Histoire amoureuse des Gaules; suivie des Romans historico-satiriques du XVIIe siècle, Tome I

Part 14

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_Sur le même sujet._

Je suis contre ce sentiment Qu'on est fou quand on est amant: On peut fort bien, lorsque l'on aime, Avoir encor de la raison; Mais, alors qu'en tous lieux et qu'en toute saison La prudence est extrême, L'amour n'est pas de même.

_Sçavoir si une grande amitié est compatible avec un grand amour pour deux personnes différentes._

Lorsque l'amour nous remplit bien, Hors cela nous ne sentons rien; Quand on a pour Tircis une extrême tendresse, On n'aime Philis qu'à demi; Enfin, sur ce chapitre on ôte à sa maîtresse Tout ce qu'on donne à son ami.

_Sçavoir si l'on peut apprendre à aimer par règles comme l'on apprend les autres choses._

Quand à m'aimer je vous convie, Vous m'en demandez des leçons. Il n'y faut pas tant de façons, Ayez-en seulement envie: L'amour sçaura bien vous former; Aimez, et vous sçaurez aimer.

_Sçavoir en quel endroit on aime mieux: à la cour, à la ville ou la campagne._

D'ordinaire à la cour les coeurs sont tourmentés De l'amour et de la fortune; À la ville souvent on voit trop de beautés, Pour être fort constant pour une; Mais rien ne fait diversion, Aux champs, à notre passion.

_Sçavoir pourquoi l'on voit si souvent des femmes de mérite aimer de malhonnêtes gens, et d'honnêtes gens aimer des femmes sans mérite._

Lorsque l'on commence d'aimer, On cache le désagréable, On montre ce qu'on a d'aimable; On veut plaire, on veut enflammer; La plus aigre est douce et traitable. Mais, après que l'un l'autre on a pu se charmer, On ne se contraint plus, pas même aux bienséances; Ensuite chacun se déplaît, Mais, de peur en rompant de perdre ses avances, On en demeure où l'on en est.

_Sçavoir quelle est la plus aimable maîtresse, de la prude ou de la coquette._

Silvandre, dans l'incertitude Quelle il aimeroit mieux, la coquette ou la prude, Et ne pouvant enfin se résoudre à choisir, Me demanda quelle victoire Seroit plus selon mon désir. Voulez-vous, lui dis-je, me croire? La prude donne plus de gloire, La coquette plus de plaisir.

_Sçavoir s'il faut prendre au pied de la lettre tout ce que disent les amans._

L'hyperbole plaît aux amans, Tout est siècle pour eux, ou bien tout est momens, Et jamais au milieu leur calcul ne demeure: Ils vont tous dans l'extrémité, Ils disent que leur bien ne dure qu'un quart d'heure Et leur mal une éternité.

_Sçavoir si un grand amour peut compâtir avec une grande gaieté._

Tircis, quand tu viens voir Caliste, Tu lui parois toujours content; Cependant il est très constant Que qui dit amoureux dit triste. Prends donc un air plus sérieux; Fais voir ton amour dans tes yeux: Car, tant que l'on te verra rire, On ne croira jamais que tu désire.

_Sur le même sujet._

Je ne veux pas, Iris, que sans cesse on soupire; Mais, lorsqu'un grand amour a bien surpris un coeur, Quoiqu'on soit plus content, on aime moins à rire, Et le véritable air est celui de langueur.

_Sçavoir quels sont les tempéramens les plus propres à l'amour._

Tous les tempéramens sont propres à l'amour, Mais véritablement les uns plus que les autres. Amans pleins de langueur, ne changez pas les vôtres Avec les gens de feu; vous perdrez au retour. De ceux-ci la chaleur a plus de violence, Mais d'ordinaire ils ont moins de persévérance, Et, quand ils aimeroient aussi fidèlement, Toujours font-ils l'amour moins agréablement. Je leur conseillerois, en changeant leur nature, De prendre, afin de plaire en de certains momens, De la langueur au moins le ton et la figure: Car, en se contraignant dans les commencemens, Enfin ils pourroient fort bien prendre Et l'air et la manière tendre.

