autres encore, qu'on nomme des _Vassi_, de la race des Francs; il leur confia le soin du royaume, la défense des frontières et le gouvernement des fermes royales.» Astronom. Vita Ludov. Pii. c. 3, ap. Scr. Fr., VI, 88.--Les abbés remplissent ici des fonctions militaires. Charlemagne écrit à un abbé de Saxe de venir avec des hommes bien armés et des vivres pour trois mois. Caroli M. Epist., 21, ap. Scr. Fr., V, 633.
Vita S. Sturmii, abbat. Fuld., ap. Scr. Fr., V, 447. «Karolus... assumptis universis sacerdotibus, abbatibus, presbyteris... totam illam provinciam in parochias episcopales divisit... Tunc pars maxima beato Sturmio populi et terræ illius ad procurandum commititur.» Annal. Franc., ap. Scr. Fr., V, 26. «Divisitque ipsam patriam inter presbyteros et episcopos, seu et abbates, ut in eis baptizarent et prædicarent.»--Idem, Chron. Moissiac., ibid. 71.
128--page 253--... _le camp des Avares_...
Monach. S. Galli, l. II, c. II. «Terra Hunorum novem circulis cingebatur... Tàm latus fuit unus circulus... quantùm est spatium de castro Turonico ad Constantiam... Ita vici et villæ erant locatæ, ut de aliis ad alias vox humana posset audiri. Contra eadem quoque ædificia, inter inexpugnabiles illos muros, portæ non satis latæ erant constitutæ... Item de secundo circulo, qui similiter ut primus erat exstructus; viginti miliaria Teutonica quæ sunt quadraginta Italica, ad tertium usque tendebantur; similiter usque ad nonum; quamvis ipsi circuli alius alio multo contractiores fuerunt... Ad has ergo munitiones per ducentos et eo ampliùs annos, qualescumque omnium occidentalium divitias congregantes... orbem occiduum pene vacuum dimiserunt.»
129--page 255--... _un canal du Rhin au Danube_...
Eginh. Annal., ad ann. 793. «On avait persuadé au roi que si l'on creusait entre le Rednitz et l'Altmul un canal assez grand pour contenir des vaisseaux, on pourrait naviguer facilement du Rhin au Danube, parce que l'une de ces rivières se jette dans le Danube et l'autre dans le Mein. Aussitôt il vint dans ce lieu avec toute sa cour, y réunit une grande multitude, et employa à cette oeuvre toute la saison de l'automne. Le canal fut donc creusé sur deux mille pas de longueur et trois cents pieds de largeur, mais en vain, car au milieu d'une terre marécageuse déjà imprégnée d'eau par sa nature, et inondée par des pluies continuelles, l'entreprise ne put s'achever: autant les ouvriers avaient tiré de terre pendant le jour, autant il en retombait pendant la nuit, à la même place. Pendant ce travail, on lui apporta deux nouvelles fort déplaisantes: les Saxons s'étaient révoltés de tous côtés; les Sarrasins avaient envahi la Septimanie, engagé un combat avec les comtes et les gardes de cette frontière, tué beaucoup de Francs, et ils étaient rentrés chez eux victorieux.»
130--page 257, note--_Charlemagne et le pape Adrien_...
Eginh. Kar. M. c. 19: «Nuntiato Adriani obitu, quem amicum præcipuum habebat, sic flevit, ac si fratrem aut carissimum filium amisisset.» C. XVII: «Nec ille toto regni sui tempore quicquam duxit antiquius, quàm ut urbs Roma suâ operâ suoque labore veteri polleret auctoritate...»--Voy. les lettres d'Adrien à Charlemagne. (Scr. Fr. V, 403, 544, 545, 546, etc.)
131--page 257--... _le couronnement de Charlemagne_...
Eginh. Annal., p. 215. «Coram altari, ubi ad orationem se inclinaverat, Leo papa coronam capiti ejus imposuit.»--Eginh. Vit. Kar. M., ibid. 100. «Quod primo in tantum adversatus est, ut affirmaret se eo die, quamvis præcipua festivitas esset, ecclesiam non intraturum fuisse, si pontificis consilium præscire potuisset.»
132--page 258--_Les présents d'Haroun_...
