Histoire de France - Moyen Âge; (Vol. 1 / 10)

Part 31

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Malgré la conquête d'Euric, les Arvernes durent jouir d'une certaine indépendance.--Alaric, il est vrai, les enrôle dans sa milice pour combattre à Vouglé (507); mais on les voit pourtant élire successivement pour évêques deux amis des Francs, deux victimes des soupçons des Ariens, Burgundes et Goths: en 484, Apruncule, dont Sidoine mourant avait prédit la venue (Greg. Tur., l. II, c. XXIII), et saint Quintien en 507, l'année même de la bataille de Vouglé.

Les grandes familles de Clermont conservèrent aussi sans doute une partie de leur influence. On trouve parmi les évêques de Clermont un Avitus «non infimis nobilium natalibus ortus» (Scr. Fr. II, 220, note), qui fut élu par «l'assemblée de tous les Arvernes». (Greg. Tur., l. IV, c. XXXV), et fut très populaire (Fortunat, l. III, Carm. 26). Un autre Avitus est évêque de Vienne.--Un Apollinaire fut évêque de Reims. Le fils de Sidonius fut évêque de Clermont après saint Quintien; c'était lui qui avait commandé les Arvernes à Vouglé: «Ibi tunc Arvernorum populus, qui cum Apollinare venerat, et primi qui erant ex senatoribus, conruerunt.» Greg. Tur., l. II, c. XXXVII.

De ce passage et de quelques autres encore, on pourrait induire que cette famille avait été originairement à la tête des clans arvernes.

Greg. Tur., l. III, c. II: «Cùm populus (Arvernorum) sanctum Quintianum, qui de Rutheno ejectus fuerat, elegisset, Alchima et Placidina, uxor sororque Apollinaris, ad sanctum Quintianum venientes, dicunt: «Sufficiat, domine, senectuti tuæ quod es episcopus ordinatus. Permittat, inquiunt, pietas tua servo tuo Apollinari locum hujus honoris adipisci...» Quibus ille: «Quid ego, inquit, præstabo, cujus potestati nihil est subditum? sufficit enim ut orationi vacans, quotidianum mihi victum præstet ecclesia.»--Les Avitus semblent n'avoir été pas moins puissants. Leur terre portait leur nom (_Avitacum._ Sidonius en donne une longue et pompeuse description (carmen XVIII). Ecdicius, le fils d'Avitus, semble entouré de _dévoués_. Sidonius lui écrit (l. III, Ep. III): «... Vix duodeviginti equitum sodalitate comitatus, aliquot millia Gothorum... transisti... Cùm tibi non daret tot pugna socios, quot solet mensa convivas.»--Le nom même d'Apollinaire indique peut-être une famille originairement sacerdotale. Le petit-fils de Sidonius, le sénateur Arcadius, appela en Auvergne Childebert au préjudice de Theuderic (530), préférant sans doute sa domination à celle de l'ami de saint Quintien, du barbare roi de Metz (Greg. Tur., l. III, c. IX, sqq.).

Un Ferréol était évêque de Limoges en 585 (Scr. Fr. II, 296.) Un Ferréol occupa le siège d'Autun avant saint Léger. On sait que la généalogie des Carlovingiens les rattache aux Ferréols. Un capitulaire de Charlemagne (ap. Scr. F. V, 744) contient des dispositions favorables à un Apollinaire, évêque de Riez (Riez même s'appelait _Reii Apollinares_).--Peut-être les Arvernes eurent-ils grande part à l'influence que les Aquitains exercèrent sur les Carlovingiens. Raoul Glaber attribue aux Aquitains et aux Arvernes le même costume, les mêmes moeurs et les mêmes idées (l. III, ap. Scr. Fr. X, 42).

SUR LA CAPTIVITÉ DE LOUIS II (_Voy. page 314_).

