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Chapter 15

Chapter 153,463 wordsPublic domain

_Sçavoir pourquoi, de deux amans qui s'aiment bien, il y en a toujours un qui aime plus que l'autre._

Vous demandez d'où vient qu'il est comme impossible Qu'on se puisse jamais aimer également: C'est que l'un plus que l'autre à l'amour est sensible, Et cela, belle Iris, vient du tempérament.

_Sçavoir s'il pourroit y avoir une galanterie qui durât toujours._

Vous demandez, belle Sylvie, Si l'on ne peut s'aimer tout le temps de sa vie Quoiqu'il soit rarement d'éternelles amours, Si deux esprits bien faits faisoient galanterie, Ils s'aimeroient toujours.

_Sçavoir si une dame peut être gaie en l'absence de son amant._

Il est ridicule de voir Un chagrin public en l'absence, Ne parler que de désespoir; Mais aussi, belle Iris, je pense Qu'il est contre l'honnêteté De pencher à la gayeté.

_Sçavoir si l'absence fait vivre ou mourir l'amour._

On parle fort diversement Des effets que produit l'absence: L'un dit qu'elle est contraire à la persévérance, Et l'autre qu'elle fait aimer plus longuement.

Pour moi, voici ce que j'en pense: L'absence est à l'amour ce qu'est au feu le vent; Il éteint le petit, il allume le grand.

_Sçavoir ce que fait l'absence en amour._

La longue absence en amour ne vaut rien; Mais, si l'on veut que son feu s'éternise, Il faut se voir et quitter par reprise: Un peu d'absence fait grand bien.

_Sur le même sujet._

Lorsqu'un amant, au bout de quelque temps, Revoit l'objet qui rend ses voeux contens, Je vous apprens, Iris (qu'il ne vous en déplaise), Qu'il n'a pas dans le coeur de plus fortes amours, Mais qu'il est mille fois plus aise Que s'il la voyoit tous les jours.

_Sur la même question._

En amour, comme en mariage, Iris, quand on s'est rapproché Après quelque petit voyage, Le coeur n'en est pas plus touché, Mais les sens le sont davantage.

_Sçavoir comme il en faut user dans les absences, quand il arrive quelque sujet de se plaindre les uns des autres._

S'il arrive dans vos absences Des sujets d'éclaircissement, Amans, faites vos diligences Pour vous éclaircir promptement; Mais si vous n'osez pas librement vous écrire, Jusqu'à votre retour il faut là tout laisser Plutôt que de ne pas tout dire, Et par là vous embarrasser.

_Sçavoir si les amans se doivent laisser aller à leur douleur quand ils se disent adieu, ou s'ils ne se le doivent point dire, pour s'épargner des chagrins._

L'amour ne perd rien de ses droits; On lui doit aux adieux des soupirs et des larmes, Et quand deux amans quelquefois Se sont en se quittant déguisé leurs alarmes, Ils tirent, en doublant leurs mortels déplaisirs, Un tribut plus amer de pleurs et de soupirs.

_Sçavoir si l'amant n'est pas obligé, comme la maîtresse, de lui garder son corps aussi bien que son coeur._

Je sçais fort bien que la débauche, Tantôt à droit, tantôt à gauche, Deshonore infailliblement La maîtresse plus que l'amant; Cependant je tiens pour maxime Qu'à tous deux, en amour, c'est un aussi grand crime, Et que le commerce des sens Où l'on n'a point d'engagemens N'est pas moins contre la tendresse De l'amant que de la maîtresse.

_Sur la même question_.

Vous vous trompez fort lourdement Quand vous prônez comme evangile Qu'à vous seul, trop injuste amant, Il est permis d'être fragile. Philis auroit raison de vous répondre ainsi: Et moi je suis fragile aussi.

