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Chapter 10
_Enfin nos pies dénichées, De leur départ assez fachées, De tous côtés d'un œil hagard. Regardent le tiers et le quart. Mais tiers ni quart, tel qu'il puisse être, Ne fait semblant, de les connoître. L'une soupire, l'autre rit; L'une soupire, une autre maudit; Quelque autre fait la grimace D'un singe qui demande grâce; Une autre sans honte et sans front Se moque d'honneur et d'affront. La demoiselle et la marquise, Mais marquise de bonne prise, Ont le bec alors bien gelé, Et le caquet mal affilé. Elles n'ont point ici par voye, Bruns ni blondins qui les cotoye. Les sergens sont leurs quinolas[171] Qui sont des meneurs par le bras, Meneurs de fort mauvaise grâce, Et tous meneurs chassant de race, Meneurs à leur rompre le cou, En les menant devinez où. Je croi qu'ils vont droit au Pont-Rouge[172] Vers un grand bateau qui ne bouge. Là, toutes entrant en complot, On crie: À Chaillot! à Chaillot! C'est aux Bons Hommes à Surène, C'est où ce grand bateau les mène; S'il fait beau temps l'on pourra bien Passer outre sans dire rien. Adieu Paris, comme il nous semble, Disent-elles toutes ensemble. Hélas! que de gens, de métier Sont fâchés en chaque quartier: Car ils perdent la chalandise Et de baronne et de marquise. À présent tout est renversé, Notre honneur est bien bas percé: Nous donnerions, étant au rôle, La qualité pour une obole. Du moins que ne nous réduit-on À reprendre le chaperon[173]? Après avoir été coquettes, Quel mal d'être chaperonettes, Même de porter le tocquet[174] Avecque quelque autre affiquet, Tout ainsi que la bourgeoisie, Qui de grande peur est saisie Qu'on ne règle au temps de jadis Et sa coiffure et ses habits; Que d'une demi-demoiselle On en fasse une péronnelle. On en seroit tout aussi bien Si le monde n'en disoit rien. Mais, soit qu'il jase ou qu'il se taise, On en seroit plus à son aise, On ne se ruineroit point Pour du brocart[175] et pour du point[176]: La chemisette[177], la houbille[178], Le corset, quelque autre guenille, Un filet à mouche, un jupon Pour parer seroit aussi bon. Mais zeste, attendez-nous sous l'orme! On nous prendra pour la réforme. Bon Dieu! que nous avons de soin! C'est bien de nous qu'on a besoin! Laissons faire le politique. Qui règle la chose publique; Mais qu'en le laissant faire aussi Elle nous chasse loin d'ici! Adieu bal, adieu comédie Adieu, puisqu'il faut qu'on le die, Au Marais, notre rendez-vous, Où souvent, avec cent filoux, Nous avons joué notre rôle À dépouiller un pauvre drôle, Étranger ou provincial, Où je ne m'acquitai pas mal Du beau soin d'escroquer la dupe Tantôt d'un bas, puis d'une jupe, D'un mouchoir, d'un collier, d'un lou, D'un rubis, d'un autre bijou, D'un anneau, d'une garniture, D'un brasselet, d'une coiffure, D'un miroir, d'un ameublement, D'un cabinet, d'un diamant, D'une aiguière, d'un bassin même, Selon que plus ou moins on aime. Manger enfin carosse et train, Le mettre nud comme la main, Étoit mon principal office. J'en cachois si bien l'artifice, Que mon pauvre dupe croyoit Que je brulois comme il bruloit; Mais bientôt mon cœur, tout de glace. Le forçoit de céder la place A quelque autre simple niais Qu'on prenoit du même biais; Mais après toutes nos fredaines, Dont nous allons porter les peines, Voilà nos plaisirs qui sont morts, Et nous en sommes aux remords. Adieu promenades de Seine, Chaillot, Saint-Cloud, Ruel, Surenne! Ha! que nous allons loin d'Issy, De Vaugirard et de Passy! Mais c'est où le destin nous mène. Adieu Pont Neuf[179], Samaritaine, Butte Saint-Roch, Petits-Carreaux, Où nous passions des jours si beaux! Nous allions en passer aux isles; Puisqu'on ne nous veut plus aux villes, Il nous faut aller au désert. Et comme toute chose sert, Nostre disgrâce nous délivre. De l'homme brutal, de l'homme ivre, De l'homme jaloux, du coquin, Et du voleur