«Ce que le poète disait impossible:
Aut Ararim Parthus bibet, aut Germania Tigrim,
parut alors, dit le moine de Saint-Gall, une chose toute simple, à cause des relations de Charles avec Haroun. En témoignage de ce fait, j'appellerai toute la Germanie, qui, du temps de votre glorieux père Louis (il s'adresse à Charles-le-Chauve), fut contrainte de payer un denier par chaque tête de boeuf et par chaque manse dépendant du domaine royal, pour le rachat des chrétiens qui habitaient la terre sainte. Dans leur misère, ils imploraient leur délivrance de votre père, comme anciens sujets de votre bisaïeul Charles et de votre aïeul Louis.» Monach. Sangall., l. II, c. XIV.
133--page 258--_Charlemagne actif dans son repos même_, etc...
Eginh. in Karol. M., c. XXV. «Il apprit la grammaire sous le diacre Pierre de Pise, et eut pour maître, dans les autres études, Albinus, surnommé Alcuin, également diacre, né en Bretagne, et de race saxonne, homme d'une science universelle, et sous la direction duquel il donna beaucoup de temps et de travail à la rhétorique et à la dialectique, mais surtout à l'astronomie. Il apprenait aussi le calcul et étudiait le cours des astres avec une curieuse et ardente sagacité.»--«Dans les dernières années de sa vie, il ne fit plus que s'occuper de prières et d'aumônes et corriger des livres. La veille de sa mort, il avait soigneusement corrigé, avec des Grecs et des Syriens, les évangiles de saint Matthieu, de saint Marc, de saint Luc et de saint Jean.» Thegan. de Gestis Ludov. Pii, c. VII, ap. Scr. Fr. VI, 76.--Il envoya aussi «à son meilleur ami», le pape Adrien, un Psautier en latin, écrit en lettres d'or, et avec une dédicace en vers. (Eginh. ap. Script. Rer. Franc., t. V, p. 402.) Aussi l'ensevelit-on avec un Évangile d'or à la main. (Monach. Engolism. in Kar. M., ibid. 186.)
134--page 259--_Il se piquait de bien chanter au lutrin_...
Eginh. in Kar. M., c. XXVI. «Il perfectionna soigneusement la lecture et le chant sacrés, car il s'y entendait admirablement, quoiqu'il ne lût jamais lui-même en public, et qu'il ne chantât qu'à demi voix et en choeur.»--Mon. Sangall., l. I, c. VII. «Jamais, dans la basilique du docte Charles, il ne fut besoin de désigner à chacun le passage qu'il devait lire, ni d'en marquer la fin avec de la cire ou avec l'ongle; tous savaient si bien ce qu'ils avaient à lire, que si on leur disait à l'improviste de commencer, jamais il ne les trouvait en faute. Lui-même, il levait le doigt ou un bâton, ou envoyait quelqu'un aux clercs, assis loin de lui, pour désigner celui qu'il voulait faire lire. Il marquait la fin, par un son guttural, que tous attendaient en suspens, tellement que, soit qu'il fît signe après la fin d'un sens, ou à un repos au milieu de la phrase, ou même avant le repos, personne ne reprenait trop haut ou trop bas, quelque étrange commencement que cela pût faire. En sorte que, bien que tous ne comprissent pas, c'était dans son palais que se trouvaient les meilleurs lecteurs, et nul n'osa entrer parmi ses choristes (fût-il même connu d'ailleurs) qui ne sût bien lire et bien chanter.»
135--page 259--... _pour observer ceux qui entraient_...
Mon. S. Galli, l. I, c. XXXII. «Quæ (mensiones) ita circa palatium peritissimi Caroli ejus dispositione constructæ sunt, ut ipse per cancellos solarii sui cuncta posset videre, quæcumque ab intrantibus vel exeuntibus quasi latenter fierent. Sed et ita omnia procerum habitacula a terrâ erant in sublime suspensa, ut sub eis non solum militum milites et eorum servitores, sed omne genus hominum ab injuriis imbrium vel nivium, vel gelu, caminis possent defendi, et nequaquàm tamen ab oculis acutissimi Caroli valerent abscondi.»
136--page 259--_La nuit, il se levait pour les matines_...
Eginh. in Kar. M., c. XXVI. «Ecclesiam mane et vespere, item nocturnis horis et sacrificii tempore, quoad eum valetudo permiserat, impigrè frequentabat.»--Mon. Sangall., l. I, c. XXXIII: «Gloriosissimus Carolus ad nocturnas laudes pendulo et profundissimo pallio utebatur.»
137--page 259--_Portrait de Charlemagne_...
