Histoire amoureuse des Gaules; suivie des Romans historico-satiriques du XVIIe siècle, Tome IV
Part 15
«Du camp de Cambron le 10 septembre.»--Le maréchal de Boufflers fut transféré le 8 à Maëstricht; la ville lui fut donnée pour prison.
--«De Versailles, le 9 septembre: Le Roi, pour tesmoigner de la satisfaction qu'il eut de ses services dans la vigoureuse défense de Namur, l'honora du titre de duc.»
--Ce triste événement est resté complètement et sans doute volontairement ignoré de l'abbé de La Brizardière dans son «Histoire de Louis le Grand depuis le commencement de son règne jusques en 1710»; il n'en dit mot.
[64] Nous avons dit, à la note précédente, comment s'étoit terminé le siége de Namur par les alliés, et la capitulation du maréchal de Boufflers. Quant à Casal, assiégé en 1629 par Gonzalve de Cordoue, délivré par les François, réassiégé en 1630, mais défendu avec succès par le marquis de Toiras, assiégé une troisième fois en 1640 par le marquis de Leganez et délivré par le comte d'Harcourt (Cadet la Perle), il fut pris en 1652 par les Espagnols et, depuis, rendu par eux au duc de Mantoue qui l'ouvrit aux troupes du roi Louis XIV en 1682. En 1694, le duc de Savoie, le prince Eugène et le marquis de Leganez en firent le blocus le 22 août; au mois de novembre, malgré les conseils du marquis de Leganez, à qui cette conduite le rendit suspect, le duc de Savoie leva le blocus, effrayé par l'approche de l'armée de Catinat; un incident curieux se produisit pendant le siége: les ennemis voulurent faire sauter les magasins à poudre de la place au moyen d'un ressort d'horlogerie caché dans la crosse d'un pistolet. (_Mercure galant_, octobre 1694.) Le siége fut repris en avril 1695. Trois mois après, en juillet, on lit dans le _Mercure galant_: «Sa Majesté vient d'ordonner à M. le marquis de Crenan, qui en étoit gouverneur, de remettre la place de Casal au duc de Mantoue, avec tous les droits souverains qui lui appartiennent, et de faire, pour cet effet, un traité avec M. le duc de Savoie et les généraux des alliés. Il est réglé par ce traité que la garnison en sera tirée aussitôt que la démolition tant de la ville que de la citadelle et du château sera achevée; que la garnison sera conduite en toute sûreté à Pignerol avec les provisions et les munitions et la quantité d'artillerie stipulée; qu'il sera permis aux François établis à Casal de sortir avec leurs effets. En conséquence de cette capitulation, les troupes du Roi et celles du duc de Savoie travaillent conjointement à ruiner les fortifications.»--Cf. _Gazette de France_ du 23 juillet 1695; lettre du 16 juillet.--Deux ans après, la fille du duc de Savoie, âgée de 12 ans et un jour, épousoit le duc de Bourgogne, fils du Dauphin (7 décembre 1697), âgé de quinze ans et demi.
Il est intéressant de remarquer que, dans cette guerre, Catinat compta parmi ses adversaires un Simiane établi en Savoie, le marquis de Pianezza, qui, après une vie aventureuse, servit plus tard en France avec le titre de maréchal de camp.
[65] Prière à saint Benoît.--Ni dans les livres de proverbes, ni dans l'_Apologie pour Hérodote_, où H. Estienne donne une assez longue énumération des attributions données à plusieurs saints, nous n'avons rien trouvé qui nous permette d'expliquer pourquoi l'auteur met en avant ici saint Benoît, et, un peu plus loin, saint Cyr et saint Hilaire.
[66] Le philosophe Thalès prétendait que l'eau était l'origine de toutes choses.
[67] _Cabinet._ Ce mot, dans le sens où il est pris ici, de petite enceinte d'arbres, est très-ancien dans la langue. On le trouve déjà dans Nicot: _Cabinet_ ou _Gabinet en jardin_, _suffugium_.
[68] Le texte porte: _la_;--_les_ se rapporte à _murailles_.
