Chapter 2
Me trouvant bien du hasard de la chute, je la maintins dans cette attitude. -- Ah! mon Dieu, que cela est dur! dit-elle, en s'accoutumant à le considérer, et le touchant avec complaisance; à quoi cela peut-il servir? -- A faire ton bonheur et le mien. -- Cela serait drôle, et comment cela? -- En le plaçant dans l'ouverture de la chocolatière. -- Elle est chez madame, au coin du feu, je vais vous la chercher. -- Ne te donne pas tant de peines, tu portes toujours avec toi celle qu'il me faut. Je lui fis sentir par l'attouchement d'un doigt caressant quel était le meuble qu'il me fallait. -- Comme vous me chatouillez!... -- Comment? Quoi donc?... Ils sont faits l'un pour l'autre, et c'est de leur union que naîtra pour nous le plus grand des plaisirs. -- Ah! comme votre doigt seulement m'en donne, ah! que cela est drôle! Et vous dites que ce que je tiens là m'en donnerait davantage. -- Je t'en réponds, cela ne se ressemble pas. -- Que je le baise donc? Et la pauvre ingénue se mit à me le couvrir de baisers pendant que mon doigt, continuant son office obligeant, la conduisit à la dernière période de la volupté. -- Ah!... ah!... quelle ivresse, s'écriait-elle, en roulant les yeux et agitant les reins. Je n'en puis plus... Je meurs, ah!... ah!... je suis toute mouillée. Je contemplais avec délices les effets du plaisir sur sa mine innocente et candide; j'allais essayer de lui donner des plaisirs plus solides, quand du bruit que j'entendis dans le corridor me fit lâcher prise et remettre à un autre temps la leçon de cette charmante écolière. -- A ce soir, lui dis-je, quand tout le monde sera couché, j'irai achever de t'instruire. Tu le veux bien? -- Si je le veux? Je vous en prie. -- Ne dis rien à personne de ce que nous avons fait, et laisse ta porte entr'ouverte. -- Je n'y manquerai pas.
A peine était-elle sortie que Valbouillant entra. -- Comment, pas encore debout, paresseux!... Voilà ce que c'est que de vous envoyer de si jeunes émissaires, monsieur songe moins au message qu'à la messagère. -- Je dormais profondément, Babet a eu de la peine à m'éveiller. -- Elle vous tenait pourtant par l'endroit sensible. -- Que dites-vous? -- Mais vous n'étiez pas ingrat. -- Quoi! vous pourriez penser? -- J'ai vu, fripon, mais je me suis retiré pour ne pas être un trouble-fête, et j'ai fait ensuite assez de bruit en revenant pour que vous ne fussiez pas surpris de ma venue. La petite Babet est charmante, j'en raffole depuis mon retour, et je ne vous laisserai pousser tranquillement votre pointe qu'à condition que quand vous l'aurez initiée, elle sera associée à nos plaisirs. -- Soit, repris-je, laissez-moi huit jours pour la disposer et je vous la donne après pour l'effet de la société la plus aimable. -- Huit jours, ah! monsieur l'abbé, du train dont vous y allez, le terme est trop long, la nuit prochaine passée, celle d'après, il vous plaira que tout soit commun entre nous.
Il fallut bien y consentir. Pendant ce colloque, j'avais passé des bas, un caleçon et une robe de chambre, et il m'emmena chez sa femme, où nous trouvâmes le chocolat tout préparé, qui nous fut versé par les mains de Babet, qui, sans savoir pourquoi, rougissait en emplissant ma tasse. Valbouillant lui donna quelque ordre qui la fit sortir pour un quart d'heure, et profitant de son absence, il conta à sa femme ce qu'il avait surpris de mes arrangements avec sa filleule. -- Comment, libertin, dit-elle, déjà une infidélité!... Mais je ne serai pas si douce que mon mari, ou je dérange vos projets, ou je repaîtrai mes yeux de vos succès. -- Comment voulez-vous qu'une première fois cette jeune personne consente? -- Laissez-moi faire, dit-elle, elle est parfaitement innocente, a pleine confiance en moi, et si les exploits de cette nuit n'ont pas mis l'abbé hors de combat... -- Hors de combat, repris-je en lui faisant voir que j'étais dans toute ma gloire. -- Ah! ma foi, l'abbé est un héros. Eh bien, j'entends que le pucelage de Babet n'ait pas plus d'une heure à vivre et que nous assistions à ses obsèques; j'en fais mon affaire. -- Comment prétendez-vous?... -- Ne vous embarrassez pas, laissez-moi conduire la chose et je réponds de la réussite.