_Sçavoir s'il est vrai qu'un amant ne soit jamais content._

Lorsque l'on commence d'aimer, Pour l'objet aimé l'on soupire; Si tôt qu'on a pu l'enflammer, La crainte de le perdre est un cruel martyre: De sorte qu'il est vrai de dire Qu'on n'est jamais content quand on est amoureux, Mais que qui n'aime pas est encor moins heureux.

_Sçavoir si le désir de plaire n'est pas une suite du dessein d'aimer._

Vous voulez qu'on vous trouve belle, Cependant vous êtes cruelle Et vous nous assurez qu'on ne peut vous charmer; Je ne vous crois pas trop sincère: Car, enfin, lorsque l'on veut plaire, C'est signe que l'on veut aimer.

_Sçavoir lequel est le plus sûr à une dame pour se faire fort aimer, d'être facile ou difficile à se rendre._

Si vous voulez nos coeurs jusqu'à l'éternité, Et ne trouver jamais la fin de nos tendresses, Faites-vous bien valoir par la difficulté: Car ce qui fait durer nos feux pour nos maîtresses (Outre leur complaisance et leur fidélité), C'est la peine et le temps qu'elles nous ont coûté.

_Sçavoir ce qu'on doit croire du dépit d'un amant._

Lorsqu'à nos voeux la belle Iris contraire Se rit des maux que l'on souffre en l'aimant, On fait dessein, au fort de sa colère, De la quitter, et l'on en fait serment; Mais des sermens que le dépit fait faire Contre un objet qu'on aime chèrement, Autant en emporte le vent!

_Sçavoir si le plus de mérite est préférable au plus d'amour._

Vous souhaitez que je vous die Qui je choisirois pour amant, D'un homme d'un petit génie, Qui m'aimeroit infiniment, Ou d'un homme à mérite rare, Qui m'aimeroit par manière d'acquit. Puisqu'il faut que je me déclare, Je baiserois les mains au bel esprit. En voici la raison, Carite, Raison plus claire que le jour: Il est bon en amour d'avoir bien du mérite, Mais nécessairement il y faut de l'amour.

_Sçavoir si l'on peut aimer sans espérance._

Lorsque vous trouvez un amant Qui vous dit que sous votre empire Son coeur incessamment soupire Sans espoir de soulagement, Sous une modeste apparence Il vous veut surprendre en effet: Car, pour aimer sans espérance, Personne ne l'a jamais fait.

_Sçavoir comment une femme en doit user lorsqu'un homme qu'elle ne veut pas aimer lui écrit._

Quand quelque galant vous écrit Dont vous méprisez la conquête, Vous croyez être fort honnête De lui mander que ce qu'il dit Ne fait que vous rompre la tête, Apprenez que c'est une erreur, Et qu'en de telles conjonctures, Iris, c'est faire une faveur Que de répondre des injures.

_Sçavoir s'il convient à un homme d'être un peu bizarre avant que d'être aimé._

Je tiens qu'on a peu de raison D'être tyran étant patron: Le bon succès en est fort rare; Mais il faut qu'on soit insensé Pour vouloir faire le bizarre Avant qu'on soit récompensé.

_Sçavoir si c'est une nécessité qu'il faille aimer une fois en sa vie._

Il faut avoir un jour, Belle Iris, de l'amour, Ou comme un bien fort désirable, Ou comme un mal inévitable.

_Sçavoir si l'on peut avoir une forte passion pour deux personnes en même temps._

Tout ce que nous a voulu dire L'auteur de la Philis de Scire N'est rien qu'un jeu d'esprit: Car je tiens qu'il est impossible D'être pour deux objets en même temps sensible: Qui partage l'amour aussi tôt le détruit.

