Chapter 13
Dans l'intervalle, des talents nouveaux avaient surgi. Au moins dans l'ordre de ses travaux personnels, elle ne voulait en ignorer aucun. Elle s'intéressait vivement à ces diverses manifestations de la vie littéraire. Elle avait été en relations d'exquise courtoisie avec Octave Feuillet, qu'elle loua vivement et spontanément pour le _Roman d'un jeune homme pauvre_; elle resta même avec lui en excellents termes jusqu'à l'apparition de l'_Histoire de Sibylle_, qui provoqua de sa part une réponse amère et passionnée, _Mademoiselle de la Quintinie_. Elle avait suivi avec intérêt les débuts d'Edmond About, elle y avait applaudi non sans quelques protestations contre le système de la raillerie perpétuelle. «On s'est beaucoup moqué de nos désespoirs d'il y a trente ans. Vous riez, vous autres, mais bien plus tristement que nous ne pleurions.» Elle s'étonnait surtout que les jeunes talents s'obstinassent «à voir et à montrer uniquement la vie de manière à révolter douloureusement tout ce que l'on a d'honnêteté dans le coeur. Nous en étions, nous, à peindre l'homme souffrant, le blessé de la vie. Vous peignez, vous, l'homme ardent qui regimbe contre la souffrance et qui, au lieu de rejeter la coupe, la remplit à pleins bords et l'avale. Mais cette coupe de force et de vie vous tue; à preuve que tous les personnages de _Madelon_ sont morts à la fin du drame, honteusement morts, sauf _Elle_, la personnification du vice, toujours jeune et triomphant.» Cette sorte de partialité du succès, sinon de la sympathie, l'irrite. «Donc, quoi? Ce vice seul est une force, l'honneur et la vertu n'en sont pas?... Je conviendrai avec vous que Feuillet et moi nous faisons, chacun à notre point de vue, des légendes plutôt que des romans de moeurs. Je ne vous demande, moi, que de faire ce que nous ne savons faire; et puisque vous connaissez si bien les plaies et les lèpres de cette société, de susciter _le sens de la force_ dans le milieu que vous montrez si vrai[23].» Elle avait pour Alexandre Dumas un vrai culte fait d'admiration et de tendresse. Elle jouit profondément de son succès; elle lit _l'Affaire Clémenceau_ avec une sollicitude maternelle; elle lui suggère aussitôt la contre-partie, qui pourra devenir, quelque temps après, en changeant le sexe, _la Princesse Georges_. Lorsque Alexandre Dumas se fait pour un jour publiciste, après la guerre et la Commune, empruntant à Junius son masque et sa plume, elle applaudit avec ravissement, elle proclame que c'est un pur chef-d'oeuvre. «Comme vous allez au fond des choses et comme vous savez mettre des faits où je ne mets que des intentions! Et puis, comme c'est dit! développé et serré en même temps, vigoureux, ému et solide!» Ce qu'elle ne se lassait pas d'admirer, c'est l'entente et la force scénique, la _vis dramatica_ prédestinée à de si grands succès qu'elle se faisait gloire d'avoir devinés: «Vous souvenez-vous que je vous ai dit, après _Diane de Lys_, que vous les enterreriez tous!... Je m'en souviens, moi, parce que mon impression était d'une force et d'une certitude complètes. Vous aviez l'air de ne pas vous en douter, vous étiez si jeune! Je vous ai peut-être révélé à vous-même, et c'est une des bonnes choses que j'ai faites en ma vie.»
Elle qui avait tant de soucis pour transformer ses romans en pièces et qui, d'ailleurs, ne se piquait pas d'une grande science des agencements scéniques, elle était frappée de cette franchise d'allure, de cet accent de vérité forte dans les situations et les sentiments où _les autres_ n'échappent pas à la convention. «Et quels progrès depuis ce temps-là! Vous êtes arrivé à savoir ce que vous faites et à imposer votre volonté au public. Vous irez plus loin encore, et toujours plus loin[24].» Cette aimable prophétie qu'elle lui envoyait avec ses bénédictions maternelles, c'est au public à dire si elle s'est réalisée.
