Gamiani, ou Une nuit d'excès

Chapter 3

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Ce réveil enchanteur, coloré, poëtique, après une nuit immonde, me rendait à moi-même; il me semblait que j'échappais à un cauchemar affreux, et j'avais près de moi, dans mes bras sous ma main, un sein doucement agité, sein de lys et de roses, si jeune, si frêle et si pur, qu'à l'effleurer seulement du bout des lèvres, on eut pu craindre de le flétrir. O la délicieuse créature! Fanny dans les bras du sommeil, demi-nue, sur un lit à l'orientale réalisait tout l'idéal des plus beaux rêves. Sa tête reposait, gracieusement penchée sur un bras arrondi, son profil se dessinait suave et pur comme un dessin de Raphaël; son corps dans chacune de ses parties, comme dans son ensemble, était d'une beauté prestigieuse.

C'était une volupté bien grande de savourer à loisir la vue de tant de charmes, et c'était pitié aussi de songer que, vierge depuis quinze printemps, une seule nuit avait suffi pour les flétrir.

Fraîcheur, grâce jeunesse, la main de l'orgie avait tout sali, tout souillé, tout plongé dans l'ordure et la fange.

Cette âme, si naïve et si tendre! cette ame, jusque là, si doucement bercée par la main des Anges, livrée désormais aux démons impurs; plus d'illusions, plus de rève, point de premier amour, point de douces surprises; toute une vie poëtique de jeune fille à jamais perdue!

Elle s'éveilla, la pauvre enfant, presque riante Elle croyait retrouver son matin accoutumé. Ses doux pensers, son innocence; hélas! Elle me vit. Ce n'était plus son lit, ce n'était plus sa chambre. Oh! sa douleur faisait mal. Les pleurs l'étouffaient. Je la contemplais ému, honteux de moi-même. Je la tenais serrée dans mes bras. Chacune de ses larmes, je la buvais avec ivresse.

Les sens ne parlaient plus, mon ame seule s'épanchait tout entière, mon amour se peignait vif, brûlant dans mon langage et dans mes yeux.

Fanny m'écoutait, muette, étonnée, ravie: elle respirait mon souffle, mon regard, me pressait par moment et semblait me dire: "-- Oh! oui, encore à toi! toute à toi!. -- Comme elle avait livré son corps, credule innocente, elle livrait aussi son ame confiante, enivrée. Je crus dans un baiser la prendre sur ses lèvres, je lui donnai toute la mienne. Ce fut le Ciel, et ce fut tout.

Nous nous levâmes enfin.

-- Je voulus voir encore la Comtesse. Elle était ignoblement renversée: la figure défaite, le corps sale, taché. Comme une femme ivre jetée nue, près d'une borne. Elle semblait cuver sa luxure.

Oh! sortons, m'écriai-je,... sortons, Fanny! quittons cet ignoble séjour.

Gamiani

ou DEUX NUITS D'EXCES.

Bruxelles

1833

Gamiani,

deuxième partie.

Je pensais que Fanny jeune encore, innocente de coeur, ne conserverait de Gamiani qu'un souvenir d'horreur et de dégoût. Je l'accablais de tendresse et d'amour, je lui prodiguais les plus douces les plus enivrantes caresses: parfois je l'abîmais de plaisir, dans l'espoir qu'elle ne concevrait plus désormais d'autre passion que celle avouée par la nature, qui confond les deux sexes dans la joie des sens et de l'âme. Hélas! je me trompais. L'imagination était frappée, elle dépassait tous nos plaisirs. Rien n'égalait aux yeux de Fanny les transports de son amie. Nos plus forts excès lui semblaient de froides caresses, comparés aux fureurs qu'elle avait connues dans cette nuit funeste.

Elle m'avait juré de ne plus revoir Gamiani, mais son serment n'éteignait pas le désir qu'elle nourrissait en secret. Vainement elle luttait, ce combat intérieur ne servait qu'à l'irriter d'avantage. Je compris bientôt qu'elle ne résisterait pas. J'avais perdu sa confiance; il fallut me cacher pour l'observer.

A l'aide d'une ouverture habilement pratiquée, je pouvais la contempler chaque soir à son coucher La malheureuse! Je la vis souvent pleurer sur son divan, se tordre, se rouler désespérée, et tout-à-coup, déchirer, jeter ses vêtements, se mettre nue devant une glace, l'oeil égaré, comme une folle. Elle se touchait se frappait, s'excitait au plaisir avec une frénésie insensée et brutale. Je ne pouvais plus la guérir, mais je voulus voir jusqu'où se porterait ce délire des sens.