Quelques moments après, Babet rentra. -- Qu'on dise là-bas que nous sommes sortis et qu'on ne laisse monter personne, dit la marquise d'un ton sérieux mais sans dureté; revenez aussitôt, Babet, j'ai des choses importantes à vous apprendre. La filleule obéit et rentra. -- Asseyez-vous, Babet, continua Mme Valbouillant. L'innocente balançait. -- Obéissez. Elle céda. -- Je suis votre marraine, et trop instruite dans ma religion pour ignorer qu'en vous tenant sur les fonts, j'ai pris l'engagement de vous éclairer, de vous protéger et de pourvoir tant que je pourrai à vos besoins. -- Vous l'avez toujours fait, madame, et ma reconnaissance... -- Je veux continuer, l'âge en amène de nouveaux. Depuis un temps, j'ai cru remarquer que votre sein s'arrondit. -- Madame, ce n'est pas ma faute. -- Je ne vous en fais pas un reproche, mais il faut que je voie en quel état il est. La pauvrette rougit. -- L'abbé, continua Mme Valbouillant, délacez son corset: comme vous serez son directeur, il est bon que vous jugiez par vous-même des secours dont elle peut avoir besoin.
Je me mis en devoir d'obéir; la petite, embarrassée, interdite, ne savait s'il fallait résister ou céder. -- Vous n'êtes plus une enfant, poursuivit la marraine, je vais à présent vous parler comme à une grande fille, et vous devez vous conduire de même; vous n'imaginez pas, je crois, que je veuille faire, ni vous faire faire quelque chose qui ne soit pas convenable. D'ailleurs la présence de mon mari devrait vous rassurer; mais pour détruire votre timidité, je veux bien vous montrer l'exemple. En disant cela, elle détacha son fichu elle-même et découvrit cette gorge que nous avions tant fêtée la nuit. Babet fit moins de résistance et me laissa tirer de son corset deux petits globes naissants, blancs et fermes comme l'albâtre; je fus ébloui de leur éclat. -- Bon, dit la dame en les touchant légèrement, ceci annonce quelque chose, voyez si le reste le confirme; vous étiez chauve, il y a quelques années, au-dessous de votre buste, l'êtes-vous encore? -- Madame... -- Eh bien? -- C'est que je n'ose. -- Dites, dites, ne craignez rien... -- Depuis six mois... -- Après? -- Il m'est venu... -- Voyons? -- Il est peut-être malhonnête. -- Bon, ce qui est naturel peut-il l'être, regardez-y, l'abbé.
Babet, au mouvement que je fis, parut bien plus confuse et résista machinalement. -- Quelle enfant, continua la maîtresse, faut-il encore que je vous donne l'exemple? J'y consens. Et elle leva ses jupes et nous fit voir la toison la plus brune, la mieux frisée qu'on pût voir. Alors, imitateur fidèle, j'exposai à la vue le duvet naissant qui ombrageait le portique du plus joli temple que l'amour eût jamais formé; Mme Valbouillant y porta le doigt, et son chatouillement y eut bientôt causé les douces oscillations qui conduisent à la volupté. -- Le moment du besoin est arrivé, et pour y pourvoir, c'est, ma chère enfant, de l'abbé que j'ai fait choix. Allons, Hic et Hec, conduisez-la sur ma chaise longue et donnez-lui tous les secours qui dépendront de vous.
