Histoire amoureuse des Gaules; suivie des Romans historico-satiriques du XVIIe siècle, Tome IV

Part 16

Chapter 163,649 wordsPublic domain

»A ces causes..., nous avons fixé à 500,000 liv. au lieu de 350,000 liv. le prix des charges de président, et celles de nos advocats généraux à 350,000 liv. au lieu de 300,000 liv.»--Les nouveaux titulaires payoient le droit annuel sur le prix de l'évaluation des offices. D'où ce résultat que «les plus hautes charges de l'Etat ne rapportent pas le denier quarante, et celles des finances vont à dix et quinze pour cent, sans les autres facilités qu'elles procurent.»--6e _Mém._ du comte de Boulainvilliers.

1690.--_Décembre._--Edit du Roi portant création de deux présidents, quatre maîtres ordinaires, quatre correcteurs, quatre auditeurs et autres officiers en la chambre des comptes de Paris.--La charge de premier président est taxée à 550,000 liv. au lieu de 400,000 liv., celle de président, à 300,000 liv. au lieu de 200,000 liv., celle de procureur général à 300,000 liv. au lieu de 250,000 liv.

1691.--_Mars._--Edit du Roi portant création de maîtres et gardes et de jurez syndics des corps des marchands et des arts et métiers dans toutes les villes du royaume. Les droicts de marc d'or desdits offices sont fixez pour la première classe à 30 liv.; pour la deuxième à 24 liv.; pour la troisième à 18 liv.; pour la quatrième à 12 liv. En outre, pour les droits de réception, selon la classe, 15 liv., 12 liv., 9 liv. et 5 liv.; plus, pour le droit royal rétabli en remplacement du droit domanial supprimé, les marchands et maîtres des corps et communautés payent 40 liv. pour la première classe, 30 liv. pour la deuxième, 20 liv. pour la troisième, 10 liv. pour la quatrième.

1691.--_3 Mai._--«Les marchands bonnetiers se réunissent au bureau de la communauté, rue des Ecrivains, paroisse Saint-Jacques-la-Boucherie, pour délibérer sur les moyens de trouver les fonds de la somme [de 36,000 liv.] que la communauté doit offrir au Roi pour réunir au profit d'icelle les offices héréditaires de six maîtres et gardes de la communauté créés, ainsi que dans tous les autres corps et communautez des marchands et artisans des villes du royaume par l'édit du mois de mars...»--Il résulte d'un arrêt du Conseil du Roi en date du 8 mai, que les bouchers, après avoir refusé d'abord, auroient fait leur soumission.

1691.--_22 Mai._--Extrait des Registres du Conseil d'Etat: ... «Sa Majesté en son Conseil a ordonné et ordonne que la déclaration du 14 novembre 1689 sera exécutée selon sa forme et teneur; en conséquence a fait et fait très-expresses inhibitions et défenses à tous ouvriers de luxe de dorer ou argenter des chandeliers à branches, girandoles, bras, chenets, grilles, brasiers, bordures de miroirs, balustres, bois de chaises, tables, bureaux, guéridons et autres semblables ouvrages...»

1691.--_14 Août._--Déclaration du Roi... «Ceux qui ont acquis quelque domaine aliéné de bénéfices, communautez, colléges ou hôpitaux, à la charge d'en remplacer le prix en maisons ou héritages, seront tenus, à la réquisition des créanciers, d'en porter les deniers à nostre trésor royal, pour estre employez en acquisitions de rentes constituées sur l'hostel de nostre bonne ville de Paris...»

1692.--_Janvier._--Edit du Roi portant création des charges de surintendant général des postes et relais de France et de grand maître des courriers... «A l'égard de tous les droits utiles, profits et revenus appartenant auxdites charges..., nous les avons unis et unissons à notre domaine pour estre reçus par nos receveurs avec nos autres revenus, chacun dans leur généralité.»--Cf. 6e _Mém._ de Boulainvilliers.