Un soir, j'étais à mon poste, Fanny allait se coucher, lorsque je l'entendis s'écrier:

F -- Qui est là? Est-ce vous Angélique?... Gamiani... Oh! madame, j'étais loin....

G -- Sans doute, vous me fuyez, vous me repoussez: j'ai du recourir à la ruse. J'ai trompé, éloigné vos gens et me voici.

F -- Je ne puis vous comprendre, encore moins qualifier votre obstination; mais si j'ai tenu secret ce que je sais de vous, mon refus formel de vous recevoir devait vous dire assez que votre présence m'est importune.... odieuse.... Je vous rejette, je vous abhorre... Laissez-moi par grâce! éloignez-vous, évitez un scandale.

G -- Mes mesures et ma résolution sont prises, vous ne les changerez pas, Fanny. Oh ma patience était usée.

F -- Eh bien! Que prétendez-vous faire? Me forcer encore, me violenter, me salir.... Oh! non madame, vous sortirez, ou j'appelle mes gens.

G -- Enfant! nous sommes seules; les portes sont fermées, les clefs jetées par la fenêtre. Vous êtes à moi.... Mais calmez-vous, soyez sans crainte.

F -- Pour Dieu! ne me touchez pas.

G -- Fanny, toute résistance est vaine. Vous succomberez toujours Je suis plus forte et la passion m'anime. Un homme ne me vaincrait pas. Allons! Elle tremble.... elle pâlit.... mon Dieu! Fanny! ma Fanny!.... Elle se trouve mal, oh! qu'ai-je fait? Reviens à toi, reviens..... Si je te presse ainsi sur moi, c'est par amour. Je t'aime tant, toi, ma vie, toi, mon âme. Tu ne peux donc pas me comprendre.... Va! je ne suis pas méchante, ma petite, ma chérie.... non, je suis bonne, bien bonne, puisque j'aime. Vois dans mes yeux, sens comme mon coeur bât. C'est pour toi, pour toi seule. Je ne veux que ta joie, ton ivresse en mes bras. Reviens à toi, reviens sous mes baisers. Oh! folie! Je l'idolâtre cette enfant.

F -- Vous me tuerez. Mon Dieu! laissez-moi. Laissez-moi donc enfin; vous êtes horrible.

G -- Horrible! horrible! qui peut donc inspirer tant d'horreur? Ne suis-je pas jeune encore? Ne suis-je pas belle aussi? On me le dit partout. Et mon coeur! En est-il un plus capable d'aimer? Le feu qui me consume, qui me dévore, ce feu brûlant de l'Italie qui redouble mes sens et me fait triompher, alors que tous les autres cèdent, est-ce donc chose horrible? Dis..... un homme, un amant, qu'est-ce près de moi! deux ou trois luttes l'abattent, le renversent; à la quatrième, il râle impuissant et ses reins plient dans le spasme du plaisir. C'est pitié! moi je reste encore forte, frémissante, inassouvie. Oh! oui, je personnifie les joies ardentes de la matière, les joies brûlantes de la chair. Luxurieuse implacable, je donne un plaisir sans fin, je suis l'amour qui tue.

F -- Assez, Gamiani, assez!

G -- Non, non, écoute encore, écoute Fanny. Etre nues, se sentir jeunes et belles, suaves, embaumées, brûler d'amour et trembler de plaisir; se toucher, se mêler, s'exhaler corps et âme en un soupir, un seul cri, un cri d'amour.... Fanny! Fanny! c'est le ciel.

F -- Quel discours! quels regards.... et je vous écoute, je vous regarde... Oh! grace pour moi. Je suis si faible. Vous me fascinez..... Quelle puissance as-tu donc?.... Tu te mêles à ma chair, tu te mêles à mes os, tu es un poison.... oh! oui, tu es horrible et.... je t'aime.....

G -- Je t'aime! je t'aime! dis encore, dis encore, mais c'est un mot qui brûle.. -- Gamiani était pâle, immobile, les yeux ouverts, les mains jointes, à genoux devant Fanny. On eut dit que le ciel l'avait soudainement frappée pour la changer en marbre. Elle était sublime d'anéantissement et d'extase.

F -- Oui! oui! je t'aime de toutes les forces de mon corps. Je te veux, je te désire. Oh! j'en perdrai la tête.