[69] C'est l'idée exprimée dans la fameuse lettre adressée à Fouquet par Mlle de Menneville, trouvée dans sa cassette et conservée à la Bibliothèque nationale parmi les papiers de Baluze: «Rien ne me peut consoler, lui disoit-elle, de ne vous avoir point vu, si ce n'est quand je songe que cela vous auroit pu faire mal.»--Chéruel, _Mém. sur Fouquet_, t. I, p. 480, _appendice_.
[70] Fagon (Guy Crescent), né à Paris le 11 mai 1638, étoit fils d'un commissaire ordinaire des guerres et de Louise de La Brosse, fille de Guy de La Brosse, le célèbre médecin de Louis XIII. Reçu docteur en 1664, il fut chargé par Mme de Maintenon des soins à donner aux enfants du Roi et de Mme de Montespan. Médecin de la Dauphine en 1680 et de la reine quatre mois après, il devint en 1683, après la mort de la reine, médecin des enfants de France. En 1693, il fut nommé premier médecin du Roi Louis XIV, en remplacement de d'Aquin, alors exilé de la cour, peut-être par les intrigues jalouses de Fagon lui-même. Saint-Simon, ordinairement si sévère, lui est très-favorable. Fagon fut reçu membre de l'Académie des sciences en 1699. Il quitta la cour en 1715, à la mort de Louis XIV, et mourut le 11 mars 1718, dans le jardin du Roi, où il étoit né, auprès de son grand-père maternel.
L'éditeur du _Journal de la Santé du Roi_ lui attribue à tort le volume intitulé: «les Admirables qualitez du Quinquina, confirmées par plusieurs expériences... etc. Paris, Martin Jouvenel, 1689,» in-12. Cet ouvrage, publié sans nom d'auteur, est précédé de plusieurs approbations de médecins de la Cour, et la première est celle de Fagon, qui, en retour, est cité plusieurs fois avec éloge par l'auteur anonyme.
[71] La maison de St-Cyr, à cette époque (1695), comptoit neuf années d'existence, les lettres patentes pour sa fondation étant du mois de juin 1686.--C'est le 3 août suivant qu'eut lieu l'inauguration de la maison, en présence seulement de quelques dames de la Cour et de Mme de Maintenon. «Alors, dit M. Lavallée, commença pour elle un travail qu'elle a continué pendant toute sa vie avec un zèle égal à sa persévérance... Durant les premières années, elle fut obligée, à cause de l'ignorance et de l'inhabileté des jeunes religieuses, de remplir presque toutes les charges de la maison.» (_Mme de Maintenon et la maison royale de St-Cyr._)
[72] Sur le siége de Namur et la capitulation du maréchal de Boufflers, voyez ci-dessus, p. 144, note 63, et p. 145, note 64.
[73] Sur le Père de la Chaise, voy. t. III, p. 147.
[74] Aucun des ouvrages biographiques ou satiriques consacrés au Père de la Chaise ne parle du Père Bobinet.
[75] «Quoique les Papes se soient souvent opposés aux demandes que nos Princes ont faites au Clergé, celui-ci a, de lui-même, voulu contribuer à l'avantage public, et il n'y a plus aujourd'hui de difficultés, tout le corps de l'Eglise de France s'étant lui-même soumis à payer le dixième de ses revenus, sous le titre de décime, et de payer encore extraordinairement pour les neuf autres parts à proportion des besoins.--La répartition de ces deux espèces d'impositions est faite par les Prélats ecclésiastiques et autres ecclésiastiques de réputation, ce qui porteroit à croire qu'elle est toujours très-équitable; mais l'expérience y est contraire... L'autorité et le crédit du clergé n'ont pas permis de penser que cette taxe pût être imposée par les laïques; ainsi on l'a laissé se taxer lui-même. Cependant on voit communément qu'un bénéfice de 100,000 liv. de rente paye 1,500 liv. pour toutes décimes et qu'une communauté de 30,000 liv. de revenu paye 6 à 7,000 liv. Les curés sont encore plus vexés que tous les autres par proportion.» (_Mém. de Boulainvilliers_, 6e _mém._, 1727, t. II, p. 201.)