Valbouillant et moi brûlions de désirs à la vue de tant de charmes; la petite n'était pas plus calme, mais la présence de sa marraine et de Valbouillant la couvrait de confusion. Mme Valbouillant, pour tirer parti de la circonstance, prenant son mari par ce qui se révoltait en lui: -- Montrons à cette enfant, dit-elle, comment il faut qu'elle fasse. Et, par cet exemple, elle détermina bientôt l'innocente, que je plaçai dans l'attitude convenable au sacrifice. -- Ah! mon cher abbé, me dit-elle en se plaçant comme je voulais sur la chaise longue, qui m'eût dit ce matin que, sans risquer d'être grondée, je pourrais vous abandonner ce que vous chatouillez si joliment et toucher ce qui, dites-vous, doit me donner tant de plaisirs! Ce que c'est que d'avoir une bonne marraine!
Pendant qu'elle disait tout cela, je m'établissais, et la pointe de mon dard s'efforçait de pénétrer dans le réduit jusqu'alors insensible, dont la pudeur défend l'accès à la volupté. Le spectacle de Mme Valbouillant qui, dans ce moment, se pâmait sous les efforts de son mari, irritant ses désirs, l'empêchait de s'opposer aux miens, quelque douleur que lui causassent mes efforts. Je profitai de ce moment d'ivresse, et passant mes mains autour de ses reins, j'appuyai si vertement que, franchissant tous les obstacles, j'établis la tête de ma colonne dans le retranchement de l'ennemi, qui céda à mon effort. -- Ah! je suis morte, dit-elle, cruel! Sont-ce là les plaisirs que vous me promettiez? Je ne lâchai pas prise. -- Le plus fort en est fait, répondis-je, encore un peu de patience, ma chère Babet, et tu verras que je ne t'ai point trompée.
Elle pleurait, gémissait, et moi je gagnais toujours du terrain; cependant Valbouillant et sa femme ayant fini leur besogne vinrent à notre secours; l'officieuse marraine, glissant sa main dans le champ de bataille, chatouilla cette voluptueuse excroissance qui, par sa dureté, annonce l'arrivée de la volupté, et les lèvres de Valbouillant, serrant amoureusement une des fraises de son sein, portèrent son ivresse au comble; elle oublia sa douleur que le frottement affaiblissait. -- Ah! dieux! s'écria-t-elle, qu'est-ce que je sens?... qu'est-ce que j'éprouve?... ah!... ah! je me meurs... serre-moi... j'expire... ah!... A ce mot elle ferma les yeux, se raidit, et, par la plus copieuse éjaculation, me prouva le plaisir qu'elle prenait, je ne fus pas longtemps à m'acquitter, et l'abondante injection que je fis en elle du baume de la vie compléta sa félicité. -- Ah! cher abbé, divin abbé, quel délice, quel nectar!... Et elle perdit de nouveau la voix en même temps que je perdais mes forces. Je me retirai couronné de myrtes ensanglantés. -- Eh bien, dit la marraine, comment t'en trouves-tu, Babet?... -- Il m'a fait bien du mal; mais bien du plaisir. -- Va, le mal est passé et le plaisir se renouvelle souvent; la friponne! avec quelle abondance elle a versé les larmes de la volupté! Et, sous prétexte de réparer le désordre de sa toilette, elle la déshabilla totalement et nous fit voir un corps dont Hébé aurait été jalouse. Aux caresses que Mme Valbouillant prodiguait à chacun des charmes de sa filleule, à mesure qu'elle les découvrait, je reconnus aisément que, quelque goût qu'elle eût pour le solide, elle pouvait, voluptueuse émule de Sapho, savourer avec une jolie nymphe les agréables dédommagements dont la Lesbienne usait en l'absence de Phaon. Je vis son front s'animer, sa gorge se gonfler et ses yeux pétiller à mesure que ses mains parcouraient les charmants contours de ce corps pétri par les Grâces. -- Qu'elle est jolie, quelle taille divine, quelle fraîcheur! s'écria-t-elle en la serrant contre son sein; je brûle... Ah! ma mignonne, prête-moi ta main. Et l'entraînant sur la duchesse, elle ranima en elle tous les désirs pendant que Babet, d'une main peu exercée, fourrageait le bosquet de Vénus. -- Suspendez ces transports, leur dis-je, vos vêtements sont un obstacle aux plaisirs que vous cherchez et à ceux de nos yeux; dépouillez ces cruelles draperies qui contrarient vos attouchements et nos regards.