G -- Que dis-tu, bien-aimée? Que dis-tu.... Je suis heureuse!.... Tes cheveux sont beaux, qu'ils sont doux! ils glissent dans mes doigts, fins, dorés comme de la soie. Ton front est bien pur, plus blanc qu'un lys. Tes yeux sont beaux, ta bouche est belle. Tu es blanche, satinée, parfumée, céleste de la tête aux pieds. Tu es un ange, tu es la volupté. Oh! ces robes! ces lacets! Sois donc nue.... Vite, à moi.... je suis nue déjà moi... Tiens! ah! bien. Eblouissante!.... Reste debout, Que je t'admire. Si je pouvais te peindre, te rendre d'un seul trait... Attends que je baise tes pieds, tes genoux, ton sein, ta bouche. Embrasse-moi. Serre-moi. Plus fort Quelle joie! quelle joie! Elle m'aime... -- Les deux corps n'en faisaient qu'un. Seulement les têtes se tenaient séparées et se regardaient avec une expression ravissante. Les yeux étaient de feu, les joues d'un rouge ardent Les bouches frémissaient, riaient, ou se mélaient avec transport. J'entendis un soupir s'exhaler, un autre lui répondre: après, ce fut un cri, un cri étouffé et les deux femmes restèrent immobiles.

F -- J'ai été heureuse, bien heureuse.

G -- Moi aussi, ma Fanny, et d'un bonheur qui m'était inconnu. C'était l'âme et les sens réunis sur tes lèvres.... Viens sur ton lit, viens goûter une nuit d'ivresse.

A ces mots, elles s'entraînent mutuellement vers l'alcove. Fanny s'élance sur le lit, s'étend, se couche voluptueusement. Gamiani à genoux sur un tapis l'attire sur son sein, l'entoure de ses bras.

Silencieuse, elle la contemple avec langueur..... Bientôt les agaceries recommencent. Les baisers se répondent, les mains volent habiles au toucher. Les yeux de Fanny expriment le désir et l'attente, ceux de Gamiani le désordre des sens. Colorées, animées par le feu du plaisir toutes deux semblaient étinceler à mes yeux, ces furies délirantes à force de rage et de passion poëtisaient en quelque sorte l'excès de leur débauche, elles parlaient à la fois aux sens et à l'imagination.

J'avais beau me raisonner, condamner en moi ces absurdes folies, je fus bientôt ému, échauffé, posséde de désirs. Dans l'impossibilité où j'étais d'aller me mêler à ces deux femmes nues, je ressemblais à la bête fauve que tourmente le rut et qui des yeux dévore sa femelle à travers les barreaux de sa cage. Je restais stupidement immobile, la tête clouée près de l'ouverture d'où jaspirais, pour ainsi dire, ma torture, vraie torture de damné, horrible, insupportable, qui frappe d'abord la tête, se mêle ensuite au sang, dans les os, jusques à la moelle qu'elle brûle. Je souffrais trop à force de sentir. Il me semblait que mes nerfs tendus, irrités finissaient par se rompre. Mes mains crispées s'accrochaient au parquet. Je ne respirais plus, j'écumais. Ma tête se perdit. Je devins fou, furieux, et m'empoignant avec rage, je sentis toute ma force d'homme s'agiter furibonde entre mes doigts serrés, tressaillir un instant, puis fondre et s'échapper en saillies brûlantes comme une rosée de feu. Jouissance étrange qui vous brise, vous renverse à terre.

Revenu à moi, je me vis énervé. Mes paupières étaient lourdes. Ma tête se tenait à peine. Je voulus m'arracher de ma place; un soupir de Fanny m'y retint. J'appartenais au démon de la chair. Tandis que mes mains se lassaient à ranimer ma puissance éteinte, je m'abîmais les yeux à contempler la scène qui me jettait dans un si horrible désordre.

Les poses étaient changées. Mes tribades se tenaient enfourchées l'une dans l'autre, cherchant à mêler leurs duvets touffus, à frotter leurs parties ensemble. Elles s'attaquaient, se refoulaient avec un acharnement et une vigueur que l'approche du plaisir peut seul donner à des femmes. On aurait dit qu'elles voulaient se fendre, se croiser tant leurs efforts étaient violents, tant leur respiration haletait bruyante. Ai! ai! s'écriait Fanny, je n'en puis plus, cela me tue. Va seule. Va!.... encore, répondait Gamiani Je touche au bonheur. Pousse! Tiens donc! tiens.... Je m'écorche, je crois. Ah! je sens, je coule.... Ah! ah! ah!... La tête de Fanny retombait sans force. Gamiani roulait la sienne, mordait les draps, mâchait ses cheveux flottant sur elle. Je suivais leurs élans, leurs soupirs; j'arrivai comme elles au comble de la volupté.

