Histoire de France - Moyen Âge; (Vol. 1 / 10)

Part 30

Chapter 303,553 wordsPublic domain

«Un certain Marcus de Memphis apporta d'Égypte en Espagne la pernicieuse hérésie des gnostiques. Il eut pour disciples une femme de haut rang, Agape, et le rhéteur Helpidus. Priscillien reçut leurs leçons... Peu à peu le venin de cette erreur gagna la plus grande partie de l'Espagne. Plusieurs évêques en furent même atteints, entre autres Instantius et Salvianus... L'évêque de Cordoue les dénonça à Idace, évêque de la ville de Merida... Un synode fut assemblé à Saragosse, et on y condamna, quoique absents, les évêques Instantius et Salvianus, avec les laïques Helpidus et Priscillien. Ithacius fut chargé de la promulgation de la sentence... Après de longs et tristes débats, Idace obtint de l'empereur Gratien un rescrit qui bannit de toute terre les hérétiques... Lorsque Maxime eut pris la pourpre et fut entré vainqueur à Trèves, il le pressa de prières et de dénonciations contre Priscillien et ses complices: l'empereur ordonna d'amener au synode de Bordeaux tous ceux qu'avait infectés l'hérésie. Ainsi furent amenés Instantius et Priscillien (Salvianus était mort). Les accusateurs Idace et Ithacius les suivirent. J'avoue que les accusateurs me sont plus odieux pour leurs violences que les coupables eux-mêmes. Cet Ithacius était plein d'audace et de vaines paroles, effronté, fastueux, livré aux plaisirs de la table... Le misérable osa accuser du crime d'hérésie l'évêque Martin, un nouvel apôtre! Car Martin, se trouvant alors à Trèves, ne cessait de poursuivre Ithacius pour qu'il abandonnât l'accusation, de supplier Maxime qu'il ne répandît point le sang de ces infortunés: c'était assez que la sentence épiscopale chassât de leurs sièges les hérétiques; et ce serait un crime étrange et inouï qu'un juge séculier jugeât la cause de l'Église. Enfin, tant que Martin fut à Trèves, on ajourna le procès; et, lorsqu'il fut sur le point de partir, il arracha à Maxime la promesse qu'on ne prendrait contre les accusés aucune mesure sanglante.»

_Ex Sulpicii Severi Dialogo III:_

«Sur l'avis des évêques assemblés à Trèves, l'empereur Maxime avait décrété que des tribuns seraient envoyés en armes dans l'Espagne, avec de pleins pouvoirs pour rechercher les hérétiques, et leur ôter la vie et leurs biens. Nul doute que cette tempête n'eût enveloppé aussi une multitude d'hommes pieux; la distinction n'étant pas facile à faire, car on s'en rapportait aux yeux, et on jugeait d'un hérétique sur sa pâleur ou son habit, plutôt que sur sa foi. Les évêques sentaient que cette mesure ne plairait pas à Martin; ayant appris qu'il arrivait, ils obtinrent de l'empereur l'ordre de lui interdire l'approche de la ville s'il ne promettait de s'y tenir _en paix avec les évêques_. Il éluda adroitement cette demande, et promit de venir _en paix avec Jésus-Christ_. Il entra de nuit, et se rendit à l'église pour prier; le lendemain il vient au palais... Les évêques se jettent aux genoux de l'empereur, le suppliant avec larmes de ne pas se laisser entraîner à l'influence d'un seul homme... L'empereur chassa Martin de sa présence. Et bientôt il envoya des assassins tuer ceux pour qui le saint homme avait intercédé. Dès que Martin l'apprit, c'était la nuit, il court au palais. Il promet que, si on fait grâce, il communiera avec les évêques, pourvu qu'on rappelle les tribuns déjà expédiés pour la destruction des églises d'Espagne. Aussitôt Maxime accorda tout. Le lendemain... Martin se présenta à la communion, aimant mieux céder à l'heure qu'il était que d'exposer ceux dont la tête était sous le glaive. Cependant les évêques eurent beau faire tous leurs efforts pour qu'il signât cette communion, ils ne purent l'obtenir. Le jour suivant, il sortit de la ville, et il s'en allait le long de la route, triste et gémissant de ce qu'il s'était mêlé un instant à une communion coupable; non loin du bourg qu'on appelle Andethanna, où la vaste solitude des forêts offre des retraites ignorées, il laissa ses compagnons marcher quelques pas en avant, et s'assit, roulant dans son esprit, justifiant et blâmant tour à tour le motif de sa douleur et de sa conduite. Tout à coup lui apparut un ange. «Tu as raison, Martin, lui dit-il, de t'affliger et de te frapper la poitrine, mais tu ne pouvais t'en tirer autrement. Reprends courage; raffermis-toi le coeur, ne va pas risquer maintenant non plus seulement ta gloire, mais ton salut.» Depuis ce jour, il se garda bien de se mêler à la communion des partisans d'Ithacius. Du reste, comme il guérissait les possédés plus rarement qu'autrefois, et avec moins de puissance, il se plaignait à nous avec larmes que, par la souillure de cette communion à laquelle il s'était mêlé un seul instant, par nécessité et non de son propre mouvement, il sentait languir sa vertu. Il vécut encore seize ans, n'alla plus à aucun synode, et s'interdit d'assister à aucune assemblée d'évêques.»