Audite omnes fines terre orrore cum tristitia, Quale scelus fuit factum Benevento civitas. Lhuduicum comprenderunt, sancto pio Augusto. Beneventani se adunârunt ad unum consilium, Adalferio loquebatur et dicebant principi: Si nos eum vivum dimittemus, certe nos peribimus. Celus magnum preparavit in istam provinciam, Regnum nostrum nobis tollit, nos habet pro nihilum, Plures mala nobis fecit, rectum est moriar. Deposuerunt sancto pio de suo palatio; Adalferio illum ducebat usque ad pretorium, Ille vero gaude visum tanquam ad martyrium. Exierunt Sado et Saducto, invocabant imperio; Et ipse sancte pius incipiebat dicere: Tanquam ad latronem venistis cum gladiis et fustibus, Fuit jam namque tempus vos allevavit in omnibus, Modo vero surrexistis adversus me consilium, Nescio pro quid causam vultis me occidere. Generatio crudelis veni interficere, Eclesieque sanctis Dei venio diligere, Sanguine veni vindicare quod super terram fusus est. Kalidus ille temtador, ratum atque nomine Cororum imperii sibi in caput pronet et dicebat populo: Ecce sumus imperator, possum vobis regero. Leto animo habebat de illo quo fecerat; A demonio vexatur, ad terram ceciderat, Exierunt multæ turmæ videre mirabilia. Magnus Dominus Jesus Christus judicavit judicium: Multa gens paganorum exit in Calabria, Super Salerno pervenerunt, possidere civitas. Juratum est ad Surete Dei reliquie Ipse regnum defendendum, et alium requirere.

«Écoutez, limites de la terre, écoutez avec horreur, avec tristesse, quel crime a été commis dans la ville de Bénévent. Ils ont arrêté Louis, le saint, le pieux Auguste. Les Bénéventins se sont assemblés en conseil; Adalfieri parlait, et ils ont dit au prince: Si nous le renvoyons en vie, sans doute nous périrons tous. Il a préparé de cruelles vengeances contre cette province: il nous enlève notre royaume, il nous estime comme rien; il nous a accablés de maux: il est bien juste qu'il périsse. Et ce saint, ce pieux monarque, ils l'ont fait sortir de son palais; Adalfieri l'a conduit au prétoire, et lui, il paraissait se réjouir de sa persécution comme un saint dans le martyre. Sado et Saducto sont sortis en invoquant les droits de l'empire; lui-même il disait au peuple: Vous venez à moi comme au-devant d'un voleur avec des épées et des bâtons; un temps était où je vous ai soulagés, mais à présent vous avez comploté contre moi, et je ne sais pourquoi vous voulez me tuer: je suis venu pour détruire la race des infidèles; je suis venu pour rendre un culte à l'Église et aux saints de Dieu; je suis venu pour venger le sang qui avait été répandu sur la terre. Le tentateur a osé mettre sur sa tête la couronne de l'Empire; il a dit au peuple: Nous sommes empereur, nous pouvons vous gouverner, et il s'est réjoui de son ouvrage; mais le démon le tourmente et l'a renversé par terre, et la foule est sortie pour être témoin du miracle. Le grand maître Jésus-Christ a prononcé son jugement: la foule des païens a envahi la Calabre; elle est parvenue à Salerne pour posséder cette cité: mais nous jurons sur les saintes reliques de Dieu de défendre ce royaume et d'en conquérir un autre.»

SUR LES COLLIBERTS, CAGOTS, CAQUEUX, GÉSITAINS, ETC.

On retrouve dans l'ouest et le midi de la France quelques débris d'une population opprimée, dont nos anciens monuments font souvent mention, et que poursuivent encore une horreur et un dégoût traditionnels. Les savants qui ont cherché à en découvrir l'origine ne sont arrivés, jusqu'à ce jour, qu'à des conjectures contradictoires plus ou moins plausibles, mais peu décisives.