F -- Quelle fatigue! Je suis rompue; mais quel plaisir j'ai goûté.....

G -- Plus l'effort dure, plus il est pénible, plus aussi la jouissance est vive et prolongée.

F -- Je l'ai éprouvé J'ai été plus de cinq minutes plongée dans une sorte de vertige énivrant. L'irritation se portait dans tous mes membres. Ce frottement des poils contre une peau si tendre me causait une démangeaison dévorante. Je me roulais dans le feu, dans la joie des sens. O folie! ô bonheur! jouir!..... Oh! je comprends ce mot.

Une chose m'étonne, Gamiani. Comment si jeune encore as-tu cette expérience des sens? Je n'aurais jamais supposé toutes nos extravagances. D'où te vient ta science? D'où vient ta passion qui me confond, qui parfois m'épouvante? La nature ne nous a pas faites de la sorte.

G -- Tu veux donc me connaître. Eh bien! enlace moi dans tes bras, croisons nos jambes, pressons-nous. Je vais te raconter ma vie de couvent. C'est une histoire qui pourra nous monter à la tête, nous donner de nouveaux désirs.

F -- Je t'écoute, Gamiani.

G -- Tu n'as pas oublié le supplice atroce que me fit subir ma tante, pour servir sa lubricite. Je n'eus pas plutôt compris l'horreur de sa conduite, que je m'emparai de quelques papiers qui garantissaient ma fortune. Je pris aussi des bijoux, de l'argent et, profitant d'une absence de ma digne parente, j'allai me réfugier dans le couvent des soeurs de la rédemption. La Supérieure, touchée sans doute de mon jeune âge et de mon apparente timidité, me fit l'accueil le plus propre à dissiper mes craintes et mon embarras.

Je lui racontai ce qui m'était arrivé, je lui demandai un asyle et sa protection. Elle me prit dans ses bras, me serra affectueusement et m'appela sa fille. Après, elle m'entretint de la vie tranquille et douce du couvent; elle réchauffa encore ma haine pour les hommes et termina par une exhortation pieuse, qui me parut le langage d'une âme divine. Pour rendre moins sensible la transition subite de la vie du monde à la vie du cloître, il fut convenu que je resterai près de la Supérieure et que je coucherai chaque soir dans son alcove. Dès la seconde nuit nous en étions à causer le plus familièrement du monde. La supérieure se retournait, s'agitait sans cesse dans son lit. Elle se plaignait du froid et me pria de me coucher avec elle pour la réchauffer. Je la trouvai absolument nue. On dort mieux, disait-elle, sans chemise. Elle m'engagea à ôter la mienne; ce que je fis pour lui être agréable. Oh! ma petite, s'écria-t-elle, en me touchant, tu es brûlante. Comme ta peau est douce. Les barbares! oser te martyriser de la sorte. Tu as dû bien souffrir. Raconte moi donc ce qu'ils t'ont fait. Ils t'ont battue; dis. Je lui répétai mon histoire, avec tous les détails, appuyant sur ceux qui paraissaient l'intéresser davantage. Le plaisir qu'elle prenait à m'entendre parler fut si vif qu'elle en éprouvait des tressaillements extraordinaires. Pauvre enfant! pauvre enfant! répétait-elle en me serrant de toutes ses forces.

Insensiblement je me trouvai étendue sur elle. Ses jambes étaient croisées sur mes reins, ses bras m'entouraient. Une chaleur tiède et pénétrante se répandait par tout mon corps. J'éprouvais un bien-être inconnu, délicieux qui communiquait à mes os, à ma chair je ne sais quelle sueur d'amour qui faisait couler en moi comme une douceur de lait. Vous êtes bonne, bien bonne, dis-je à la supérieure. Je vous aime, je suis heureuse près de vous. Je ne voudrais jamais vous quitter. Ma bouche se collait sur ses lèvres, et je reprenais avec ardeur, oh! oui, je vous aime à en mourir.... je ne sais.... Mais je sens....