_Ex Sulpicii Severi Dialogo II:_

«Comme nous lui faisions quelques questions sur la fin du monde, il nous dit: Néron et l'Antichrist viendront après; Néron régnera en Occident sur dix rois vaincus, et exercera la persécution jusqu'à faire adorer les idoles des gentils. Mais l'Antichrist s'emparera de l'empire d'Orient; il aura pour siège de son royaume et pour capitale Jérusalem; par lui, la ville et le temple seront réparés. La persécution qu'il exercera, ce sera de faire renier Jésus-Christ notre Seigneur, en se donnant lui-même pour le Christ, et de forcer tous les hommes de se faire circoncire selon la loi. Moi-même enfin je serai tué par l'Antichrist, et il réduira sous sa puissance tout l'univers et toutes les nations: jusqu'à ce que l'arrivée du Christ écrase l'impie. On ne saurait douter, ajoutait-il, que l'Antichrist, conçu de l'esprit malin, ne fût maintenant enfant, et qu'une fois sorti de l'adolescence il ne prît l'Empire.»

EXTRAIT DE L'OUVRAGE DE M. PRICE, SUR LES RACES DE L'ANGLETERRE

(_Voy. page 116_).

MM. Thierry et Edwards ont adopté l'opinion de la persistance des races; M. Price adopte celle de leur mutabilité. Mais il devrait être franchement spiritualiste et expliquer les modifications qu'elles subissent par l'action de la liberté travaillant la matière. Il n'a su trouver à l'appui de son point de vue biblique que des hypothèses matérialistes.

Toutefois, nous extrairons de son ouvrage quelques résultats intéressants (An Essay on the physiognomy and physiology of the present inhabitants of Britain, with reference to their origin, as Goths and Celts, by the Rev. T. Price, London, 1829).

Tout ce que les anciens disent des yeux bleus et des cheveux blonds des Germains ne désigne pas plus les Goths que les Celtes, parce qu'il y avait des Celtes dans la Germanie. Les CIMBRES étaient des Celtes; Pline parlant de la Baltique, et citant Philémon, dit: _Morimarusam_ à Cimbris vocari, hoc est, mortuum mare (en welche _Môrmarw_).

L'auteur pense qu'il y a eu un changement des cheveux, du roux au jaune et du jaune au brun: Tacite: «_Rutilæ_ Caledoniam habitantium comæ, magni artus Germanicam originem asseverant.» Dans les triades bretonnes, une colonie gaélique de race scot-irlandaise est appelée: _Les rouges Gaëls d'Irlande._ Dans le vieux gaélique Duan, qui fut récité par le barde de Malcolm III en 1057, on voit que les montagnards avaient les cheveux _jaunes_:

A Eolcha Alban nile A Shluagh fela foltbhuidle.

O ye learned Albanians all, ye learned yellow-haired hosts!

Aujourd'hui le _brun_ est la couleur dominante chez les montagnards. Il ne faut pas croire que les hommes distingués soient d'origine gothique et les autres Celtes. La diversité de nourriture explique la différence, comme on le voit dans les animaux transportés dans de plus riches pâturages (par exemple de Bretagne en Normandie).

Le climat et les habitudes changent les races; Camper remarque que déjà les Anglo-Américains ont la face longue et étroite, l'oeil serré. West ajoute qu'ils ont le teint moins fleuri que les Anglais. L'oeil devient sombre dans le voisinage des mines de charbon, et partout où l'on en brûle (?).

