Histoire de France 1573-1598 (Volume 12/19)

Part 24

Chapter 243,720 wordsPublic domain

Je n'ose qualifier de son vrai nom la simplicité de quelques-uns des nôtres qui, à force d'_impartialité_ et de bon vouloir pour nos ennemis, sont parvenus à croire que les ligueurs étaient le parti patriotique et national! Mais la Ligue elle-même, sur la fin, a dit ce qu'elle était: le parti de l'étranger. Croyez-en la forte parole du ligueur Villeroy dans son très-bel _Advis à M. de Mayenne_, pièce confidentielle, qui mérite toute attention: «Il faut que nous avouions que nous devons au roi d'Espagne la gloire et la _reconnaissance entière de notre être_. Nous n'avons soutenu la guerre depuis le commencement que de ses deniers et avec ses forces.»

Oui, _depuis le commencement_, et ce mot a plus de portée que Villeroy ne croit lui-même. Grâce à Dieu, nous pouvons aujourd'hui remonter au point de départ et solidement établir que, depuis le jour où le clergé, menacé dans ses biens, fit appel à l'Espagne (1561), une ligue se forma entre lui et Philippe II, que les Guises en furent les capitaines, que les efforts des Guises pour se créer une action à part furent toujours impuissants, et qu'enfin, comme dit Villeroy, la Ligue doit rapporter à l'Espagne «la gloire et la reconnaissance de son être.»

Sans méconnaître le savoir-faire du cardinal de Lorraine, la vigueur, la capacité de François de Guise, ni les dons brillants de son fils, nous les avons cotés bien plus bas qu'on ne fait. Pourquoi? Parce qu'ils usèrent leur vie dans une politique impossible, hypocrite autant qu'ingrate, une politique catholique indépendante du roi catholique, qui se servirait de ses secours, à part ou contre lui. C'est ce qui les fit constamment échouer. Ils furent brouillons et chimériques. Ils crurent toujours attraper Philippe II, et ils ne purent rien que par lui.

On a vu dans ces deux volumes comment un grand parti qui a besoin de chefs, qui a de l'argent et la publicité, qui dispose indirectement des forces centralisées d'un grand État, peut, avec tout cela, faire et fabriquer des héros, arranger des victoires, créer des colosses de réputation.

On y a vu aussi comment un corps persévérant, uni fortement par ses craintes, agissant toujours et d'ensemble sur un misérable troupeau d'opinion vacillante, et profitant de ses irritations, de ses fougues aveugles, peut se créer un peuple à lui.

Faux héros et faux peuple: deux forces de la Ligue.

Cruels effets d'un mensonge si long, si obstinément maintenu! À force de misère, de fureurs, de sottise, il devint une vérité. La France se trouva si dévoyée, si dépravée, qu'elle entra dans la conspiration étrangère contre elle-même et la Ligue devint populaire.

Mais du même coup cette pauvre France mourut moralement. Il ne faut pas se faire illusion. Il y a là trente ou quarante ans de nullité réelle, d'impuissance, d'abaissement d'esprit. Le duellisme, la fierté de la langue, l'attitude espagnole, ne peuvent donner le change. Sauf quelques ombres de l'autre siècle qui errent encore, comme d'Aubigné, il n'y a plus personne jusqu'à l'avénement de Corneille.

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Quoi! c'est fini de ce grand siècle, qui avait montré, au début, tant de puissances fécondes? On eût cru pouvoir lui prédire d'inépuisables renouvellements. Le génie de la Renaissance, l'héroïsme de la Réforme, avec tant d'inventeurs et cinq cent mille martyrs, aboutissent à ce mot: «Que sais-je?» à ce grand découragement? Loyola a vaincu? L'esprit humain a perdu la partie?

La Renaissance s'énerva par l'immensité même et la variété de son effort. Elle n'embrassa pas moins que l'infini dans le lieu, dans le temps. Elle rallie à l'Europe l'Orient, l'Amérique. Elle rallie, aux souvenirs de la vieille Rome, des lueurs de la future Révolution de 89. Elle lance sur toute science des éclairs prophétiques. Le sort de tout prophète est celui d'Isaïe, qui fut scié en deux.