La main de la Supérieure me flattait avec lenteur. Son corps s'agitait doucement sous le mien. Sa toison dure et touffue se mêlait à la mienne, me piquait au vif et me causait un chatouillement diabolique. J'étais hors de moi dans un frémissement si grand que tout mon corps tremblait. A un baiser violent que me donna la supérieure, je m'arrêtai subitement. Mon Dieu! m'écriai-je, laissez-moi.... ah!.... Jamais rosée plus abondante, plus délicieuse ne suivit un combat d'amour.

L'extase passée, loin d'être abattue, je me précipite de plus belle sur mon habile compagne; je la mange de caresses. Je prends sa main, je la porte à cette même place qu'elle vient d'irriter si fort. La Supérieure me voyant de la sorte, s'oublie elle même, s'emporte comme une bacchante. Toutes deux nous disputons d'ardeur de baisers, de morsures.... quelle agilité, quelle souplesse cette femme avait dans ses membres. Son corps se pliait, s'étendait, se roulait à m'étourdir. Je n'y étais plus. J'avais à peine le temps de rendre un seul baiser à tous ceux qui me pleuvaient de la tête aux pieds. II me semblait que j'étais mangée, dévorée en mille endroits Cette incroyable activité d'attouchemens lubriques me mit dans un état qu'il est impossible de décrire. O Fanny! que n'etais-tu témoin de nos assauts, de nos élans. Si tu nous avais vues toutes deux furibondes, haletantes, tu aurais compris tout ce que peut l'empire des sens sur deux femmes amoureuses. Un instant ma tête se trouva prise entre les cuisses de ma lutteuse. Je crus deviner ses désirs. Inspirée par ma lubricité, je me mis à la ronger dans ses parties les plus tendres. Mais je répondais mal à ses voeux. Elle me ramène bien vite sur elle, glisse, s'échappe sous mon corps et, m'entr'ouvrant subtilement les cuisses, elle m'attaque aussitôt avec la bouche. Sa langue agile et pointue me pique, me sonde comme un stylet qu'on pousse et retire rapidement. Ses dents me prennent et semblent vouloir me déchirer. J'en vins à m'agiter comme une perdue. Je repoussais la tête de la Supérieure, je la tirais par les cheveux. Alors elle lachait prise: elle me touchait doucement, m'injectait sa salive, me léchait avec lenteur, ou me mordillait le poil et la chair avec une raffinerie si délicate, si sensuelle à la fois que ce seul souvenir me fait suinter de plaisir. Oh! quelles délices m'enivraient! quelle rage me possédait! Je hurlais sans mesure; je m'abatais abîmée, ou je m'élevais égarée, et toujours la pointe rapide, aigue m'atteignait, me percait avec raideur. Deux lèvres minces et fermes prenaient mon clitoris, le pincaient, le pressaient à me détacher l'âme. Non Fanny, il est impossible de sentir, de jouir de la sorte, ce n'est qu'une fois en sa vie. Quelle tension dans mes nerfs! quel battement dans mes artères! quelle ardeur dans la chair et le sang. Je brûlais, je fondais et je sentais une bouche avide, insatiable, aspirer jusqu'à l'essence de ma vie. Je te l'assure je fus desséchée et j'aurais dû être inondée de sang et de liqueur. Mais que je fus heureuse! Fanny Fanny! Je n'y tiens plus. Quand je parle de ces excès je crois éprouver encore ces mêmes titillations dévorantes. Achève-moi.... Plus vite, plus fort.... bien! ah! bien! las! je meurs....

Fanny était pire qu'une Louve affamée.

Assez, assez, répétait Gamiani. Tu m'épuises. Démon de fille! Je te supposais moins habile, moins passionnée. Je le vois, tu te développes. Le feu te pénètre.

F -- Cela se peut-il autrement. Il faudrait être dépourvue de sang et de vie, pour rester insensible avec toi. -- Que fis-tu ensuite?

G -- Plus savante alors, je rendis avec usure, j'abîmai mon ardente compagne. Toute gêne fut désormais bannie entre nous et j'appris bientôt que les soeurs du couvent de la Rédemption s'adonnaient entr'elles aux fureurs des sens, qu'elles avaient un lieu secret de réunion et d'orgie pour s'ébattre à leur aise. Ce Sabbat infame s'ouvrait à complies et se terminait à matines.

La Supérieure déroula ensuite sa philosophie. J'en fus épouvantée au point de voir en elle un Satan incarné. Cependant elle me rassura par quelques plaisanteries et me divertit surtout en me racontant la perte de son pucelage. Tu ne devinerais jamais à qui fut donné ce précieux trésor. L'histoire est singulière et vaut la peine d'être contée.