Ducange dérive le mot _Collibert_ de _cum_ et de _libertus_. «Il semble, dit-il, que les Colliberts n'étaient ni tout à fait esclaves, ni tout à fait libres. Leur maître pouvait, il est vrai, les vendre ou les donner, et confisquer leur terre.--«Iratus graviter contra eum, dixi ei quod meus Colibertus erat, et poteram eum vendere vel ardere, et terram suam cuicumque vellem dare, tanquam terram Coliberti mei (Charta juelli de Meduana, ap. Carpentier, Supplem. Gloss.).» On les affranchissait de la même manière que les esclaves (vid. Tabul. Burgul., Tabul. S. Albini Andegav., Chart. Lud. VI, ann. 1103, ap. Ducange). Enfin un auteur dit:

Libertate carens Colibertus dicitur esse; De servo factus liber, Libertus, etc.

(Ebrardus Betum; ibid. Vid. Acta pontific. Cenoman., ap. Scr. Fr. X, 385). Mais, d'un autre côté, la loi des Lombards compte les Colliberts parmi les libres (l. I, tit. XXIX; l. II, t. XXI, XXVII, LV). Ils étaient sans doute en général _serfs sous conditions_, et dans une situation peu différente de celle des _homines de capite_. Le Domesday Book les appelle _colons_. On les voit souvent sujets à des redevances: «Colibertis S. Cyrici, qui unoquoque anno solvere debent de capite tres denarios» (Liber chart. S. Cyrici Nivern., nº 83, ap. Ducange).

C'est surtout dans le Poitou, le Maine, l'Anjou, l'Aunis, qu'on trouve le mot de Collibert. L'auteur d'une histoire de l'île de Maillezais les représente comme une peuplade de pêcheurs qui s'était établie sur la Sèvre, et donne de leur nom une étymologie singulière.--«In extremis quoque insulæ, supra Separis alveum quoddam genus hominum, piscando quæritans victum, nonnulla tuguria confecerat, quod à majoribus Collibertorum vocabulum contraxerat. Collibertus à _cultu imbrium_ descendere putatur.» Il ajoute que les Normands en détruisirent une grande quantité, et qu'on chante encore cet événement: «Deleta cantatur maxima multitudo.»

Dans la Bretagne, c'étaient les _Caqueux_, _Caevus_, _Cacous_[403], _Caquins_. On lit dans un ancien registre qu'ils ne pouvaient voyager dans le duché que vêtus de rouge (D. Lobineau, II, 1350. Marten. Anecdot., IV, 1142). Le parlement de Rennes fut obligé d'intervenir pour leur faire accorder la sépulture. Il leur était défendu de cultiver d'autres champs que leurs jardins. Mais cette disposition, qui réduisait ceux qui n'avaient pas de terre à mourir de faim, fut modifiée en 1477 par le duc François.

[Note 403: Le chef suprême des Truands s'appelait dans leur langage _coërse_, et ses principaux officiers _cagoux_, ou archisuppôts.]

En Guyenne, c'étaient les _Cahets_; chez les Basques et les Béarnais, dans la Gascogne et le Bigorre, les _Cagots_, _Agots_, _Agotas_, _Capots_, _Caffos_, _Crétins_; dans l'Auvergne, les _Marrons_.

D'après l'ancien for de Béarn, il fallait la déposition de sept Cagots ou Crétins pour valoir un témoignage (Marca, Béarn, p. 73). Ils avaient une porte et un bénitier à part, à l'église, et un arrêt du parlement de Bordeaux leur défendit, sous peine du fouet, de paraître en public autrement que chaussés et habillés de rouge (comme en Bretagne). En 1460, les États du Béarn demandèrent à Gaston qu'il fût défendu de marcher pieds nus dans les rues sous peine d'avoir les pieds percés d'un fer, et qu'ils portassent sur leurs habits leur ancienne marque d'un pied d'oie ou de canard. Le prince ne répondit pas à cette demande. En 1606, les États de Soule leur interdisent l'état de meunier (Marca, p. 71).

