Hic et Hec

Chapter 3

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Elle sortit, et pendant son absence nous ne tarîmes pas sur son éloge; jamais personne n'avait montré de plus heureuses dispositions pour tout genre de volupté. Elle rentra tenant en main le dévot instrument. -- Comment fait-on? dit la marraine. La petite, à ces mots, se déshabille entièrement et se met à se discipliner d'importance; ses fesses rougies excitèrent la pitié de la dame qui la priait de cesser, quand Babet lui dit: -- Touchez, madame, où vous savez; vous verrez si je souffre. Elle le fit, et à l'instant une copieuse libation se répandit sur sa main. -- Ah! dit-elle, quel déluge, si jeune!... Je veux essayer de ta recette. Elle se dépouilla aussitôt, et prenant la discipline, les premiers coups, quoique légers, lui faisaient faire la grimace. -- Laissez-moi faire, dit Babet; quand, avec les verges, j'aurai doucement échauffé ce beau derrière, vous verrez que tout de suite vous ne souffrirez plus. Elle y consentit, et bientôt elle disait elle-même à sa filleule de frapper plus fort, et un instant après: -- Je n'en puis plus, s'écria-t-elle, je brûle; ah! quel délire... frappe toujours, frappe...

Ce spectacle nous avait rendu notre vigueur à Valbouillant et à moi; il y avait dans la chambre deux lits jumeaux, séparés par un espace d'environ trois pieds. Mme Valbouillant, le ventre et la poitrine couchés sur un des lits, présentait la croupe à la fustigation de Babet; le mari, prenant la place de la correctrice sans faire changer de position à la pénitente, enfonce son aiguillon le plus avant qu'il peut dans le sentier physique, et j'en fis autant à la jeune enfant, l'ayant placée sur l'autre lit dans la même position, de sorte que nos postérieurs, à chaque secousse, se rencontraient, et par ce choc étant repoussés plus vigoureusement, allaient porter la volupté plus profondément dans les sanctuaires de nos belles. Mme Valbouillant, dont la fustigation avait rassemblé tous les esprits dans la partie sensible, arriva trois fois au but pendant que son athlète fournissait une seule carrière; pour moi, je perdis mes forces en même temps que la chère Babet, dont avec un doigt curieux je sondais cependant la voie étroite. Elle me parut avoir le degré de sensibilité désirable pour les plaisirs que j'en attendais dans un autre moment. La pauvre petite, surprise à cette double intromission, s'écriait: -- Bon Dieu! qu'est-ce donc que cela? que cela est drôle! Aye, aye, cela ne me répond pas du tout; je n'y puis plus tenir, je me meurs... Ce fut son dernier cri en finissant le sacrifice. Nous nous étions si bien trouvés de cette réjouissance en quadrille, que nous résolûmes bien d'en faire usage. Mme Valbouillant ne cessait de faire l'éloge des verges et jurait n'avoir jamais trouvé son mari si voluptueux. Pour Babet et pour moi, qui avions de longue main contracté cette habitude, nous étions charmés de les y voir prendre goût; le résultat de cette apologie fut de nous armer tous d'une bonne poignée de bouleau et de nous flageller réciproquement, de telle force que le post-face de nos belles avait pris la couleur de la cerise, et les nôtres, profondément sillonnés, laissaient échapper le sang par quelques endroits; mais nous étions dans un état de fureur érotique qui nous dédommageait pleinement de cette petite souffrance. -- Tâchons, leur dis-je, de profiter de cet état heureux et d'en prolonger la durée; lorsque nous nous sentirons sur le point de terminer le sacrifice, suspendons et retirons-nous tout doucement, nous rentrerons bientôt en lice quand les esprits seront un peu plus calmes.

