Histoire amoureuse des Gaules; suivie des Romans historico-satiriques du XVIIe siècle, Tome III
Part 4
Si toutes ces grâces et ces faveurs dont nous venons de parler avoient été accordées à des personnes qui ne fussent pas recommandables par leur mérite particulier, elles pourroient être sujettes aux changemens; mais toutes les demandes de mademoiselle de Fontange sont faites avec tant de choix et de discrétion, qu'il n'y a rien à craindre de ce côté-là. Si la V. L. R. avoit autant apporté de circonspection dans tout ce qu'elle a exigé du Roi[45], son oncle[46] ne seroit pas devenu d'évêque meunier; le proverbe est un peu commun, mais il ne convient pas mal au sujet. On dit que c'est sur sa pure et simple démission que M. de B. V. U.[47] remplit dignement sa place; nous ne pouvons le croire pieusement, sans ôter à une vertu ce qui appartient à une autre et donnera l'humilité de L. B. L. B.[48] ce qui a été un pur effet de son obéissance. Peut-être que s'il eût eu autant de bonheur qu'il eut de zèle pour apaiser quelques légers troubles de son diocèse, il ne seroit pas si tôt déchu de sa grandeur; mais le peu de réussite qui suivit ses empressemens ne causa pas seulement sa disgrâce, mais contribua aussi à celle de M. de Molac[49]. Le Roi lui en marqua son ressentiment par une lettre, qu'il eut la simplicité de faire voir, où entre autres termes il y avoit: _J'entends que votre Bréviaire fasse toute votre occupation_. Tant il est vrai que la cour ne juge de la nature d'une entreprise que par le bon ou le mauvais succès, et que les bonnes intentions ne produisent pas toujours de bons effets.
Comme l'air de la campagne donne souvent de l'assaisonnement à des plaisirs que nous trouverions fades et insipides dans les plus grandes villes, le Roi ne passa pas longtemps à Paris sans méditer son retour à Versailles: il est vrai que c'est un lieu rempli d'enchantement, depuis qu'on s'est appliqué à l'orner et à l'embellir. Toute la cour partit donc pour ce lieu de plaisance, et le Roi y renouvela toutes les fêtes et tous les divertissements qui avoient été en quelque manière interrompus par son départ si précipité: les parties de chasse y furent assignées; les dames qui accompagnent d'ordinaire Sa Majesté dans cet exercice y parurent infatigables et y firent voir beaucoup de vigueur. La santé de mademoiselle de Fontange étoit trop chère au Roi pour qu'il lui permît de s'engager, comme beaucoup d'autres dames, dans la course; elle en eut le plaisir sans se mettre dans le hasard, et vit de son carrosse tout ce qui pouvoit satisfaire sa curiosité. La chasse finie, le Roi descendit de cheval, prit la place auprès d'elle et la conduisit dans son appartement. Elle étoit pour lors dans l'humeur la plus gaie du monde, et elle dit mille plaisanteries à son amant sur le divertissement qu'une de la troupe avoit donné en tombant de son cheval. Le Roi rioit de tout son coeur, particulièrement quand elle dit devant plusieurs personnes que cette chute devoit être d'autant plus sensible à cette belle chasseresse, que les dames ne s'étoient pas pourvues de caleçons, contre l'ordinaire. Cela donna occasion à mademoiselle de B...[50], fille d'honneur de Madame[51], de dire qu'elle mourroit s'il lui étoit arrivé un pareil accident. «Je me réserve, continua-t-elle, pour des divertissemens plus tranquilles, et je ne puis assez admirer celles qui ne peuvent goûter de plaisirs sans courir fortune de leur vie.» Elle lâcha cette parole sans prendre garde que Madame, qui étoit présente, est une des plus passionnées pour cet exercice. Aussi releva-t-elle hautement ce qui avoit été dit. «Je vois bien, reprit-elle en s'adressant à celle qui eût bien voulu retirer sa parole, je vois bien que les plaisirs de la ruelle vous toucheroient plus vivement que ceux qui se trouvent dans l'agitation: il faut des divertissemens paresseux et sédentaires à celles dont la foiblesse ne leur permet pas d'en prendre d'autres.» Madame la Dauphine fit changer l'entretien en parlant du bal que Sa Majesté donnoit le lendemain. Ce fut un des plus beaux de tous ceux qui ont paru auparavant; tout y étoit pompeux et magnifique. Le Roi y