_Sçavoir quel est l'équipage nécessaire à un amant._

Vous qui sous l'amoureux empire Voulez vous donner tout entier, Ayez et soie, et plume, et cire, De bonne encre et de bon papier: Car un amant dont l'écritoire N'est pas toujours en bon état, C'est un homme cherchant la gloire Qui va sans armes au combat.

MAXIMES D'AMOUR

QUESTIONS

SENTIMENS ET PRÉCEPTES

SECONDE PARTIE.

DE L'AMOUR QUI JOUIT.

_Sçavoir quelle est la force de la sympathie._

Iris, quand du destin la volonté suprême A fait de notre amour l'infaillible complot, Sitôt que l'on se voit, le coeur dit que l'on s'aime, Et l'on le croit au premier mot.

_Sçavoir ce qui témoigne le plus d'amour, de l'extrême jalousie ou de l'extrême confiance._

Quoi! serez-vous toujours contente? Ne vous plaindrez-vous point de moi? Ah! votre flamme, Iris, n'est pas fort violente, Car un grand amour nous tourmente, Et souvent sans raison nous donne de l'effroi. Enfin, l'extrême confiance Tient beaucoup de l'indifférence.

_Sur le même sujet._

Je craindrois fort une maîtresse Dont la fausse délicatesse Et le coeur trop rempli d'amour Me tourmenteroient nuit et jour. C'est un grand bourreau de la vie Que l'excès de la jalousie; Mais je tiens qu'on seroit encor plus tourmenté De l'extrême tranquillité.

_Sçavoir quand il faut que les honnêtes gens soient jaloux, et quand il faut qu'ils rompent._

Je veux qu'à sa maîtresse un amant se confie, Et que, pour toute jalousie, Il soit quelquefois alarmé De n'être pas assez aimé. Mais, si la dame est inquiète Que l'amant la trouve coquette, Cela sans en pouvoir douter, Je le condamne à la quitter.

_Sçavoir si c'est un grand mal à un amant que le mari de sa maîtresse soit un peu jaloux._

Bien loin de me mettre en courroux Contre votre mari jaloux, Je l'aime, Iris, plus que ma vie; C'est l'intendant de mes plaisirs: Il donne par sa jalousie De la chaleur à mes désirs.

_Sur le même sujet._

Quand, pour rompre notre commerce, Votre esprit jaloux nous traverse, Tircis, vous réveillez nos soins Qui s'endormoient dans le ménage. Si nous nous voyons un peu moins, Nous nous aimons bien davantage.

_Sur le même sujet._

Ce que j'ai de plaisir avecque ma Silvie, Je le dois à la jalousie D'un mari qui par là réchauffe mon amour. Le pouvoir que j'avois de la voir chaque jour Me rendoit Langés[165] auprès d'elle; Mais, si tôt qu'il m'eut dit de ne plus voir la belle, Je la vis en secret, et je devins Saucour[166].

_Sçavoir quelle est la raison, entre autres, pourquoi les passions finissent, et le bon moyen de s'aimer toujours._

Je tiens que la possession Fréquente, commode et tranquille, Est la mort à la cour, aux champs et dans la ville, De la plus grande passion. Amans, donc, qui mourez d'envie De vous aimer toujours, un peu de jalousie, D'absence et de difficultés Vous feront passer entêtés Tout le reste de votre vie.

_Sçavoir sur quoi il faut rompre avec sa maîtresse._

On pardonne l'étourderie, On peut même oublier mainte coquetterie (Quoique ce soient d'amour les vrais péchés mortels); Mais l'infidélité, jamais on ne l'oublie, Et, comme on est ami jusqu'aux autels, On est amant jusqu'à la perfidie.

_Sçavoir ce qu'on doit faire quand on s'aperçoit qu'on est moins aimé._

Vous dites qu'il se faut attendre D'être moins aimé chaque jour, Et que, pour voir affoiblir un amour, On n'en doit pas être moins tendre. Pour moi, je tiens que c'est abus, Et conseille alors l'inconstance, Ne trouvant point de différence Entre aimer moins ou n'aimer plus.