Dès la troisième année de la fatale guerre de 1688 à 1697 contre le prince d'Orange, le Roi avait dû écrire à l'archevêque de Paris: «Mon cousin..., comme j'ay esté informé qu'il y a beaucoup d'argenterie dans les églises au-delà de celle qui est nécessaire pour la décence du service divin, dont la valeur étant remise dans le commerce apporteroit un grand avantage à mes sujets, je vous fais cette lettre pour vous exhorter à examiner ce qu'il y a d'argenterie dans chaque église de votre diocèse..., vous assurant que vous ferez chose qui me sera fort agréable et fort utile au bien de mon Etat, d'ordonner qu'elle soit portée dans mes monnoies pour être converties en espèces d'or et d'argent, la valeur en être payée comptant sur le pied porté par ma déclaration du 14 décembre dernier à ceux qui l'apporteront, et ce qui proviendra de ladite argenterie superflue être ensuite employé au profit des églises à laquelle ladite argenterie appartenoit.» (8 février 1690.)--Le 16 février suivant, l'archevêque de Paris écrivoit au clergé tant régulier que séculier de son diocèse pour l'inviter à se conformer aux ordres du Roi; ce qui se faisoit dans le diocèse de Paris devait évidemment se faire dans tous les autres.--Voy. p. 156, note 79.
[76] M. de Pomponne. Voy. la table.
[77] M. de Harlay. Voy. la table.
[78] M. de Pontchartrain. La _Gazette de France_ de 1693 parle du sieur Phelipeaux de Pontchartrain qui, déjà conseiller au Parlement, est nommé secrétaire d'Etat en survivance de son père: il est le septième de son nom qui ait été revêtu d'une semblable charge (_Gazette_ du 26 décembre).--Il fut nommé chancelier et garde des sceaux de France le 5 septembre 1699.--Né le 29 mars 1643, Louis Phelipeaux de Pontchartrain était fils de Louis Phelipeaux de Pontchartrain, président à la Chambre des comptes, et de Suzanne Talon. Mme de Sévigné, Saint-Simon, Dangeau, parlent de lui fréquemment.
[79] Dix millions de don gratuit.--Voy. la note 75 de la page 154.--L'assemblée du clergé s'ouvrit le 28 mai 1695. «Le 8 juin, le sieur Pussort, doyen du Conseil d'Etat, le sieur Le Peletier, le sieur d'Argouges, le sieur de Harlay et le sieur de Pontchartrain, ministres et secrétaires d'Etat, commissaires du Roi, allèrent à l'assemblée générale du clergé. Le sieur Pussort parla avec beaucoup de dignité et d'éloquence, et fit une proposition sur laquelle l'assemblée accorda tout d'une voix à Sa Majesté un don gratuit de dix millions.» (_Gazette de France_ du 11 juin 1695.)--«Le grand objet d'une assemblée, c'est le don qu'on y fait au Roi; mais, comme avant qu'elle commence, ce don ordinairement est réglé entre le ministre, le futur président de cette assemblée et le receveur du clergé, il ne reste, quand elle se tient, qu'à en faire la répartition et qu'à trouver les moyens de payer promptement la somme que l'on a promise. Cette commission est la plus recherchée, parce qu'elle donne occasion de témoigner au Roi le zèle qu'on a pour son service.» (_Mém. de l'abbé Le Gendre_, Paris, Charpentier, 1863, in-8º p. 102.)--En 1690, le clergé à qui l'archevêque de Paris avoit fait espérer qu'on ne demanderoit aucun nouveau sacrifice en 1695, avoit accordé 12 millions de don gratuit: on peut juger de la pression à laquelle il céda lorsqu'on lui demanda ces dix millions qui furent, dit la _Gazette_, accordés tout d'une voix. La stupeur, le chagrin furent d'autant plus grands que, lorsque parut, en janvier 1695, l'édit imposant une capitation dont personne ne seroit exempt et qui seroit levée tant que la guerre dureroit, l'archevêque avoit en quelque sorte racheté cet impôt en proposant un abonnement de quatre millions par an, supérieur de deux millions, d'après l'évêque d'Orléans, à ce que le Roi attendoit.--(Voy. les _Mém. de l'abbé Le Gendre_, p. 199.)