César attribue aux Belges une origine germanique: «... Plerosque à Germanis ortos.» Mais Strabon dit qu'ils parlaient la langue des Gaulois: «[Grec: Mikron exallatountas tê glôssê]...» La chronique saxonne parle d'Hengist qui «engagea les Welsh de Kent et Sussex.» Ces Welsh étaient des Belges selon Pinkerton. Les noms des villes belges, en Angleterre, sont bretons.

On ne trouve pas en Angleterre de traces de sang danois.--Les NORMANDS conquérants étaient un peuple mêlé de Gaulois, Francs, Bretons, Flamands, Scandinaves, etc. Les hommes du Nord n'avaient pu exterminer les habitants de la Normandie, ni même diminuer de beaucoup leur nombre, puisque en cent soixante ans ils perdirent leur langue scandinave pour adopter celle des vaincus. Il serait ridicule de chercher les traces en Angleterre d'une population aussi mêlée que l'armée de Guillaume. Il paraît que dès lors les cheveux roux étaient rares, puisque c'était l'objet d'un surnom, Guillaume-le-Roux[401].

[Note 401: On voit, dans le moine de Saint-Gall, un pauvre qui a honte d'être roux: «Pauperculo valde rufo, galliculâ suâ quia pileum non habet, et de colore suo nimium erubuit, caput induto...» Lib. I, ap. Scr. Fr., V.]

Vers York et Lancastre, où l'influence des habitudes manufacturières ne se fait pas sentir, les Anglais sont plus grands, mais plus lourds que dans le sud; l'oeil bleu prévaut dans le comté de Lancastre. Les hommes du Cumberland (ce sont des Cymry, qui ont perdu leur langue plus tôt que ceux de Cornouailles) n'ont rien qui les distingue des Anglais du Midi.

Entre l'ÉCOSSAIS et l'Anglais, il y a une différence indéfinissable; les traits durs et la proéminence des os des joues ne sont pas particuliers à l'Écosse. Les montagnards sont rarement grands, mais bien faits; généralement bruns, moins de vivacité qu'en Irlande, taille moins haute, population plus variée. Quoi qu'on dise des établissements des Norwégiens dans l'Ouest, c'est la même langue et la même physionomie que dans les montagnes d'Écosse.

PAYS DE GALLES, variété infinie, nez romain très fréquent, hommes de moyenne taille, mais fortement bâtis; on dit que la milice de Coemarthenshire demande plus de place pour former ses lignes que celle d'aucun autre comté. Dans le Nord, taille plus haute, beauté classique, mais traits petits.

L'IRLANDE plus mêlée que la Grande-Bretagne; aujourd'hui étonnante uniformité de caractère moral et physique; deux classes seulement, les bien nourris, les mal nourris. Chez les paysans, cheveux bruns ou noirs, noirs surtout dans une partie du sud, mais l'oeil toujours gris ou bleu[402], sourcils bas, épais et noirs, face longue, nez petit, tendant à relever; grande taille généralement, tous hommes bien faits; ceci est moins vrai depuis quarante ans, par suite de la misère dans plusieurs parties, surtout au sud. Bouche ouverte, ce qui leur donne un air stupide; extraordinaire facilité du langage, qui contraste avec leurs haillons. Tout mendiant est un bel esprit, un orateur, un philosophe. Espagnols au sud de l'Irlande depuis Élisabeth. Allemands Palatins des bords du Rhin.

[Note 402:

Moi, je vueil l'oeil et brun le teint, Bien que l'oeil _verd_ toute la France adore. RONSARD.

Ode à Jacques Lepeletier,--Legrand d'Aussy, I, 369: «Les cheveux de ma femme, qui aujourd'hui me paraissent noirs et pendants, me semblaient alors _blonds_, luisants et bouclés. Ses yeux, qui me semblent petits, je les trouvais _bleus_, charmants et bien fendus.» (Le Mariage; Aliàs: Le Jeu d'Adam, le Bossu d'Arras.)]

En FRANCE, visage rond; en ANGLETERRE, ovale; en ALLEMAGNE, carré. Les yeux plus proéminents sur le continent qu'en Angleterre.--Ni en Normandie ni en Bourgogne il n'y a trace des hommes du Nord (excepté vers Bayeux et Vire).

SAVOYARDS, petits, actifs; mâchoire très carrée, oeil gris, cheveux noirs, sourcils bas, épais.

SUISSES, même mâchoire, hommes plus grands, oeil bleu ciel, avec un éclat qui ne plaît pas toujours, cheveux bruns.

ALLEMANDS, yeux gris, cheveux bruns ou blond pâle, mâchoire angulaire, nez rarement aquilin, mais bas à la racine; grande étendue entre les yeux, encore plus qu'en France.