_Sçavoir s'il ne se faut rien pardonner en amour._

On seroit fort brutal de ne pardonner rien Aux gens qu'on aime bien. Au contraire, il est vraisemblable Qu'après avoir été coupable On sera désormais de faillir moins capable; Mais, Iris, quand on voit qu'on retombe toujours, On doit compter alors sur de foibles amours, Et, sur de telles conjectures, On peut prendre d'autres mesures.

_Sçavoir pour quelles raisons et de quelle manière on cesse d'aimer._

Je veux dire comment l'on peut quitter un jour, Afin que les sots n'en abusent. L'infidélité rompt l'amour, Et les petites fautes l'usent.

_Sçavoir de quelle manière il faut qu'une maîtresse rompe avec son amant qui l'aime encore._

Si vous voulez rompre vos chaînes D'accord avecque votre amant, Vous le pouvez fort aisément Sans donner ni souffrir de peines; Mais, si vous avez projeté De faire une infidélité Ou de quitter par lassitude Un amant encore entêté, Iris, il y faut de l'étude. Faites naître quelque embarras; Changez-vous, de peur d'un fracas, En diseuse de patenôtres; Mais ne faites point de faux pas, Et surtout qu'il ne pense pas Que vous l'abandonnez pour d'autres.

_Sçavoir de quelle manière on doit user sur les présens qu'on s'est faits après qu'on a rompu avec aigreur._

Lorsque le commerce amoureux Finit enfin avec rudesse, Si l'amant, du temps de ses feux, A fait des dons à sa maîtresse, Il ne doit rien redemander, Ni la maîtresse rien garder.

_Sçavoir comment on en doit user avec une maîtresse décriée, quoique sage au fond._

Je ne dis pas, Iris, qu'un amant délicat Rompe avec sa maîtresse, et même avec éclat, Lorsque pour un rival l'infidèle soupire: Cela s'en va sans dire; Mais, si tout le monde en médit, Encor que son amant connoisse L'injustice au fond de ce bruit, Qui ne vient que de l'air dont elle se conduit, Il faut que sa délicatesse Le force à quitter sa maîtresse.

_Sçavoir si une dame doit redemander ses lettres après qu'on a rompu avec elle._

Demander vos poulets quand vous avez rompu N'est pas d'une personne habile. Cette demande est inutile, Car on n'a jamais tout rendu; Il vaut bien mieux, Iris, obliger au silence Par une entière confiance.

_Sçavoir si l'on peut avec raison refuser d'écrire à un amant à qui on a accordé les dernières faveurs._

Quand une dame, en se donnant soi-même, Par une défiance extrême Refuse à son amant des lettres de sa main, Elle fait voir, tant elle est bête, Qu'elle s'apprête À le quitter du jour au lendemain, Et mérite, en suivant cette fausse maxime, De rencontrer un amant qui la prime, Et qui, découvrant son secret, Se fasse prendre sur le fait.

_Sçavoir de quelle conséquence sont les lettres en amour._

Amans aimés, qui n'avez d'autre envie Que de passer en aimant votre vie, Écrivez et matin et soir, Écrivez quand vous allez voir, Et, quoique vous alliez dire: Ha! que je vous aime! Écrivez-le et donnez votre lettre vous-même. Écrivez la nuit et le jour: Les lettres font vivre l'amour.

_Sçavoir si une dame doit demander à son amant qu'il brûle ses lettres ou qu'il les lui renvoie._

À votre amant ne demandez jamais Qu'il vous envoie ou brûle vos poulets: On doit estimer quand on aime, Et l'on a tort de s'engager Quand la défiance est extrême, Ou seulement qu'on peut songer, Iris, qu'un amant peut changer.

_Sçavoir comment un amant en doit user sur les lettres qu'il reçoit de sa maîtresse._

Gardez, amant plein de tendresse, Les lettres de votre maîtresse, Non pour en abuser un jour, Mais comme gage de l'amour; Et là-dessus prenez bien garde Que la belle ne vous regarde Comme un impérieux vainqueur Qui dans une injuste contrainte La voudroit tenir par la crainte Plutôt que par son propre coeur; Et, pour lui mieux lever toutes les défiances, Laissez entre ses mains, dans vos moindres absences, Ses faveurs, ses lettres d'amour, Le tout jusqu'à votre retour.