Nos belles s'assirent l'une à côté de l'autre sur le bord d'un des lits, et nous, restant debout, nous nous établîmes entre elles; leurs jambes se croisèrent sur nos reins; dans cette heureuse attitude, nous dominions leurs charmes, nos mains pouvaient, sans se gêner, parcourir le sein de l'une et de l'autre, et même nos bouches y pouvaient prodiguer des baisers, en sucer les trésors, sans que les parties essentielles fussent déplacées. Je m'arrêtais lorsque je sentais le moment approcher, j'en faisais autant à Valbouillant, que je tenais immobile, quand la fréquence de ses soupirs m'annonçait qu'il touchait au terme. Après avoir ainsi peloté avec le plaisir pendant un gros quart d'heure: -- Troquons, lui dis-je. Et il passa des bras de Babet dans ceux de sa femme, que je quittai pour le remplacer dans ceux de sa filleule.

Nos belles, cependant, moins économes ou plus en fonds que nous, versaient fréquemment des larmes de volupté; enfin, comme il faut que tout se termine, j'insinuai le gros doigt de ma main gauche dans le post-face de Valbouillant, qui de sa droite me rendit le même office; ce surcroît de chatouillement nous conduisit bientôt au but désiré, mais comme elle avait été suspendue, jamais éjaculation ne fut plus abondante; à peine nous restait-il assez de force pour nous traîner chacun dans notre lit, où nous allâmes chercher le repos dont nous avions grand besoin.

Le lendemain, les restaurants, les cordiaux ne nous furent pas épargnés; cependant le soir, au grand regret de nos belles, accablés de sommeil, nous allâmes chercher le repos que nous désirions, après n'avoir mis en jeu que de froids baisers et quelques mouvements de doigts officieux qui leur paraissaient de bien faibles dédommagements des services plus solides auxquels nous les avions accoutumées.

Le troisième jour, deux courriers arrivant de Rome à nos belles semblaient devoir prolonger le temps de notre repos; mais Mme Valbouillant, que nous avions initiée aux plaisirs d'arrière-main, nous observa qu'à défaut de la porte cochère on pouvait entrer par le guichet; nous instruisîmes Babet dans le même art et nous la formâmes à ce précieux genre de volupté; mais la tante de Babet la voyant plus alerte, plus spirituelle, moins embarrassée, n'en recevant plus de confidences comme celle des démangeaisons, soupçonna en partie la vérité, et comme elle avait l'entrée libre dans la maison, elle se cacha près du lieu de nos orgies. Là, ses yeux et ses oreilles ne lui laissèrent aucun doute. Elle était née Italienne, partant superstitieuse, poltronne et vindicative. Elle n'osait éclater contre Valbouillant, dont elle connaissait les richesses et craignait le crédit; elle crut qu'elle parviendrait à se venger en s'appuyant du prélat de la ville, auquel elle demanda une audience particulière et qu'elle instruisit de la communauté de nos plaisirs, s'offrant de le rendre témoin oculaire de notre débauche. Son récit mit en rut le papelard et piqua sa curiosité; elle l'introduisit dans un cabinet près de la chambre de Valbouillant, dont une porte vitrée laissait libre passage à ses regards avides.

C'était peu de jours après le rétablissement de la santé de nos belles. Pour mieux célébrer la fête, nous nous étions dépouillés de tous ornements superflus; il faisait chaud, nous étions dans l'état de nos premiers pères dans l'Eden: nos serpents orgueilleux levaient une tête altière, et l'aspect des pommes que nous présentaient nos Eves nous faisait frémir de désir; nous essayâmes mille attitudes diverses, et suspendant le dernier terme de la jouissance, nous fixions les désirs: Babet, renversée sur un lit les jambes croisées sur mes reins, se pâmait voluptueusement en serrant dans son antre brûlant le joyeux bourdon que je poussais et retirais avec une agilité qui hâtait pour elle le moment décisif, tandis que Valbouillant faisait avec sa femme, couchée sur le même lit, une épreuve antiphysique dont il redoublait les délices par le chatouillement d'un doigt obligeant à l'orifice du véritable sanctuaire.