dansa avec son adresse ordinaire; mais ce qui surprit le plus, ce fut qu'il prit jusques à deux fois une jeune demoiselle et lui dit quelques galanteries fort obligeantes. Il fut le lendemain au lever de sa maîtresse; mais il la trouva dans une tristesse et un abattement extraordinaires. Il témoigna bien du chagrin de la voir dans cet état; il lui demanda fort tendrement quel en étoit le sujet. «Ah! Sire, lui dit-elle en le regardant avec un air fort touchant, si votre personne étoit moins aimable, on auroit moins de tristesse!» Il connut que c'étoit la jalousie qui causoit ce désordre; il n'en fut pas fâché, car quand il aime il veut être aimé, et il n'y a rien qui l'engage si fortement que ces sortes de craintes, quand on les marque à propos. Il apprit de sa belle que ce qui s'étoit passé au bal l'avoit un peu alarmée, et que c'étoit la seule cause de sa mauvaise humeur. Il lui fit voir le peu de sujet qu'elle avoit eu de s'affliger, l'assura qu'il n'aimeroit jamais qu'elle, et que le soupçon qu'elle avoit eu étoit le plus mal fondé du monde. «Eh quoi! continua-t-il, est-il possible que vous connoissiez si mal les sentimens de mon coeur? J'abandonne tout ce que j'ai de plus cher dans la vie. Ah! c'est faire tort à mon amour que d'en avoir seulement la pensée, et vous ne le pouvez sans condamner mon jugement dans le choix que j'ai fait de votre personne. Non, je vous le dis encore une fois, ne jugez pas de l'amour que je vous porte par celui que j'ai témoigné à d'autres par le passé; la différence vous en doit être connue si vous connoissez votre mérite. Croyez que, trouvant en vous seule tout ce qu'il y a d'aimable dans toutes les autres, je ne ferai rien contre mon intérêt, ma parole et mon inclination.--Ah! Sire, quel plaisir n'ai-je point goûté par votre discours! et qu'il est doux d'entendre de la bouche d'un prince si aimable des paroles si tendres et si obligeantes! Mais aussi qu'il est difficile d'aimer un prince comme vous sans crainte et sans inquiétude! Non, je ne puis posséder un coeur comme le vôtre sans en appréhender la perte! C'est pourquoi excusez ma tristesse passée, et profitez de la joie que vous m'avez rendue en me confirmant dans la possession de votre coeur.» Elle dit ces dernières paroles en se jetant au cou du Roi, qui ne put résister plus longtemps à ses caresses; il la baisa, il l'embrassa, et après tout ce badinage, ils font quelque chose qui n'est guère plus sérieux.
[[52]Bien que les choses qui sont d'une ardeur si violente ne semblent pas devoir être de longue durée, nous avons néanmoins sujet de croire que comme c'est la beauté, l'esprit et le mérite d'une personne toute charmante, qui ont fait cet attachement, il subsistera tant qu'elle conservera les mêmes avantages.
Si nous faisons un juste parallèle du mérite de notre héroïne avec les qualités de celles qui l'ont précédée dans son emploi, nous trouverons que sans le secours de sa beauté elle les surpasse toutes. Ceux de la Cour qui se piquent d'être savants dans le discernement des esprits disent que le sien ne peut être plus accompli, qu'il a en même temps les lumières et le brillant de celui de La Vallière[53], et le fond et le solide de celui d'Astérie. S'ils ne se trompent point dans le jugement qu'ils en font, il est à croire que, ramassant de la sorte en soi toutes les perfections qui peuvent rendre le Roi sensible, elle sera toujours aimée, et que tant qu'elle saura ménager sa fortune, il ne cherchera point d'autre amusement. Madame de Fontange est bonne, fort spirituelle, et sensible autant qu'il se peut à deux passions toutes différentes, à l'amour et à la haine; ce qui fait que, si elle aime avec ardeur ce que son coeur trouve agréable, elle ne hait pas avec moins d'excès ceux dont elle croit être méprisée. Elle aime l'honneur et la gloire, et le titre de duchesse ne lui déplaît pas. Elle a un grand air de jeunesse, qui la rend toute aimable. Elle parle agréablement. Mais pour faire son portrait en deux paroles, il suffit de dire qu'elle est du goût du plus délicat de tous les hommes en matière d'amour, et qu'elle a su engager le plus grand et le plus fier de tous les coeurs[54].]
