Histoire de France - Moyen Âge; (Vol. 1 / 10)

Part 35

Chapter 353,539 wordsPublic domain

L'expédition de Theudebert ne fut pas la dernière des Francs en Italie. En 584, le roi Childebert alla en Italie; ce qu'apprenant les Lombards, et craignant d'être défaits par son armée, ils se soumirent à sa domination, lui firent beaucoup de présents, et promirent de lui demeurer fidèles et soumis. Le roi, ayant obtenu d'eux ce qu'il désirait, retourna dans les Gaules, et ordonna de mettre en mouvement une armée qu'il fit marcher en Espagne. Cependant il s'arrêta. L'empereur Maurice lui avait donné, l'année précédente, cinquante mille sols d'or pour chasser les Lombards de l'Italie. Ayant appris qu'il avait fait la paix avec eux, il redemanda son argent; mais le roi, se confiant en ses forces, ne voulut pas seulement lui répondre là-dessus.» Greg. Tur., l. VI, c. XLII.

85--page 169--_Les Saxons se tourneront vers l'Océan_...

Sidon. Apollin., l. VIII, Epist. IX: «Istic (à Bordeaux) Saxona cærulum videmus assuetum antè salo, solum timere. «Carmen VIII:

Quin et Armoricus piratam Saxona tractus Sporabat, cui pelle salum sulcare Britannum Ludus, et assuto glaucum mare findere lembo.

86--page 169--_Les successeurs de Clovis s'abandonnent aux conseils des Romains_...

Clovis lui-même choisit des Romains pour les envoyer en ambassade, Aurelianus en 481, Paternus en 507 (Greg. Tur. Epist., c. XVIII, XXV). On rencontre une foule de noms romains autour de tous les rois germains: un Aridius est le conseiller assidu de Gondebaud (Greg. Tur., l. II, c. XXXII).--Arcadius, sénateur arverne, appelle Childebert Ier dans l'Auvergne et s'entremet pour le meurtre des enfants de Clodomir (Id., l. III, c. IX, XVIII).--Asteriolus et Secundinus, «tous deux sages et habiles dans les lettres et la rhétorique,» avaient beaucoup de crédit (en 547) auprès de Theudebert (Ibid., c. XXXIII).--Un ambassadeur de Gontran se nomme Félix (Greg. Tur., l. VIII, c. XIII); son _référendaire_, Flavius (l. V, c. XLVI). Il envoie un Claudius pour tuer Eberulf dans Saint-Martin de Tours (l. VII, c. XXIX).--Un autre Claudius est _chancelier_ de Childebert II (Greg. de Mirac. S. Martini, l. IV).--Un _domestique_ de Brunehaut se nomme Flavius (Greg. Tur., l. IX, c. XIX). À son favori Protadius succède «le Romain Claudius, fort lettré et agréable conteur» (Fredegar., c. XXVIII). Dagobert a pour ambassadeurs Servatus et Paternus, pour généraux Abundantius et Venerandus, etc. (Gesta Dagoberti, _passim_)... etc., etc.--Sans doute plus d'un roi mérovingien perdit dans ce contact avec les vaincus la rudesse barbare, et voulut apprendre avec ses favoris l'élégance latine: Fortunat écrit à Charibert:

Floret in eloquio lingua latina tuo. Qualis es in proprià docto sermone loquelà Qui nos Romano vincis in eloquio?

--«Sigebertus erat elegans et versutus.»--Sur Chilpéric, V. plus bas.--Les Francs semblent avoir eu de bonne heure la perfidie byzantine: «Franci mendaces, sed hospitales (sociables?).» Salvian., l. VII, p. 169. «Si pejeret Francus, quid novi faceret; qui perjurium ipsum sermonis genus esse putat, non criminis.» Salvian., l. IV, c. XIV.--«Franci, quibus familiare est ridendo fidem frangere.» Flav. Vopiscus in Proculo.

87--page 171--_Le Romain Mummole bat les Saxons_...

