Histoire de France - Moyen Âge; (Vol. 1 / 10)

Part 33

Chapter 333,445 wordsPublic domain

C'est à cette époque, vers 177, sous le règne de Marc-Aurèle, que l'on place les premières conversions et les premiers martyrs de la Gaule. Sulpic. Sever., Hist. sacra, ap. Scr. fr. I, 573: Sub Aurelio... persecutio quinta agitata ac tùm primùm intrà Gallias martyria visa.--Avec saint Pothin moururent quarante-six martyrs. Gregor. Turonens. de Glor. martyr., l. I, c. XLIX.--En 202, sous Sévère, saint Irénée, d'abord évêque de Vienne, puis successeur de saint Pothin, souffrit le martyre avec neuf mille (selon d'autres, dix-huit mille) personnes de tout sexe et de tout âge. Un demi-siècle après lui, saint Saturnin et ses compagnons auraient fondé sept autres évêchés. Passio S. Saturn., ap. Greg. Tur., l. I, c. XXVIII: «Decii tempore, viri episcopi ad prædicandum in Gallias missi sunt:...Turonicis Gatianus, Arelatensibus Trophimus, Narbonæ Paulus, Tolosæ Saturninus, Parisiacis Dionysius, Arvernis Stremonius, Lemovicinis Martialis, destinatus episcopus.--Le pape Zozime réclame la suprématie pour Arles. Epist. I, ad. Episc. Gall.

34--page 95--_Saint Martin._--_Saint Ambroise_...

Id. ibid., ap. Scr. Fr. I, 573. V. aussi Grég. de Tours, l. X, c. XXXI.--Saint Ambroise, qui se trouvait en même temps à Trèves, se joignit à lui (Ambros., Epist. 24, 26). Saint Martin avait fondé un couvent à Milan, dont saint Ambroise occupa bientôt le siège (Greg. Tur., l. X, c. XXXI). On sait quelle résistance Ambroise opposa aux Milanais qui l'appelaient pour évêque. Il fallut aussi employer la ruse, et presque la violence, pour faire accepter à saint Martin l'évêché de Tours. (Sulp. Sev., loco citato.)

35--page 97--_Pourquoi y a-t-il du mal au monde_...

Euseb. Hist. eccl., V, 37, ap. Gieseler's Kirchengeschichte, I, 139. [Grec: Poluthrullêton para tois airesiôtais zêtêma to pothen ê kakia;]--Tertullian., de præser. hæret., c. VII, ibid.: «Eædem materiæ hæreticos et philosophos volutantur, iidem retractus implicantur, unde malum et quare? et unde homo et quomodo?»

36--page 97--_Origène_...

S. Hieronym. ad Pammach.: «In libro [Grec: Êeri archôn] loquitur:... quod in hoc corpore quasi in carcere sunt animæ relegatæ, et antequàm homo fieret in Paradiso, inter rationales creaturas in coelestibus commoratæ sunt.»--Saint Jérôme lui reproche ensuite d'allégoriser tellement le Paradis, qu'il lui ôte tout caractère historique (quod sic Paradisum allegoriset, ut historiæ auferat veritatem, pro arboribus angelos, pro fluminibus virtutes coelestes intelligens, totamque Paradisi continentiam tropologicâ interpretatione subvertat). Ainsi, Origène rend inutile, en donnant une autre explication de l'origine du mal, le dogme du péché originel, et en même temps il en détruit l'histoire. Il en nie la nécessité, puis la réalité.--Il disait aussi que les démons, anges tombés comme les hommes, viendraient à résipiscence, et seraient heureux avec les saints (et cum sanctis ultimo tempore regnaturos). Ainsi cette doctrine, toute stoïcienne, s'efforçait d'établir une exacte proportion entre la faute et la peine; elle rendait l'homme seul responsable; mais la terrible question revenait tout entière; il restait toujours à expliquer comment le mal avait commencé dans une vie antérieure.

37--page 99 note--_Pélage, en niant le péché originel,_ etc...

«Quærendum est, peccatum voluntatis an necessitatis est! Si necessitatis est peccatum, non est; si voluntatis, vitari potest.» Donc, ajoutait-il, l'homme peut être sans péché; c'est le mot de Théodore de Mopsueste: «Quærendum utrum debeat homo sine peccato esse? Procul dubio debet. Si debet, potest. Si præceptum est, potest.»--Origène aussi ne demandait pour la perfection que «la liberté aidée de la loi et de la doctrine».