_Sçavoir si c'est par la faute d'une dame qu'un amant s'opiniâtre à l'aimer, ou s'il dépend d'elle de s'en défaire._

La dame, Iris, la plus légère, Ne sçauroit jamais si bien faire Que, lorsqu'il plait à quelque amant, On ne lui parle tendrement; Mais quand cet amant persévère, Elle y donne consentement.

_Sçavoir si l'on se peut donner des leçons en amour._

Encor que l'amour seul apprenne à bien aimer, Il n'est pourtant pas mal que les amans s'instruisent. Ils feront donc fort bien si parfois ils se disent Ce qu'ils croiront utile à se bien enflammer.

_Sçavoir si, dans les éclaircissemens d'amour, il faut entrer dans quelque détail._

Quand, après quelque fâcherie, On vient à l'éclaircissement, Il faut parler profondément Du sujet de la brouillerie: Car d'en parler en général, Cela ne guérit point le mal.

_Sçavoir combien la sincérité est nécessaire en amour._

De la sincérité j'entends qu'on fasse voeu En honnête galanterie; J'excuse volontiers et bien plutôt j'oublie Un crime dont on fait l'aveu Qu'une bagatelle qu'on nie.

_Sçavoir si on peut bien aimer et n'être pas sincère._

Une honnête maîtresse, et qui tâche de plaire, Est sur toutes choses sincère; Elle craint plus, lorsqu'elle ment, D'être elle-même sa partie Que de déplaire à son amant S'il la trouvoit en menterie.

_Sur la même question._

Une honnête maîtresse aime la vérité Et prend toujours plaisir à la sincérité; Mais si, pour s'excuser auprès de ce qu'elle aime, Elle parle une fois moins véritablement, Elle craint plus en ce moment Ce qu'elle se dit à soi-même Que ce que lui dit son amant.

_Sçavoir si une maîtresse peut avoir quelque raison de cacher à son amant qu'on lui a parlé ou écrit d'amour._

C'est m'offenser, Iris, que de ne me pas dire Lorsque pour vous quelqu'un soupire. Si c'est une faute en amour De n'être pas toujours sincère Avec des gens pour qui l'on doit aimer le jour, Encor que le secret ne leur importe guère, Vous jugez bien quel crime c'est De ne m'en pas dire un où j'ai tant d'intérêt.

_Sçavoir lequel est le plus opposé à l'amour, de la haine ou de l'indifférence._

Haïr après avoir aimé donne espérance, Que l'on pourra d'aimer recommencer un jour. Je trouve bien plus de distance De l'amour à l'indifférence Que de la haine à l'amour.

_Sçavoir s'il y a des fautes en amour qu'on puisse traiter de bagatelles._

Tout ce qui détruit la constance, Tout ce qui peut l'amour nourrir, Tout ce qui le peut amoindrir, Tout ce qui le peut agrandir, Tout est d'extrême conséquence. Enfin, pour vous le faire court, Rien n'est bagatelle en amour.

_Sçavoir si l'on se doit tutoyer en amour, ou non._

Au commencement d'une affaire On n'a jamais manqué de se traiter de _vous_; Puis après il dépend de nous De le faire toujours ou faire le contraire, L'un et l'autre est indifférent; Je n'en voudrois aucun prescrire ni défendre: Le _vous_ me paroît plus galant, Mais je trouve le _toi_ plus tendre.

_Sçavoir s'il y a des rencontres où un amant doive hasarder sa réputation pour sa maîtresse._

Si quelque fantasque maîtresse, Par caprice ou par vanité, Vous vouloit obliger de faire une bassesse Qui choquât votre honneur et votre probité, Donnez-vous garde de la croire; Rompez plutôt, il en est temps, Et sçachez que l'amour ne va qu'après la gloire Dans le coeur des honnêtes gens. Si pourtant l'aimable Sylvie Avoit besoin de votre vie Pour la tirer d'un mal, ou lui faire un grand bien, Alors ne ménagez plus rien.