Lorsque les Saxons rentrèrent dans leur pays, ils trouvèrent la place prise: «Au temps du passage d'Alboin en Italie, Clotaire et Sigebert avaient placé, dans le lieu qu'il quittait, des Suèves et d'autres nations; ceux qui avaient accompagné Alboin, étant revenus du temps de Sigebert, s'élevèrent contre eux et voulurent les chasser et les faire disparaître du pays; mais eux leur offrirent la troisième partie des terres, disant: «Nous pouvons vivre ensemble sans nous combattre.» Les autres, irrités parce qu'ils avaient auparavant possédé ce pays, ne voulaient aucunement entendre à la paix. Les Suèves leur offrirent alors la moitié des terres, puis les deux tiers, ne gardant pour eux que la troisième partie. Les autres le refusant, les Suèves leur offrirent toutes les terres et tous les troupeaux, pourvu seulement qu'il renonçassent à combattre; mais ils n'y consentirent pas, et demandèrent le combat. Avant de le livrer, ils traitèrent entre eux du partage des femmes des Suèves, et de celle qu'aurait chacun après la défaite de leurs ennemis qu'ils regardaient déjà comme morts; mais la miséricorde de Dieu, qui agit selon sa justice, les obligea de tourner ailleurs leurs pensées; le combat ayant été livré, sur vingt-six mille Saxons, vingt mille furent tués, et des Suèves, qui étaient six mille quatre cents, quatre-vingts seulement furent abattus, et les autres obtinrent la victoire. Ceux des Saxons qui étaient demeurés après la défaite jurèrent, avec des imprécations, de ne se couper ni la barbe ni les cheveux jusqu'à ce qu'ils se fussent vengés de leurs ennemis; mais ayant recommencé le combat, ils éprouvèrent encore une plus grande défaite, et ce fut ainsi que la guerre cessa.» Greg. Tur., l. V, c. XV. V. aussi Paul Diacre, De Gestis Langobardorum, ap. Muratori, I.

88--page 173--_Frédégonde, entourée de superstitions païennes_...

Une affranchie, possédée de l'esprit de Python, riche, vêtue d'habits magnifiques, se réfugie auprès de Frédégonde. (Greg. Tur., l. VII, CXLIV.)--Claudius promet à Frédégonde et à Gontran de tuer Eberulf, meurtrier de Chilpéric, dans la basilique de Tours: «Et cùm iter ageret, ut consuetudo est barbarorum, auspicia intendere coepit. Simulque interrogare multos si virtus beati Martini de præsenti manifestaretur in perfidis.» C. XXIX.

Le paganisme est encore très fort à cette époque. Dans un concile où assistèrent Sonnat, évêque de Reims, et quarante évêques, on décide «que ceux qui suivent les augures et autres cérémonies païennes, ou qui font des repas superstitieux avec des païens, soient d'abord doucement admonestés et avertis de quitter leurs anciennes erreurs; que s'ils négligent de le faire, et se mêlent aux idolâtres et à tous ceux qui sacrifient aux idoles, ils soient soumis à une pénitence proportionnée à leur faute.» Flodoard, l. II, c. V.--Dans Grégoire de Tours (l. VIII, c. XV), saint Wulfilaïc, ermite de Trèves, raconte comment il a renversé (en 585) la Diane du lieu et les autres idoles.--Les conciles de Latran, en 402, d'Arles, en 452, défendent le culte des pierres, des arbres et des fontaines. On lit dans les canons du concile de Nantes, en 658: «Summo decertare debent studio episcopi et eorum ministri, ut arbores dæmonibus consecratæ quas vulgus colit, et in tantâ veneratione habet ut nec ramum nec surculum indè audeat amputare, radicitus excindantur atque comburantur. Lapides quoque quos in ruinosis locis et silvestribus dæmonum ludificationibus decepti venerantur, ubi et vota vovent et deferunt, funditus effodiantur, atque in tali loco projiciantur, ubi nunquàm a cultoribus suis inveniri possint. Omnibusque interdicatur ut nullus candelam vel aliquod munus alibi deferat nisi ad ecclesiam Domino Deo suo...» Sirmund., t. III, Conc. Galliæ. V. aussi le vingt-deuxième canon du Concile de Tours, en 567, et les Capitulaires de Charlemagne, ann. 769.