_Sçavoir s'il est vrai, comme quelques uns disent, que l'amour s'use dans un coeur sans qu'on en sçache la raison._

Quand un amant vous dit que l'amour, malgré soi, S'est usé dans son coeur, et qu'il ne sçait pourquoi, Il vous dit une menterie; Mais la raison qu'a cet amant De finir sa galanterie Vaut si peu qu'il n'a pas assez d'effronterie Pour vous la dire librement. Il craindroit de vous faire une trop grande offense S'il vous disoit que l'inconstance Vient de sa propre volonté: Si bien qu'il croit vous moins déplaire En vous parlant de cette affaire Comme d'une nécessité. Mais cependant la vérité, Iris, est que, comme en soi-même On sçait toujours pourquoi l'on aime, Pour peu qu'on l'ait examiné, Aussi jamais on ne se quitte Sans raison, ou grande, ou petite.

_Sçavoir si, dans un grand sujet de plainte, un amant peut s'emporter avec excès en parlant à sa maîtresse._

Lorsque une maîtresse coquette Vous forcera de vous aigrir, Il ne faut pas vous retenir; Mais, dedans quelque état que le dépit vous mette, Fuyez les termes insolens, Qu'avec respect votre colère éclate. Je ne défends pas qu'on la batte, Car c'est affaire aux paysans, Et je parle aux honnêtes gens.

_Sçavoir de quelle manière il se faut conduire avec la personne qu'on aime quand on lui a donné sujet de se plaindre._

Lorsque l'on a fâché la personne qu'on aime, Il faut avec un soin extrême Tâcher de se raccommoder. Si la chose peut succéder, Il faut redoubler de caresses, D'empressemens et de tendresses, Et considérer un amant Comme un pauvre convalescent, De qui la santé délicate Mérite bien que l'on le flatte.

_Sçavoir de quelle manière il faut que les amans aimés en usent avec les maîtresses qui n'ont pas assez de soin de chasser leurs rivaux._

Auprès de la belle Climène, Dont vous aurez gagné le coeur, Si quelque rival vous fait peine, Pour vous en délivrer employez la douceur; Priez-la de vous en défaire. Tircis, c'est là qu'il faut pleurer, Ou, plutôt que de lui déplaire, Offrez-lui de vous retirer. Je suis fort trompé si la belle, Pour n'aimer que vous seul, ne chasse l'autre amant; Mais quand cette beauté voudroit être infidèle, Vous travailleriez vainement À la garder en dépit d'elle.

_Sçavoir pourquoi les amans se plaignent toujours._

Ce qui fait que dans nos amours Nous nous plaignons quasi toujours, C'est ma faute, Iris, ou la vôtre. Examinons un peu nos feux, Et nous verrons que l'un des deux A toujours plus d'amour que l'autre.

_Sçavoir pourquoi on aime mieux après les réconciliations._

Après les raccommodemens On voit croître toujours la flamme des amans Et se surpasser elle-même: Nous l'avons cent fois éprouvé. C'est qu'on avoit perdu quelque temps ce qu'on aime, Et qu'on est trop heureux de l'avoir retrouvé.

_Sçavoir si, quand on se raccommode en amour, on doit garder quelque chose sur le coeur._

Au moment qu'on se raccommode Sur quelque différent d'amour, Iris, il est vrai, c'est la mode D'oublier tout jusqu'à ce jour, Et je la trouve assez commode; Mais lorsque de faillir on a recommencé, On rappelle tout le passé.

_Sçavoir comment les choses se passent d'ordinaire dans les brouilleries._

Vous prétendez être offensé Et voulez qu'on vous satisfasse. Tircis, c'est à vous mal pensé; Il faut plutôt demander grâce. J'ai vu du moins jusqu'à ce jour Qu'en pareil cas on la demande, Et je sçais que c'est en amour Que les battus payent l'amende.