_Sçavoir s'il y a des rencontres où une dame doive hasarder sa réputation pour son amant._

S'il falloit hasarder sa réputation Pour ôter quelque impression Qui d'un amant jaloux pourroit troubler la tête, Il seroit mal d'avoir un moment hésité; Et ce seroit alors qu'il seroit fort honnête De n'avoir point d'honnêteté.

_Sçavoir si l'on peut vouloir mourir pour sauver la personne qu'on aime._

Iris, lorsque vous n'aimez pas, Ne croyez point à ces paroles: «Pour vous je courrois au trépas.» Ma foi, ce sont des hyperboles. Mais lorsque votre coeur ressent les mêmes coups, Je comprends bien par moy que l'on mourroit pour vous.

_Sçavoir ce qu'on préféreroit, ou la mort ou l'infidélité de son amant._

Vous demandez avec instance Ce que je choisirois plutôt en mon amant, De la mort ou de l'inconstance. Croyez-vous qu'en cela je balance un moment? J'aimerois mieux mourir, Sylvie, Que s'il avoit perdu le jour; Mais je l'aimerois mieux sans vie Que sans amour.

_Sçavoir s'il faut que les amans cherchent à se voir le plus qu'ils peuvent et le plus commodément._

Vous qui ne croyez pas, imbéciles amans, Voir jamais assez vos maîtresses, Vous pourriez bien, par vos empressemens, Trouver la fin de vos tendresses. Laissez donc des difficultés, Ne levez point tous les obstacles; Autrement, sans de grands miracles, Vous serez bien tôt dégoûtés.

_Sçavoir si les amans qui se voient commodément en particulier doivent chercher encore à se voir souvent en public._

Il faut voir souvent sa maîtresse Loin des témoins, hors de la presse, Mais en public fort rarement; Et voici mon raisonnement: Si sa flamme a trop de lumière, Le mari la voit, ou la mère, Et ce malheur peut être grand; Si son air est indifférent, L'amant peut croire qu'en la belle L'indifférence est naturelle.

_Sçavoir s'il faut épouser sa maîtresse publiquement, clandestinement, ou ne la point épouser du tout._

Qui veut épouser sa maîtresse Veut la pouvoir haïr un jour. Le peché fait vivre l'amour, Et l'hymen mourir la tendresse; Mais si l'on craint fort le péché, Il faut que l'hymen soit caché.

_Sçavoir s'il est possible que les amans qui se marient s'aiment encore longtemps après._

L'amour n'est fait que de mystère, De respects, de difficultés; L'hymen est plein d'autorités, Peut tout et ne daigne rien faire: Assembler l'hymen et l'amour, C'est mêler la nuit et le jour.

_Sur la même question._

Croyez-moi, belle Iris, je m'y connais un peu, L'amour dans l'hymen perd son feu; Et, quand vous m'alléguez que Céladon soupire Et fait encor le serviteur, C'est par honte de s'en dédire: Il n'aime plus que par honneur.

_Sur la même question._

Votre extrême ardeur sans cesse De vous épouser me presse. Ne blâmez point mon refus, Iris, en voici la cause: Epouser et n'aimer plus, En amour c'est même chose.

_Sur la même question._

Si vous avez bien envie D'aimer toujours votre Sylvie, Laissez là le sacrement. Vouloir épouser la belle, C'est vouloir rompre avec elle Un peu plus honnêtement Que par votre changement.

_Sçavoir si la mauvaise fortune ou la perte de la beauté peuvent rendre excusable le changement des amans._

Lorsque deux vrais amans se sont trouvés aimables, Rien de leur passion ne les peut affranchir. Devenir laids, Iris, devenir misérables, Tout cela ne fait que blanchir.

_Sçavoir comment une maîtresse en doit user quand son amant est malheureux, et que leur amour a fait du bruit._

Quand votre amour, Iris, a fait un peu de bruit, Et que votre galant tombe en quelque disgrâce, Un désespoir seroit de fort mauvaise grâce, Il seroit mal à vous de pleurer jour et nuit; Mais, Iris, votre indifférence Choqueroit plus la bienséance.