89--page 176--_Chilpéric faisait des vers en langue latine_...

Greg. Tur., liv. VII, CXLV.--«Sed versiculi illi, dit Grégoire de Tours, nulli penitus metricæ conveniunt rationi.» Liv. V, c. XLV.--Cependant la tradition lui attribue l'épitaphe suivante sur Saint-Germain-des-Prés:

Ecclesiæ speculum, patriæ vigor, ara reorum, Et pater, et medicus, pastor amorque gregis, Germanus virtute, fide, corde, ore beatus, Carne tenet tumulum, mentis honore polum. Vir cui dura nihil nocuerunt fata sepulcri: Vivit enim, nam mors quem tulit ipsa timet. Crevit adhùc potiùs justus post funera; nam qui Fictile vas fuerat, gemma superna micat. Hujus opem et meritum mutis data verba loquuntur, Redditus et cæcis prædicat ore dies. Nunc vir apostolicus, rapiens de carne trophæum, Jure triumphali considet arce throni. (Apud Aimoin., l. III, c. x.)

Il ajouta des lettres à l'alphabet... «et misit epistolas in universas civitates regni sui, ut sic pueri docerentur, ac libri antiquitus scripti, planatipumice rescriberentur.» Greg. Tur., l. V, XLV.

90--page 176--... _combien il ménageait l'Église_...

Voy. dans Grég. de Tours (l. VI, c. XXII) sa clémence envers un évêque qui avait dit, entre autres injures, qu'en passant du royaume de Gontran dans celui de Chilpéric, il passait de paradis en enfer.--Cependant, ailleurs il se plaint amèrement des évêques (ibid., l. VI, c. XLVI): «Nullum plus odio habens quàm ecclesias: aiebat enim plerùmque: Ecce pauper remansit fiscus noster, ecce divitiæ nostræ ad ecclesias sunt translatæ; nulli penitus, ni soli episcopi regnant: periit honor noster, et transiit ad episcopos civitatum.»

91--page 186.--_Les grands du Midi accueillirent Gondovald_...

«Comme Gondovald cherchait de tous côtés des secours, quelqu'un lui raconta qu'un certain roi d'Orient, ayant enlevé le pouce du martyr saint Serge, l'avait implanté dans son bras droit, et que lorsqu'il était dans la nécessité de repousser ses ennemis, il lui suffisait d'élever le bras avec confiance; l'armée ennemie, comme accablée de la puissance du martyr, se mettait en déroute. Gondovald s'informa avec empressement s'il y avait quelqu'un en cet endroit qui eût été jugé digne de recevoir quelques reliques de saint Serge. L'évêque Bertrand lui désigna un certain négociant nommé Euphron, qu'il haïssait, parce qu'avide de ses biens, il l'avait fait raser autrefois, malgré lui, pour le faire clerc, mais Euphron passa dans une autre ville et revint lorsque ses cheveux eurent repoussé. L'évêque dit donc: «Il y a ici un certain Syrien nommé Euphron, qui, ayant transformé sa maison en une église, y a placé les reliques de ce saint; et, par le pouvoir du martyr, il a vu s'opérer plusieurs miracles, car, dans le temps que la ville de Bordeaux était en proie à un violent incendie, cette maison, entourée de flammes, en fut préservée.» Aussitôt Mummole courut promptement avec l'évêque Bertrand à la maison du Syrien, y pénétra de force, et lui ordonna de montrer les saintes reliques. Euphron s'y refusa; mais, pensant qu'on lui tendait des embûches par méchanceté, il dit: «Ne tourmente pas un vieillard et ne commets pas d'outrages envers un saint; mais reçois ces cent pièces d'or et retire-toi.» Mummole insistant, Euphron lui offrit deux cents pièces d'or; mais il n'obtint point à ce prix qu'ils se retirassent sans avoir vu les reliques. Alors Mummole fit dresser une échelle contre la muraille (les reliques étaient cachées dans une châsse au haut de la muraille, contre l'autel), et ordonna au diacre d'y monter. Celui-ci, étant donc monté au moyen de l'échelle, fut saisi d'un tel tremblement lorsqu'il prit la châsse, qu'on crut qu'il ne pourrait descendre vivant. Cependant, ayant pris la châsse attachée à la muraille, il l'emporta. Mummole, l'ayant examinée, y trouva l'os du doigt du saint, et ne craignit pas de le frapper d'un couteau. Il avait placé un couteau sur la relique et frappait dessus avec un autre. Après bien des coups qui eurent grand'peine à le briser, l'os, coupé en trois parties, disparut soudainement. La chose ne fut pas agréable au martyr, comme la suite le montra bien.»--Ces Romains du Midi respectaient les choses saintes et les prêtres bien moins que les hommes du Nord. On voit un peu plus loin qu'un évêque ayant insulté le prétendant à table, les ducs Mummole et Didier l'accablèrent de coups.--Greg. Tur., l. VII, ap. Scr. Rer. Fr., t. II, p. 302.