et du faquin, Dont nous souffrons la tyrannie, Les bassesses, la vilénie: Supplice le plus grand qui soit. Hélas! si la femme savoit Quelle sujétion a celle Qui fait le métier de donzelle, Elle n'en tâteroit jamais, Vivroit comme moi désormais, Qui promets, qui proteste et jure D'estre meilleure créature. Mes compagnes en font autant; Prenez-le pour argent comptant: Nous tiendrons un chemin contraire, Pourvu qu'on-nous le fasse faire. Ainsi ce beau discours finit. Mais elles n'avoient pas tout dit; Il falloit encor nous apprendre Combien elles en ont fait pendre, Combien de galans ébahis Par elles se sont vus trahis, Et combien de lâches querelles Se sont faites pour l'amour d'elles, De mauvais coups, d'assassinats, De vols qu'elles ne disent pas, De marchands affrontés sans honte, D'emprunts dont on ne tient nul compte; Combien de jeunes gens enfin Ont fait par là mauvaise fin; Combien de désordre aux familles; Combien il s'est perdu de filles, Combien d'enfans ou d'avortons: Quand finir, si nous les comptons? Mais pensons à choses plus hautes, Faisons profit de tant de fautes; Car des dames de la façon Font une fort belle leçon A toute fille de boutique Qui de demoiselle se pique, Et qui hors d'un comptoir tout gras Fait la dame à vingt-cinq carats; Instruction aux artisannes, Aux servantes, aux paysannes, A toute autre grisette aussi, De ne jamais broncher ainsi; Désormais la sage bourgeoise, Vivant en liberté françoise, Ira partout le front levé, Et tiendra le haut du pavé Sans peur de se voir affrontée Par quelque cambrouse effrontée Qui fait par un méchant trotin[180], Porter sa jupe de satin. L'honneur, la vertu, le mérite, Qu'il faudra que chacun imite, Feront renaître dans nos jours De justes et chastes amours. L'impureté sera bannie Des plaisirs de la douce vie. Tout ira comme il doit aller. Mais il faut d'ici détaler, Rebut du sexe, on vous l'ordonne; Sans vous la ville est belle et bonne, On y va vivre en sûreté Dans une honnête liberté; Les bons desseins qu'on a pour elle La font de plus belle en plus belle. Paris est plus qu'il ne paroît, Mais jamais ne fut ce qu'il est. Les laquais y sont sans épées[181], Les maris sans dames fripées, Les rues sans boue en ce tems[182], Sans embarras et sans auvents[183], Et bientôt les modes nouvelles Rendront nos casaques plus belles; Et ce qui sera de plus beau C'est la sûreté du manteau: Car bientôt, grace à la police, Paris sera purgé de vice, Et des vicieuses aussi, Qui n'aiment guère tout ceci; Mais plaise ou non, ris ou grimace, Il faut que justice se fasse, Et de la façon qu'on s'y prend On fait tout ce qu'on entreprend. Il faut que Paris se nettoye De boue et de filles de joie. Que de voleurs sont étourdis De voir faire ce que je dis, Et doutent pendant leur asyle S'ils doivent demeurer en ville. Je ne sais que leur conseiller, Sinon de ne plus travailler D'un métier bientôt sans pratique Quand on n'en tiendra plus boutique. Hélas! que de gens affligés De se voir ainsi délogés! Qu'ils seront mal dans leurs affaires! Sans ces personnes nécessaires, Le trafic ne vaudra plus rien, Puisqu'il va manquer de soutien: A moins que d'aller dans les Indes Racheter cent pauvres Dorindes, Cent Sylvies et cent Philis, Les vols seront mal établis. Que fera le laquais en peine De la prise d'un point de Gène, Et de la bague et des pendans, Des nœuds, de la montre et des gans? Il n'aura plus devant sa porte Personne à présent qui les porte. L'économe d'une maison N'aura plus de dame Alison Chez qui porter toutes les brippes Et quelquefois de bonnes nippes Que l'on fait perdre tout exprès Et qu'on cherche long-temps après. Les pauvres filoux sans ressource Auront-ils où vuider la bourse Qui sera surprise avec art? Pour qui tant se mettre au hasard? C'étoit pour l'entretien de Lise Que tout étoit de bonne prise; Sa juppe et tant de linge fin N'étoient venus