NOTES.
[2] Ce mot «à présent» montre assez que ce récit a été écrit avant la mort de mademoiselle de Fontanges. Comment donc expliquer la négligence des éditeurs modernes? Supprimant le passage par lequel se termine l'édition primitive, et qui s'accorde avec ce début, ils y ont substitué un extrait de _la France galante_ où est racontée la mort de la favorite.
[3] Madame de Montespan.
[4] Voici un passage de madame de Sévigné qui est bien de nature à détruire ce soupçon: «La Reine a été deux fois aux Carmélites avec _Quanto_ (madame de Montespan). Cette dernière causa fort avec soeur Louise de la Miséricorde; elle lui demanda si tout de bon elle étoit aussi aise qu'on le disoit.--«Non, répondit-elle; je ne suis point aise, mais je suis contente.» _Quanto_ lui parla fort du frère de Monsieur, et si elle vouloit lui mander quelque chose, et ce qu'elle diroit pour elle. L'autre, d'un ton et d'un air tout aimables, et peut-être piquée de ce style: «Tout ce que vous voudrez, Madame, tout ce que vous voudrez.» Mettez dans tout cela toute la grâce, tout l'esprit et toute la modestie que vous pourrez imaginer.» (_Lettre_ du 29 avril 1676.)
[5] Voyez t. II, p. 390 et suivantes.
[6] Madame de Montespan auroit trouvé à la célèbre abbaye de Fontevrault sa soeur, la pieuse et savante Marie-Madeleine-Gabrielle de Rochechouart, qui, après avoir été religieuse à l'Abbaye-au-Bois, avoit été nommée abbesse de Fontevrault, et chef et générale de l'ordre le 16 août 1670.
[7] Si le parti qu'avoit pris mademoiselle de La Vallière de quitter la cour lui eût été si pénible, les instances du Roi l'auroient sans doute décidée à quitter le couvent la seconde fois comme la première.
[8] Ici se place, dans certaines éditions, un long passage détaché, on ne sait pourquoi, de _la France galante_, et qui ne figure dans les premières éditions ni de _la France galante_ ni de l'histoire de mademoiselle de Fontanges. Nous l'avons indiqué en son lieu. Voy. ci-dessus, t. 2, p. 454, 464, etc.--En revanche, le passage que nous donnons, et où, entre autres particularités, il est question de mademoiselle de Ludre, a été entièrement supprimé.
[9] Nous n'osons interpréter ces initiales, qui ne sont pas les mêmes dans tous les textes. Certains manuscrits portent Mlle D. L.
[10] Marie-Elisabeth de Ludres, chanoinesse de Poussay, tour à tour fille d'honneur de Madame Henriette, de la Reine et de la seconde MADAME.
[11] Les éditions qui se sont écartées du texte primitif y rentrent pour un instant, depuis cette phrase. Voy. plus haut.
[12] La princesse Palatine, mère du Régent, représente Mlle de Fontanges comme «charmante, mais sans esprit.»--«Elle étoit décidément rousse, mais belle comme un ange de la tête aux pieds. C'étoit une femme furieusement romanesque.»
[13] Mademoiselle de Fontange ne se distingua pas toujours à la danse: «On m'a dit de bon lieu qu'il y avoit eu un bal à Villers-Cotterets; il y eut des masques. Mademoiselle de Fontange y parut brillante et parée des mains de madame de Montespan. Cette dernière dansa très-bien. Fontange voulut danser un menuet; il y avoit longtemps qu'elle n'avoit dansé: il y parut; ses jambes n'arrivèrent pas comme vous savez qu'il faut arriver. La courante n'alla pas mieux, et enfin elle ne fit plus qu'une révérence.» (_Lettre_ de Sévigné, du 6 mars 1680, jour du mercredi des cendres.)