_Sçavoir si les amans qui se plaignent avec emportement n'aiment plus._

Pauvres amans qui criez nuit et jour Et qui vous plaignez d'une ingrate, Je ne crois pas votre coeur sans amour. Quoique votre fureur éclate. On voit toujours l'amour dans le dépit, Et jamais dans l'indifférence; Et, lorsque l'on fait tant de bruit, On aime encor plus qu'on ne pense.

_Sçavoir si la régularité de l'amour contraint les amans._

Iris, la régularité Que donne une amoureuse flamme Ne détruit point la liberté. Par exemple, quand une dame Donne un rendez-vous quelque jour, Elle y va pleine de tendresse, Non pas pour tenir sa promesse, Mais pour contenter son amour.

_Sçavoir s'il est bon à une maîtresse d'obliger son amant à faire servir une autre de prétexte._

Quand, pour cacher ses amourettes, La dame ordonne à son amant De conter ailleurs des fleurettes, Elle raisonne faussement: Car, si celle à qui l'on s'adresse Égale en beauté la maîtresse, Celle-ci beaucoup risquera; Si la maîtresse est la plus belle, Jamais personne ne croira Que son amant soit infidèle.

_Sçavoir à quoi principalement une dame peut connaître si son amant est toujours amoureux_.

Lorsqu'un amant aimé vous deviendra suspect, Que pour quelques raisons vous douterez qu'il aime, Examinez s'il a toujours un grand respect, Et croyez en ce cas que sa flamme est extrême.

_Sçavoir à quoi l'on peut connaître si l'on est aimé._

Si, pendant une longue absence, L'objet qui cause tous vos feux Ne perd jamais une occurrence De vous reconfirmer ses voeux; S'il est aise de vous revoir, Mais de cette aise naturelle Qu'on ne peut montrer sans l'avoir, Assurez-vous qu'il est fidèle.

_Sçavoir ce qui prouve bien qu'un amant aimé aime._

Lorsqu'un amant près de sa dame, Qui brûle aussi des mêmes feux, Lui parle toujours de sa flamme, Il faut qu'il soit fort amoureux.

_Sçavoir lequel, de l'amant ou de la maîtresse, donne de plus grandes marques d'amour?_

Quand, blessés des mêmes coups, Nos ardeurs sont mutuelles, Les dames font plus pour nous Que nous ne faisons pour elles. Nous ne pouvons pour ces belles Rien faire équivalant un de leurs billets doux.

_Sçavoir s'il suffit entre les amans de se faire les plaisirs qu'ils se sont promis._

À son amant aimé donner ce qu'il demande, La faveur n'est pas grande; Mais, Iris, pour lui faire un extrême plaisir, Il le faut prévenir: Car, enfin, je soutiens devant toute la terre Qu'on se fait peu valoir, En amour ainsi qu'à la guerre, Quand on ne fait que son devoir.

_Sçavoir si, quand on aime quelqu'un, on peut dire tout de bon à un autre: «Que ne puis-je être à deux sans me rendre infidèle, Ou que ne suis-je à moi pour me donner à vous!»_

Ou l'on se moque d'une belle À qui l'on tient ces propos doux: «Que ne puis-je être à deux sans me rendre infidèle, Ou que ne suis-je à moi pour me donner à vous!» Ou, si l'on parle sans feintise, On veut reprendre sa franchise Et faire quelque méchant tour: Car, enfin, si tôt qu'on souhaite De partager ou quitter son amour, Je tiens l'affaire déjà faite.

_Sçavoir laquelle on devroit le mieux aimer, d'une maîtresse médiocrement tendre, mais égale, ou d'une inégale qui auroit quelquefois plus de tendresse._

J'aimerois mieux un peu moins de caresses Avec beaucoup d'égalité Que d'être un jour accablé de tendresses Et l'autre de sévérité.