BELGES, oeil d'un parfait bleu de Prusse, plus foncé autour de l'iris, visage plus long qu'en Allemagne.

Je croirais volontiers (ce que ne dit pas l'auteur) que, par l'action du temps et de la civilisation, les cheveux ont pu brunir, les yeux noircir, c'est-à-dire prendre le caractère d'une vie plus intense.

SUR L'AUVERGNE AU CINQUIÈME SIÈCLE (_Voy. page 144_).

Au cinquième siècle, l'Auvergne se trouva placée entre les invasions du Midi et du Nord, entre les Goths, les Burgundes et les Francs. Son histoire présente alors un vif intérêt, c'est celle de la dernière province romaine.

Sa richesse et sa fertilité étaient pour les barbares un puissant attrait. Sidonius Apollin., l. IV, epist. XXI (ap. Scrip. rer. Franc., t. I, p. 793):

«Taceo territorii (il parle de la Limagne) peculiarem jocunditatem; taceo illud æquor agrorum, in quo sine periculo quæstuosæ fluctuant in segetibus undæ; quod industrius quisque quo plus frequentat, hoc minùs naufragat; viatoribus molle, fructuosum aratoribus, venatoribus voluptuosum: quod montium cingunt dorsa pascuis, latera vinetis, terrona villis, saxosa castellis, opaca lustris, aperta culturis, concava fontibus, abrupta fluminibus: quod denique hujusmodi est, ut semel visum advenis, multis patriæ oblivionem sæpè persuadeat.»--Carmen VII, p. 804:

........ Foecundus ab urbe Pollet ager, primo qui vix proscissus aratro Semina tarda sitit, vel luxuriante juvenco, Arcanam exponit piceà pinguedine glebam.

Childebert disait (en 531): Quand verrai-je cette belle Limagne! «Velim Arvernam Lamanem, quæ tantæ jocunditatis gratià refulgere dicitur, oculis cernere!» Theuderic disait aux siens: «Ad Arvernos me sequimini, et ego vos inducam in patriam ubi aurum et argentum accipiatis, quantùm vestra potest desiderare cupiditas; de quâ pecora, de quâ mancipia, de quâ vestimenta in abundantiam adsumatis.» (Greg. Tur., l. III, c. IX, 11.)

Les barbares alliés de Rome n'épargnaient pas non plus l'Auvergne dans leur passage. Les Huns, auxiliaires de Litorius, la traversèrent en 437 pour aller combattre les Wisigoths et la mirent à feu et à sang (Sidon. Panegyr. Aviti, p. 805. Paulin., l. VI, vers. 116). L'avènement d'un empereur auvergnat, en 455, lui laissa quelques années de relâche. Avitus fit la paix avec les Wisigoths; Théodoric II se déclara l'ami et le soldat de Rome (Ibid., p. 810... Romæ sum, te duce, amicus, Principe te, miles).--Mais, à la mort de Majorien (461), il rompit le traité et prit Narbonne; dès lors, l'Auvergne vit arriver et monter rapidement le flot de la conquête barbare, et bientôt (474) la cité des Arvernes (Clermont), l'antique Gergovie, surnagea seule, isolée sur sa haute montagne ([Grec: Gergouian, eph hypsêlou orous keimenên]). Strabon, l. IV.--Quæ posita in altissimo monte omnes aditus difficiles habebat (Cæsar, l. VI, c. XXXVI. Dio Cass., l. XL).

Sidon. Apollin., l. III, epist. IV (ann. 474: «Oppidum nostrum, quasi quemdam sui limitis oppositi obicem, circumfusarum nobis gentium arma terrificant. Sic æomulorum sibi in medio positi lacrymabilis præda populorum, suspecti Burgundionibus, proximi Gothis, nec impugnantûm irâ nec propugnantûm caremus invidiâ.»--L. VII, ad Mamert. «Rumor est Gothos in Romanum solum castra movisse. Huic semper irruptioni nos miseri Arverni janua sumus. Namque odiis inimicorum hinc peculiaria fomenta subministramus, quia, quod necdùm terminos suos ab Oceano in Rhodanum Ligeris alveo limitaverunt, solam sub ope Christi moram de nostro tantùm obice patiuntur. Circumjectarum vero spatium tractumque regionum jampridem regni minacis importuna devoravit impressio.»