92--page 197--_Dagobert, le Salomon des Francs_...

Fredegar., c. LX: «Luxuriæ suprà modum deditus, tres habebat, ad instar Salomonis, reginas, maximè et plurimas concubinas... Nomina concubinarum, eò quod plures fuissent, increvit huic chronicæ inseri.»

93--page 198--_Les Saxons défaits par les Francs_, etc...

Gesta Dagob., c. I. ap. Scr. Rer. Fr., II, 580. «Clotharius tum præcipue illud memorabile suæ potentiæ posteris reliquit indicium, quod rebellantibus adversus se Saxonibus, ita eos armis perdomuit, ut omnes virilis sexus ejusdem terræ incolas, qui gladii, quem tùm forte gerebat, longitudinem excesserint, peremerit.»

94--page 198--... _le Franc Samo_...

Fredegar., c. XLVIII. «Homo quidam, nomine Samo, natione Francus, de pago Sennonago, plures secum negotiantes adscivit; ad exercendum negotium in Sclavos, cognomento Winidos, perrexit. Sclavi jàm contra Avaros, cognomento Chunos... coeperant bellare... Cùm Chuni in exercitu contra gentem quamlibet adgrediebant, Chuni pro castris adunato illorum exercitu stabant; Winidi vero pugnabant, etc... Chuni ad hyemandum annis singulis in Sclavos veniebant; uxores Sclavorum et filias eorum stratu sumebant... Winidi, cernentes utilitatem Samonis, eum super se eligunt regem. Duodecim uxores ex genere Winidorum habebat.»

95--page 198--_Les Avares défaits par une perfidie_...

Fredegar., c. LXXII: «Cùm dispersi per domos Bajoariorum ad hyemandum fuissent, consilio Francorum Dagobertus Bajoariis jubet ut Bulgaros illos cum uxoribus et liberis unusquisque in domo suâ in unâ nocte Bajoarii interficerent: quod protinùs a Bajoariis est impletum.»

96--page 199--... _des chorévêques_...

[Grec: Tou chôrou episkopoi],--Dans les Capitulaires de Charlemagne, on les nomme: «Episcopi villani;»--Hincmar, opusc. 33, c. XVI: _vicani_.--Canones Arabici Nicænæ Synodi: «Chorepiscopus est loco episcopi, super villas et monasteria, et sacerdotes villarum.»--Voy. le Glossaire de Ducange, t. II.

97--page 199--_Les évêques du Midi, trop civilisés_...