que de larcin; Mais présentement que l'on grippe Et Lise et toute autre guenippe, Il ne sera plus de besoin De prendre d'elle tant de soin: Le public la prend en sa charge, Et pour l'avenir en décharge Tous ces gens qui font aujourd'hui La charité du bien d'autrui. Cela fait tort à leur largesse, Leur ôte leur bureau d'adresse[184], Met un voleur sur le pavé Fort en danger d'être trouvé Saisi du vol qu'il vient de faire. Il n'est pour lui plus de repaire Contre le chevalier du guet Qui prend le porteur du paquet. Je l'avoue, et ces receleuses Lui servoient encor de fileuses A filer sa corde plus doux. Que de malheur pour les filoux! Quel danger leur pend sur la tête! Que ne présentent-ils requête[185]? Sans doute ils seroient bien reçus A faire plainte là-dessus._
_Deffita, leur juge fort tendre, Ne condamne point sans entendre; Il leur donnera par bonté Quelque autre lieu de sûreté. Mais soit de respect, soit de crainte, Nul n'ose faire cette plainte, Et nul pour eux ne veut prier; Ainsi donc adieu le métier. Toutes les sociétés cessent Quand les associés les laissent, Et tel cas arrive ici, car Cloris part pour Madagascar, Et son chevalier de l'Etoile Ne sait à quel vent faire voile. Quels désordres, quels accidents, Qui font, bon gré mal gré ses dens, Obéir à la politique Qui règle la chose publique! Le siècle pour n'être pas d'or Ne laisse pas de plaire encor, Et plaira toujours davantage Par une police si sage. Deffita s'y prend comme il faut. Bourgeois, voilà ce que vous vaut Un magistrat de cette sorte, Et qui n'y va pas de main morte. Mais revenons à nos moutons; Faisons le triage et comptons Combien sont nos brebis galeuses; Les listes sont assez nombreuses Pour les envoyer en troupeau Paître dans le monde nouveau. Muse, laisse aller cette troupe; Il est temps de manger la soupe. Il est une heure et plus d'un quart, C'est trop rimer pour leur départ; Depuis le matin je travaille Pour un adieu de rien qui vaille[186]._
[Note 161: La Fontaine a dit:
Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs, Tout prince a des ambassadeurs; Tout marquis veut avoir des pages.
--Molière a souvent pris le mot _bourgeois_ dans un sens injurieux.]
[Note 162: C'est-à-dire noble. Les filles nobles étoient seules appelées «mademoiselle».]
[Note 163: Les reproches faits de tout temps aux femmes à ce sujet ont toujours alimenté la littérature de feuilles volantes. Voy., dans cette collection, le _Recueil de poésies françaises du XVe et du XVIe siècle_, publié par M. Anat. de Montaiglon, _passim_, et surtout t. 5, p. 5, et les _Variétés historiques et littéraires_, publ. par M. Éd. Fournier.]
[Note 164: Les carrosses à cinq sous étoient des espèces d'omnibus. Loret parle de leur établissement. M. de Montmerqué en a écrit l'histoire.]
[Note 165: Pendant tout le 17e siècle l'usage se maintint de dîner à midi. Dans la satire du Repas, Boileau dit:
J'y cours, midi sonnant, au sortir de la messe. ]
[Note 166: Vers faux, tel dans le texte.--On en remarquera plusieurs autres.]
[Note 167: Le fouet étoit alors un châtiment fort commun. Guy-Patin (Lettre du 6 juin 1664) parle d'une personne de la rue au Fer qui «avoit eu le fouet au cul d'une charrette», parcequ'elle faisoit passer, pour 15 sous de gain, des louis qui n'avoient pas le poids. Loret raconte une aventure du même genre:
Tout à l'heure on me vient de dire Chose qui m'a quazi fait rire, C'est qu'à midi precizement, Par un arrêt du Parlement, On a fouetté par les rues Une vendeuse de morues, Sur le dos, et non pas pas partout, Et puis la fleur de lis au bout. Cette muette de la halle... Brocardoit d'étrange façon Ceux qui marchandoient son poisson... Quoique d'une façon cruelle Son sang coulât de tous côtez, Chascun crioit: fouetez! Fouetez!
(_Muse hist._, Gaz. du 9 juin 1657.) ]
[Note 168: On les envoyoit souvent en Amérique, au Canada de préférence.]