Ainsi livrée à elle-même, abandonnée des faibles successeurs de Majorien, l'Auvergne se défendit héroïquement, sous le patronage d'une puissante aristocratie. C'était la maison d'Avitus avec ses deux alliées, les familles des Apollinaires et des Ferréols; toutes trois cherchèrent à sauver leur pays, en unissant étroitement sa cause à celle de l'empire.

Aussi les Apollinaires occupaient-ils dès longtemps les plus hautes magistratures de la Gaule (l. I, Epist. III): «Pater, socer, avus, proavus præfecturis urbanis prætorianisque, magisteriis palatinis militaribusque micuerunt.» Sidonius lui-même épousa, ainsi que Tonantius Ferréol, une fille de l'empereur Avitus, et fut préfet de Rome sous Anthemius (Scr. Fr. I, 783).

Tous ils employèrent leur puissance à soulager leur pays accablé par les impôts et la tyrannie des gouverneurs.--En 469, Tonantius Ferréol fit condamner le préfet Arvandus, qui entretenait des intelligences avec les Goths.--Sidon., l. I, ep. VII: «Legati provinciæ Galliæ Tonantius Ferreolus prætorius, Afranii Syagrii consulis è filia nepos; Thaumastus quoque et Petronius, verborumque scientiâ præditi, et inter principalia patriæ nostræ decora ponendi, prævium Arvandum publico nomine accusaturi cum gestis decretalibus insequuntur. Qui inter cætera quæ sibi provinciales agenda mandaverant, interceptuas litteras deferebant... Hæc ad regem Gothorum charta videbatur emitti, pacem cum græco imperatore (Anthemio) dissuadens, Britannos super Ligerim sitos oppugnari oportere demonstrans, cum Burgundionibus jure gentium Gallias dividi debere confirmans.»--Ferréol avait lui-même administré la Gaule et diminué les impôts. Sid., l. VII, ep. XII: «...Prætermisit stylus noster Gallias tibi administratas tune quùm maxime incolumes erant... propterque prudentiam tantam providentiamque, currum tuum provinciales cum plausum maximo accentu spontanies subiisse cervicibus; quia sic habenas Galliarum moderabere, ut possessor exhaustus tributario jugo relevaretur.»--Avitus, dans sa jeunesse, avait été député par l'Auvergne à Honorius, pour obtenir une réduction d'impôts (Panegyr. Aviti, vers. 207). Sidonius dénonça et fit punir (471) Seronatus, qui opprimait l'Auvergne et la trahissait comme Arvandus. L. II, ep. I: «Ipse Catilina sæculi nostri... implet quotidie sylvas fugientibus, villas hospitibus, altaria reis, carceres clericis: exultans Gothis, insultansque Romanis, illudens præfectis, colludensque numerariis: leges Theodosianas calcans, Theodoricianasque proponens veteresque culpas, nova tributa perquirit.--Proinde moras tuas citus explica, et quicquid illud est quod te retentat, incide...»

Ces derniers mots s'adressent au fils d'Avitus, au puissant Ecdicius... «Te expectat palpitantium civium extrema libertas. Quicquid sperandum, quicquid desperandum est, fieri te medio, te præsule placet. Si nullæ a republicâ vires, nulla præsidia, si nullæ, quantùm rumor est, Anthemii principis opes: statuit te auctore nobilitas seu patriam dimittere, seu capillos.»

Ecdicius, en effet, fut le héros de l'Auvergne; il la nourrit pendant une famine, leva une armée à ses frais, et combattit contre les Goths avec une valeur presque fabuleuse: il leur opposait les Burgundes, et attachait la noblesse arverne à la cause de l'Empire, en l'encourageant à la culture des lettres latines.