1692.--_Février._--Edit du Roi portant création de lieutenants de S. M. dans toutes les provinces du royaume: «Si l'état florissant où nous conservons notre royaume au milieu de la plus grande guerre que la France ait jamais soutenue nous en a fait connoître les forces inépuisables, le zèle ardent et empressé avec lequel nos sujets et principalement notre noblesse sacrifient tous les jours leurs biens et leurs vies nous fait trouver en même temps notre puissance trop bornée, lorsque, voulant proportionner nos bienfaits à leurs services, nous voyons à regret que nous manquons de récompenses à mesure que les raisons d'en donner augmentent...»--Les lieutenants du Roi ne pourront être remplacés «sans que celuy auquel nous en aurons donné l'agrément n'ait actuellement remboursé les sommes que lesdits lieutenants auront financés en nos coffres...»

1692.--_Février._--Edit du Roi portant création de 200 notaires royaux dans l'étendue du Parlement de Tournay, etc.

1693.--_17 Mars._--Tarif des droits que le Roi en son conseil veut et ordonne être payez pour le controlle et enregistrement des titres et autres actes qui seront reçus à l'avenir dans toute l'étendue du royaume. Exemples: contrats de mariage, jusqu'à 500 liv., dix sols;--de 500 à 1,000 liv., 20 sols;--de 1,000 à 5,000 liv., 40 sols, etc.

1693.--_8 Mars._--Tarif des droits qui seront payez par les juges ou officiers de justice des seigneurs qui ne se sont point fait recevoir ou qui n'ont point esté immatriculez aux greffes de nos cours ou juridictions. Exemple: les juges des duchés-pairies et autres justices seigneuriales qui ressortissent immédiatement au Parlement, chacun 150 liv.; procureurs desdits, 100 liv., etc.

1693.--_16 Juin._--Tarif des droits que le Roi en son conseil veut estre payez à commencer du 1er juillet prochain par les communautez des marchands et artisans de la ville et faubourgs de Paris, pour avoir la faculté d'avoir chez eux des balances, romaines et fléaux de quelque poids que ce soit. Exemple: chacun des maîtres de la communauté des épiciers, apothicaires, grossiers, confiseurs, ciriers, 6 liv.;--merciers, grossiers, joailliers, 6 liv.;--bouchers, 10 liv.;--boulangers, 3 liv., etc.

1695.--_Janvier._--On lit dans le MERCURE GALANT: «_Enfin_ la déclaration du Roi pour l'établissement de la capitation a esté publié. Il y avoit longtemps que cette publication étoit _souhaitée_, tant le zèle des sujets du Roi est grand pour contribuer à sa gloire et au bien de l'Etat: en sorte que les taxes ont paru fort modiques à plusieurs.»

Comme complément de cette curieuse nouvelle, voici un extrait de la lettre (insérée au _Mercure galant_ de mars 1695) par laquelle les Etats de Languedoc sollicitent la faveur d'être soumis à la capitation: «L'Assemblée des Etats de Languedoc a toujours donné des marques de la passion qu'elle a eue pour le service du Roi et pour le bien du royaume, en supportant les impositions dont cette province est chargée; mais elle sent croître cette passion dans le coeur de ceux qui la composent, en ce temps où les ennemis de l'Etat se sont faussement persuadé que le zèle des sujets du Roi peut diminuer ou leurs forces s'épuiser, après le don gratuit de trois millions qu'elle vient de faire à S. M. et de plusieurs autres sommes considérables..., elle demande à Sa Majesté qu'il luy plaise de faire une subvention générale de capitation qui soit supportée par tous ses sujets, et demande que l'établissement en soit fait dans la province de Languedoc pendant la guerre...»

1695.--_30 Avril._--Edit du Roi, registré au Parlement, portant aliénation de douze cent mille livres de rente au denier quatorze sur l'hôtel-de-ville de Paris.

Nous pourrions multiplier ces extraits; ceux qui précèdent peuvent déjà donner l'idée des souffrances que l'état de guerre faisoit supporter au pays.

[96] Messire François d'Argouges, conseiller d'Etat et du Conseil royal, ci-devant premier président du Parlement de Bretagne, mourut à Versailles le 16 de ce mois. (_Gazette de France_, 1695: de Versailles, le 19 août) [quelques jours avant la perte de Namur.]