Le prélat crevait dans ses panneaux et la jalouse tante de Babet, le tirant par la manche, lui dit: -- Monseigneur, que d'horreurs! -- Que de volupté! répondit-il. Nous entendîmes ces exclamations, et la circonstance nous inspirant, nous prîmes de concert, sans nous être consultés, le sage parti de rendre nos témoins nos complices; nos belles saisirent la vieille tante, la renversèrent sur le lit de repos; je me jetai sur elle; aussi brave que Curtius je me précipitai dans ce gouffre pour le salut de la patrie. Le prélat était italien: mon attitude, les deux globes que j'offrais à sa vue, ne lui permirent pas d'hésiter; il se crut Jupiter et je fus Ganymède; et Valbouillant, pour compléter le tableau, lui rendit ce qu'il me prêtait; cependant Babet, voyant sa tante assujettie par le poids de trois corps, de manière à ne pouvoir se refuser à la bonne fortune imprévue qui lui arrivait, se saisit d'une des poignées de verges dont nous étions toujours pourvus, et en chatouilla le post-face de Valbouillant, pendant que sa femme, renversée sur la partie vide du lit, nous découvrant les trésors de sa gorge d'albâtre et l'ivoire de ses cuisses, se prêtait à l'intromission d'un doigt caressant que je glissai à travers l'ébène de son taillis, sans cependant que je quittasse la brèche de l'antique citadelle où j'étais logé. La vieille qui, tout d'abord, voulait me mordre, me dévisager, prit enfin son mal en patience. -- Bonté divine! s'écria-t-elle en remuant la charnière, ah! chien... mon doux Jésus... quel dommage que ce soit un péché... -- Dis plutôt quel bonheur! criait le prélat, me rendant les mouvements de Valbouillant; va, rien ne vaut le fruit défendu... -- Je me damne! reprit la vieille toujours tordant le croupion.-- Va toujours, j'ai les cas réservés.

Sur la parole du saint prélat, la vieille se résigne, me serre, s'agite et m'arrache une libation, qu'elle me rend avec usure. L'évêque et Valbouillant arrivent au même instant au comble du plaisir. Mme Valbouillant, qui nous avait précédés, se lève alors, et va avec la jeune Babet féliciter la vieille tante de la bonne fortune inattendue qu'elle venait d'avoir; il y avait trop de témoins du plaisir qu'elle venait de prendre pour qu'elle en pût disconvenir. Elle se prêta donc au baiser que lui donna sa nièce, et borna ses remontrances à lui dire: -- Tâche du moins que personne ne s'en doute. -- Ne craignez rien, répartis-je, vous voyez comme nous traitons les curieux. -- Je ne crois pas, dit le prélat, la méthode sûre pour les corriger.

Dès ce moment la confiance s'étant établie entre nous, la contrainte fut bannie; le prélat fut l'âme de nos orgies: le long séjour qu'il avait fait en Italie lui avait donné une profonde théorie de tous les genres de volupté, et joignant la pratique à ses rares lumières, il nous fit essayer avec succès trente attitudes dignes d'exciter le pinceau des Clinchet et modernes. Valbouillant était dans l'ivresse et sa femme proposa au saint homme de le réconcilier avec les plaisirs naturels. La politesse l'empêcha de refuser; pour le récompenser de sa complaisance, je le socratisai pendant sa besogne, et Babet, couchée sur Valbouillant qui s'était jeté à la renverse sur le lit à sa portée, offrait à son oeil lubrique deux jumelles dont Ganymède aurait été jaloux. La tante, pour ne pas rester oisive, d'une main chatouillait les témoins de Monseigneur, et de l'autre s'escrimait à coups précipités d'une poignée de verges, qui sillonnant le bas de mes reins redoublaient ma vigueur. -- Eh bien, dit Valbouillant, à l'instant qu'il touchait à la dernière période de la volupté, que dites-vous de ma femme? -- Que dans le Paradis elle enlèverait à Madeleine toutes ses pratiques.

La soirée s'avançait, le prélat se rhabilla et nous ayant comblés de caresses, il retourna à son palais, remerciant la tante de Babet des plaisirs que lui avaient procurés son inquiétude et ses scrupules, et avant de nous quitter, il lui fit présent d'un suppléant qu'une abbesse qu'il protégeait lui avait envoyé pour modèle, le priant d'en faire faire une douzaine pour le service de sa communauté. La bonne tante, après quelques cérémonies, l'accepta et nous lûmes dans ses yeux qu'elle en ferait plus d'usage que de son chapelet. Nous fîmes un léger repas et nous allâmes nous coucher après avoir bien ri de la fortune de la vieille.