Saint Domnole, aimé de Clotaire pour avoir souvent caché ses espions du vivant de Childebert, allait en récompense être élevé au siège d'Avignon. Mais il supplie le roi «ne permitteret simplicitatem illius inter senatores sophisticos ac judices philosophicos fatigari». Clotaire le fit évêque du Mans. Greg. Turon., l. VI, c. IX.

98--page 207--«_Les Irlandais sont meilleurs astronomes_, etc...»

Dans l'île d'Anglesey, il y a deux places appelées encore le Cercle de l'Astronome, _Cærrig-Bruydn_, et la Cité des Astronomes, _Cær-Edris_. Rowland, Mona antiqua, p. 84. Low, Hist. of Scotl., p. 277.

99--page 207--_En Irlande on baptisait avec du lait_...

Carpentier, Suppl. au Gloss. de Ducange: In Hyberniâ lac adhibitum fuisse ad baptizandos divitum filios, qui domi baptizabantur, testis est Bened, abbas Petroburg.» T. I, p. 30. (On plongeait trois fois les enfants dans de l'eau, ou dans du lait si les parents étaient riches; le Concile de Cashel (1171) ordonna de baptiser à l'église.)--Ex Concil. Neocesariensi, in vet. Poenitentiali, discimus infantem posse baptizari inclusum in utero materno, cujus hæc sunt verba: «Prægnans mulier baptizetur, et postea infans.»--On voyait souvent en Irlande des évêques mariés. O'Halloran, t. III.--Au neuvième siècle, les Bretons se rapprochaient par la liturgie et la discipline de l'Église bretonne anglaise. Louis-le-Débonnaire, remarquant que les religieux de l'abbaye de Landévenec portaient la tonsure dans la forme usitée chez les Bretons insulaires, leur ordonna de se conformer en cela, comme en tout, aux décisions de l'Église de Rome. D. Lobineau, preuves II, 26.--D. Morice, preuves I, 228.

100--page 210--_Saint Colomban dans les Vosges_, etc...

Nous avons son éloquente réponse à un concile assemblé contre lui.--Biblioth. max. Patrum, III, Epist. 2, ad Patres cujusdam gallicanæ super quæstiones paschæ congregatæ: «Unum deposco a vestrâ sanctitate ut... quia hujus diversitatis author non sim, ac pro Christo salvatore, communi Domino ac Deo, in has terras peregrinus processerim, deprecor vos per communem Dominum qui judicaturum... ut mihi liceat cum vestrâ pace et charitate in his sylvis silere et vivere juxtà ossa nostrorum fratrum decem et septem defunctorum, sicut usque nunc licuit nobis inter vos vixisse duodecim annis... Capiat nos simul, oro, Gallia, quos capiet regnum coelorum, si boni simus meriti. Confiteor conscientiæ meæ secreta, quod plus credo traditioni patriæ meæ...»

101--page 213--_La règle de saint Colomban_...

Bibl. max. PP., XII, p. 2. La base de la discipline est l'obéissance absolue, jusqu'à la mort. «Obedientia usque ad quem modum definitur? Usque ad mortem certe, quia Christus usque ad mortem obedivit Patri pro nobis.»--Quelle est la mesure de la prière?: «Est vera orandi traditio, ut possibilitas ad hoc destinati sine fastidio voti prævaleat.» Celui qui perd l'hostie aura pour punition un an de pénitence.--Qui la laisse manger aux vers, six mois.--Qui laisse le pain consacré devenir rouge, vingt jours.--Qui le jette dans l'eau par mépris, quarante jours.--Qui le vomit par faiblesse d'estomac, vingt jours;--par maladie, dix jours.--Six coups, douze coups, douze psaumes à réciter, etc., pour celui qui n'aura pas répondu amen au bénédicité, qui aura parlé en mangeant, qui n'aura pas fait le signe de la croix sur sa cuiller (qui non signaverit cochlear quo lambit), ou sur la lanterne allumée par un plus jeune frère.--Cent coups à celui qui fait un ouvrage à part.--Dix coups à celui qui a frappé la table de son couteau ou qui a répandu de la bière.--Cinquante à celui qui ne s'est pas courbé pour prier, qui n'a pas bien chanté, qui a toussé en entonnant les psaumes, qui a souri pendant l'oraison, ou qui s'amuse à conter des histoires.--Celui qui raconte un péché déjà expié sera mis au pain et à l'eau pour un jour (pour que l'on ne réveille pas en soi les tentations passées?).--«Si quis monachus dormierit in unâ domo cum muliere, duos dies in pane et aquâ; si nescivit quod non debet, unum diem.--Castitas vera monachi in cogitationibus judicatur... et quid prodest virgo corpore, si non sit virgo mente?»