Louvois étant mort le 16 juillet 1691, à 51 ans, son troisième fils, le marquis de Barbezieux, fut nommé secrétaire d'Etat, et prêta serment le 19 août entre les mains du Roi pour la charge de chancelier et garde des sceaux qu'avoit son père, le 25 août 1693; le 12 novembre il épousoit Mlle de Crussol, fille du duc d'Usez et petite-fille de Montausier. Il mourut à Versailles le 5 janvier 1701, épuisé par une vie de plaisirs, après une courte maladie.--Lorsqu'il succéda à son père, il avoit 23 ans, «d'ailleurs nulle expérience, et il eut ordre de ne rien faire dans l'exercice de sa charge que par l'avis de Chanlay, qui lui fut donné comme collègue et comme modérateur.» (_Mém._ de l'abbé Le Gendre, p. 136.)--Voy. sur les griefs du Roi contre lui, Saint-Simon, _édit._ Hachette en 13 vol. in-12, VIII, 457.

[97] L'auteur veut sans doute parler du tarif imposé au Clergé le 10 juin 1693 pour les droits à payer à l'occasion des mariages, sépultures, baptêmes, etc.--Voici, par exemple, l'article relatif aux mariages: bans, 30 sols; fiançailles, 40; célébration du mariage, 6 liv.; certificat de publication des bans, 5 liv.; honoraires de la messe de mariage, 30 sols; pour le vicaire, 30 sols; pour le clerc des sacrements, 20 sols; la bénédiction du lit, tant pour celui qui la fait que pour le clerc qui l'assiste, 30 sols, soit en totalité 20 liv., soit de 60 à 80 francs de notre monnoie.

[98] Il y a peu de numéros de la _Gazette de France_ de cette époque où il ne soit parlé des incessantes incursions des Anglois sur nos côtes; mais nos nombreux corsaires leur faisoient bonne guerre, et ce que la _Gazette_ enregistre surtout ce sont nos succès.--Voy. les notes suiv.

[99] Anne Hilarion de Constantin, comte de Tourville, célèbre par ses actions sur mer, fut fait lieutenant-général des armées du Roi et vice-amiral du Levant en 1689 (_Gaz. de France_). Souvent vainqueur des Anglois et des Hollandois, notamment en 1690 (_Gazette_ du 27 juillet), il fut repoussé par les Anglois le 7 juin 1692. Maréchal de France en 1693, il mourut à Paris dans la nuit du 7 au 8 mai 1701.

[100] _Gazette de France_ du 19 mars 1695: «On a eu avis de Livourne que les vaisseaux du Roy _le Content_ et _le Trident_, commandez par le comte du Chalard et le sieur d'Aulnay, avoient esté attaquez par six vaisseaux de guerre anglois,» et contraints de se rendre après une résistance désespérée qui ne dura pas moins de deux jours.

_Gazette_ du 2 juillet (Toulon, 19 juin) 1695.--«Les ennemis ne paroissent plus sur nos costes, et on a appris que leurs grands préparatifs et une flotte si nombreuse n'ont abouti jusqu'à présent qu'à transporter en sûreté quelques troupes en Catalogne.»

_Gazette_ du 17 septembre (Marseille, 5 septembre) 1695.--«L'armée navale des alliez, après avoir jeté inutilement 2,500 bombes dans Palamos, partit le 27 du mois dernier et parut le 30 devant Toulon avec environ cent bastimens, parmy lesquels il y avoit 55 vaisseaux de guerre ou frégates.»--A Toulon, à la Ciotat, à Marseille et dans les autres ports de la côte, le maréchal de Tourville, en Provence le comte de Grignan prirent toutes les mesures nécessaires pour empêcher le débarquement des ennemis qui, fort heureusement, furent éloignés par une tempête.

[101] Voy. ci-dessus, p. 133, note 54.

[102] Il n'étoit point question, à cette époque, de taxer les filles de joie, mais de les retirer du vice. C'est alors, en effet, que Mme de Combé, hollandoise de nation, fonda le Bon Pasteur, qui, après des commencements modestes, fut définitivement établi en 1698. Voy. Delamare, _Traité de la police_, I, 530 et suiv.