Elle commence à l'être vers le milieu du siècle. À qui demande-t-elle secours, elle, fille de la liberté et de la raison collective? Justement à l'autorité, son ennemie; à l'idolâtrie monarchique, alliée de l'idolâtrie religieuse. Qu'arrive-t-il? Elle périt ou se mutile et devient impuissante. Son idéal moral, faible et pâle, sera l'_honnête homme_, que Rabelais et Montaigne transmettent à Molière et Voltaire, idéal négatif de douceur et de tolérance, qui ne fera jamais le héros ni le citoyen[13].

[Note 13: Luther fut réellement le premier apôtre de la tolérance. Il y a des textes pour et contre dans l'Évangile. Les Pères sont partagés: saint Hilaire, saint Ambroise et saint Martin sont pour; saint Cyprien, saint Augustin sont contre, et ce sont ces derniers que toute l'Église a suivis, et les conciles, et les papes, et saint Thomas d'Aquin.--Luther n'hésite pas. Il tranche ainsi la question: «L'usage de brûler les hérétiques vient de ce qu'on craignait de ne pouvoir les réfuter.» Léon X et la Sorbonne le condamnent (error 33) pour avoir avancé: _Hereticos comburi esse contra voluntatem Spiritûs._ Il avait dit (à la noblesse allemande): «Contre les hérétiques, il faut écrire et non brûler.» Dans son explication de saint Mathieu (XIII, 24-30): «Qui erre aujourd'hui n'errera pas demain. Si tu le mets à mort, tu le soustrais à l'action de la parole et tu empêches son salut, ce qui est horrible... Oh! que nous avons été fous de vouloir convertir le Turc avec l'épée, l'hérétique par le feu, et le Juif à coups de bâton!» Le 21 août 1524, il intercède auprès de l'électeur pour ses ennemis, Münzer et autres: «Vous ne devez point les empêcher de parler. Il faut qu'il y ait des sectes et que la Parole de Dieu ait à lutter... Qu'on laisse dans son jeu le combat et le libre choc des esprits.--La guerre des paysans qui ne l'écoutèrent pas et le mirent dans une si grande colère, ne lui fit pas cependant modifier ces doctrines. Il autorise seulement les princes à se faire obéir et à réprimer l'_esprit de meurtre_ (4 février 1525). En 1530 encore (sur le psaume LXXXII), il ne demande contre les blasphémateurs publics _que leur éloignement_.--Un savant et consciencieux ministre d'Alsace, M. Müntz, qui connaît à fond Luther, et que j'ai consulté, me répond: «Je ne connais de lui aucun passage où il approuve qu'on punisse l'hérétique qui ne prêche pas la révolte et le meurtre.»]

Toute autre fut l'énergie de la Réforme à son aurore. Elle ne refit pas l'idée, mais le caractère. Elle agit et souffrit, donna son sang à flots. Ses martyrs populaires, qui cherchaient leur force dans la Bible, font une seconde Bible, sans le savoir, et combien sainte! Le martyrologe de Crespin est bien autrement édifiant à lire que la chronique des rois de Juda. Cela dure quarante ans, âge merveilleux de patience! Nulle résistance, nul combat. On ne sait que mourir et bénir.

Le christianisme défend de résister, et défend d'inventer,--du moins dans ce qui est le fond de l'âme, l'idée morale et religieuse. Il est le _Consummatum est_. La réforme chrétienne fit effort pour se contenir et se resserrer dans l'interprétation d'un livre. Sur son coeur débordant, sur la source brûlante qui en jaillissait, elle posa la Bible comme un sceau. Elle se reprocha son libre génie, s'interdit de gémir, de prier, de pleurer, sinon par la voix de David. Elle étouffa sa poésie, et elle tarda fort pour trouver sa transformation philosophique, qui depuis devint si féconde.

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Voilà la cause principale de l'affaiblissement précoce de la Réforme.

Mais d'autres choses étaient contre elle, une surtout, son austérité.

Elle avait affaire à l'idolâtrie des images, et l'on disait déjà, comme aujourd'hui, qu'elle était l'ennemie de l'art (au moment où elle créait la musique).

Elle avait affaire à une machine puissante qui mit le roman au confessionnal, la grande invention de Loyola: _la direction._

Elle avait affaire à la faim, à l'extrême misère du peuple, naturellement dépendant du clergé, qui avait le monopole de l'aumône publique et disposait de toutes les fondations de bienfaisance.