_Sçavoir ce que les malheurs peuvent faire sur l'esprit d'un amant fort amoureux et fort aimé._

Tant qu'un amant fort amoureux Est sûr du coeur de sa maîtresse, La fortune la plus traîtresse Ne le peut rendre malheureux. Sa prison ne sçauroit ébranler sa constance; Il la sent aussi peu que s'il étoit brutal, Et même son exil ne lui paraît un mal Que parcequ'il est une absence.

_Sçavoir si l'on peut avoir toujours de l'amour pour une dame sans en recevoir les dernières faveurs._

Belle Iris, lorsque je vous presse De m'accorder les grands plaisirs, Vous me dites qu'au seul désir Je devrois borner ma tendresse, Que mille gens n'aiment pas autrement. Chacun, Iris, aime comme il l'entend; Mais, quant à moi, j'ai moins de continence, Et, quand l'amour dure sans jouissance, Je crois que c'est la faute de l'amant.

_Sçavoir si l'amour peut durer lorsqu'il n'y a point de jouissance, ou lorsque la brutalité est extrême._

Chacun aime à sa guise, Adorable Bélise. L'un veut aimer, mais chastement; L'autre, sans s'attacher, veut de l'emportement. Tous ces gens-là prennent l'amour à gauche Et lui donnent un méchant tour. On se lasse à la fin d'espérer nuit et jour, On se lasse encor plus de la seule débauche; Mais il nous faut mêler la débauche à l'amour.

_Sçavoir si l'amour se détruit par la jouissance._

Je comprends fort bien qu'un amant Qui trouve des défauts après la jouissance Se guérit assez promptement; Mais quand un corps bien fait, quand de la complaisance, Se trouve avec un coeur rempli de passion, En ce cas la reconnoissance Se joint à l'inclination, Et l'on tire de la constance Une longue possession.

_Sçavoir lequel est le plus honnête à une dame, de se retenir ou de se laisser aller à sa passion._

Quand vous aimez passablement, On vous accuse de folie; Quand vous aimez infiniment, Iris, on en parle autrement: Le seul excès vous justifie.

_Sur la même question._

Pour être une maîtresse aimable, Il faut que votre flamme augmente nuit et jour, Et l'excès, ailleurs condamnable, Est la mesure raisonnable Que l'on doit donner à l'amour.

_Sur la même question._

Vous me dites que votre feu Est assez grand, belle Climène. Vous ignorez donc, inhumaine, Qu'en amour assez est trop peu; Cependant la chose est certaine, Et, si sur ce chapitre on croit les plus sensés, Quand on n'aime pas trop, on n'aime pas assez.

_Sçavoir s'il faut dire tout ce qu'on sçait à la personne qu'on aime, ou avoir quelque chose de réservé pour elle._

Une maîtresse à son amant, Encor que quelques-uns en parlent autrement, Doit de tous ses secrets un entier sacrifice, Et, lorsqu'un de ses amis sçait Qu'elle a découvert son secret, Il faut qu'il se fasse justice. Quand on se donne, il doit juger Qu'on n'a plus rien à ménager.

_Sçavoir l'usage qu'une femme doit faire de la pudeur et de l'emportement._

Il faut qu'une maîtresse honnête Ait, pour être selon mon coeur, De l'emportement tête à tête, Partout ailleurs de la pudeur; Que les apparences soient belles, Car on ne juge que par elles.

_Sçavoir de quelle manière il faut que les amans qui s'aiment se parlent entre eux._

Amans, quand vous vous parlerez, Dans tout ce que vous vous direz Jamais un seul mot de rudesse, Dans la voix même point d'aigreur: Car l'amour naît par la tendresse Et s'entretient par la douceur.