Eginh. in Kar. M., c. XXII. «Corpore fuit amplo atque robusto, staturâ eminenti, quæ tamen justam non excederet... apice corporis rotundo, oculis prægrandibus ac vegetis, naso paululum mediocritatem excedente... Cervix obesa et brevior, venterque projectior... Voce clarâ quidem, sed quæ minùs corporis formæ conveniret.--Medicos pene exosos habebat, quod ei in cibis assas, quibus assuetus erat, dimittere, et elixis adsuescere suadebant.»--Permis aux grandes Chroniques de Saint-Denys, écrites si longtemps après, de dire qu'il fendait un chevalier d'un coup d'épée, et qu'il portait un homme armé debout sur la main. On a proportionné l'empereur à l'empire, et conclu que celui qui régnait de l'Elbe à l'Èbre devait être un géant.
138--page 259--_C'était plaisir de les voir cavalcader derrière lui_...
Id. ibid., c. XIX: «Numquàm iter sine illis faceret. Adequitabant ei filii, filiæ vero pone sequebantur... Quæ cùm pulcherrimæ essent et ab eo plurimum diligerentur, mirum dictu quod nullam earum cuiquam aut suorum aut exterorum nuptum dare voluit. Sed omnes secum usque ad obitum suum in domo suâ retinuit, dicens se earum contubernio carere non posse. Ac propter hoc, alias felix, adversæ fortunæ malignitatem expertus est. Quod tamen ita dissimulavit, ac si de eis nunquam alicujus probri suspicio exorta, vel fama dispersa fuisset.»
139--page 260--... _la dissonance reparaissait toujours_...
V. un passage curieux d'une vie de saint Grégoire, ap. Scrip. Rer. Fr. t. V, p. 445.--V. aussi la vie de Charlemagne, par un moine d'Angoulême (ap. Scr. Fr. V, 185).--Mon. Sangall., l. 1, c. X. «Voyant avec douleur que le chant était divers selon les diverses provinces, il demanda au pape douze clercs instruits dans la psalmodie. Mais, par malice, lorsqu'on les eut dispersés de côté et d'autre, ils se mirent à enseigner tous des méthodes différentes. Charles indigné se plaignit au pape, et le pape les mit en prison.»
140--page 265--_Charlemagne fit recueillir les vieux chants nationaux de l'Allemagne_...
Eginh. in Kar. M., c. XXIX. «Barbara et antiquissima carmina, quibus veterum regum actus ac bella canebantur, scripsit, memoriæque mandavit. Inchoavit et grammaticam patrii sermonis.»--Suivant Éginhard (c. XIV) Charlemagne donna au mois des noms significatifs dans la langue allemande (mois d'hiver, mois de boue, etc.); mais, selon la remarque de M. Guizot, on les trouve en usage chez différents peuples germains avant le temps de Charlemagne.
141--page 266--... _parlant souvent la langue latine_...
Eginh. in Kar: M. c. XXV. «Latinam ita didicit, ut æque, illâ ac patriâ linguâ orare esset solitus; græcam vero melius intelligere quam pronunciare poterat.»--Poeta Saxon., l. V, ap. Scr. Fr. V, 176:
..... Solitus linguâ sæpe est orare latinâ; Nec græcæ prorsus nescius extiterat.
«Telle était sa faconde, qu'il en ressemblait à un pédagogue (ut didasculus appareret; alibi dicaculus, petit plaisant).»
142--page 270--_Dans les Capitulaires, le ton pédantesque_...
On pourrait multiplier les exemples. Capitul. anni 802, ap. Scr. Fr. V, 659. «Placuit ut unusquisque ex propriâ personâ se in sancto Dei servitio secundum Dei præceptum et secundum sponsionem suam pleniter conservare studeat secundum intellectum et vires suas; quia ipse domnus imperator non omnibus singulariter necessariam potest exhibere curam.» Capitul. anni 806, ibid. 677. «Cupiditas in bonam partem potest accipi et in malam. In bonam juxta apostolum, etc.--Avaritia est alienas res appetere, et adeptas nulli largiri. Et juxta apostolum, hæc est radix omnium malorum. Turpe lucrum exercent qui per varias circumventiones lucrandi causâ inhoneste res quaslibet congregare decertant.»
143--page 270--_Les livres Carolins contre l'adoration des images_...
Carol. libr. I, c. XXI. «Solus igitur Deus colendus, solus adorandus, solus glorificandus est, de quo per prophetam dicitur: exaltatum est nomen ejus solius, etc.»
144--p. 271--... _son fils Louis ayant restitué toutes les spoliations de Pepin_...