Notez que la Réforme, en France, n'eut point du tout l'appui que celle d'Allemagne trouva dans les circonstances politiques. Nos rois, admis de bonne heure au large banquet des biens ecclésiastiques, donnant les évêchés à leurs ministres, les abbayes à leurs capitaines, et par-dessus tirant encore du clergé les dons gratuits, furent peu pressés de se faire protestants.

En Allemagne, des peuples serfs virent dans l'apparition de la Réforme une heureuse occasion d'affranchissement. Mais, en France, déjà le servage avait disparu, et par les contrats de rachat individuel, et par l'action générale des lois.

De sorte que la Réforme n'eut rien à offrir, ni les biens du clergé au roi, ni l'affranchissement au peuple.

Elle n'offrit guère que le martyre et le royaume des cieux.

De bonne heure, le protestantisme, comme la Renaissance, se réfugia à un autel, où tous croyaient voir leur salut. Il se fia à la royauté.

Une occasion le tenta. Un prince protestant devint l'héritier; le roi de Navarre devint roi de France. La réforme française oublia, devant cette tentation, ce qu'elle était: _la République._

Dès ce jour, elle était perdue. Elle s'en ira, toujours baissant, jusqu'aux années des dragonnades.

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Les conséquences de la paix de Vervins furent épouvantables. La France, ayant lâché pied, tout alla à la dérive. L'Europe vit bientôt s'ouvrir cette Saint-Barthélemy prolongée qu'on appelle la guerre de Trente-Ans, où les hommes apprirent à manger de la chair humaine.

Le vieux principe parut avoir vaincu partout, dans l'énervation commune des protestants et des libres penseurs. Si des individualités extraordinaires parurent, ce fut inutilement: Shakspeare n'eut aucune action sur l'Angleterre, et dès sa mort fut oublié. Cervantès mourut de misère.

L'Europe parut un moment comme un désert moral, un zéro, un blanc sur la carte du monde des esprits. Rien n'empêcha les morts de parader dans l'intervalle; ils montèrent le _cheval pâle_, et ils firent la guerre de Trente-Ans. Ils tuèrent, tuèrent beaucoup, tuèrent encore... Et après?... Ils restèrent ce qu'ils étaient, les morts.

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Puissances sacrées de la vie et de la génération, vous êtes de Dieu seul. Et le néant ne vous usurpe pas.

Nous montrerons cela et le mettrons en pleine lumière. Mais ici même un dernier mot sur le XVIe siècle le fera déjà sentir.

L'_harmonie_, le chant en parties, la concorde des voix libres et cependant fraternelles, ce beau mystère de l'art moderne, cherché, manqué par le Moyen âge, avait été trouvé par le protestant Goudimel, l'auteur des fameux chants des psaumes. Vers 1540, il passa quelque temps à Rome; il y forma quelques élèves, et, entre autres, un jeune paysan, Palestrina[14]. Admirable nature, d'une sensibilité tout italienne, qui vibrait à tous les échos. Il avait peu le sens du rythme encore. Mais son âme suave rendait des sons charmants aux voix de la création.

[Note 14: Pour la bénédiction de ce livre, finissons par ces innocents, le protestant, le catholique. J'ai tiré ce que j'ai dit de Palestrina des _Memorie_ du chanoine Baïni, très-lumineusement résumés dans un excellent article de M. Delécluze (_ancienne Revue de Paris_).

Quant à Palissy, je serais inconsolable de n'en pas parler tout au long, si M. Alfred Dumesnil n'en avait fait si bien la légende. Un mot seulement sur son séjour aux Tuileries. Ce sont de ces spectacles où Dieu s'amuse, que ce bon homme, ce saint, ait été logé au palais de la Saint-Barthélemy par Catherine, dans sa ménagerie, avec ses bêtes, oiseaux, poissons, à côté de l'astrologue et du parfumeur trop connu!... Elle prenait plaisir à voir Palissy orner ses vases de plantes d'un vert pâle où couraient des serpents.