[14] Ces tapisseries, exécutées aux Gobelins d'après les tableaux, existent encore au palais de Saint-Cloud. L'oeuvre du peintre est au Louvre.
[15] Louis XIV restoit dans les traditions de Henri IV et de la plupart des seigneurs de son temps. On sait combien on trouve, dans les oeuvres des poètes, de pièces écrites par eux à des dames au nom de leurs protecteurs.
[16] Le Roi. La _clef_ de cette pièce est donnée par le texte.
[17] La propreté signifioit alors l'élégance, le luxe des habits.
[18] Mad. L. D. M. _Sic_ dans le texte; mais voyez à la p. 11 et à la p. 33.
[19] Manchini.
[20] La Vallière.
[21] Montespan.
[22] Du Lude. _Sic_ dans le texte. Il faut lire Mademoiselle de Ludres. Voyez p. 13.
[23] La C. H. N. S.
[24] Flatterie de M. D. S. (de M. de Saint-Aignan, auteur de la pièce).
[25] Les intrigues de M. D. L. M. (Voyez p. 11 et 28.)
[26] Conduite de Madame de F. T.
[27] Le Roi.
[28] Conseil de M. D. L. M. (Voyez p. 11, 28 et 33.)
[29] On appeloit «cassation de soudrilles» le licenciement des troupes.
[30] Passe-temps royal.
[31] Le doux moment.
[32] On les appela dans la suite _des Fontanges_.
[33] Madame la duchesse d'Arpajon. (_Note de l'édition_ de 1740.)
[34] Les éditions modernes donnent seule cette variante, qui supprime l'hiatus:
...... de transport animé.
[35] Madame de Montespan.
[36] C'est le célèbre ouvrage de Malebranche.
[37] Ces lettres, initiales des mots: maîtres de ton sort, semblent mises ici pour dérouter la recherche; mais, dans les notes qui suivent, nous croyons avoir donné le mot de l'énigme.
[38] Le lion désigne évidemment M. de Lyonne, ministre et secrétaire d'Etat, dont voici les armes: il portoit écartelé au premier et quatrième de gueules à la colonne d'argent mise en pal, au chef d'azur chargé d'un _lion_ passant d'or, qui est de Lyonne; au deuxième et troisième, d'azur à trois bandes d'or, au chef aussi d'azur chargé d'une tête de _lion_ arrachée d'or, qui est Servien.
[39] F. Séguier, chancelier de France, portoit d'azur au chevron d'or, accompagné de deux étoiles en chef de même, et d'un _mouton_ passant d'argent en pointe.--C'étoient des armes parlantes: _Segui_, en Auvergne, signifie _mouton_.
[40] Michel Le Tellier, marquis de Louvois, ministre et secrétaire d'Etat, portoit d'azur à trois _lézards_ d'argent posés en pal, deux et un, au chef cousu de gueules, chargé de trois étoiles d'or.
[41] Les textes imprimés portent: _des jappins_. Un manuscrit nous a autorisé à faire cette restitution.
[42] Colbert portoit d'or à la _couleuvre_ ou guivre ondoyante d'azur.
[43] Jeanne Pelagie de Chabot-Rohan, seconde femme d'Alexandre Guillaume de Melun, prince d'Espinoy. Elle se maria le 11 avril 1668, devint veuve le 16 février 1679, et mourut le 18 août 1698.
[44] Voy. t. 2, p. 469.
[45] Ceci est en contradiction avec ce que l'on a vu ailleurs de sa réserve, qui étoit qualifiée d'égoïsme.
[46] Guillaume de La Baume le Blanc de La Vallière, oncle de la duchesse de La Vallière, se démit de l'évêché de Nantes en 1677.