38--page 106, note--... _les dévoués des Galls et des Aquitains_...

Cæsar, B. Gall, l. III, c. XXII: «Devoti, quos illi soldurios appellant... Neque adhùc repertus est quisquam qui, eo interfecto, cujus se amicitiæ devovisset, mori recusaret.»--Athenæus, l. VI, c. XIII:... [Grec: Adiatomon ton tôn Sôtianôn basilea (ethnos de touto Keltikon) exakosious echein logadas peri auton, ous kaleisthai upo Galatôn Silodourous ellênisti euchôlimaious].--Zaldi ou Saldi, cheval, dans la langue basque.

39--page 109--_Quelques mots grecs dans l'idiome celtique_...

M. Champollion-Figeac en a reconnu jusque dans le Dauphiné.--On retrouve à Marseille, sous forme chevaleresque, la tradition de la reconnaissance d'Ulysse et de Pénélope.--Naguère encore l'Église de Lyon suivait les rites de l'Église grecque.--Il paraît que les médailles celtiques antérieures à la conquête romaine offrent une grande ressemblance avec les monnaies macédoniennes. Caumont, Cours d'Antiq. monument., I, 249.--Tout cela ne me semble pas suffisant pour conclure que l'influence grecque ait modifié profondément, intimement, le génie gaulois. Je crois plutôt à l'analogie primitive des deux races qu'à l'influence des communications.

40--page 110--_Si nous en croyons les Romains, leur langue prévalut dans la Gaule_...

S. August., de Civ. Dei, l. XIX, c. VII: «At enim opera data est ut imperiosa civitas non solùm jugum, verum etiam linguam suam domitis gentibus, per pacem societatis, imponeret.»

Val. Max., l. II, c. II: «Magistratus verô prisci, quantopere suam populique romani majestatem retinentes se gesserint, hinc cognosci potest, quod, inter cætera obtinendæ gravitatis indicia, illud quoque magnâ cum perseverantiâ custodiebant, ne Græcis unquam nisi latine responsa darent. Quin etiam ipsâ linguæ volubilitate, quâ plurimum valent, excussâ, per interpretem loqui cogebant; non in urbe tantùm nostrâ, sed etiam in Græciâ et Asiâ; quo scilicet latinæ vocis honos per omnes gentes venerabilior diffunderetur.»

L. _Decreta_, D. l. XLII, t. I: «Decreta a prætoribus latine interponi debent.»--Tibère s'excusa auprès du sénat d'employer le mot grec de _monopole_... «Adeo ut monopolium nominaturus, prius veniam postulant quôd sibi verbo peregrino utendum esset; atque etiam in quodam decreto patrum, cùm [Grec: emblêma] recitaretur, commutandam censuit vocem.» Suet. in Tiber., c. LXXI.

41--page 112--_Dans le langage_... _des traces de l'idiome national_...

Dès le huitième siècle, le mariage des deux langues gauloise et latine paraît avoir donné lieu à la formation de la langue romane. Au neuvième siècle, un Espagnol se fait entendre d'un Italien (Acta SS. Ord. S. Ben., sec. III, P. 2a, 258). C'est dans cette langue romane _rustique_ que le concile d'Auxerre défend de faire chanter par des jeunes filles des cantiques mêlés de latin et de roman, tandis qu'au contraire ceux de Tours, de Reims et de Mayence (813, 847) ordonnent de traduire les prières et les homélies; c'est enfin dans cette langue qu'est conçu le fameux serment de Louis-le-Germanique à Charles-le-Chauve, premier monument de notre idiome national.--Le latin et le gaulois durent, sans aucun doute, y entrer, suivant les localités, dans des proportions très différentes. Un Italien a pu écrire, vers 960: «Vulgaris nostra lingua quæ latinitati vicina est» (Martène, Vet. Scr. I, 298): ce qui explique pourquoi la langue vulgaire provençale était commune à une partie de l'Espagne et de l'Italie; mais rien ne nous dit qu'il en fût de même de la langue vulgaire du milieu et du nord de la Gaule. Grégoire de Tours (l. VIII), en racontant l'entrée de Gontran à Orléans, distingue nettement la langue latine de la langue vulgaire. En 995, un évêque prêche en gaulois (gallice. Concil. Hardouin, V, 734). Le moine de Saint-Gall donne le mot _veltres_ (lévriers) pour un mot de la langue gauloise (gallica lingua). On lit dans la vie de saint Columban (Acta SS. sec. II, p. 17): «Ferusculam, quam vulgo homines _squirium_ vocant (un écureuil).» Il est curieux de voir poindre ainsi peu à peu, dans un patois méprisé, notre langue française.