Gregor. Turon., l. II, c. XXIV: «Tempore Sidonii episcopi magna Burgundiam fames oppressit, Cumque populi per diversas regiones dispergerentur... Ecdicius quidam ex senatoribus... misit pueros suos cum equis et plaustris per vicinas sibi civitates, ut eos qui hâc inopiâ vexabantur, sibi adducerent. At illi euntes, cunctos pauperes quotquot invenire potuerunt, adduxêre ad domum ejus. Ibique eos per omne tempus sterilitatis pascens, ab interitu famis exemit. Fuereque, ut multi aiunt, ampliùs quam quatuor millia... Post quorum discessum, vox ad eum è coelis lapsa pervenit: «Ecdici, Ecdici, quia fecisti rem hanc, tibi et semini tuo panis non deerit in sempiternum.--Sidon. l. III, epist. III: «Si quandò, nunc maxime, Arvernis meis desideraris, quibus dilectio tui immane dominatur, et quidem multiplicibus ex causis... Mitto istîc ob gratiam pueritiæ tuæ undique gentium confluxisse studia litterarum, tuæque personæ debitum, quod sermonis Celtici squamam depositura nobilitas, nunc oratorio stylo, nunc etiam camoelanibus modis imbuebatur. Illud in te affectum principaliter universitatis accendit, quod quos olim Latinos fieri exegeras, barbaros deinceps esse vetuisti... Hinc jam per otium in urbem reduci, quid tibi obviàm processerit officiorum, plausuum, fletuum, gaudiorum, magis tentant vota conjicere, quàm verba reserare... Dùm alii osculis pulverem tuum rapiunt, alii sanguine ac spumis piuguia lupata suscipiunt;... hìc licet multi complexibus tuorum tripudiantes adhærescerent, in te maximus tamen lætitiæ popularis impetus congerebatur, etc... Taceo deinceps collegisse te privatis viribus publici exercitûs speciem... te aliquot supervenientibus cuneos mactâsse turmales, e numero tuorum vix binis ternisve post prælium desideratis.»

En 472, le roi des Goths, Euric, avait conquis toute l'Aquitaine, à l'exception de Bourges et de Clermont (Sidon., l. VII, Ep. V). Ecdicius put prolonger quelque temps une guerre de partisans dans les montagnes et les gorges de l'Auvergne (Scr. Fr. XII, 53... Arvernorum difficiles aditus et obviantia castella).--Renaud, selon la tradition, n'osa entrer dans l'Auvergne, et se contenta d'en faire le tour. Sans doute, comme plus tard au temps de Louis-le-Gros, les Auvergnats abandonnèrent les châteaux pour se réfugier dans leur petite mais imprenable cité (loc. cit.: Præsidio civitatis, quia peroptime erat munita, relictis montanis acutissimis castellis, se commiserunt). Sidonius en était alors évêque; il instituait, pour repousser ces Ariens, des prières publiques: «Non nos aut ambustam murorum faciem, aut putrem sudium cratem, aut propugnacula vigilum trita pectoribus confidimus opitulaturum: solo tamen invectarum te (Mamerte) auctore, Rogationum palpamur auxilio; quibus inchoandis instituendisque populus arvernus, et si non effectu pari, affectu certe non impari, coepit initiari, et ob hoc circumfusis necdùm dat terga terroribus.» (L. VII, Ep. ad Mamert.)

On a vu qu'Ecdicius repoussa les Goths; l'hiver les força de lever le siège (Sidon., l. III, Ep. VII). Mais, en 475, l'empereur Népos fit la paix avec Euric, et lui céda Clermont. Sidonius s'en plaignit amèrement (l. VII, Ep. VII): «Nostri hic nunc est infelicis anguli status, cujus, ut fama confirmat, melior fuit sub bello quàm sub pace conditio. Facta est servitus nostra pretium securitatis alienæ. Arvernorum, proh dolor! servitus, qui, si prisca replicarentur, audebant se quondam fratres Latio dicere, et sanguine ab Iliaco populos computare (et ailleurs:... Tellus... quæ Latio se sanguine tollit altissimam. Panegyr. Avit., v. 139)... Hoccine meruerunt inopia, flamma, ferrum, pestilentia, pingues cædibus gladii, et macri jejuniis præliatores!»

Ecdicius, ne voyant plus d'espoir, s'était retiré auprès de l'empereur avec le titre de Patrice. (Sidon., l. V, Ep. XVI; l. VIII, ep. VII; Jornandès, c. XLV.)--Euric relégua Sidoine dans le château de Livia, à douze milles de Carcassonne, mais il recouvra la liberté en 478, à la prière d'un Romain, secrétaire du roi des Goths, et fut rétabli dans le siège de Clermont (Sidon., l. VIII, Ep. VIII). Lorsqu'il mourut (484), ce fut un deuil public: «Factum est post hæc, ut accedente febre ægrotare coepisset; qui rogat suos ut eum in ecclesiam ferrent. Cùmque illuc inlatus fuisset, conveniebat ad eum multitudo virorum ac mulierum, simulque etiam et infantium plangentium atque dicentium: «Cur nos deseris, pastor bone, vel cui nos quasi orphanos derelinquis? Numquid erit nobis post transitum tuum vita?... Hæc et his similia populis cum magno fletu dicentibus...» Greg. Tur., l. II, c. XXIII.