[47] M. de Beauveau. Guillaume de La Baume le Blanc de La Vallière, évêque de Nantes, eut pour successeur à ce siége Gilles de Beauveau, son neveu, fils de François de Beauveau et de Louise de La Baume le Blanc.
[48] M. de La Baume le Blanc.--La première édition seule donne ces initiales.
[49] Sébastien de Rosmadec, quatrième du nom, marquis de Molac, qui avoit épousé Catherine Gasparde de Scorraille, soeur de mademoiselle de Fontange. Voy. t. 2, p. 469.
[50] «J'avois une fille d'honneur nommée Beauvais, dit la princesse palatine, mère du régent; c'étoit une personne fort honneste. Louis XIV en devint très amoureux; mais elle tint bon. Alors il se tourna vers sa compagne, la Fontange, qui étoit charmante aussi, mais sans esprit.»--L'initiale de notre texte a sans doute ici son explication.
[51] Marie Anne-Christine-Victoire de Bavière, fille de Ferdinand-Marie, duc de Bavière, électeur du Saint-Empire, et d'Adélaïde-Henriette de Savoie, épousa le 28 janvier 1680 Louis, dauphin de France, fils de Louis XIV.
[52] Toute la fin de cette histoire, écrite du vivant de mademoiselle de Fontange, a été changée dans les éditions faites après sa mort. Nous avons suivi le texte le plus ancien. On a lu dans la _France galante_ tous les passages que les éditeurs maladroits de 1754 en ont détachés pour les recoudre à ce récit, dont ils ont dénaturé la rédaction primitive.
[53] Madame de Sévigné a fait aussi la comparaison de mademoiselle de Fontange et de madame de La Vallière, mais tout à l'avantage de la seconde: «_La belle beauté_, dit-elle (mademoiselle de Fontange) est si touchée de sa grandeur qu'il faut l'imaginer précisément le contraire de cette petite _violette_ (mademoiselle de La Vallière) qui se cachoit sous l'herbe, et qui étoit honteuse d'être maîtresse, d'être mère, d'être duchesse: jamais il n'y en aura sur ce moule.» (_Lettre_ du 1er septembre 1680.)
[54] On a vu, à la fin du second volume, le récit de la mort de mademoiselle de Fontange. Nous devons le compléter ici par cette lettre, où Louis XIV, craignant peut-être de trouver les preuves d'un empoisonnement, écrit au duc de Noailles de ne laisser ouvrir le corps que si on ne pouvoit absolument l'empêcher. Voici cette lettre, publiée par la Société de l'histoire de France, _Bulletin_, nov. 1852:
_Ce samedy à dix heures._--«Quoyque j'atandisse il y a longtemps la nouvelle que vous m'avés mendée, elle n'a pas laissé de me surprendre et de me fascher. Je voy par vostre lettre que vous avés donné tous les ordres nécessaires pour faire exécuter ce que je vous ay ordonné. Vous n'avés qu'à continuer ce que vous avés commencé. Demeurés tant que vostre présence sera nécessaire, et venés ensuitte me rendre compte de touttes choses. Vous ne me dittes rien du père Bourdaloue. Sur ce que l'on désire de faire ouvrir le corps, si on le peut esvister, je croy que c'est le meilleur party. Faites un compliment de ma part aux frères et aux soeurs, et les assurés que dans les occasions ils me trouveront toujours disposé à leur donner des marques de ma protection.
«LOUIS.»
SUITE DE LA FRANCE GALANTE OU LES DERNIERS DÉRÉGLEMENTS DE LA COUR.
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AVERTISSEMENT[55] DU LIBRAIRE AU LECTEUR[56].