[103] Ce qu'on reprochoit surtout à Pomponne c'étoit sa négligence; l'abbé Le Gendre dit qu'il «laissoit quelquefois des dépêches deux ou trois jours sans les ouvrir. On disoit encore qu'il faisoit part aux jansénistes de tous les secrets de l'Etat, qui étoient son conseil, et qu'il ne faisoit rien par lui-même.» Ce fut là la cause avouée de sa destitution, mais «la principale peut-être fut que son emploi faisoit envie à M. Colbert qui étoit bien aise de l'exercer sous le nom de son frère de Croissy, à qui il le fit tomber.» (_Mém._ de l'abbé Le Gendre, pp. 137-138.)--Voir les _Mém._ de Louis XIV, édit. Dreyss.

[104] Sur Harlay de Champvalon, archevêque de Paris, voy. la table.

[105] Grande question que la question des siéges. Chez le Roi ou la Reine, les duchesses seules et les femmes d'ambassadeur avoient les honneurs du tabouret. Dans le monde, les femmes de qualité pouvoient avoir des fauteuils; mais une femme plus qualifiée, comme la duchesse de La Meilleraie, par exemple, lorsqu'elle étoit à Nantes dans le gouvernement de son mari, s'asseyoit volontiers sur le dossier de son fauteuil pour être plus élevée que les autres dames. On se rappelle la colère de la comtesse d'Escarbagnas contre Criquet, son laquais, qui, lorsqu'elle lui dit d'approcher un siége pour M. Thibaudier, apporte une chaise.--«Un pliant, petit animal,» lui dit-elle tout bas. M. Thibaudier n'est que conseiller. Voici un passage bien curieux tiré de _Polyandre_, histoire comique (1648), attribué à Ch. Sorel; il nous conduit au bal chez un riche financier: «... Force chaises et tabourets avoient esté mis partout. Les dames et les demoiselles les plus qualifiées estoient assises au premier rang, et il y avoit quelques femmes que la beauté et la jeunesse mettoient à l'égal des filles. Elles faisoient plus d'un demi cercle, qui laissoit de l'espace pour danser, et derrière il y avoit des dames plus âgées qui, par leurs ajustemens et leur contenance estudiée, témoignoient qu'elles prétendoient encore à la bonne mine et qu'elles ne pensoient point estre au rebut. Quelques hommes estoient assiz en confusion parmy elles, et vers la porte il y en avoit une grosse foule qui estoient debout. _Les plus galands_, refusans des chaises, _quoy qu'ils fussent gens de condition_, estendoient leurs manteaux par terre et s'alloient coucher aux pieds des belles dames, où ils se trouvoient encore trop honorez, et tantost les uns, tantost les autres estoient pris pour danser,» pp. 178-180.--Voy. l'_Introduction_ à notre édition du _Dict. des Prétieuses_, de Somaize (Bibl. elzev.), et la préface de notre ouvrage _Précieux et Précieuses_, 1 vol. in-8º. Paris, Didier.--Voy. aussi dans les _Mémoires_ de Louis XIV le refus d'une «chaire à dos» sollicitée par Monsieur, pour Madame, et les motifs de ce refus.

[106] L'Evêque de Noyon étoit de la famille de Clermont-Tonnerre. Saint-Simon a fait connoître la vanité de ce prélat, qui couvroit de ses armoiries tous les murs de son évêché, qui étaloit à une place d'honneur un tableau généalogique où on le faisoit descendre en même temps des empereurs d'Orient et des empereurs d'Occident, etc. Il a raconté son admission, par ordre du Roi, à l'Académie françoise où un discours amphigourique et emphatiquement louangeur, malignement prononcé à sa réception par l'abbé de Caumartin, fit de lui la risée de la Cour. «M. de Paris ne l'aimoit point. Il y avoit longtemps qu'il avoit sur le coeur une humiliation qu'il en avoit essuyée; il n'étoit point encore duc et la Cour étoit à Saint-Germain, où il n'y avoit point de petites cours comme à Versailles. M. de Noyon, y entrant dans son carrosse, rencontra M. de Paris à pied; il s'écrie, M. de Paris va à lui et croit qu'il va mettre pied à terre; point du tout; il le prend de son carrosse par la main et le conduit ainsi en laisse jusqu'aux degrés, toujours parlant et complimentant l'archevêque, qui rageoit de tout son coeur. M. de Noyon, toujours sur le même ton, monta avec lui et fit si peu semblant de soupçonner d'avoir rien fait de mal à propos que M. de Paris n'osa en faire une affaire; mais il ne l'en sentit pas moins.» Premier grief; en voici un second: «Cet archevêque... s'étoit mis peu à peu au-dessus de faire aucune visite aux prélats, même les plus distingués, quoique tous allassent souvent chez lui. M. de Noyon s'en piqua et lui en parla fort intelligemment. C'étoient toujours des excuses. Voyant que ces excuses durèrent toujours, il en parla si bien au Roi qu'il l'engagea à ordonner à M. de Paris de l'aller voir. Ce dernier en fut d'autant plus mortifié qu'il n'osa plus y manquer aux occasions et aux arrivées.»--Un troisième grief, c'est que Monseigneur de Harlay avertit charitablement M. de Noyon du ridicule que le discours de l'abbé de Caumartin avoit jeté sur lui. Tous ces petits événements sont de l'année 1694, à la veille de l'Assemblée du Clergé. Quel nouveau conflit vit-on éclater dans l'Assemblée entre les deux prélats si hautains? Ni Dangeau, ni l'abbé Le Gendre n'en ont parlé; mais on les devine. Saint-Simon parlant des dégoûts qui assaillirent Monseigneur de Harlay dans ses dernières années, ajoute que «les chagrins de cette assemblée l'achevèrent.» Le 6 août, on le trouva mort, étendu sur un canapé dans sa maison de Conflans... «M. de Noyon eut son cordon bleu.»