Si je voulais définir l'esprit de George Sand, en dehors des épisodes et des aventures de sa vie littéraire, je dirais que c'était un esprit dogmatique et passionné. Dogmatique, en ce sens qu'elle avait des convictions fermes sur des choses fondamentales. Il faut distinguer la valeur des idées et la foi aux idées. Quelle que fût la valeur des siennes, elle y croyait fortement, elle les prenait fort au sérieux; elle ne permettait pas qu'en quelque milieu que ce fût, sceptique ou gouailleur, on en plaisantât; elle y subordonnait instinctivement la meilleure partie d'elle-même, son art. Or les idées ont une telle force en soi, que, fussent-elles contestables, elles communiquent quelque chose de cette force aux esprits qui s'en nourrissent; elles lui donnent un caractère d'élévation et de générosité en comparaison de ceux qui se font une sorte d'esthétique de l'indifférence absolue. C'est là le secret de cette supériorité qu'elle semble avoir conservée dans sa longue correspondance avec Flaubert, où furent abordées quelques-unes des plus délicates questions de la littérature, où purent se contrôler réciproquement deux manières tout à fait diverses et presque opposées de concevoir l'art.
Cette controverse amicale dura près de douze années, de 1864 à 1876. Comment était née cette amitié littéraire entre deux personnages si différents, il importe peu; sans doute ils se rencontrèrent un jour à ce fameux dîner Magny où George Sand ne manquait pas de paraître, quand elle passait par Paris, ne fût-ce que pour reprendre langue dans ce pays des lettrés qu'elle oubliait dans les longs séjours de Nohant. Après cette rencontre, plus ou moins fortuite, Flaubert avait applaudi de toutes ses forces à la première représentation de _Villemer_, et George Sand, reconnaissante, lui écrivait «qu'elle l'aimait de tout son coeur». La connaissance était faite; les lettres devinrent de plus en plus fréquentes; elles devaient durer autant que la vie de George Sand. Elle avait admiré _Madame Bovary_; pour _Salammbô_, elle avait tout de suite vu le défaut de la cuirasse. «Ouvrage très fort, très beau, disait-elle, mais qui n'a vraiment d'intérêt que pour les artistes et les érudits. Ils le discutent d'autant plus, mais ils le lisent, tandis que le public se contente de dire: «C'est peut-être superbe, mais les gens de ce temps-là ne m'intéressent pas du tout[25].»
Elle avait laissé, sans doute, percer quelque chose de cette impression en causant avec Flaubert, qui, de son côté, avait plaisanté, paraît-il, «le vieux troubadour de pendule d'auberge, qui toujours chante et chantera le parfait amour». Troubadour, le nom plaît à George Sand, elle l'adopte en riant et se désigne ainsi elle-même depuis ce jour-là. L'artiste et le troubadour, c'était bien là l'opposition des deux auteurs, caractérisée par deux mots pittoresques, et ce fut l'occasion toute naturelle de la controverse. Il est assez vraisemblable qu'avant cette époque George Sand, bien qu'elle eût souvent touché en passant à ce sujet de l'art, n'avait jamais porté sa réflexion sur son art personnel, qu'elle ne s'était jamais rendu un compte bien exact ni de ses procédés de compositions ni du but qu'elle poursuivait. Elle avait en cela, comme en autre chose, obéi à ses instincts et particulièrement à cette vocation d'écrire pour raconter et pour peindre, qui s'exprimait chez elle avec une force irrésistible et une facilité qui tenait du prodige. Ce qui l'amena à réfléchir sur ces sujets et à se définir elle-même, ce fut le spectacle des tendances et des richesses contraires qui surgissaient autour d'elle, et la comparaison des talents les plus divers qui s'imposait à elle. Le réalisme ne faisait que commencer; elle put à peine connaître le premier grand succès de M. Zola. Mais Flaubert, mais Jules et Edmond de Goncourt révélaient dans chacune de leurs oeuvres un art nouveau, où se combinaient l'influence de Balzac par l'intensité de l'observation et celle de Théophile Gautier par la préoccupation et le souci de la forme. Il y avait là des symptômes qui saisirent la curiosité de George Sand, tenue en éveil et avertie. Elle profita des hasards de la vie d'abord, puis des relations d'amitié qui la rapprochèrent de Flaubert, pour préciser, dès qu'elle en eut l'occasion, les différences de tempérament littéraire qu'elle sentait en elle, en présence de ces groupes nouveaux ou des personnalités qui en résumaient le mieux les tendances. Le contraste était frappant entre sa nature, prodigue jusqu'à l'excès, toute en effusion littéraire, d'une fécondité inépuisable, d'une abondance si spontanée et si naturelle d'expression qu'elle-même se comparait à une «eau de source qui court sans trop savoir ce qu'elle pourrait refléter en s'arrêtant[26]», et un écrivain tel que Flaubert, esprit d'invention et d'expression laborieuse, difficile envers soi-même comme envers les autres, inquiet et mécontent de son oeuvre, un des représentants de ce groupe et de cette race d'artistes excessifs, grands ouvriers de la forme, bijoutiers de style, ciseleurs de camées rares, un chercheur acharné du mot le plus expressif ou de l'épithète la plus décorative, se torturant sur une page comme si l'avenir du monde ou mieux l'avenir de l'art en dépendait, tourmenté par une sorte d'acuité et de subtilité maladive de sensations littéraires, épuisant ainsi dans le détail sa riche personnalité d'artiste, indifférent au fond des choses, ne prenant ni parti ni passion pour les grandes idées qui mènent le monde, curieux seulement de noter la diversité des caractères qu'elles inspirent ou des manies qu'elles produisent, observateur impassible des marionnettes humaines et des fils secrets qui les agitent. Il n'en avait pas été toujours ainsi. _Madame Bovary_ avait représenté, dans l'histoire de cet esprit, un moment de dilatation et d'épanouissement, une richesse et une largeur de composition, une sorte de bonheur de produire, une joie dans la fécondité qu'il ne trouve pas plus tard. Cette large veine s'était détournée ensuite du grand courant humain sur des curiosités archéologiques ou des singularités de cas pathologiques.