[80] La guerre étoit fort difficile à soutenir en effet, et voici des chiffres qui le prouvent: «Si l'on suppose que la guerre du prince d'Orange, commencée en 1688 et terminée en 1697, a employé au service du Roi, pendant les neuf années qu'elle a duré tant sur mer que sur terre, six cent mille hommes qui auront coûté chacun quinze sols par jour en vivres, en solde, habits, armes, chevaux, équipages, vaisseaux, artillerie, le tout par proportion, depuis le général d'armée, jusqu'au dernier tambour et au mousse du vaisseau, la dépense de chaque année a monté à 164,250,000 liv.; mais le revenu ordinaire ne passoit pas 116,000,000.--Cela supposé, il fallut recouvrer de nouveaux fonds pour l'entretien de la dignité royale, les rentes, les gages et autres dépenses publiques. Cependant tout s'est fait; mais, pour en venir à bout, il fallut emprunter par des créations d'office, des aliénations, des constitutions de rentes et de nouvelles impositions sur le public déjà chargé des impositions ordinaires, et de plus par la capitation imposée en janvier 1695. Ainsi cette guerre a porté ces charges à près de 600,000,000 de liv. au-dessus des revenus ordinaires pendant les neuf années de guerre.--Il est vrai que ces grandes sommes ne sont pas entrées en entier dans le trésor... Si, par exemple, un traitant se charge d'un recouvrement de six millions de liv., il en retient un pour son profit et a de plus 600,000 liv. pour les deux sols pour livre. Il y a encore les frais de recouvrement estimés à 20 pour cent; et enfin, quoique le recouvrement soit souvent assez facile, si le traitant veut payer à titre d'avance, il retire les intérêts à 10 pour cent: d'où il arrive que le Roi ne tire que quatre millions et demi de ce dont le peuple paye sept à huit millions de livres.» (6e _mém._ de Boulainvilliers, t. II, pp. 128-132.)
Du reste, plus étoient grandes les charges imposées au pays, moins le trésor royal avoit de ressources. Le comte de Boulainvilliers (ibid., p. 153) nous en fournit la preuve. En 1688, les tailles étoient de 32,486,911 liv.; sur cette somme, le trésor a reçu 29,929,240 liv.; en 1707, elles étoient de 36,755,985 liv.; sur cette somme, le trésor n'a reçu que 23,538,408 liv.--Ainsi, les tailles ayant augmenté de 4,269,074 liv., la recette, entre 1688 et 1707, a diminué de 6,390,832.
[81] «Le péché, en tant qu'il blesse la raison, est appelé _philosophique_; et, en tant qu'il offense Dieu, il est appelé _théologique_.» Un grand débat eut lieu dans le clergé à l'occasion de ce _péché philosophique_; il eut pour origine une thèse qu'un jésuite nommé Meunier, professeur au collége de Dijon, avoit fait soutenir en 1686, thèse conçue en ces termes: «Le péché philosophique, commis sans aucune connoissance de Dieu et sans aucune attention à lui, n'est point une offense à Dieu ni un péché mortel.»--La Société le désavoua; mais, en 1689, M. Arnaud la dénonça au pape, aux évêques, aux princes et aux magistrats comme une nouvelle hérésie; les poètes en firent des chansons, dont quelques-unes fort jolies, dit l'abbé Le Gendre, sur l'air du Noël: _Or, dites-nous, Marie_. Les enfants, les femmes, les laquais apprirent par coeur ces vaudevilles; on les fit chanter dans les rues. (_Mém. de l'abbé Le Gendre_, pp. 123-125.)
[82] Le Roi, ayant en quelque sorte codifié, par l'édit de révocation de l'édit de Nantes, tous les autres édits antérieurement portés par lui et qui, d'année en année, rendoient plus difficile en France l'exercice de la religion protestante, compléta son oeuvre en envoyant, particulièrement dans les Cévennes, des missionnaires dont les prédications étoient soutenues par des dragons: «Nous envoyions dix, douze ou quinze dragons dans une maison qui y faisoient grosse chère jusqu'à ce que tous ceux de la maison se fussent convertis. Cette maison s'étant faite catholique, on alloit loger dans une autre, et partout c'étoit nouvelle aubaine.» (_Mém. de Vordac_, cités dans le _Bulletin du protestantisme françois_, 2e année, 1854, p. 203.--_Ibid._, _passim_.)