Sa poterie lui sauva la vie et fit excuser son génie de naturaliste. Admirablement étranger aux sottes sciences du Moyen âge, il avait un sens pénétrant pour toute chose d'expérience et de vérité, une seconde vue lointaine des vraies sciences. Il semblait que la nature, charmée de trouver un homme si ignorant, lui dît tout, comme à son enfant. Il voyait au sein de la terre couler les eaux, sourdre les fontaines, monter la sève aux plus secrètes veines des plantes. Il entendait parfaitement la formation des coquillages et l'élaboration profonde du monde des mers. Le premier, il ramassa toutes sortes de curiosités et fit un _Cabinet d'histoire naturelle_. Beaucoup de gens demandant ce que signifiait tout cela, il commença (1575) à enseigner, non telle science (faisant profession de ne rien savoir), mais seulement ce qu'il avait vu, trouvé, expérimenté.

Ce qu'il regarde volontiers dans les choses de la nature, ce qu'il observe avidement et voudrait imiter, ce sont les arts ingénieux par lesquels elle protége les plus humbles de ses enfants. Les volutes des coquillages où ils se retirent, s'abritent et trouvent tant de sûreté contre la violence des flots, contre la rage d'un monde de destructeurs, lui font envie; il les propose comme modèle originaire des forteresses les plus sûres. Ah! pourquoi Dieu n'a-t-il pas donné le refuge au moins de l'huître et du moule, la carapace des tortues, à ce grand peuple poursuivi, à ces infortunés troupeaux de vieillards, d'orphelins, de femmes, qui, désormais sans foyer, s'enfuient, éperdus, sur les routes de France?... Le rêve des Îles bienheureuses dont se berça l'humanité, les solitudes d'Amérique où nos fugitifs qui cherchaient la paix trouvèrent la mort et l'Espagnol, tout cela n'arrête pas l'imagination de Palissy, positif jusque dans ses songes. Le sien, c'est une oeuvre d'industrie, un vaste jardin établi dans une position forte et savamment fortifiée où il ferait un château de refuge pour sauver les persécutés. Les sciences de la nature ont été précisément cet abri pour l'âme humaine.

Ce pauvre homme, méprisé, jeté à la voirie avec les chiens, n'en commence pas moins le vrai nouveau monde. Il termine le XVIe siècle et le dépasse. Par lui, nous passons de ceux qui devinèrent la nature à ceux qui la refirent, _des découvreurs aux inventeurs_, créateurs et fabricateurs.--De lui est cette parole: «_La nature la grande ouvrière; l'homme ouvrier comme elle._»--Non, non, le XVIe siècle n'a pas été perdu, puisqu'il finit par un tel mot. Combien nous voilà loin de l'_Imitation_ monastique, froide et stérile! La chaude imitation dont il s'agit ici, c'est le prolongement de la création.]

Palestrina devint illustre à la longue, maître de la chapelle des papes. C'était le moment où le concile de Trente avait prescrit l'épuration de la musique ecclésiastique. Tous les vieux livres d'office, écrits depuis mille ans, furent soumis à Palestrina. On l'investit d'une dictature musicale. Grande puissance où l'artiste paysan allait, sans le savoir, influer d'une manière, décisive, peut-être, sur la destinée populaire d'une religion.

Les hommes les plus respectables de la religion catholique, saint Charles Borromée, saint Philippe de Néri, pensèrent que ce génie naïf, qui revivait ainsi les temps antiques, en retrouverait une étincelle. Ils n'y négligèrent rien. Ils se firent ses amis, l'entourèrent, le soutinrent, l'animèrent, l'échauffèrent. Ils tinrent cette créature d'élite comme dans leur bras et sur leur sein brûlant. Pourraient-ils en tirer la simple évocation qui eût renouvelé l'Église? des chants nouveaux, vainqueurs, qui emportassent les foules? ou bien des hommes nouveaux, des élèves, une école, une grande source musicale qui eût fécondé le désert moral de l'époque?

Tous leurs efforts furent vains. L'Italien, vraie harpe éolienne aux vagues mélodies flottantes, n'articula jamais ce chant suprême qui fût devenu la Marseillaise catholique. Encore moins forma-t-il école. Il ne fut pas un _maître_. Il resta isolé. Ses mélodies mélancoliques ne furent pas répétées. Elles restèrent prisonnières comme les échos d'un unique lieu, enfermées et incorporées dans la chapelle Sixtine. Là on les chante une fois par an, disons mieux, on les pleure. C'est le caractère de cette musique, qu'elle est trempée de larmes. Larmes touchantes et vraies qui disent la mort de l'Italie sous le nom de Jérusalem.