42--page 113--_La langue vulgaire des Gaulois, analogue aux dialectes gallois_, etc...

_Alb_, d'où: Alpes, Albanie; _penn_, pic, d'où Apennins, Alpes Pennines.--_Bardd_, [Grec: Bardoi], ap. Strab., l. IV, et Diod., l. V. Bardi, ap. Amm. Marc., l. XV, etc.--_Derwydd_ (V. note, p. 43); aujourd'hui encore en Irlande, _Drui_ signifie magicien; _Druidheacht_, magie; Toland's Letters, p. 58. Dans le pays de Galles, on appelle les amulettes de verre: _gleini na Droedh_, verres des druides.--_Trimarkisia_, de _tri_, trois, et _marc_, cheval. Owen's welsch Dictionn. Armstrong's gael dict. «Chaque cavalier gaulois, dit Pausanias, l. X, ap. Scr. fr. I, 469) est suivi de deux serviteurs qui lui donnent au besoin leurs chevaux; c'est ce qu'ils appellent dans leur langue Trimarkisia ([Grec: trimarkisia]), du mot celtique _marca_.»--À ces exemples, on en pourrait joindre beaucoup d'autres. On retrouve le _gæsum_. (javelot gaulois) des auteurs classiques dans les mots galliques: _gaisde_, armé; _gaisg_, bravoure, etc. Le _cateia_, dans _gath-teht_ (prononcez ga-té). La _rotta_, ou _chrotta_ (Fortunat., VII, 8), dans le gaélique _cruit_, le cymrique _crwdd_, est la _roite_ du moyen âge.--Le _sagum_, dans l'armoric _sae_, etc., etc.

43--page 113--_Le premier vers de l'Énéide, le Fiat lux_, etc...

Il n'y a pas un homme illettré en Irlande, Galles et Écosse du Nord, qui ne comprenne:

Arma virumque(ac) cano Trojæ qui primus ab oris. GAELIQ. _Arm agg fer can pi pim fra or._ GALLOIS. _Arvau ac gwr canwyv Troiaub cw priv o or._

[Grec: Gênêtêthô phaos kai egeneto phaos.] _G'ennnet pheos agg genneth pheor,_ _Ganed fawdd ac y genid fawdd_

Fiat lux et (ac) lux facta fuit. _Feet lur agg lur feet fet._ _Tydded lluch a lluch a feithied._

Cambro-Briton, janvier 1822.

44--page 113--_Analogies dans les mots_, etc...

ARDENNÆ: l'article _ar_, et _den_ (cymr.), _don_ (bas-bret.), _domhainn_ (gaël.), profond.--ARELATE: _ar_, sur, et _lath_ (gaël), _llaeth_ (cymr.), marais.--AVENIO: _abhainn_ (gaël), _avon_ (cymr.), eau.--BATAVIA: _bat_, profond, et _av_, eau.--GENABUM (Orléans, et de même GENÈVE): _cen_, pointe, et _av_, eau.--MORINI (le Boulonnais): _môr_, mer.--RHODANUS: _rhed-an_, _rhod-an_, eau rapide (Adelung. Dict. gaël. et welsch.), etc.

45--page 114--... _le même mot plus rapproché des dialectes celtiques que du latin_...

On peut citer les exemples suivants:

_Breton. Gallois. Irlandais. Latin._

Bâton batta baculus. Bras braich brachium. Carriole, chariot carr carr currus. Chaîne chadden caddan catena. Chambre cambr camera. Cire ceir cera. Dent dant dens. Glaive Glaif gladius. Haleine halan alan halitus. Lait laeth laith lac, lactis. Matin mintin madin manè, matutinus. Prix pris pris pretium. Soeur choar seuar soror.

46--page 115--... _à une époque où l'union du monde celtique n'était pas rompue encore_...