La supérieure que j'appellerai maintenant Sainte était fille d'un capitaine de vaisseau. Sa mère, femme d'esprit et de raison, l'avait élevée dans tous les principes de la saine religion, ce qui n'empêcha point que le tempérâment de la jeune Sainte ne se développât pas de très bonne heure. Dès l'âge de douze ans elle ressentait des désirs insupportables, qu'elle cherchait à satisfaire par tout ce qu'une imagination ignorante peut inventer de plus bizarre. La malheureuse se travaillait chaque nuit. Ses doigts insuffisants gaspillaient en pure perte sa jeunesse et sa santé. Un jour elle appercut deux chiens qui s'accouplaient. Sa curiosité lubrique observa si bien le mécanisme et l'action de chaque sexe, qu'elle comprit mieux désormais ce qui lui manquait. Sa science acheva son supplice. Vivant dans une maison solitaire, entourée de vieilles servantes sans jamais voir un homme, pouvait-elle espérer de rencontrer jamais cette flêche animée, si rouge, si rapide qui l'avait si fort émerveillée et qu'elle supposait devoir exister pareillement pour la femme. A force de se tourmenter l'esprit, ma nymphomane se rémemoria que le singe est de tous les animaux celui qui ressemble le plus à l'homme. Son père avait précisément un superbe orang-outang. Elle fut le voir, l'étudier et comme elle restait long-temps à l'examiner, l'animal, échauffé sans doute par la présence d'une jeune fille, se développa tout-à-coup de la façon la plus brillante. Sainte se mit à bondir de joie. Elle trouvait enfin ce qu'elle cherchait tous les jours, ce qu'elle rêvait chaque nuit. Son idéal lui apparaissait réel et bien palpable. Pour comble d'enchantement l'indicible joyau s'élançait plus ferme, plus ardent, plus menaçant qu'elle ne l'eut jamais ambitionné. Ses yeux le dévoraient. Le singe s'approcha, se pendit aux barreaux et s'agita si bien que la pauvre Sainte en perdit la tête. Poussée par sa folie, elle force un des barreaux de sa cage et pratique un espace facile que la lubrique bête met de suite à profit. Huit pouces francs, bien prononcés, saillaient à ravir. Tant de richesse épouvanta d'abord notre pucelle. Toutefois le diable la pressant, elle ose voir de plus près; sa main toucha, caressa. Le singe tressaillit à tout rompre. Sa grimace était horrible. Sainte effrayée crut voir Satan devant elle. La peur la retint. Elle allait se retirer, lorsqu'un dernier regard jeté sur la flamboyante amorce reveille tous ses désirs. Elle s'enhardit aussitôt, relève ses jupes d'un air décidé et marche bravement à reculons, le dos penché contre la pointe redoutable. La lutte s'engage, les coups se portent. La bête devient l'égal de l'homme. -- Sainte est embestialisée, dévirginée, ensinginée. Sa joie ses transports éclatent en une gamme de oh! et de ah! mais sur un ton si élevé que la mère entend, accourt et vous surprend sa fille bien nettement enchevillée, se tortillant, se débattant et déjectant son âme

F -- La farce est impayable!

G -- Pour guérir la pauvre fille de sa manie singesque on la place dans le couvent.

F -- Mieux eut valu la laisser à tous les singes.

G -- Tu vas mieux juger combien tu as raison. Mon tempérament s'accommodait volontiers d'une vie de fêtes et de plaisirs. Je consentis joyeusement à être initiée aux mystères des Saturnales monastiques. Mon admission ayant été adoptée au chapitre, je fus présentée deux jours après. J'arrivai nue selon la règle. Je fis un serment exigé et, pour achever la cérémonie, je me prostituai courageusement à un énorme Priape de bois disposé à cet effet. J'achevais à peine une douloureuse libation que la bande des soeurs se rua sur moi plus pressée qu'une troupe de cannibales. Je me prétai à tous les caprices, je pris les poses les plus lubriquement énergiques, enfin je terminai par une danse obscène et je fus proclamée victorieuse. J'étais exténuée. Une petite nonne, bien vive, bien éveillée, plus raffinée que la supérieure, m'entraina dans son lit: C'était bien la plus damnée Tribade que l'enfer put créer. Je conçus pour elle une vraie passion de chair et nous fumes presque toujours ensemble pendant les grandes orgies nocturnes.