[83] L'hérésie détruite: deux médailles furent frappées à cette occasion; dans la première, la Religion couronne le Roi; l'inscription porte: _Ob vicies centena millia calvinianæ ecclesiæ revocata, 1685_; dans la seconde, la Religion foule aux pieds l'Hérésie. L'inscription porte: _Hæresis exstincta; edictum octobris 1685._
[84] La maison de Saint-Cyr fut fondée en 1686. Voyez p. 152, note 71.
[85] Les Aphorismes d'Hippocrate ne disent rien de semblable; mais l'école de Salerne dit:
Si vis incolumem, si vis te reddere sanum, Curas tolle graves.....
[86] Le Roi avoit alors cinquante-sept ans.
[87] L'école de Salerne a, dit-on, formulé ce précepte; mais nous l'avons vainement cherché dans son _Régime de santé_.
[88] Il est à remarquer précisément que, excepté Mme de Montespan, toutes les maîtresses du Roi eurent cet air «précieux et languissant.»
[89] «Chirurgica tota continui divisione, divisi unione et extractione alieni comprehenditur.» La chirurgie étoit donc un métier tout manuel, et, dans le serment que les chirurgiens prêtoient, ils s'engageoient à ordonner seulement «quæ spectant ad operationem chirurgiæ.» S'ils pratiquoient à Paris ou dans les faubourgs, ils ne pouvoient le faire qu'avec un médecin, maître ou licencié dans l'Université de Paris, ou approuvé par la Faculté. (_Decreta, ritus... saluberrimi medicorum parisiensium ordinis consuetudines._--Parisiis, Quillau, 1714, in-12, pp. 30 et 107.)
[90] La veine _céphalique_ «est celle qu'on a coustume d'ouvrir pour les douleurs de teste, d'où son nom, du grec _kephali_, tête.--La veine _basilique_, ou _hépatique_, est une veine qui naît du rameau axillaire, va au milieu du pli du coude où elle se divise en deux rameaux.» (Furetière.)
[91] Vos peuples meurent de faim.--«Si, en 1688, on se plaignoit que les paysans n'avoient point de lits pour se coucher, aujourd'hui plusieurs manquent de paille (1707).»--_Mém. de Boulainvilliers_, II, 152.--«On ne sçauroit compter combien il meurt de pauvres paysans à la porte des plus riches bénéficiers, sans secours spirituel ou temporel, faute d'un peu de nourriture ou du plus simple remède.» (_Ibid._, p. 126.)--«Le règne de Louis XIV,--despotique, bursal, très-long et par conséquent odieux,--a détruit l'abondance en tirant des sujets au-delà de leurs forces et en détruisant la consommation intérieure... il a pareillement détruit la confiance en découvrant un fonds de mauvaise intention et d'artifice dans les ministres, digne d'une éternelle exécration.» (_Ibid._, pp. 1, 8-9.)--«Les fortunes subites des financiers ont excité plusieurs marchands à quitter le commerce,... et une infinité d'autres à quitter l'agriculture... De là vient que tant de fabricants et de laboureurs ou fermiers ont été ruinés, que les terres sont incultes ou mal façonnées, et que les banqueroutes sont si fréquentes.» (_Ibid._, p. 16-17.)--Les extraits qui précèdent nous dispensent de citer les passages si connus où La Bruyère, Vauban, etc., dépeignent la misère du peuple.--Cf. Vie de Mme de Miramion, pp. 320 et sq.
[92] Dans ses _Mémoires_, Louis XIV, parlant des souverains, dit que «le Ciel les a faits dépositaires de la fortune publique.» (_Édition_ Dreyss, I, p. 177);--il ajoute (t. II, p. 230) que «les Rois sont nés pour posséder tout et commander à tout.»
[93] La France soutenoit alors trois guerres, en Hollande, en Savoie et dans le Palatinat,--sans parler de ses guerres navales dans la Méditerranée, sur les côtes de France et dans les colonies.--Nous avons donné plus haut (p. 157, note 80) un aperçu des frais énormes de ces guerres.