De là une certaine désaffection du public, une impopularité croissante, et de là aussi, chez l'écrivain, bien des ombrages et des découragements. George Sand ne cesse pas de le relever dans ses défaillances; elle lui prodigue les meilleurs conseils, au hasard de son coeur et de sa plume; elle l'excite, le rassure, semant, à travers sa correspondance, les idées les plus saines sur la vraie situation de l'artiste, qui ne doit pas s'isoler trop orgueilleusement de l'humanité, sur les conditions de l'art, sur les devoirs qu'il impose et qu'il ne faut pas confondre avec les servitudes et les exigences des coteries. Dans toute cette partie de la correspondance, tout en se peignant au naturel, George Sand se maintient à un niveau très élevé de raison et de coeur. Pleine de sollicitude pour le cher artiste tourmenté et malade, elle fait tous ses efforts pour lui communiquer quelque chose de sa sérénité et de sa vigueur saine d'esprit. Qu'il s'abandonne un peu plus à son imagination naturelle; qu'il la tourmente moins au risque de la paralyser: «Vous m'étonnez toujours avec votre travail pénible; est-ce une coquetterie? Ça paraît si peu.... Quant au style, j'en fais meilleur marché que vous. Le vent joue de ma vieille harpe comme il lui plaît. Il a ses _hauts_ et ses _bas_, ses grosses notes et ses défaillances; au fond, ça m'est égal, pourvu que l'émotion vienne, mais je ne peux rien trouver en _moi_. C'est l'_autre_ qui chante à son gré, mal ou bien, et, quand j'essaye de penser à ça, je m'en effraye et me dis que je ne suis rien, rien du tout. Mais une grande sagesse nous sauve; nous savons nous dire: «Eh bien, quand nous ne serions absolument que des instruments, c'est encore un joli état et une sensation à nulle autre pareille que de se sentir vibrer....» Laissez donc le vent courir un peu dans vos cordes. Moi, je crois que vous prenez plus de peine qu'il ne faut, et que vous devriez laisser faire l'_autre_ plus souvent....» Elle revient à chaque instant sur ce conseil qui contient en germe toute une hygiène appropriée au talent de Flaubert, devenu le tourmenteur et le supplicié de lui-même. «Ayez donc moins de cruauté envers vous. Allez de l'avant, et, quand le souffle aura produit, vous remonterez le ton général et sacrifierez ce qui ne doit pas venir au premier plan. Est-ce que ça ne se peut pas? Il me semble que si. Ce que vous faites paraît si facile, si abondant! C'est un trop-plein perpétuel. Je ne comprends rien à votre angoisse.» Elle souffre aussi de voir qu'il se fâche à tout propos contre le public, qu'il est _indécoléreux_. «À l'âge que tu as, j'aimerais te voir moins irrité, moins occupé de la bêtise des autres. Pour moi, c'est du temps perdu, comme de se récrier sur l'ennui de la pluie et des mouches. Le public, à qui l'on dit tant qu'il est bête, se fâche et n'en devient que plus bête. Après ça, peut-être que cette indignation chronique est un besoin de ton organisation; moi, elle me tuerait.» Elle combat sans cesse son hérésie favorite, qui est que l'on écrit pour vingt personnes intelligentes et qu'on se moque du reste. «Ce n'est pas vrai, puisque l'absence de succès t'irrite et t'affecte.»