Le lendemain, à peine étais-je éveillé, qu'on me remit une lettre du prélat. La voici:

"Sur le compte avantageux qui nous a été rendu, monsieur, de l'application que vous avez montrée pendant vos études, des progrès que vous avez faits dans la philosophie, la physique et la morale, des dispositions que vous avez à devenir profond dans la théologie, nous croyons qu'il est de notre devoir pastoral de retirer de dessous le boisseau une lumière naissante telle que vous, et de la placer sur le chandelier. Pour vous mettre à même de développer et d'accroître vos talents, je vous offre auprès de moi la place de lecteur; je me charge de votre sort jusqu'à ce que quelque bénéfice honnête venant à vaquer soit votre récompense. L'éducation du fils de M. Valbouillant peut être confiée à d'autres mains, et ce serait un larcin fait à l'Eglise que de lui dérober un sujet qui doit faire sa gloire, je ne vous renfermerai pas dans le seul emploi de lecteur; j'ai fort à coeur un ouvrage auquel je me livre avec un zèle ardent; vous serez mon collaborateur. Je crois l'offre trop avantageuse pour que vous la refusiez; vous pourrez toujours continuer vos bons offices à M. et Mme Valbouillant: ce sont des gens estimables dont je chéris les moeurs, et je vous seconderai de tous mes efforts."

L'offre, en effet, m'était avantageuse; mais je regrettais de quitter la bonne Valbouillant, la petite Babet, le père de famille même; ils m'aimaient tant, ils m'avaient procuré des plaisirs si vifs, si variés... J'allai donc leur montrer la lettre, m'en remettant à leur décision pour accepter ou refuser le parti; ils furent aussi affligés que moi; mais refuser à l'évêque dans un pays où les prêtres peuvent tout, était trop dangereux; il fut donc arrêté que je me rendrais auprès de Sa Grandeur et que je ferais mes efforts pour m'échapper souvent et jouir avec eux des plaisirs que je leur avais fait connaître. Je ne répondis donc point à la lettre du prélat; je m'habillai avec soin, et les yeux baissés, le front modeste, je me rendis chez le saint homme. Dès qu'il me vit, d'un air grave il me dit de passer dans son cabinet intérieur; et se hâtant de se débarrasser du promoteur et de l'official qui l'entretenaient de quelques affaires de diocèse, il vint me rejoindre, ayant défendu qu'on l'interrompît avant qu'il sonnât. Dès que nous fûmes seuls, son visage perdit toute sa gravité épiscopale, il m'embrassa avec transport: -- Eh bien, mon ami! mon cher Hic et Hec, me dit-il, nous vivrons donc ensemble, n'y consentez-vous pas? -- Les désirs de Monseigneur sont des ordres pour moi. -- Bon, entrez donc en exercice de vos fonctions de lecteur.

Il me remet la satire de Pétrone, ouverte à l'endroit qui a fourni la jolie scène des amours d'été, me fait prosterner sur une pile de carreaux, et pendant que je lis, réalise avec moi la scène dont il entend le récit; il la pousse jusqu'au dénouement, et prenant ensuite le livre, il se met à ma place et je lui dis que je sais aussi bien attaquer que soutenir l'assaut; nous nous rajustons et nous approchant d'un bureau, sur lequel étaient amoncelés plusieurs casuistes, il me fait asseoir, sonne, et dit au valet de chambre qui arrive, qu'il peut laisser entrer, et pendant que plusieurs personnes, grands vicaires et autres, sont introduites: -- Je suis content, me dit-il, comme en continuant une conversation. Vos principes sont les vrais, vous avez approfondi la matière et quelques années de travail encore vous vaudrez Sanchez. Messieurs, poursuivit-il, en s'adressant aux arrivants, voilà un jeune homme qui me donne de grandes espérances, depuis une heure que je l'examine pour m'assurer de ses talents, je ne l'ai pas trouvé un instant en défaut! il pousse un argument avec force, le soutient avec fermeté, et je crois qu'il fera un grand honneur à l'Eglise. Je l'ai pris pour mon lecteur, et, après notre dîner, je lui donnerai les quatre mineurs; quand on trouve des sujets il ne faut pas les faire languir.