[Note 169: L'Iapyx étoit le vent qui souffloit de l'ouest, favorable aux navigateurs qui alloient d'Italie en Grèce. Virgile a dit: ..._Undis et Iapyge ferri._]
[Note 170: On crioit au renard sur les gens emmenés par la police. Dubois (_Sylvius_), dans sa _Grammatica latino-gallica_, rapporte que l'on crioit _houhou_ sur les prostituées. Le cri: Au renard! s'explique par le proverbe: Renard est pris, lâchez les poules.]
[Note 171: Au jeu de reversis, le _quinola_ étoit le valet de cœur. Un valet de chambre ou autre homme gagé pour être meneur de dames, dit Furetière, porte le sobriquet de _quinola_: ce qu'on appelle _écuyer_ chez les grands.]
[Note 172: Le pont Rouge, ainsi nommé parcequ'il étoit de bois peint en rouge, portoit aussi les noms de pont Barbier, parceque Barbier l'avoit fait construire; de pont Sainte-Anne, en l'honneur d'Anne d'Autriche; et enfin de pont des Tuileries. Il fut construit en 1632, et souvent détruit et reconstruit depuis.]
[Note 173: Le chaperon étoit la coiffure propre des bourgeoises. Voy. les _Anciennes poésies françaises_, publ. par M. de Montaiglon, _passim_, et t. 5, p. 12.]
[Note 174: Bonnet d'enfant, et surtout de petite fille ou de servante.]
[Note 175: Richelet n'a point admis ce mot; Furetière le donne sous la forme _brocat_, d'où _brocatelle_.]
[Note 176: Cf. _Variétés histor. et littér._, publiées dans cette collection, t. 1, p. 223 et suiv.: _La révolte des passemens._]
[Note 177: Partie du vêtement qui couvroit les bras et tout le buste jusqu'à la ceinture. Les hommes portoient dessous leurs pourpoints des chemisettes de futaine, de basin, de ratine, de ouate; les femmes portoient la chemisette de serge par-dessus leur corps de cotte.]
[Note 178: Nicot, Furetière ni Richelet ne donnent ce mot; nous ne le trouvons que dans les patois de Normandie, de Picardie et d'Anjou. En Anjou, c'est une sorte de blouse courte, en toile, ouverte par devant, qui ne va que jusqu'à la ceinture: les femmes le portent pour travailler aux champs.]
[Note 179: Cf. _Variétés historiques et littéraires_, t. 3, p. 77. La Samaritaine étoit un des ornements du Pont-Neuf. La butte Saint-Roch, qui passoit pour avoir été formée par l'amas des immondices de la ville, n'avoit pas meilleure réputation que les abords du Pont-Neuf. Voy. les _Tracas de Paris_, par G. Colletet.]
[Note 180: Le _trotin_ étoit au laquais ce que le _galopin_ étoit au marmiton, de plusieurs degrés un inférieur.]
[Note 181: Un gentilhomme, M. de Tilladet, capitaine aux gardes, neveu de M. Le Tellier, secrétaire d'État, a été ici tué misérablement par les pages et laquais de M. d'Épernon. Les deux carrosses de ces deux maîtres s'étoient rencontrez et entreheurtez. Ces laquais vouloient tuer le cocher de M. de Tilladet. Le maître voulut sortir du carrosse pour l'empêcher, et fut aussitôt accablé de ces coquins, qui le tuèrent brutalement. Le Roi veut que justice soit faite, et a donné une déclaration contre les laquais pour empêcher à l'avenir de tels abus, savoir, qu'ils ne porteront plus d'espée ni aucune arme à feu, sur peine de la vie; qu'ils seront dorénavant habillez de couleur diverse, et non de gris, afin qu'ils soient reconnus. Cette déclaration a été envoyée au Parlement pour être verifiée et publiée. Cela a été fait. Elle a été publiée par tous les carrefours et affichée par toute la ville; mais je ne sais pas combien de temps elle sera observée.» (Lettre de Guy Patin, 16 janv. 1655.)--Cf. Loret, _Muse histor._, Gaz. du 23 janv. 1655. Il raconte le même fait et ajoute:
Chacun bénit le réglement Tant du Roi que du Parlement; Mais si plus de trois mois il dure, Ce sera grand coup d'aventure. ]
[Note 182: «Dès l'an 1666, dit le _Dict. de Paris_, par Hurtaut et Magny, l'on commença à nettoyer les rues de Paris.»]