Pas de mépris pour le public! Il faut écrire pour tous ceux qui ont soif de lire et qui peuvent profiter d'une bonne lecture. Pas d'isolement orgueilleux en dehors de l'humanité! Elle ne peut pas admettre que, sous prétexte d'être artiste, on cesse d'être soi-même, et que l'homme de lettres détruise l'homme. Quelle singulière manie, dès qu'on écrit, de vouloir être un autre homme que l'être réel, d'être celui qui doit disparaître, celui qui s'annihile, celui qui n'est pas! Quelle fausse règle de bon goût! Pour elle, elle se met tant qu'elle peut dans _la peau de ses bonshommes_. Tout écrivain doit faire ainsi, s'il veut intéresser. Il ne s'agit pas de mettre sa personne en scène. Cela, en effet, ne vaut rien. «Mais retirer son âme de ce que l'on fait, quelle est cette fantaisie maladive? Cacher sa propre opinion sur les personnages que l'on met en scène, laisser par conséquent le lecteur incertain sur l'opinion qu'il en doit avoir, c'est vouloir n'être pas compris, et, dès lors, le lecteur vous quitte; car, s'il veut entendre l'histoire que vous lui racontez, c'est à la condition que vous lui montriez clairement que celui-ci est un fort, celui-là un faible.» Ç'a été le tort impardonnable de l'_Éducation sentimentale_ et l'unique cause de son échec. «Cette volonté de peindre les choses comme elles sont, les aventures de la vie comme elles se présentent à la vue, n'est pas bien raisonnée, selon moi. Peignez en réaliste ou en poète les choses inertes, cela m'est égal; mais quand on aborde les mouvements du coeur humain, c'est autre chose. Vous ne pouvez pas vous abstraire de cette contemplation; car l'homme, c'est vous, et les hommes, c'est le lecteur.»
Flaubert répondait qu'il préférait une phrase bien faite à toute la métaphysique, et il se renfermait, avec une sorte de mystère jaloux, dans le culte de la forme. Tout récemment le _Journal des Goncourt_ nous donnait un croquis intime d'une de ces séances du club des initiés, au bureau de l'_Artiste_; il nous retraçait l'image alourdie de Théophile Gautier répétant et rabâchant amoureusement cette phrase: «De la forme naît l'idée», une phrase que lui avait dite le matin même Flaubert et qu'il regardait comme la formule suprême de l'école, et qu'il voulait qu'on gravât sur les murs. C'est contre cette école que George Sand use les dernières armes de sa dialectique toujours jeune malgré l'âge. Ce sont là des formules déplorables, des partis pris excessifs _en paroles_. «Au fond, disait-elle à Flaubert, tu lis, tu creuses, tu travailles plus que moi et qu'une foule d'autres. Tu es plus riche cent fois que nous tous; tu es un riche et tu cries comme un pauvre. Faites la charité à un gueux qui a de l'or plein sa paillasse, mais qui ne veut se nourrir que de phrases bien faites et de mots choisis.... Mais, bêta, fouille dans ta paillasse et mange ton or. Nourris-toi des idées et des sentiments amassés dans ta tête et dans ton coeur; les mots et les phrases, la _forme_, dont tu fais tant de cas, sortira toute seule de ta digestion. Tu la considères comme un but, elle n'est qu'un effet.... La suprême impartialité est une chose antihumaine; un roman doit être humain avant tout. S'il ne l'est pas, on ne lui sait point gré d'être bien écrit, bien composé et bien observé dans le détail. La qualité essentielle lui manque: l'intérêt.» Et la note affectueuse venait corriger ce que le conseil avait de sévère: «Il te faut un succès après une mauvaise chance qui t'a troublé profondément; je te dis où sont les conditions certaines de ce succès. Garde ton culte pour la forme; mais occupe-toi davantage du fond (qui était, pour elle, les idées et la signification précise de l'oeuvre). Ne prends pas la vertu vraie pour un lieu commun en littérature. Donne-lui son représentant; fais passer l'honnête et le fort à travers ces fous et ces idiots dont tu aimes à te moquer. Quitte la caverne des réalistes et reviens à la vraie réalité, qui est mêlée de beau et de laid, de terne et de brillant, mais où la volonté du bien trouve quand même sa place et son emploi.»
J'ai tenu à terminer ce portrait par ces belles et simples paroles qui lui donnent son vrai relief et sa vraie couleur. Quoi qu'on puisse dire de George Sand, de ses aventures de toute sorte, des événements d'idée ou autres, où l'a jetée la fougue de son imagination, enfin de ses chimères qui, en un temps, sont allées jusqu'à la violence de la pensée, il est certain qu'à mesure qu'on avance dans sa vie, notée presque jour pour jour dans sa correspondance, on voit s'accroître le trésor de son expérience et de sa raison, sa fortune intellectuelle, et se mieux fixer l'emploi de ces biens chèrement payés. Et quoi qu'on puisse penser d'elle un jour, de sa vie et de son oeuvre, il se dégage de ses lettres comme une image ennoblie des qualités rares qui resteront son signe privilégié dans l'histoire littéraire de ce temps: la fécondité merveilleuse des conceptions, le génie naturel du style et une idée fière de l'art, qui constitue la probité de son talent.