Ces idées que je hasarde ici trouvent leur démonstration complète et invincible dans le grand ouvrage que M. Edwards va publier sur les langues de l'occident de l'Europe. Puisque j'ai rencontré le nom de mon illustre ami, je ne puis m'empêcher d'exprimer mon admiration sur la méthode vraiment scientifique qu'il suit depuis vingt ans dans ses recherches sur l'histoire naturelle de l'homme. Après avoir pris d'abord son sujet du point de vue extérieur (_Influence des agents physiques sur l'homme_), il l'a considéré dans son principe de classification (_Lettres sur les races humaines_). Enfin il a cherché un nouveau principe de classification dans le _langage_, et il a entrepris de tirer du rapprochement des langues les lois philosophiques de la parole humaine. C'est avoir saisi le point par où se confondent l'existence extérieure de l'homme et sa vie intime.--Ceci était écrit en 1832.--En 1842, nous avons eu le malheur de perdre cet excellent ami.--M. Edwards, né dans les colonies anglaises, était originaire du pays de Galles.

47--page 117--... _les églises servaient de tribunaux en Irlande_...

Partout où le christianisme ne détruisit pas les cercles druidiques, ils continuèrent à servir de cours de justice.--En 1380, Alexandre lord de Stewart Badenach tint cour _aux pierres debout_ (the Standing Stones) du conseil de Kingusie.--Un canon de l'Église écossaise défend de tenir des cours de justice dans les églises.

48--page 118--... _en Bretagne_... _une douzaine de femmes_...

Guillelm. Pictav., ap. Scr. Fr. XI, 88: «La confiance de Conan II était entretenue par le nombre incroyable de gens de guerre que son pays lui fournissait; car il faut savoir que dans ce pays, d'ailleurs fort étendu, un seul guerrier en engendre cinquante; parce que, affranchis des lois de l'honnêteté et de la religion, ils ont chacun dix femmes, et même davantage.»--Le comte de Nantes dit à Louis-le-Débonnaire: «Coeunt frater et ipsa soror, etc.» Ermold. Nigellus, l. III, ap. Scr. Fr. VI, 52.--Hist. Brit. Armoricæ, ibid. VII, 52: «Sorores suas, neptes, consanguineas, atque alienas mulieres adulterantes, necnon et hominum, quod pejus est, interfectores... diabolici viri.»--César disait des Bretons de la Grande-Bretagne: «Uxores habent deni duodenique inter se communes, et maxime fratres cum fratribus et parentes cum liberis. Sed si qui sunt ex his nati, eorum habentur liberi, a quibus primùm virgines quæque ductæ sunt.» Bell. Gall., l. V, c. XIV.--V. aussi la lettre du synode de Paris à Nomenoé (849), ap. Scr. Fr. VII, 504, et celle du concile de Savonnières aux Bretons (859), ibid., 584.

49--page 118--_Les Bretons qui se louaient partout_...

Ducange, Glossarium. On disait: un _Breton_ pour un soldat, un routier, un brigand. Guibert, de Laude B. Mariæ, c. X.--Charta an. 1395: «Per illas partes transierunt gentes armorum, Britones et pillardi, et amoverunt quatuor jumenta.»--On disait aussi _Breton_, pour: conseiller de celui qui se bat en duel. Édit de Philippe-le-Bel: «... et doit aler cius ki a apelet devant, et ses _Bretons_ porte sen escu devant lui.» Carpentier, Supplément au Glossaire de Ducange.--(Breton, bretteur? bretailleur?)--Willelm. Malmsbur., ap. Scr. Fr. XIII, 13: «Est illud genus hominum egens in patriâ, aliàsque externo ære laboriosæ vitæ mercatur stipendia; si dederis, nec vilia, sine respectu juris et cognationis, detrectans prælia; sed pro quantitate nummorum ad quascumque voles partes obnoxium.»

50--page 118--... _la femme, objet du plaisir_...

Elle est esclave chez les Germains même, comme chez les Celtes. C'est la loi commune des âges où règne sans partage la brutalité de la force.

Strabon, Dion, Solin, saint Jérôme, s'accordent sur la licence des moeurs celtiques.--O'Connor dit que la polygamie était permise chez eux; Derrick, qu'ils changeaient de femme une fois ou deux par an; Campion, qu'ils se mariaient pour un an et un jour.--Les Pictes d'Écosse prenaient leurs rois de préférence dans la ligne féminine (Fordun, apud Low, Hist. of Scotland); de même chez les Naïrs du Malabar, dans le pays le plus corrompu de l'Inde, la ligne féminine est préférée, la descendance maternelle semblant seule certaine.--C'est peut-être comme mères des rois que Boadicea et Cartismandua sont reines des Bretons, dans Tacite.--Les lois galloises limitent à trois cas le droit qu'a le mari de battre sa femme (lui avoir souhaité malheur à sa barbe, avoir tenté de le tuer, ou commis adultère). Cette limitation même indique la brutalité des maris.--Cependant l'idée de l'égalité apparaît de bonne heure dans le mariage celtique. Les Gaulois, dit César (B. Gall., lib. VI, 17) apportaient une portion égale à celle de la femme, et le produit du tout était pour le survivant. Dans les lois de Galles, l'homme et la femme pouvaient également demander le divorce. En cas de séparation, la propriété était divisée par moitié. Enfin dans les poésies ossianiques, bien modifiées il est vrai par l'esprit moderne, les femmes partagent l'existence nuageuse des héros. Au contraire, elles sont exclues du Walhalla scandinave.