[Note 183: La même année 1666 fut portée une ordonnance pour supprimer les auvents, qui, avançant trop dans les rues, obscurcissoient le dedans des boutiques, et empêchoient, la nuit, la clarté des lanternes. Cf. _Variétés histor. et litter._, t. 6, p. 249.]
[Note 184: Le bureau d'adresse étoit à la fois un lieu de conférences académiques, un bureau de placement pour les domestiques et d'enseignement pour tout le monde, et enfin un lieu de prêt sur dépôt, sorte de mont-de-piété. C'est à ce dernier côté de l'établissement fondé par Renaudot que l'auteur compare les lieux de recel des voleurs.]
[Note 185: On lit, en tête du 4e volume des _Variétés histor. et littér._, publiées dans cette collection, un «Placet des amants au Roi contre les voleurs de nuit et les filoux», et, à la suite, une «Reponse des filoux au Placet des amants au Roy», jeu d'esprit de mademoiselle de Scudéry, daté de 1664.]
[Note 186: Nous n'avons pas trouvé d'exemplaire imprimé à part de cette pièce; mais nous avons vu une pièce du même genre, imprimée à Paris le 17 juillet 1657, pour Alex. Lesselin, qui avoit obtenu la permission «d'imprimer, vendre et debiter par tous les lieux de ce royaume, des epistres en vers composées par tel autheur capable qu'il voudra choisir, sur toutes sortes de sujets nouveaux et matières divertissantes, tant en feuilles volantes que recueils, sous le titre de: _Muse de la cour_.» Celle-ci, imprimée in-4, sur une, puis sur deux colonnes, a pour titre: _L'adieu des filles de joye de la ville de Paris_. Elle occupe six pages pleines, dont la dernière est signée C. L. P. La page 7 est occupée par un sonnet intitulé: «Consolation aux dônes et donzelles sur leur depart pour l'Amerique», et signé M. T.--La page 8 porte cet avis au lecteur: «Je pretens vous faire part au premier jour (si vous voyez de bon œil ce petit effort de ma muse) de tout ce qui s'est fait et passé à la prise et magnifique conduite de ces belles et joyeuses dames, leur embarquement, les receptions qui leur seront faites aux villes, bourgs et villages de leur route, les deputez qui leur feront harangues et complimens à leurs entrées, les feux de joye, bals et comedies, et autres passe-temps pour les divertir.»
Voici quelques traits qui se rapportent assez à la pièce que nous publions:
Leur affliction est publique Comme leur chaude amour la fut, Et toutes, lisant le statut, Pestent contre la politique. Les demoiselles du Marais, Les courtisanes du Palais, Les infantes du Roy de cuivre, Celles de la butte Saint-Roch, Dans ce grand chemin se font suivre Des pauvres coquettes sans coq.
Catin, Suzon, Marotte, Lise, Dans l'oisiveté de leurs traits, Pleurent maint page, maint laquais, Dont ils perdent la chalandise...
Le commun escueil d'amitié Les change de filles de joye En pauvres filles de pitié.
La bourgeoise avec la marchante, La demoiselle au cul crotté, Suivent cette fatalité, Croissent cette nombreuse bande. La noblesse s'y trouve aussi, Les nymphes à l'amour chancy, Enfin toutes les bonnes dames Qui se gouvernent un peu mal, Ayant brûlé des mêmes flammes, Ont toutes un destin égal...
Une des femmes fait ses adieux au nom de la troupe, et dit:
Vous, braves traisneurs d'espées, Desolés batteurs de pavé, Bretteurs qui d'un pauvre observé Fistes tant de franches lippées, Combien de savoureux morceaux Qui vous passoient par les museaux Vous sont flambez par cette chance! Et si vous estiez nostre appuy, Vous voyez, dans la décadence, Que nous estions le vostre aussy...
À tant se tut la grande Jeanne, S'en allant droit à Scipion, D'une grande devotion, Avecque sa troupe profane. Moy qui voyois leur entretien, Et qui remarquois leur maintien, J'en fis confidence à la Muse: La Muse, avec sincérité, Sans s'amuser à faire excuse, Le laisse à la postérité.
(Bibl maz., Recueil intitulé: _Poésies diverses_, coté a B 18.--T. 1, in-4.) ]
REQUÊTE DES FILLES D'HONNEUR PERSÉCUTÉES À MADAME DE LA VALLIÈRE.