FIN
NOTES:
[Note 13: _Lutèce_.]
[Note 14: Théophile Gautier.]
[Note 15: Un jeune graveur malade, recueilli chez elle.]
[Note 16: Une de ses petites-filles.]
[Note 17: Voir spécialement les lettres des 14 novembre, 14 décembre 1838, des 15 et 20 janvier, 22 février et 8 mars 1839.]
[Note 18: Mme Sand a recueilli avec soin les principales de ces pièces dans un volume à part: _le Théâtre de Nohant_, où se trouvent _le Drac, Plutus, le Pavé, la Nuit de Noël, Marielle_. Ce ne sont pas tout à fait les pièces telles qu'elles avaient été récitées sur la scène de Nohant, d'après un canevas détaillé, mais telles que l'auteur les a écrites après coup, sous l'impression qui lui en était restée.]
[Note 19: Voir la lettre, si curieuse à ce point de vue, à Flaubert, du 31 décembre 1867.]
[Note 20: À côté de ces conseils, nous voudrions en placer d'autres, empruntés à des lettres inédites au comte d'A..., dont la belle-fille est devenue plus tard un de nos meilleurs romanciers. Mme Sand voulait qu'avant tout on respectât l'originalité de chaque esprit qui entre dans la carrière des lettres: «Vous savez, disait-elle, que je suis toute à votre service. Mais, croyez-moi, ne soumettez à aucune consultation, pas même à la mienne, le talent et l'avenir de votre jeune écrivain. Laissez-la se risquer et se produire dans sa spontanéité. Je sais par expérience que les avis les plus sincères peuvent retarder l'élan et faire dévier l'individualité.... Elle sait écrire, elle apprécie bien, elle est très capable de faire de la bonne critique. Quant à l'imagination, si elle n'en a pas, aucun conseil ne lui en donnera, et si elle en a, les conseils risquent de lui en ôter. Dites-lui que tant que j'ai consulté les autres, je n'ai pas eu d'inspiration, et que j'en ai eu le jour où j'ai risqué d'aller seule.» (6 août 1860.)]
[Note 21: Ce qu'elle souffrait le moins, c'était l'opinion de certains critiques légers qui disent «qu'on n'a pas besoin d'une croyance à soi pour écrire, et qu'il suffit de réfléchir les faits et les figures comme un miroir.... Non, ce n'est pas vrai, le lecteur ne s'attache qu'à l'écrivain, qu'à une individualité, qu'elle lui plaise ou qu'elle le choque. Il sent qu'il a affaire à une personne et non à un instrument.» (1er mars 1803, _Correspondance inédite_, citée plus haut.)]
[Note 22: Lettre à M. Louis Viardot, 10 juin 1868.]
[Note 23: Lettre à M. Edmond About, mars 1863.]
[Note 24: Lettre à Alexandre Dumas, 23 mai 1871. Voir, pour le commencement de cette amitié, la lettre à M. Charles Edmond, du 27 novembre 1857.]
[Note 25: Lettre à Maurice Sand du 20 juin 1865.]
[Note 26: Lettres du 10 mars 1862.]
TABLE DES MATIÈRES
CHAPITRE PREMIER
LES ANNÉES D'ENFANCE ET DE JEUNESSE DE GEORGE SAND.--LES ORIGINES ET LA FORMATION DE SON ESPRIT.
CHAPITRE II
HISTOIRE DES OEUVRES DE GEORGE SAND.--L'ORDRE ET LA SUCCESSION PSYCHOLOGIQUE DE SES ROMANS.
CHAPITRE III
LES SOURCES DE L'INSPIRATION DE GEORGE SAND.--LES IDÉES ET LES SENTIMENTS.
CHAPITRE IV
L'INVENTION ET L'OBSERVATION CHEZ GEORGE SAND.--SON STYLE.--CE QUI DOIT PÉRIR ET CE QUI SURVIVRA DANS SON OEUVRE.
CHAPITRE V
LA VIE INTIME À NOHANT.--LA MÉTHODE DE TRAVAIL DE GEORGE SAND.--SA DERNIÈRE CONCEPTION DE L'ART.