_Sçavoir ce qu'il faut faire pour empêcher sa passion de finir._

Si vous voulez, Iris, que votre affaire dure, Ne vous relâchez point dans sa prospérité, Et, pour amuser la nature, Qui se plaît à la nouveauté, Recommencez vos soins jusques aux bagatelles: En amour, c'est la vérité, Les recommencemens valent choses nouvelles.

_Sçavoir d'où vient que les amours ne durent pas long-temps._

Ce qui fait que les amans N'aiment jamais fort long-temps, C'est que les premiers jours qu'une affaire commence, On a de la complaisance, De la tendresse et du soin, Et qu'ensuite on s'en dispense. Dans la longue jouissance, On en a bien plus besoin.

_Sçavoir de quelle manière il faut que les dames qui ont un amant en usent avec les gens qui leur ont témoigné de l'amour et qu'elles ne veulent pas aimer._

Iris, les honnêtes maîtresses Traitent d'un plus grand sérieux Ceux qui leur ont offert des voeux Que ceux qui n'ont point eu pour elles de tendresses: Car des civilités pour des indifférens Sont des faveurs pour les amans.

_Sçavoir si l'amour change les tempéramens._

Je ne crois pas qu'un amant Change son tempérament Pour se rendre tout semblable À ce qu'il trouve d'aimable. L'amour du matin au soir Ne va pas du blanc au noir; Mais si l'humeur sérieuse Me prend l'autre extrémité, Du moins cette impérieuse A moins de sévérité.

_Sçavoir si, lorsqu'on est éperdûment amoureux, on trouve quelque chose de plus beau que sa maîtresse._

Il est vrai, je vous le confesse, Vous l'emportez sur ma maîtresse: Vous avez de plus beaux cheveux, Rien n'est comparable à vos yeux; Mais, quoiqu'enfin vous soyez bien plus belle, Vous ne me plaisez pas tant qu'elle.

_Sçavoir s'il est bon d'avoir un confident en amour._

Un confident, Tircis, n'est pas fort nécessaire, Si l'on s'en peut passer on ne fait pas trop mal; Mais si vous en prenez, qu'il vous soit inégal, Car autrement, pour l'ordinaire, Un confident devient rival.

_Sçavoir laquelle est la plus grande, de la première ou de la seconde passion._

Le premier amour est extrême, Mais les feux ne sont pas constans; Et la seconde fois qu'on aime, On aime moins, mais plus long-temps.

_Sçavoir si l'on peut être en repos quand on doute de l'état auquel on est avec la personne qu'on aime._

L'incertitude est le plus grand des maux: Quand vous aurez sur votre affaire Un éclaircissement à faire, Jusqu'à ce qu'il soit fait, n'ayez point de repos.

_Sçavoir si l'on ne voit pas bien, quand on commence d'aimer, que l'amour ne durera pas toujours._

Encor qu'il soit fort peu d'éternelles amours, Il n'est point d'honnête maîtresse Qui croie en s'embarquant voir finir sa tendresse: On se flatte, et l'on croit qu'on aimera toujours.

_Sçavoir auquel on se doit prendre, de son rival ou de sa maîtresse, de l'infidélité de celle-ci._

Quand un rival nous presse Et nous fait trop de mal, C'est contre une maîtresse Qu'il faut être brutal, Et non contre un rival.

_Sçavoir si l'on peut aimer long-temps une maîtresse coquette._

Je veux au coeur de ma maîtresse La dernière délicatesse. Je suis sur ce sujet de l'avis de César, Et ce n'est pas assez, Iris, à mon égard, Qu'elle soit au fond innocente: Je veux que du soupçon Elle soit même exempte.

_Sçavoir de quelle manière il faut que les amans aimés se conduisent avec les maris de leurs maîtresses._

Il se voit des maris qu'on peut apprivoiser; Il en est d'autres peu dociles. Vous, amans qui serez habiles, Verrez comme il en faut user; Mais enfin, de quelque manière Que les pauvres cocus soient faits, Ou d'humeur douce, ou d'humeur fière, Avec eux en public ne vous couplez jamais.