Marca dérive le mot Cagots de _caas goths_, chiens goths. Ce seraient alors des Goths. Cependant le nom de Cagots ne se trouve que dans la nouvelle coutume de Béarn, réformée en 1551, tandis que les anciens fors manuscrits donnent celui de _Chrestiaas_, ou chrétiens; dans l'usage on les appelle plus souvent Chrétiens que Cagots. Le lieu où ils habitent s'appelle le quartier des Chrétiens.

Oihenart conjecture que les Cagots étaient autrefois appelés Chrétiens (crétins) par les Basques, lorsque ceux-ci étaient encore païens. On les appelait aussi _pelluti_ et _comati_: cependant les Aquitains laissaient également croître leurs cheveux.

Ce qui pourrait encore les faire considérer comme les débris d'une race germanique, c'est que les familles _agotes_, chez les Basques, sont généralement blondes et belles. Selon M. Barraut, médecin, les Cagots de sa ville sont de beaux hommes blonds (Laboulinière, I, 89).

Marca pense que ce sont des descendants des Sarrasins, restés après la retraite des infidèles, surnommés peut-être _Caas-Goths_, par dérision, dans le sens de chasseurs des Goths. On les aurait appelés Chrétiens en qualité de nouveaux convertis. L'isolement où ils vivent semble rappeler la retraite des catéchumènes. Il est dit dans les actes du concile de Mayence, chap. V: «Les catéchumènes ne doivent point manger avec les baptisés ni les baiser; encore moins les gentils.» Et d'un autre côté, une lettre de Benoît XII, adressée en janvier 1340 à Pierre IV d'Aragon, prouve que les habitations des Sarrasins, comme celles des Cagots, étaient situées dans des lieux écartés. «Nous avons appris, dit le pape, par le rapport de plusieurs fidèles habitants de vos États, que les Sarrasins, qui y sont en grand nombre, avaient, dans les villes et les autres lieux de leur demeure, des habitations séparées et enfermées de murailles, pour être éloignés du trop grand commerce avec les chrétiens et de leur familiarité dangereuse; mais à présent ces infidèles étendent leur quartier ou le quittent entièrement, et logent pêle-mêle avec les chrétiens, et quelquefois dans les mêmes maisons. Ils cuisent aux mêmes feux, se servent des mêmes bancs, et ont une communication scandaleuse et dangereuse.» (Voy. Laboulinière, I, 82.)

Le mot de Crétin, selon Fodéré (ap. Dralet, t. I) vient de Chrétien, bon Chrétien, Chrétien par excellence, titre qu'on donne à ces idiots, parce que, dit-on, ils sont incapables de commettre aucun péché. On leur donne encore le nom de Bienheureux, et après leur mort on conserve avec soin leurs béquilles et leurs vêtements.

Dans une requête qu'ils adressèrent en 1514 à Léon X, sur ce que les prêtres refusaient de les ouïr en confession, ils disent eux-mêmes que leurs ancêtres étaient Albigeois. Cependant, dès l'an 1000, les Cagots sont appelés Chrétiens dans le Cartulaire de l'abbaye de Luc et l'ancien for de Navarre. Mais ce qui vient à l'appui de leur témoignage, c'est que, dans le Dauphiné et les Alpes, les descendants des Albigeois sont encore appelés _Caignards_, corruption de _canards_, parce qu'on les obligeait de porter sur leurs habits le pied de canard dont il est parlé dans l'histoire des Cagots de Béarn. Rabelais, pour la même raison, appelle _Canards de Savoie_ les Vaudois Savoyards[404].

[Note 404: Bullet croit trouver dans ce fait un rapport avec l'histoire de Berthe, la _reine pédauque_ (pes aucæ, pied d'oie. Voy. mon IIe volume). Un passage de Rabelais indique qu'on voyait une image de la reine Pédauque à Toulouse. Les contes d'Eutrapel nous apprennent qu'on jurait à Toulouse _par la quenouille de la reine Pédauque_. Cette locution rappelle le proverbe: _Du temps que la reine Berthe filait_ (Bullet, Mythologie française).]