Tout le monde me combla d'éloges pour plaire à mon patron; je me couvris du manteau de cette modestie hypocrite qu'on aime à trouver dans un jeune homme, mais dont les gens instruits sont rarement les dupes. En sortant de table, l'évêque me tint parole, je me trouvai sous-diacre, sans avoir fait d'autre séminaire que sur les coussins de Monseigneur et dans le boudoir de Mme Valbouillant.

Le prélat me permit d'aller lui faire part de mon avancement, et me rappelant, il me dit tout bas: -- J'irai chez eux quand je serai débarrassé de nos importuns, prévenez-les pour que nous puissions n'être qu'entre nous. Je m'inclinai avec respect et je sortis.

Je fus reçu avec transport par mes amis; Valbouillant et sa femme m'accablaient de questions; j'y répondis de mon mieux et je leur dis par quelle voie j'étais entré dans les ordres, ajoutant que l'évêque viendrait leur dire, dès qu'il serait libre, ce qu'il avait fait pour leur protégé. Babet qui survint me couvrit de baisers et si je m'en étais cru, je n'aurais pas différé à leur marquer ma reconnaissance de la part qu'ils prenaient à mon avancement; mais l'incertitude du moment de l'arrivée du prélat, le désir de lui faire faire une orgie complète, nous firent suspendre nos plaisirs. Il ne se fit pas attendre; alors la porte fut fermée pour tout le monde; on lui fit des remerciements et des reproches (ce qu'il faisait pour moi ne dédommageait pas de ce qu'on perdait à mon absence). Le saint homme promit que je pourrais les voir souvent et qu'il joindrait ses efforts aux miens pour égayer leurs moments.

Après ces premiers propos, on fit venir Babet, qui d'abord s'était retirée par respect, et, profitant de la chaleur du climat, sur l'avis du prélat, nous quittâmes les pompes du luxe, et nous nous mîmes dans l'état où étaient nos premiers parents dans l'Eden avant que la pomme fatale leur eût appris qu'ils étaient sans vêtements. On eût dit, en regardant Mme Valbouillant, que c'était la Volupté sous la livrée de la Fraîcheur; ce qui manquait à la légèreté de sa taille était bien compensé par la finesse de sa peau, la fermeté des chairs, l'appétissant des formes arrondies et le tempérament que ses yeux pétillants et l'humidité de ses lèvres vermeilles annonçaient; pour Babet, l'Albane ou le Boucher l'auraient prise pour la plus jeune des Grâces, sa taille svelte et déliée n'avait pas encore la perfection des formes, mais on voyait que deux ans encore leur donneraient cette rondeur qu'on ne trouve point dans l'extrême jeunesse; des cheveux d'un noir de jais, et tombant par grosses boucles au-dessus de ses mollets, formaient autour d'elle un voile transparent qui rendait encore plus touchants les charmes dont ils couvraient une partie. Le prélat ne put tenir contre ce charmant objet; elle fut la première à recevoir son hommage. -- Tâchons, dit alors l'évêque, de remplir par quelque récit amusant l'intervalle que la nature exige entre le plaisir et la renaissance des désirs; je vais vous raconter une aventure qui m'est arrivée quand j'étais au séminaire. -- Ecoutons. Et l'on s'assit autour du prélat.