102--page 213--_Saint Gall resta en Suisse_...

Pour se dispenser de suivre Colomban en Italie, saint Gall prétendait avoir la fièvre... «Ille vero existimans eum pro laboribus ibi consummandis amore loci detentum, viæ longioris detrectare laborem, dicit ei: Scio, frater, jam tibi onerosum esse tantis pro me laboribus fatigari; tamen hoc discessurus denuntio, ne, vivente me in corpore, missam celebrare præsumas.»--Un ours vint servir saint Gall dans sa solitude, et lui apporter du bois pour entretenir son feu. Saint Gall lui donna un pain: «Hoc pacto montes et colles circumpositos habeto communes.» Poétique symbole de l'alliance de l'homme et de la nature vivante dans la solitude.

103--page 216--_Le maire du palais choisi par le roi_...

«In infantiâ Sigiberti omnes Austrasii, cùm eligerent Chrodinum majorem domûs... Ille respuens... Tunc Gogonem eligunt.» Greg. Tur., Epitom., c. LVIII.--Ann. 628. «Defuncto Gundoaldo..., Dagobertus rex Erconaldum, virum illustrem, in majorem domûs statuit...»--656. «Defuncto Erconaldo..., Franci, in incertum vacillantes, præfinito consilio Ebruino hujus honoris altitudine majorem domo in aulâ regis statuunt» (Dagobert était mort et ils avaient _élu_ pour roi Clotaire III). Gesta Reg. Fr., c. XXLII, XLV.--626. «Clotarius II... cum proceribus et leudis Burgundiæ Trecassis conjungitur, cùm eos sollicitâsset, si vellent mortuo jàm Warnachario, alium in ejus honoris gradum sublimare. Sed omnes, unanimiter denegantes, se nequaquàm velle majorem domus eligere, regisgratiam obnixe petentes cum rege transigere...» Fredegar., c. LIV, ap. Scr. Fr., II, 435.--641. «Flaochatus, genere Francus, Major domûs in regnum Burgundiæ, electione pontificum et cunctorum ducum, à Nantichilde reginâ in hunc gradum honoris nobiliter stabilitur.» Id. c. LXXXIX, ibid. 447.--M. Pertz, dans son ouvrage intitulé: «Geschichte der Merowingischen Hausmeier (1819),» a réuni tous les noms par lesquels on désignait les maires du palais:--Major domûs regiæ, domûs regalis, domûs palatii, domûs in palatio, palatii, in aulâ.--Senior domûs.--Princeps domûs.--Princeps palatii.--Præpositus palatii.--Præfectus domûs regiæ.--Præfectus palatii.--Præfectus aulæ.--Rector palatii.--Nutritor et bajulus regis? (Fredeg. c. LXXXVI.)--Rector aulæ, imo totius regni.--Gubernator palatii.--Moderator palatii.--Dux palatii, Custos palatii et Tutor regni.--Subregulus.--Ainsi le maire devient presque le roi, et réciproquement _gouverner le royaume_ s'exprima par _gouverner le palais_. «Bathilda regina, quæ cum Chlotario, filio Francorum, regebat palatium.»

104--page 221--_Frédégaire exprime cet affaissement_...