Les descendants des Sarrasins, continue Marca, auraient été aussi nommés _Gésitains_, comme ladres, du nom du Syrien Giezi, frappé de la lèpre pour son avarice. Les Juifs et les Agaréniens ou Sarrasins croyaient, selon les écrivains du moyen âge, échapper à la puanteur inhérente à leur race en se soumettant au baptême chrétien, ou en buvant le sang des enfants chrétiens.--Le P. Grégoire de Rostrenen (Dictionnaire celt.) dit que _caccod_ en celtique signifie lépreux. En espagnol: _gafo_, lépreux; _gafi_, lèpre. L'ancien for de Navarre, compilé vers 1074, du temps du roi Sanche Ramirez, parle des _Gaffos_ et les traite comme ladres. Le for de Béarn distingue pourtant les Cagots des lépreux: le port d'armes leur est défendu, et il est permis aux ladres.

De Bosquet, lieutenant général au siège de Narbonne, dans ses notes sur les lettres d'Innocent III, croît reconnaître les _Capots_ dans certains marchands juifs désignés dans les Capitulaires de Charles-le-Chauve par le nom de _Capi_ (Capit. ann. 877, c. XXXI).

Dralet pense que ce furent des goîtreux qui formèrent ces races. Les premiers habitants, dit-il, durent être plus sujets aux goîtres, parce que le climat dut être alors plus froid et plus humide. En effet, on trouve peu de goîtreux sur le versant espagnol; les nuits y sont moins froides, il y a moins de glaciers et de neiges, et le vent du sud y adoucit le climat. Selon M. Boussingault, cette maladie vient de ce qu'on boit les eaux descendues des hautes montagnes, où elles sont soumises à une très faible pression atmosphérique et ne peuvent s'imprégner d'air. (De même on voit beaucoup de goîtres à Chantilly, parce qu'on y boit l'eau de conduits souterrains où la pression de l'air a peu d'action.--Annal. de Chimie, février 1832.)

Au reste, peut-être doit-on admettre à la fois les opinions diverses que nous avons rapportées; tous ces éléments entrèrent sans doute successivement dans ces races maudites, qui semblent les parias de l'Occident.

APPENDICE

1--page 7--... _parleurs terribles_, etc...

[Grec: Hoson achrêston poiêsai to loipon], Strab., l. IV, ap. Scr. R. Fr. I, 30.--Remarquons combien les anciens ont été frappés de l'instinct rhéteur et du caractère bruyant des Gaulois. _Nata in vanos tumultus gens_ (Tit. Liv. à la prise de Rome).--Les crieurs publics, les trompettes, les avocats, étaient souvent Gaulois. _Insuber, id est, mercator et præco._ Cic. Fragm. or. contra Pisonem.--Voyez aussi tout le discours Pro Fonteio.--_Pleraque Gallia duas res industriosissime persequitur, virtutem bellicam et argutè loqui._ (Cato). [Grec: Apeilêtai, kai anatatikoi, kai tetragôdêmenoi.] Diodor. Sic., lib. IV.

2--page 9--... _dissolus par légèreté_...

Diodor. Sicul., l. V, ap. Scr. Fr., I, 310.--Strab., l. IV.--Athen., l. XIII, c. VIII.--Nous trouvons plus tard, chez les Celtes de l'Irlande et de l'Angleterre, quelque trace des moeurs dissolues de la Gaule antique. Le docteur Leland, t. I, p. 14, dit que les Irlandais regardaient l'adultère comme «une galanterie pardonnable». O'Halloran, I, 394.--Lanfranc, saint Anselme et le pape Adrien, dans son fameux bref à Henri II, leur reprochent l'inceste.--Voy. Usser., Syl. epis., 70, 94, 95.--Saint Bernard, in Vit. S. Malach., 1932, sqq. Girald. Cambr., 742, 743.