_L'auteur de la suite de la France Galante a été si mal informé de ce qui s'est passé sur le sujet de Madame de Maintenon, que l'on peut dire que la plupart des choses, qu'il y a avancées n'ont été que pour grossir son historiette[57]. Il y a même mis plusieurs choses malhonnêtes et peu séantes à un auteur, qui doit être plus modeste, et qui doit savoir que son ouvrage sera lu par l'un et l'autre sexe. Aussi la plupart n'ont pas voulu le lire à cause des saletés qu'ils y ont trouvées, mais surtout les dames, dont quelques-unes se sont plaintes de ce que plusieurs auteurs, par leurs ordures[58], les privoient de lire plusieurs petites histoires galantes de ce temps. C'est donc pour y remédier et satisfaire à leur curiosité que j'ai bien voulu, dans cette seconde édition, corriger toutes les périodes sales et les faussetés que j'ai remarquées dans l'autre édition, pour les accommoder au goût de toutes sortes de personnes. C'est, dis-je, pour leur faire plaisir que j'ai fait imprimer cette seconde édition, dans laquelle je me suis étudié à leur plaire. Si l'auteur de la première a tiré, comme il dit, de la cassette de madame de Maintenon tout ce qu'il a inséré dans son ouvrage, j'ose dire que c'est une fort vilaine cassette. Ainsi l'on pourra lire cette édition sans scrupule, et j'espère que l'on me saura bon gré de la peine que j'ai prise à faire ce retranchement, comme je ferai encore à l'avenir, en tout ce qui passera de tel par mes mains. Adieu._
NOTES.
[55] Deux éditions de ce pamphlet ont paru: l'une reproduite par l'édition de 1754 et les éditions modernes, l'autre par l'édition de 1740. Toutes deux sont également fausses, et, à ce titre, la plus courte nous a paru la meilleure. Toutefois, nous reproduisons en note les passages de la première supprimés dans la seconde.
[56] _Var. I._
AU LECTEUR.
L'amour et la fortune ont des effets si bizarres et si surprenants que l'esprit de l'homme, qui s'accoutume à penser à toutes choses, n'y sauroit penser sans étonnement. On n'y voit pas seulement les plus viles et les plus abjectes créatures élevées jusques au faîte de la gloire et de la grandeur, mais encore les plus hautes et les plus agréables renversées par le caprice de ces brutales passions et de ces chimériques effets de l'imagination que les hommes encensent comme des divinités; et la nature n'a jamais tant eu de diversités dans ses productions que l'amour et la fortune en ont dans leurs adorateurs et dans leurs esclaves. L'histoire que nous entreprenons d'écrire nous marquera cette vérité. Madame de Maintenon en sera l'héroïne. Elle en est aussi la preuve la plus surprenante et la plus agréable, comme la suite le pourra faire voir; heureuse elle-même, si dans la vie on peut réputer pour bonheur la prospérité dont elle jouit. Au reste, je veux bien avertir le lecteur que, quoique diverses personnes aient écrit sur de semblables matières et n'aient fait que de purs romans, au moins ce que j'écris est une vérité essentielle, car les Mémoires d'où ceci est tiré sont sortis de la cassette de madame de Maintenon. Ils sont en partie écrits de sa propre main, et nous les avons recouvrés d'une demoiselle qui l'a servie pendant un assez long temps. C'est donc d'elle que nous tenons ce que nous allons vous exposer. Je souhaite qu'il vous satisfasse autant qu'il m'a satisfait dans la peine que j'ai prise à rassembler les Mémoires que je vous donne; et s'il y a quelque chose de ridicule, n'en accusez que les originaux, et non la copie. Adieu.
[57] L'auteur de cette préface a voulu faire son texte meilleur qu'il n'est. A quelques suppressions près, les deux textes sont, en général, également erronés.
[58] Le libraire calomnie l'édition rivale pour assurer le débit de la sienne. Ni dans l'une ni dans l'autre on ne trouve un style ordurier.
[Cul-de-lampe]
[Bandeau]
SUITE
DE
LA FRANCE GALANTE
OU
LES DERNIERS DÉRÉGLEMENTS
DE LA COUR.
Entre tous les effets que l'amour a produits[59], il ne s'en trouve point de plus surprenant que celui qui joint le sceptre à la houlette, et qui rend par ses effets les conditions les plus éloignées tellement unies ensemble que les deux parties en oublient ce qu'ils ont été et ce qu'ils se doivent. Plusieurs exemples nous ont appris cette vérité; mais nous n'en avons aucune qui nous en marque plus la netteté et qui soit plus connue dans nos jours que celle que nous décrivons.