Le pauvre Italien, à l'appel d'une Église de guerre qui demandait la force, ne répondit que la douleur.

On a fait prudemment en ne sortant jamais cette musique du lieu où elle est protégée par les peintures de Michel-Ange. Les prophètes et les sibylles l'abritent avec compassion. Ils l'écoutent, et gémissent, les géants indomptables, d'entendre cette mollesse et ce peu d'espérance dans les soupirs de l'Italie. Ces accents ne sont pas les leurs. Leur génie tout viril rayonne d'un bien autre avenir.

Donc le souffle, le rythme, la vraie force populaire, manqua à la réaction. Elle eut les rois, les trésors, les armées; elle écrasa les peuples, mais elle resta muette. Elle tua en silence; elle ne put parler qu'avec le canon sur ses horribles champs de bataille. C'est un caractère funèbre de la _Guerre de Trente-Ans_ que cette taciturnité.

Oh! l'intrigue, l'effort, la patience, ne peuvent pas tout ce qu'ils veulent... Tuer quinze millions d'hommes par la faim et l'épée, à la bonne heure, cela se peut. Mais faire un petit chant, un air aimé de tous, voilà ce que nulle machination ne donnera... Don réservé, béni... Ce chant peut-être à l'aube jaillira d'un coeur simple, ou l'alouette le trouvera en montant au soleil, de son sillon d'avril.

NOTES DES GUERRES DE RELIGION[15]

[Note 15: Les renvois des pages indiquées dans ces notes se rapportent au volume XI.]

Dans la préface des _Guerres de religion_, je promettais une critique des sources historiques du XVIe siècle. Cette critique m'a entraîné fort loin. Je n'ai pu juger les livres des autres sans expliquer le principe qui a dominé le mien. Cette explication n'est pas moins qu'une théorie complète. Ce qui n'était d'abord qu'un essai de critique est devenu un volume que je ne puis faire entrer dans celui-ci, et qui ne peut paraître qu'à part.

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Observation générale sur les quatre volumes du XVIe siècle: nombre de citations qui ne pouvaient être différées _ont été mises dans le texte_ même. Ces notes donc sont essentiellement incomplètes. J'en élague aussi les indications de sources banales, comme les mémoires qui sont dans les mains de tout le monde, les collections tant citées, Mémoires de Condé, de la Ligue, etc.

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Le règne d'Henri II n'a pas encore la terrible abondance de matériaux qu'offre la fin du XVIe siècle. Il continue l'époque des chroniques de famille écrites par les serviteurs des grandes maisons et à leur profit. Tels sont les mémoires de Vieilleville, Villars, Rabutin. Salignac écrit, à la gloire de Guise, le _Siége de Metz_.

Un seul des grands acteurs écrit lui-même ses actes (Coligny, _Siége de Saint-Quentin_), et il s'en excuse.--Quant aux recueils de pièces diplomatiques, celui de Ribier ne donne que les pièces du cabinet de Montmorency. Granvelle, les ambassadeurs de Venise et nos ambassadeurs dans le Levant (édit. Charrière), nous orientent d'une manière plus générale. Ajoutez les correspondances de Charles-Quint (Lanz, Gachard), ses historiens, et les travaux divers qu'ont faits sur lui MM. Ranke, Mignet, Pichot, etc.--Je parlerai plus loin des sources protestantes.--Le duel de Jarnac (V. Castelnau, édit. le Laboureur, Vieilleville, De Thou, Brantôme), ce fait si mal compris a dû être mon point de départ, et j'y ai rattaché le tableau de l'époque. C'est l'_avénement du roman_ dans l'État, et en même temps il entre dans la religion. Deuxièmement, ce duel est déjà celui des maisons de Guise et de Châtillon, l'une soutenue par Diane, l'autre par le connétable (V. les actes, dans Du Bouchet). La rivalité de personnes commence celle de partis et de religions.--Dès l'avénement, Diane reçoit du pape un collier de perles (Ribier, II, 33), gage d'alliance entre Rome et la maîtresse catholique.