Fredegarius, ap. Scr. Rer. Fr. II, 414: «Optaveram et ego ut mihi succumberet talis dicendi facundia, ut vel paululum esset ad instar. Sed rarius hauritur, ubi non est perennitas aquæ. Mundus jàm senescit, ideoque prudentiæ acumen in nobis tepescit, nec quisquam potest hujus temporis, nec præsumit oratoribus præcedentibus esse consimilis.»

105--page 223--_Arnulf né d'un père aquitain et d'une mère suève_...

Acta SS. ord. S. Ben., sæc. II.--Dans une Vie de saint Arnoul, par un certain Umno, qui prétend écrire par ordre de Charlemagne, il est dit: «Carolus... cui fuerat trivatus Arnolfus.--... regem Chlotarium, cujus filiam, Bhlithildem nomine, Ansbertus, vir aquitanicus præpotens divitiis et genere, in matrimonium accepit, de quâ Burtgisum genuit, patrem B. hujus Arnulfi.»--Et plus loin: «Natus est B. Arnulfus aquitanico patre, sueviâ matre in castro Lacensi (à Lay, diocèse de Tulle), in comitatu Calvimontensi.»

106--page 223--... _la famille des Ferroli_...

V. Lefebvre, Disquisit., et Valois, Rerum. Fr. lib. VIII et XVII. On trouve dans l'ancienne vie de saint Ferréol: «Sanctus Ferreolus, natione Narbonensis a nobilissimis parentibus originem duxit; hujus genitor Anspertus, ex magno senatorum genere prosapiam nobilitatis deducens, accepit Chlotarii, regis Francorum, filiam, vocabulo Blitil.»--Le moine Ægidius, dans ses additions à l'histoire des évêques d'Utrecht, composée par l'abbé Harigère, dit que Bodegisile ou Boggis, fils d'Anspert, possédait cinq duchés en Aquitaine. D'après cette généalogie, les guerres de Charles-Martel et Eudes, de Pepin et d'Hunald, auraient été des guerres de parents.

107--page 223--..._des mariages des familles ostrasiennes et aquitaines_...

V. l'importante charte de 845 (Hist. du Lang., I, preuves, p. 85, et notes, p. 688. L'authenticité en a été contestée par M. Rabanis). Les ducs d'Aquitaine Boggis et Bertrand épousèrent les Ostrasiennes Ode et Bhigberte. Eudes, fils de Boggis, épousa l'Ostrasienne Waltrude. Ces mariages donnèrent occasion à saint Hubert, frère d'Eudes, de s'établir en Ostrasie, sous la protection de Pepin, et d'y fonder l'évêché de Liège.

108--page 224--_Cette maison épiscopale de Metz_...

La maison Carlovingienne donne trois évêques de Metz en un siècle et demi, Arnulf, Chrodulf et Drogon. Les évêques étant souvent mariés avant d'entrer dans les ordres, transmettaient sans peine leur siège à leurs fils ou petits-fils. Ainsi les Apollinaires prétendaient héréditairement à l'évêché de Clermont. Grégoire de Tours dit au sujet d'un homme qui voulait le supplanter: «Il ne savait pas, le misérable, qu'excepté cinq, tous les évêques qui avaient occupé le siège de Tours étaient alliés de parenté à notre famille.» (L. V, c. L, ap. Scr. Fr. II, 264.)

109--page 226--_Charles-Martel, physionomie très peu chrétienne_...

À en croire quelques auteurs, la France, à cette époque, eût pensé devenir païenne.--Bonifac., Epist. 32, ann. 742: «Franci enim, ut seniores dicunt, plus quàm per tempus LXXX annorum synodum non fecerunt, nec archiepiscopum habuerunt, nec Ecclesiæ canonica jura alicubi fundabant vel renovabant.»--Hincmar., epist. 6, c. XIX. «Tempore Caroli principis... in Germanicis et Belgicis ac Gallicanis provinciis omnis religio Christianitatis pene fuit abolita, ita ut... multi jàm in orientalibus regionibus idola adorarent, et sine baptismo manerent.»

110--page 227--_Ce choc de deux races_... _immense massacre_...