[94] Un mémoire de Marinier, commis des bâtiments du Roi, sous Colbert, Louvois et Mansart, et reproduit en appendice dans les Mém. de Saint-Simon (_Édition_ Hachette), nous donne l'état des dépenses faites par Louis XIV à Versailles, Saint-Germain, Marly, etc.--De 1679 à 1690 les dépenses pour Marly seul s'élevèrent à la somme totale de 4,501,279 liv. 12 s. 3 d., somme qu'il faut au moins quadrupler pour en avoir la valeur en monnoie actuelle.--A cette somme, il faut ajouter les frais d'une cascade en forme de rivière qui tomboit du haut de l'allée derrière le château: on estime, dit Marinier, qu'elle passe cent mille écus.
[95] La liste serait longue de toutes les mesures prises pour augmenter les ressources du Trésor. Nous citerons les principales qui furent arrêtées dans les cinq dernières années, de 1690 à 1695.
1690.--_3 Janvier._--Déclaration du Roi: «... Pour mettre tout d'un coup dans le commerce une grande quantité de matières d'or et d'argent et la faire convertir en espèces à nos coins et armes, nous avons fait porter aux hostels de nos monnoyes une grande partie des ouvrages d'orfévrerie qui servoient d'ornements à nos palais (malheureusement, d'après l'abbé Le Gendre, ces ouvrages étoient dus au célèbre orfèvre Claude Ballin, dont on trouve la vie et le portrait dans les _Hommes illustres_ de Perrault); et, après avoir donné cet exemple à nos sujets, nous avons, par notre déclaration du 14e du mois de décembre dernier, deffendu à l'avenir la fabrication de toute sorte d'ouvrages d'argenterie de pur ornement, et nous avons ordonné que ceux de nos sujets qui auroient de ces ouvrages deffendus les porteroient aux hostels de nos monnoyes..., sans aucun profit pour nous, puisque nous leur faisons payer la matière desdits ouvrages d'argenterie deffendus à 35 sols du marc de plus qu'elle n'est évaluée par les tarifs arrestez en nos cours des monnoyes. Nostre prévoyance et nos soins ont eu tant de succez que nous avons eu la satisfaction de voir que, depuis la publication de cette déclaration, nos sujets y obéissent avec tant de zèle et d'empressement qu'ils portent aux hostels de nos monnoyes, non-seulement les ouvrages d'argenterie deffendus, mais encore beaucoup de vaisselle plate (_plata_, esp., argent) dont l'usage leur étoit permis...»
1690.--_8 Février._--Lettre du Roy à Mgr l'Archevêque de Paris: «Mon cousin,... comme j'ay esté informé qu'il y a beaucoup d'argenterie dans les Eglises au-delà de celle qui est nécessaire pour la décence du service divin, dont la valeur estant remise dans le commerce apporteroit un grand avantage à mes sujets, je vous fais cette lettre pour vous exhorter à examiner ce qu'il y a d'argenterie dans chaque église de votre diocèse..., vous asseurant que vous ferez chose qui me sera fort agréable et fort utile au bien de mon Etat, d'ordonner qu'elle soit portée dans mes monnoyes pour estre converties en espèces d'or et d'argent, la valeur en estre payée comptant sur le pied porté dans ma déclaration du 14 décembre dernier...»--Semblable lettre dut être envoyée à tous les Evêques de France.
1690.--_16 Février._--Lettre de l'Archevêque de Paris au Clergé tant régulier que séculier de son diocèse, pour l'inviter à se conformer aux ordres contenus dans la lettre royale du 8 février.
1690.--_Février._--Edit du Roi portant création en titre d'office d'un premier président et de huit présidents au Grand Conseil, qui payeront «en nos revenus casuels la somme à laquelle sera taxée chaque charge...»
1690.--_Novembre._--Edit du Roi portant création de deux présidents, seize conseillers et autres officiers au Parlement de Paris, Requêtes de l'Hôtel et Requêtes du Palais... «Les dépenses excessives que nous sommes obligez de faire pour faire garantir notre Royaume de la multitude des ennemis qui l'attaquent, nous engageant de suppléer par des fonds extraordinaires aux défauts de nos revenus, nous nous trouvons obligez, après les grandes aliénations que nous en avons fait, de recourir aux moyens dont on peut tirer des secours plus considérables avec moins de charge pour nos sujets et pour nos finances...