3--page 12--... _des Kymry_ (_Cimmerii_?)...

Appien (Illyr., p. 1196, et de B. civ., I, p. 625) et Diodore (lib. V, p. 309) disent que les Celtes étaient Cimmériens.--Plutarque (in Mario) fait entendre la même chose.--«Les Cimmériens, dit Éphore (apud Strab., V, p. 375), habitent des souterrains qu'ils appellent _argillas_.» Le mot _argel_ veut dire souterrain, dans les poésies des Kymry de Galles (W. Archaiol., I, p. 80, 152).--Les Cimbres juraient par un taureau. Les armes de Galles sont deux vaches.--Plusieurs critiques allemands distinguent toutefois les Cimmériens des Cimbres, et ceux-ci des Kymry. Ils rattachent les Cimbres à la race germanique.

4--page 16--... _des Belges_...

La fougue, la promptitude et la mobilité des résolutions caractérisent également les _Bolg_ d'Irlande, de Belgique et de Picardie (Bellovaci, Bolci, Bolgæ, Belgæ, Volci, etc), et ceux du midi de la France, malgré les mélanges divers de races.

Les Belges, dans les anciennes traditions irlandaises, sont désignés par le nom de _Fir-Bholg_. Ausone (de Clar. Urb. Narbo.,) témoigne que le nom primitif des Tectosages était Bolg: «Tectosagos primævo nomine _Bolgas_.» Cicéron leur donne celui de _Belgæ_: «Belgarum Allobrogumque testimoniis credere non timetis?» (Pro Man. Fonteio). Les manuscrits de César portent indifféremment _Volgæ_ ou _Volcæ_.--Enfin saint Jérôme nous apprend que l'idiome des _Tectosages était le même que celui de Trèves_, ville capitale de la Belgique. Am. Thierry, I, 131.

5--page 17--_Leur brenn leur recommanda_, etc...

Ses derniers avis furent suivis pour ce qui regardait les blessés, car le nouveau brenn fit égorger dix mille hommes qui ne pouvaient soutenir la marche; mais il conserva la plus grande partie des bagages.--Diod. Sic., XXII, 870.--S'il y avait des enfants qui parussent plus gras que les autres, ou nourris d'un meilleur lait, les Gaulois, dans l'invasion de Grèce, buvaient leur sang et se rassasiaient de leur chair. Pausanias, l. X, p. 650.--Après le combat, les Grecs donnèrent la sépulture à leurs morts; mais les Kymro-Galls n'envoyèrent aucun héraut redemander les leurs, s'inquiétant peu qu'ils fussent enterrés ou qu'ils servissent de pâture aux bêtes fauves et aux vautours. Pausan., l. X, p. 619.--À Égée, ils jetèrent au vent les cendres des rois de Macédoine. Plut., Pyrrh., Diod. ex Val.--Lorsque le brenn eut connu, par les rapports des transfuges, le dénombrement des troupes grecques, pleins de mépris pour elles, il se porta en avant d'Héraclée, et attaqua les défilés, dès le lendemain, au lever du soleil, «sans avoir consulté sur le succès futur de la bataille, remarque un écrivain ancien, aucun prêtre de sa nation, ni, à défaut de ceux-ci, aucun devin grec.» Pausan., liv. X, p. 648. Am. Thierry, _passim_.--Le brenn dit, à Delphes: «Locupletes deos largiri hominibus oportere... eos nullis opibus egere, ut qui eas largiri hominibus soleant.» Justin, XXIV, 6.

6--19--_Les Ligures_...