Elle y consentit, et, avec mon aide, elle parut en deux secondes comme Diane sortant du bain; et, se précipitant de nouveau sur sa jeune proie, elle passa une jambe entre les siennes, de façon que les temples des deux athlètes frottaient voluptueusement sur la cuisse de leur adversaire, leurs bras étaient entrelacés, leurs seins se touchaient, leurs bouches collées l'une sur l'autre s'entr'ouvraient pour laisser passage à l'organe de la parole qui devenait celui de la volupté, leurs reins s'agitaient, leurs cheveux flottaient çà et là sur leurs corps dont le mouvement animait le coloris; des soupirs enflammés se faisaient entendre; on eût dit Vénus se consolant dans les bras d'Euphrosyne de l'absence de Mars. Tout à coup elles s'arrêtèrent, et cinq ou six mouvements convulsifs et précipités nous annoncèrent qu'elles touchaient au but, et bientôt nous vîmes les perles du plaisir couler sur le champ de bataille. -- Ah! ma chère marraine, ah! mon cher abbé, quel bonheur de ne plus être enfant. Après cette exclamation et quelques caresses que la fatigue rendait plus modérées, nos belles allaient reprendre leurs habits, quand Valbouillant, que cette scène avait rendu plus brillant que jamais: -- Quoi! dit-il, serais-je le seul qui n'aurait procuré aucun plaisir à cette charmante enfant; non pas, s'il vous plaît, et, la serrant dans ses bras, il la renversa de nouveau sur le théâtre qu'elle allait quitter. -- Je ne puis le blâmer, reprit sa femme, jamais objet ne fut plus séduisant, mais nous, resterons-nous spectateurs oisifs? -- Non, ma reine, non, permettez d'abord que ma bouche recueille le nectar que vous venez de répandre, pour faire place à celui que je veux y verser.
Elle y consentit, et ma langue amoureuse, furetant les recoins du parvis du temple, et savourant cette liqueur divine, ralluma ses désirs et les miens; alors, l'entraînant sur moi à l'instant qu'elle introduisait le véritable dans la route ordinaire, j'insinuai mon doigt suffisamment mouillé dans le réduit voisin, et doublant ainsi ses sensations, nous arrivâmes ensemble au but désiré, à l'instant que Valbouillant perdait ses forces à côté de nous sur le sein de la jeune Babet. Nos soupirs se confondirent, nous restâmes quelques moments immobiles et considérant d'un oeil calme et satisfait la beauté des corps qui nous touchaient; la dame rompit le silence qui succéda à la jouissance par ces mots: -- Ah! Valbouillant, qu'est-ce que le mariage auprès des délices que nous goûtons. -- Ah! ma chère, reprit-il en embrassant Babet, elle, moi successivement, je ne puis trop remercier l'abbé de m'avoir fait cocu.
Nous aidâmes nos belles à se rhabiller; la toilette fut plus gaie que décente, et nous nous séparâmes après avoir bien recommandé le secret le plus profond à Babet sur tout ce qui venait de se passer. La pauvre petite avait pris tant de plaisir que sans cette recommandation et la menace de n'en plus goûter de pareil, elle aurait indubitablement été en faire le récit à ses jeunes compagnes, mais la crainte de la privation contint sa langue. Quand j'eus donné ma leçon à mon élève, je le ramenai dîner avec ses parents; il y avait plusieurs étrangers qui parurent surpris, à ma jeunesse, qu'on m'eût choisi pour instituteur. -- Il a reçu une parfaite éducation, dit Valbouillant, il est extrêmement instruit et nous nous trouvons très bien, madame et moi, de la confiance que nous avons mise en lui: sa jeunesse ne nous fait point de peine. Cette réponse fit cesser les observations; j'eus occasion de déployer un peu d'érudition et de développer des connaissances en littérature et, avant la fin du repas, les convives, charmés de mon goût, de la modestie et du ton de vertu qui régnait dans tous mes propos, devinrent mes partisans aussi zélés qu'ils avaient d'abord été prévenus contre moi.