[107] L'abbé de Caylus, frère du chevalier de Caylus qui épousa Mlle de Villette, fille du cousin-germain de Mme de Maintenon. Il devint évêque d'Auxerre, après avoir été aumônier du Roi; il avoit refusé l'évêché de Toul.

[108] Les Cordeliers dits du Grand Couvent avoient leur maison dans la rue de l'Observance, quartier du Luxembourg. Les Cordeliers de l'_Ave Maria_ avoient leur couvent, rue des Barres, quartier Saint-Paul, et les Cordeliers, sans épithète, rue de Lourcine, quartier de la place Maubert.

[109] «La dispute du quiétisme est une de ces intempérances d'esprit et de ces subtilités théologiques qui n'auroient laissé aucune trace dans la mémoire des hommes sans le nom des deux illustres rivaux (Bossuet et Fénelon) qui combattirent.» (_Siècle de Louis XIV._)--Mme Guyon, la fondatrice illuminée de cette hérésie mort-née, s'étant mise, d'après le conseil de Fénelon, entre les mains de Bossuet, regardé comme un père de l'Eglise, l'Evêque de Meaux s'associa, pour l'examen de ses oeuvres, l'Evêque de Châlons, depuis cardinal de Noailles, et l'abbé Transon, supérieur de Saint-Sulpice. Ils s'assemblèrent secrètement à Issy. L'Archevêque de Paris, jaloux que d'autres que lui se portassent pour juger dans son diocèse, fit afficher une censure publique des livres qu'on examinoit. (_Ibid._)

[110] Ces trois livres étaient les ouvrages de Mme Guyon et peut-être la _Guide spirituelle_ de Molinos.

[111] Il étoit d'usage que les militaires et les valets prissent ainsi des noms de guerre. Nous avons sous les yeux un modèle du Registre journal du Directeur d'un hôpital militaire; la septième colonne est destinée aux «noms de fiefs des officiers et aux noms de guerre des soldats.» Nous y relevons les sobriquets de Va de bon coeur, la Joie, la Grandeur, Boitout, le Tapeur, la Valeur, Tope à tout, etc.

[112] Mme de Maintenon, née en 1636 (voy. t. III) avoit alors 59 ans.

[113] Bernier, chirurgien, nous est inconnu. Il ne peut être question, en effet, du célèbre médecin voyageur, François Bernier; celui-ci étoit mort en 1688. Peut-être s'agit-il de Jean Bernier, auteur d'une Histoire de la Médecine et des Médecins (1688 et 1693); mais il n'étoit pas chirurgien du Roi.

[114] «On prend enfin ce mot _mareschal_ pour un médecin de chevaux..., et Nicot dit que ces mareschaux avoient soin des chevaux du Roy, à la manière des Empereurs romains qui tenoient un médecin pour leurs chevaux, qui, après, parvenoient à de plus grands emplois. Ainsi Virgile fut médecin des chevaux d'Auguste et puis son favory. Et M. Heroart fut médecin des chevaux du roy Louis XIII, et après il le fut du Roy mesme.»--(Borel, _Trésor des recherches et antiquités françoises_. In-4º, 1655.)