_Sçavoir si une femme peut être bonne fortune deux fois en sa vie._

Prude insensible à l'amoureuse ardeur, Grâce à ton extrême froideur, Cesse de nous vanter ta vertu non commune. Je n'estime pas moins l'autre tempérament, Pourvu qu'il aime honnêtement. On est toujours bonne fortune Quand on aime bien son amant.

_Sçavoir si, quand on s'aime, la maîtresse peut prétendre que son amant fasse des choses pour elle qu'elle ne feroit pas pour lui._

Tant que, sans être aimés, nous ne sommes qu'amans, C'est à nous seuls, Iris, à souffrir les tourmens; Mais, après que notre maîtresse A pris pour nous de la tendresse, Tous les soins doivent être égaux: De même que les biens, on partage les maux.

_Sçavoir s'il est vrai que l'amour frappe un coeur comme un coup de foudre qu'on ne peut éviter._

Pour excuser votre foiblesse, Vous dites que l'amour vous blesse, Que tous ses coups sont imprévus. Climène, c'est un pur abus. Je crois qu'une aimable présence Peut, nous trouvant sans résistance, Insensiblement nous charmer; Mais je tiens pour chose certaine Que nous n'aimons jamais, Climène, Que nous ne voulions bien aimer.

_Sçavoir si l'on peut aimer sans estimer._

Quand on méprise ce qu'on aime, La passion est dans le sang, Et, sa chaleur fût-elle extrême, On ne sçauroit aimer long-temps.

_Sçavoir de quelle manière les amans en doivent user ensemble sur l'intérêt._

Celle qui me vendra la dernière faveur N'aura jamais mon coeur; Mais, après avoir eu des faveurs de Carite Par la force de mon mérite, Si cette belle avoit besoin Ou de mon bien, ou de ma vie, Je n'aurois pas de plus grand soin Que de contenter son envie. Les amans sur le bien font comme les Chartreux: Tout doit être commun entre eux.

_Sçavoir si la délicatesse des amans et des maîtresses sur leur conduite doit être égale._

Vous devez à votre conduite Des soins qui me sont superflus. Quand on dit que j'aime Carite, Iris, je vous contente en ne la voyant plus. Mais, lorsque le bruit court que vous aimez Orante, Vous me montrez en vain que vous ête innocente. Si le public n'en voit autant, Je ne puis pas être content.

_Sur le même sujet._

Apprenez de moi, s'il vous plaît, De nos devoirs la différence: Je ne puis vous blesser, Iris, que par l'effet; Vous pouvez m'offenser par la seule apparence.

_Sçavoir si les dames peuvent être excusables de faire les avances._

Je mépriserois une dame De qui le coeur rempli de flamme Paroîtroit le premier charmé. L'avance en vous est condamnable, Et, si quelque raison la peut rendre excusable, C'est quand vos coeurs, Iris, n'ont jamais rien aimé.

_Sçavoir s'il est vrai que l'amour égale les conditions._

L'amour égale sous sa loi La bergère avecque le roi. Si tôt qu'il en fait sa maîtresse, Si tôt qu'elle a pu l'engager, La bergère devient princesse, Ou le prince devient berger.

_Sçavoir qui a le plus de plaisir dans une affaire réglée, ou celui qui aime, le plus, ou celui qui aime le moins._

Lorsque deux coeurs unis brûlent des mêmes feux, Vous croyez peut-être, Sylvie, Que des deux le moins amoureux Goûte en paix la plus douce vie. Ce n'est pas là mon sentiment, Et je crois plutôt que l'amant Dont l'ame d'amour toute pleine A de plus violens désirs Ressent quelquefois plus de peine, Mais bien souvent plus de plaisirs.

_Sçavoir si le plus amoureux est toujours le plus content._