Quand tout le monde se fut retiré, nous fîmes un tour de promenade; nous soupâmes, et, notre élève étant couché, nous entrâmes chez Mme Valbouillant avec la jeune Babet, qui, depuis la scène du matin, devait se trouver dorénavant de tous nos plaisirs. Les travaux de la nuit et de la matinée précédente nous avaient rendus un peu plus modérés sur l'article des désirs. Valbouillant me demanda comment, si jeune, je pouvais avoir si bien approfondi les diverses ressources de la volupté. Je lui répondis par le récit de ce qui s'était passé entre le père Natophile et moi. -- Comment, s'écrièrent à la fois mes trois auditeurs, des coups de verges ont allumé vos premiers désirs? -- Oui, certes, et à tel point que je ne pouvais plus résister à leur vivacité. -- C'est un phénomène. -- Phénomène qui ne manque jamais d'arriver, et dans l'état où nous sommes tous à présent, il ne manquerait sûrement pas son effet. -- Vous plaisantez, l'abbé? -- Non, madame. Vous voyez mon humiliation. -- Fi donc, Hic et Hec, cachez cette misère. -- Eh bien, madame, le secours d'un balai de bouleau, en moins de deux minutes, lui rendrait toute sa gloire. -- Croyez-vous que cela fasse le même effet sur mon mari? -- J'en suis certain. -- Si nous en faisions l'épreuve? -- Volontiers, dîmes-nous ensemble Valbouillant et moi.
Et Babet en alla chercher un qu'on avait apporté tout frais dans la soirée; je le partageai en plusieurs poignées; j'armai de la plus menaçante la main de Mme Valbouillant, et découvrant mon post-face: -- Je me livre à vos coups, lui dis-je; commencez à demi-force et frappez aussi fort que vous voudrez, et vous verrez. Elle se mit à la besogne, mais la crainte de me blesser amortissait ses coups, au point qu'à peine en sentais-je l'atteinte. -- Plus fort, m'écriai-je, mais elle n'osait.
L'espiègle Babet lui ôtant le sceptre des mains: Laissez-moi faire, dit-elle, il me dira bientôt assez. Et d'un bras vigoureux, m'appliquant plusieurs coups précipités, les esprits se portèrent dans les pays-bas, et je parus bientôt dans l'état le plus superbe. Mme Valbouillant sauta sur ma gloire, la pressa entre ses lèvres caressantes, et d'une langue amoureuse, en chatouillant le contour, me causa un plaisir si vif, que m'éloignant de la correctrice qui s'attacha alors à Valbouillant, je conduisis la dame sur la chaise longue, et, mettant mes pieds sous sa tête et ma bouche sur son temple, je pompai avec ma langue le nectar du plaisir, pendant que sa bouche me sollicitait à la volupté. Nous savourâmes quelques minutes les délices de cette attitude, qui nous procura bientôt une émission réciproque du baume précieux, sans lequel la Providence trahie cesserait de voir les espèces se reproduire; nous le bûmes l'un et l'autre avec une ivresse qu'on ne peut exprimer. Revenus de notre trouble, nous vîmes Valbouillant, sur qui la fustigation avait fait l'effet désiré, soutenant sur ses mains les jumelles de la jeune Babet, qui, les bras autour de son cou, les jambes croisées sur ses reins, perforée par sa vigoureuse allumelle, touchait au moment du bonheur dont nous sortions. Valbouillant sentant le moment où il allait perdre ses forces, la porta dans la même attitude sur le pied du lit, l'y renversa, et presque aussitôt nous jugeâmes par leurs soupirs de la fin de leur sacrifice. Je m'approchai de Babet et lui demandai comment elle se trouvait des lumières que nous lui avions procurées. -- Je végétais, j'existe, me répondit-elle. Adieu tous autres soins, tous autres plaisirs; je voudrais pouvoir doubler chaque jour la durée du temps et employer chaque minute aux leçons que j'ai reçues. -- Parle-nous franc, lui dit sa marraine, n'avais-tu jamais rien soupçonné qui en approchât? -- J'avais, depuis un an, senti quelques démangeaisons là; je le dis à ma tante, pour savoir si me gratter, comme j'avais fait, ne me ferait pas de mal. -- C'est, me répondit-elle, à ton âme que cela en ferait; si tu continues, tu te damnes sans ressource. Et comme nous approchions de Noël, elle