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Chapitre III, page 43.--_Catherine de Médicis._--Cette bonne reine a été tout à fait réhabilitée de nos jours. Comment, en effet, ne pas en prendre une opinion toute favorable, quand on a lu sa _Vie_, publiée à Florence par M. Alberj, _d'après les actes, les pièces d'archives_? Cependant, si vous demandez à M. d'Alberj de quelles pièces il s'appuie, il avoue que ce sont des documents de famille, les lettres qu'écrivaient de Paris les envoyés du grand-duc, amis, serviteurs, admirateurs passionnés de Catherine. Dans ce cas, j'aime encore mieux consulter Catherine sur elle-même. C'est elle qui se chargera de contredire partout son apologiste _par ses propres lettres_ dont je me sers. On n'en a imprimé qu'un volume; mais la continuation existe en copie, et les originaux se trouvent à nos Archives et à la Bibliothèque.

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Chapitre IV.--_L'intrigue espagnole_, etc.--J'ai défait le faux Charles-Quint tout politique, et j'en ai refait un bigot. Ses ordonnances, combinées avec les procès donnés par Llorente et les lettres de Granvelle, permettent de suivre la transformation que subit ce caractère, énormément surfait de nos jours.--Quant à l'adultère de Philippe II avec la princesse d'Éboli (p. 72), il ne put avoir lieu qu'en 1559, quand il revint en Espagne veuf de Marie Tudor, et qu'il attendit quatre mois sa nouvelle épouse. La princesse avait alors vingt et un ans et était mariée depuis huit ans. Avant le premier mariage de Philippe, elle était fort jeune, récemment mariée, et son mari n'avait pas intérêt, comme en 1559, à être trompé par sa femme pour trouver en elle un appui contre Granvelle, chef du parti opposé.

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Chapitre V.--_Les Martyrs_, p. 81.--_Et toi, pour mourir, tu ris_...--Cette époque bénie du protestantisme a un caractère étonnant de sérénité, parfois de gaieté. Elle est dans leurs chants (V. entre autres les fragments de Rouen, bibl. Leber, etc.), chants mâles et forts d'allégresse héroïque. Elle est dans les paroles des martyrs: une femme, enterrée vive, plaisante du fond de la fosse (Crespin, 1540).--On est saisi d'horreur et de pitié; on rit, on pleure. On pleurerait encore sur l'énervation de l'âme humaine. Que nous ressemblons peu à cela!--Ce sont les pensées qui me poursuivaient dans les longs jours où j'ai lu et extrait les mille pages in-folio du _Martyrologe de Crespin_. Merveilleux livre qui met dans l'ombre tous les livres du temps, car celui-ci n'est pas une simple parole, c'est _un acte_ d'un bout à l'autre et un acte sublime.--J'y avais perdu terre, et je ne savais plus comment redescendre. Que de pages j'en avais copiées, dans l'espoir de les insérer!

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Chapitre VI, p. 94.--_Calvin._--_La mort du grand Servet._--Non content des livres du temps, et des travaux si importants qu'ont donnés sur Genève, Calvin et Farel, MM. Gaberel, Henri, Revilliod, Schmidt, Merle d'Aubigné, Bonnet, Pictet, etc., j'ai été à Genève en 1854 pour fixer mon opinion. Partisan de Servet et de la raison moderne, j'inclinais du côté de ses amis, les amis de la liberté (ou _Libertins_). Cette question, étudiée dans les _Archives de Genève_, spécialement dans les _Registres du Conseil_, devient plus claire. Je crois que ce parti eût livré Genève à la France. Malheur immense pour l'Europe. Servet comptait sur la victoire des Libertins, et c'est pour cela qu'il prolongea à Genève le séjour qui le perdit. Nul doute que Calvin n'ait cru sauver la religion et la patrie, la révolution européenne.--C'était le moment le plus brûlant de l'école du martyre. Dans une lettre inédite que le savant historien de l'Église de Genève, M. Gaberel, me communique, Calvin peint son embarras pour choisir entre les solliciteurs qui s'étouffent à sa porte, qui se disputent, quoi? d'être envoyés à la mort!

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