51--page 119--... _qu'un seul doive posséder_...

Le partage égal tombe de bonne heure en désuétude dans l'Allemagne; le Nord y reste plus longtemps fidèle. V. Grimm, Alterthümer, p. 475, et Mittermaier, Grundsatze des deutschen Privatrechts, 3e ausg., 1827, p. 730.--J'ai lu dans un voyage (de M. de Staël, si je ne me trompe) une anecdote fort caractéristique. Le voyageur français, causant avec des ouvriers mineurs, les étonna fort en leur apprenant que beaucoup d'ouvriers français avaient un peu de terre qu'ils cultivaient dans les intervalles de leurs travaux. «Mais quand ils meurent, à qui passe cette terre?--Elle est partagée également entre leurs enfants.» Nouvel étonnement des Anglais. Le dimanche suivant, ils mettent aux voix entre eux les questions suivantes: «Est-il bon que les ouvriers aient des terres?» Réponse unanime: «Oui.» «Est-il bon que ces terres soient partagées et ne passent pas exclusivement à l'aîné?» Réponse unanime: «Non.»

52--page 119--_Cette loi de succession égale_, etc...

V. mon IIIe vol. et les ouvrages de Sommer, Robinson, Palgrave, Dalrymple, Sullivan, Hasted, Low, Price, Logan, les _Collectanea de Rebus Hibernicis_, et les Usances de Rohan, Brouerec, etc. Blackstone n'y a rien compris.

53--page 120--... _une cause continuelle de troubles_...

Suivant Turner (Hist. of the Anglo-Saxons, I, 233), ce qui livra la Bretagne aux Saxons, ce fut la coutume du gavelkind, qui subdivisait incessamment les héritages des chefs en plus petites tyrannies. Il en cite deux exemples remarquables.

54--page 120--_La petite société du clan_, etc...

On sait qu'en Bretagne on donne le titre d'oncle au cousin qui est supérieur d'un degré. Cette coutume tendait évidemment à resserrer les liens de parenté.--En général, l'esprit de clan a été plus fort en Bretagne qu'on ne l'imagine, bien qu'il domine moins chez les Kymry que chez les Gaëls.

55--page 121, note--_Les cousins du chef_...

Logan, I, 192. Le jeune chef de clan Rannald, venant prendre possession et voyant la quantité de bêtes qu'on avait tuées pour célébrer son arrivée, remarqua que quelques poules auraient suffi. Tout le clan s'insurgea, et déclara qu'il ne voulait rien avoir à faire avec un chef de poules. Les Frasers, qui avaient élevé le jeune chef, livrèrent un combat sanglant où ils furent défaits et le chef tué.

56--page 122--... _ils avaient essayé une sorte de république_...

Suivant Gildas, p. 8, les Saxons avaient une prophétie selon laquelle ils devaient ravager la Bretagne cent cinquante ans et la posséder cent cinquante (interpolation cambrienne?).

A serpent with chains Towering and plundering With armed wings From Germania... (Taliesin, p. 94, et apud Turner, I, p. 312.)

Nous rapporterons aussi la fameuse prophétie de Myrdhyn, d'après Geoffroi de Montmouth, qui nous a transmis les traditions religieuses de la Bretagne renfermées autrefois dans les livres d'exaltation, comme disaient les Latins (_libri exaltationis_):