J'avais, dit-il, seize ans; j'étais assez joli, et ma tante, chez qui je passais communément les vacances à sa terre, s'amusait souvent à m'habiller en fille, et faisait prendre mes habits à Faustine, sa fille; elle était de mon âge, avait la taille élancée, et, pour la tournure et les grâces, ressemblait beaucoup à la gentille Babet. Ces travestissements avaient établi entre nous une liberté dont nous ne manquâmes pas de profiter. Faustine avait du tempérament comme Babet; j'étais ardent comme Hic et Hec. Ma tante n'était pas ombrageuse; son directeur la consolait de l'ennui de son veuvage, et quand il venait passer quelques jours au château, nous étions encore plus libres, ma tante désirant jouir dans la retraite des pieuses exhortations du saint homme. Nous allions souvent nous promener en cabriolet, ma cousine et moi, dans les maisons du voisinage: il nous était même permis de découcher quelquefois, le voisinage étant habité par des amis de ma tante. Un jour que le père en Dieu était à la maison, il nous prit fantaisie d'aller nous promener, ma soeur et moi (c'est ainsi que je nommais Faustine); la fontaine de Vaucluse était l'objet de notre curiosité, et nous dîmes à ma tante que nous reviendrions coucher à moitié chemin, chez une vieille parente qu'elle aimait beaucoup. Nous nous arrêtâmes dans un cabaret, à deux lieues de la route, pour déjeuner. Pendant qu'on le préparait, l'idée me prit de troquer d'habits avec Faustine, qui m'avait paru la veille charmante en abbé. -- Volontiers, si cela t'amuse, mon frère, me dit-elle; mais je n'ai point ici ma femme de chambre, comment ferons-nous? -- Bel embarras, je t'en servirai. -- Oui, mais la décence! -- Qui est-ce qui le saura? tu ne te méfies pas de moi? -- Non, sans doute; mais cependant je ne voudrais pas que tu visses tout à fait... -- Comme tu es faite, n'est-ce pas? va, je m'en doute. -- Je le crois bien; mais... -- Tu te doutes bien comme je suis. -- J'en ai quelques idées, mais point de certitude. -- Et qui nous empêche de satisfaire notre curiosité? -- Mais maman... -- Crois-tu qu'elle se gêne avec le révérend père Cazzoni! -- Oh! je ne veux pas pénétrer ses secrets. -- Nous ne l'instruirons pas non plus des nôtres; allons, quitte tes jupes et ton corset. -- Au moins tu seras sage. -- Oui, mais je veux tout voir. -- Soit, mais tu satisferas aussi ma curiosité? -- De toute mon âme; mais tu n'en diras rien? -- Non, jamais, ni toi non plus. -- Je te le jure!

Et nous voilà à nous déshabiller avec empressement; mon habit était à bas, son fichu et son corset étaient enlevés, nous commençâmes par comparer nos seins. -- Ah! Faustine, les deux charmants hémisphères, que ces boutons qui représentent les pôles sont frais et vermeils, que ces veines bleues relèvent l'éclat de cet albâtre sur lequel elles sont tracées, et je serrais ces charmantes fraises entre mes lèvres caressantes. -- Finis donc, mon frère; tu me jettes dans un trouble... je ne pourrais pas finir de me déshabiller. J'obéis en la dévorant des yeux. -- Mais travaille donc aussi, dit-elle, d'un ton impatient: tu ne fais que me regarder, et je serai déjà toute nue que tu auras encore ta culotte.

Je fis ce qu'elle ordonnait, et j'avais ôté mon caleçon qu'à l'instant ayant enlevé ses jupes, elle se dépouillait de sa chemise; nos yeux se portèrent simultanément vers le point central. -- Ah! que c'est joli, m'écriai-je en portant une main avide sur la mousse naissante qui commençait à couvrir le portique du plus joli temple de l'amour! -- Ah! que c'est beau, dit-elle en serrant dans sa main l'image brillante du serpent qui tenta notre première mère; comme cela est dur! cela se découvre, et ce qui est au-dessous, à quoi cela sert-il?

Ses attouchements me mettaient dans un état qui ne me permettait pas de lui répondre. Et de mon côté j'examinai l'objet intéressant qu'elle offrait à ma vue; j'avais commencé par fermer la porte au verrou et je la décidai sans peine à se placer sur le lit pour que nous puissions réciproquement continuer notre examen. -- Cela, lui dis-je, est destiné par la nature à s'ajuster dans la partie où je tiens mon doigt. -- Ah! comme ce doigt me chatouille! regarde. -- En effet, veux-tu que j'essaie?... -- Dam... je le voudrais bien, mais si maman le savait!

-- Et qui le lui dira? ce ne sera pas moi, sûrement. -- Eh bien! eh bien! essayons. -- Soit, essayons!