Florus II, 3, trad. de M. Ragon.--La vigueur des Liguriens faisait dire proverbialement: Le plus fort Gaulois est abattu par le plus maigre Ligurien. Diod., V, 39. Voy. aussi liv. XXXIX, 2. Strabon, IV. Les Romains leur empruntèrent l'usage des boucliers oblongs, _scutum ligusticum_. Liv. XLIV, 35. Leurs femmes, qui travaillaient aux carrières, s'écartaient un instant quand les douleurs de l'enfantement les prenaient, et après l'accouchement elles revenaient au travail. Strabon, III. Diod. IV. Les Liguriens conservaient fidèlement leurs anciennes coutumes, par exemple, celle de porter de longs cheveux. On les appelait _Capillati_.--Caton dit dans Servius: «Ipsi unde oriundi sint exactâ memoriâ, illiterati, mendaces, quæ sunt et vera minùs meminêre.» Nigidius Figulus, contemporain de Varron, parle dans le même sens.

7--page 36--_Marius enivré de sa victoire sur les barbares_...

Valer. Max., l. III, c. VII.--Sallust. de B. Jug., ad. calc: «Ex eâ tempestate spes atque opes civitatis in illo sitæ.»--Vell. Paterc, l. II, c. XII: «Videtur meruisse.... ne ejus nati rempublicam poeniteret.»--Florus, l. III, c. III: «Tam lætum tamque felicem liberatæ Italiæ assertique imperii nuntium..... populus Romanus accepit per ipsos, si credere fas est, deos, etc.»--Plut., in Mario.

8--page 38--_Le terrible Kirk_, etc...

KIRK. Maxim. Tyr., Serm. 18.--Senec., Quæst. nat., l. V, c. XVII.--Posidon., ap. Strab., l. IV.--P. Oros., l. V, c. XVI. Greg. Turon, de Glor. confess., c. V. Dans le moine de Saint-Gall, _Circinus_ est synonyme de _Boreas_.--TARANIS. Lucan., l. I.--VOSÈGE. Inscript. Grut., p. 94.--PENNIN, liv. XXI, c. XXXVIII.--ARDOINNE, Inscript. Grut.--GENIO ARVERNORUM. Reines., app. 5.--BIBRACTE, Inscr. ap. Scr. rer. Fr., I, 24.--NEMAUSUS. Grut., p. 111. Spon., p. 169.--AVENTIA. Grut., p. 110.--BELENUS. Auson., carm. II.--Tertull., Apolog. c. XXIV.--HESUS. Dans un bas-relief trouvé sous l'église de Notre-Dame de Paris, en 1711, on voit Hésus couronné de feuillage, à demi-nu, une cognée à la main, et le genou gauche appuyé sur un arbre qu'il coupe.--OGMIUS. L'écriture sacrée des Irlandais s'appelait _Ogham_. Voy. Toland O'Halloran, et Vallancey et Beaufort, dans les _Collectanea de Rebus Hibernicis_, etc.

9--page 41--_L'oeuf de serpent_...

Cet oeuf prétendu paraît n'avoir été autre chose qu'une échinite, ou pétrification d'oursin de mer.

Durant l'été, dit Pline, on voit se rassembler dans certaines cavernes de la Gaule des serpents sans nombre, qui se mêlent, s'entrelacent, et avec leur salive, jointe à l'écume qui suinte de leur peau, produisent cette espèce d'oeuf. Lorsqu'il est parfait, ils l'élèvent et le soutiennent en l'air par leurs sifflements; c'est alors qu'il faut s'en emparer avant qu'il ait touché la terre. Un homme, aposté à cet effet, s'élance, reçoit l'oeuf dans un linge, saute sur un cheval qui l'attend, et s'éloigne à toute bride, car les serpents le poursuivent jusqu'à ce qu'il ait mis une rivière entre eux et lui. Il fallait l'enlever à une certaine époque de la lune; on l'éprouvait en le plongeant dans l'eau; s'il surnageait, quoique entouré d'un cercle d'or, il avait la vertu de faire gagner les procès et d'ouvrir un libre accès auprès des rois. Les druides le portaient au cou, richement enchâssé, et le vendaient à très haut prix.

10--page 45--_Lorsque César envahit la Gaule_...