«Wortigern étant assis sur la rive d'un lac épuisé, deux dragons en sortirent, l'un blanc et l'autre rouge.» Le rouge chasse le blanc; le roi demande à Myrdhyn ce que cela signifie.... Myrdhyn pleure; le blanc c'est le Breton, le rouge c'est le Saxon...--«Le sanglier de Cornouailles foulera leurs cols sous ses pieds. Les îles de l'Océan lui seront soumises, et il possédera les ravins des Gaules. Il sera célèbre dans la bouche des peuples, et ses actions seront la nourriture de ceux qui les diront. Viendra le lion de la justice; à son rugissement trembleront les tours des Gaules et les dragons des îles. Viendra le bouc aux cornes d'or, à la barbe d'argent. Le souffle de ses narines sera si fort qu'il couvrira de vapeurs toute la surface de l'île. Les femmes auront la démarche des serpents, et tous leurs pas seront remplis d'orgueil. Les flammes du bûcher se changeront en cygnes qui nageront sur la terre comme dans un fleuve. Le cerf aux dix rameaux portera quatre diadèmes d'or. Les six autres rameaux seront changés en cornes de bouviers, qui ébranleront, par un bruit inouï, les trois îles de Bretagne. La forêt en frémira, et elle s'écriera par une voix humaine: «Arrive, Cambrie, ceins Cornouailles à ton côté, et dis à Guintonhi: La terre t'engloutira.»

Ce qui précède est emprunté à la traduction qu'en a donnée Edgar Quinet dans les épopées françaises inédites du douzième siècle. Voici la suite:

«Alors il y aura massacre des étrangers. Les fontaines de l'Armorique bondiront, la Cambrie sera remplie de joie, les chênes de Cornouailles verdiront. Les pierres parleront; le détroit des Gaules sera resserré... Trois oeufs seront couvés dans le nid, d'où sortiront renard, ours et loup. Surviendra le géant de l'iniquité, dont le regard glacera le monde d'effroi.»

(Galfrid. Monemutensis, l. IV.)

57--page 123--_En attendant_... _elle chante cette grande race_...

Voici la plus populaire des chansons galloises: elle est mêlée d'anglais et de gallois.

Doux est le champ du joyeux barde, _Ar hyd y Nôs_ (toute la nuit); Doux le repos des pasteurs fatigués, _Ar hyd y Nôs_; Et pour les coeurs oppressés de chagrin, Obligés d'emprunter le masque de la joie, Il y a trêve jusqu'au matin, _Ar hyd y Nôs_. (Cambro-Briton, novembre 1819.)

58--page 124--... _la puissance de faire des rois_, etc..

On couronnait le roi d'Irlande sur une pierre noirâtre, appelée la Pierre du Destin. Elle rendait un son clair, si l'élection était bonne. (Voyez Toland, p. 138.) D'Iona elle fut transportée dans le comté d'Argyle, puis à Scone, où l'on inaugurait les rois d'Écosse. Édouard Ier la fit placer, en 1300, à Westminster, sous le siège du couronnement. Les Écossais conservent l'oracle suivant: «Le peuple libre de l'Écosse fleurira, si cet oracle n'est point menteur: partout où sera la pierre fatale, il prévaudra par le droit du ciel.» Logan, I, 197.--En Danemark et en Suède, comme dans l'Irlande et l'Écosse, c'était sur une pierre qu'on faisait l'inauguration des chefs.--Id., page 198. Sur une belle colline verte, aux environs de Lanark, est une pierre creusée de main d'homme, où siégeait Wallace pour conférer avec ses chefs.

59--page 125--_Une moitié du monde celtique perd sa langue_, etc...

Voyez le Cambro-Briton (avec cette épigraphe: KYMRI FU, KYMRI FUD).--Plusieurs lois défendaient aux Irlandais de parler le celtique, et de même aux Gallois, vers 1700.--Cambro-Briton, déc. 1821. Dans les principales écoles galloises, surtout dans le Nord, le gallois, loin d'être encouragé, a été depuis plusieurs années défendu sous peine sévère. Aussi les enfants le parlent incorrectement, n'en connaissent point la grammaire, et sont incapables de l'écrire. Mais il semble que les langues celtiques se soient réfugiées dans les académies. En 1711, le pays de Galles avait soixante-dix ouvrages imprimés dans sa langue: il en a aujourd'hui plus de dix mille. Logan, the Scotish Gaël, 1831.--Le costume n'a pas été moins persécuté que la langue. En 1585, le parlement défendit de paraître aux assemblées en habit irlandais. (Toutefois les Irlandais ont quitté leur costume au milieu du dix-septième siècle, plus aisément que les highlanders d'Écosse.)--On lit dans un journal écossais, de 1750, qu'un meurtrier fut acquitté parce que sa victime portait la tartane.

60--page 125--... _l'Irlande, l'île des Saints_...