[115] C'étoit le langage de la Reine parlant de Mme de Montespan: «Il lui échappoit souvent de dire: cette pute me fera mourir.» (Saint-Simon.)

[116] Furetière admet la locution: «Saigner le pied en l'eau» et c'est ainsi sans doute qu'il faut lire.

[117] Le louis d'or valoit alors 12 liv., soit 60 fr. de notre monnoie; ordinairement, le prix de la visite des médecins étoit d'un petit écu. Voy. le _Trio de la Médecine_, de l'abbé d'Aubignac. Les chirurgiens et les apothicaires étoient moins bien traités; cependant, quand maître François du Tertre faisoit au Roi une saignée au bras, il touchoit 300 liv., et 600 liv. pour une saignée au pied.

[118] Je vous _quitte_, pour _je vous tiens quitte_. Le _Dict._ de Furetière donne ce sens qu'on ne trouve pas dans Richelet. Les lexiques de la langue de Corneille par M. Godefroy et par M. Marty-Laveaux ne le relèvent pas; mais le lexique de la langue de Mme de Sévigné (_Collect._ des Grands Ecrivains) en cite plusieurs exemples: «Je vous quitte de la peine de me répondre,» etc.

[119] Saint-Malo étoit d'autant plus exposé qu'il étoit plus redoutable aux ennemis. On lit dans la _Gazette_: «de Paris le 12 janvier 1692: «on a reçu avis que les armateurs, principalement ceux de Saint-Malo, continuoient d'amener incessamment un grand nombre de prises.

«2 février.--Deux vaisseaux du Roi, l'un de 20; l'autre de 26 pièces de canon, attaquèrent le 24 du mois dernier à la hauteur de Jersey deux anglois, l'un de 50 et l'autre de 60 pièces de canon: après six heures de combat ils les obligèrent à se retirer assez maltraitez.»

Les années suivantes, Saint-Malo fut bombardé deux fois par les Anglois, le 26 novembre 1693 et le 14 juillet 1695. (Cunat, _Saint-Malo et ses marins_.) Le _Mercure galant_ (vol. de juillet) contient, de la p. 262 à la p. 275, un Journal du bombardement de Saint-Malo, avec des extraits de lettres sur le même sujet, de la page 275 à la page 280. A la fin de l'hiver précédent, les habitants qui se rappeloient le bombardement de 1693 et qui ne prévoyoient pas celui qu'ils devoient subir, sans en souffrir d'ailleurs, au mois de juillet suivant, avoient multiplié chez eux les divertissements; un ballet, _le Retour des plaisirs_, dont la musique avoit été faite par le maître de musique de la cathédrale, fut dansé; à la seconde entrée, un choeur de Malouins chantoit devant Neptune:

Désormais sur ces bords vivons sans épouvante; Neptune a de l'Anglois repoussé la fureur.

[120] Probette, boussole. Vieux mot que n'ont recueilli les dictionnaires ni de Nicot, ni de Cotgrave, ni de Monet, ni de Joubert, ni les dictionnaires flamand-françois de 1618 ou de 1634, ni le dictionn. françois-italien de 1648, etc.

[121] «_Maletoulte_, c'est-à-dire extorsion, imposts extraordinaires, et _maltoutiers_ sont ceux qui lèvent ces imposts. Ce qui vient du mot _tollir_, c'est-à-dire oster. Ce nom fut donné à l'impost de 1296, selon M. Bignon sur Marculphe. D'où vient que _maletoste_, selon Ragneau, veut dire tout subside extraordinaire.» (Borel, _Thresor de Recherches_.)

[122] L'Empereur d'Allemagne était alors Léopold Ier, qui succéda en 1657 à Ferdinand III, mourut en 1705 et laissa le trône à Joseph Ier.

[123] Dans l'édit. que nous reproduisons, le texte suit, divisé par _Entretiens_; dans une édition postérieure, l'_Entretien_ XVIII est précédé d'un nouveau titre et des mots «seconde partie», qui ne semblent pas motivés.