en avertit le père Catonet, qui me confessait. Quand j'allai lui dire ma râtelée, il m'ordonna d'attendre, qu'il me confesserait la dernière, et que ce serait dans une petite chapelle, derrière la sacristie, dont il avait la clef. En effet, il m'y conduisit, quand il fut quitte de ses autres pénitentes. Je commençai par les misères, comme cela se pratique; puis, comme il voyait que j'hésitais, il me questionna sur le sixième commandement. C'est à cet examen que je dois le peu de lumières que j'avais au moment où vous m'avez instruite. Quand je lui eus avoué l'article des démangeaisons et du grattement: -- A quel endroit est-ce précisément? demanda-t-il avec des yeux qui semblaient vouloir me dévorer. -- Hélas! lui répondis-je, c'est là, un peu plus bas que mon buste. -- C'est sûrement, dit-il, un tour de l'esprit malin; mais je vais lui en jouer un autre. J'ai de l'eau lustrale dans ce bénitier; il y mouilla son doigt, et, me faisant asseoir sur son genou, sous prétexte de me purifier, il me chatouilla pendant que, par son ordre, je récitais mon chapelet. Je n'étais pas au milieu de la seconde dizaine que la voix me manqua; je pris le plaisir que je ressentis pour une bénédiction attachée à l'eau bénite: il me dit de me mettre à genoux et d'achever ma confession. J'aperçus sous sa robe quelque chose qui poussait, et auquel il donnait avec sa main de fréquentes secousses; et l'instant d'après, retirant cette main pour me donner l'absolution, je la vis couverte d'une écume blanche et visqueuse dont une goutte tomba sur ma main. Je n'osai lui demander ce que c'était. Il me défendit de jamais mettre ma main là, m'ordonna de me donner tous les jours, pendant la neuvaine, la discipline avec un meuble de ce nom, en corde nouée, qu'il me remit, de réciter pendant que je me fesserais cinq _Pater_ et cinq _Ave_, et de revenir à confesse au bout de ce temps, qu'il commencerait l'exorcisme. Vous savez à quel point va le zèle de la religion quand on est jeune; je doublai la pénitence qu'il m'avait imposée et je me fouettai aussi fort que je pouvais le supporter; la douleur, à mesure que je m'y accoutumais, se changeait en plaisir, et je sentais mes feux souterrains augmenter à chaque coup de discipline, mais je n'osais plus y porter le doigt. La neuvaine finie, je retournai chez mon cafard qui, après ma confession entendue, toujours dans la chapelle solitaire, me dit: -- Le démon est plus tenace que je n'aurais cru; ce n'est pas assez du doigt pour le chasser, je vois qu'il faut le goupillon; et, me faisant mettre à genoux en baisant la terre, et m'ordonnant de réciter le psaume _Miserere_, sans changer de position, il voulut y introduire son énorme goupillon; mais la douleur fut si vive, que, poussant un cri aigu, je me jetai de côté, et mon cafard, ayant perdu son point d'appui, alla mesurer le pavé avec son nez. Entendant du bruit dans la sacristie, il se releva, me disant que puisque je ne pouvais souffrir un petit mal pour l'amour de Dieu, il perdait l'espérance de me soustraire au démon, que je revinsse cependant dans l'octave et qu'il me confesserait dans sa cellule.
Ma tante, surprise de mes fréquentes confessions, me questionna; je lui confessai naïvement tout ce qui s'était passé; elle me défendit de retourner chez mon carme, et mon ignorance durerait encore sans les soins que vous avez pris de mon instruction.
Le récit de Babet nous fournit des réflexions sur la papelardise des moines et des directeurs. -- Comment se peut-il, dit sa marraine, que la discipline ne te blessât point; il me semble que cela doit faire un mal affreux. -- Oui, madame, les premiers coups, mais en les donnant doucement d'abord, rien ne cause un feu plus vif, et les derniers, quelque forts qu'ils puissent être, causent un plaisir si grand qu'il m'est arrivé quelquefois de répandre en me flagellant des larmes aussi abondantes par là, que madame vient de m'en faire verser. -- As-tu la discipline? -- Elle est dans ma chambre, vous allez la voir tout de suite.