Chapter 2
"Lassé sans doute, mon bourreau avait fini. Toujours immobile, j'étais dans l'épouvante, résignée à mourir, et, cependant, à mesure que l'usage de mes sens revenait, j'éprouvais une démangeaison singulière mon corps frémissait, était en feu. Je m'agitais lubriquement comme pour satisfaire un désir insatiable. Tout-à-coup deux bras nerveux m'enlacent; je ne savais quoi de chaud, de tendu, vint battre mes cuisses, se glisser plus bas et me pénétrer subitement. A ce moment, je crus être fendue en deux. Je poussai un cri affreux que couvrirent aussitôt des éclats de rire. Deux ou trois secousses terribles achevèrent d'introduire en entier le rude fléau qui m'abîmait. Mes cuisses saignantes se collaient aux cuisses de mon adversaire; il me semblait que nos chairs s'entremêlaient pour se fondre en un seul corps Toutes mes veines étaient gonflées, mes nerfs tendus. Le frottement vigoureux que je subissais, et qui s'opérait avec une incroyable agilité, m'échauffa tellement, que je crus avoir reçu un fer rouge.
"Je tombai bientôt dans l'extase, je me vis au Ciel. Une liqueur visqueuse et brûlante vint m'inonder rapidement, pénétra jusqu'à mes os, chatouilla jusqu'à la moëlle.... oh! c'était trop.... je fondais comme une lave ardente.... Je sentais courir en moi un fluide actif dévorant, j'en provoquais l'éjaculation par secousses furieuses et je tombai épuisée dans un abîme sans fin de volupté inouïe.
F -- Gamiani, quelle peinture! vous nous mettez le diable au corps.
"G. -- Ce n'est pas tout.
"Ma volupté se changea en douleur atroce. Je fus horriblement brutalisée. Plus de vingt Moines se ruèrent à leur tour en cannibales effrénés. Ma tête retomba de côté, mon corps brisé, rompu, gisait sur les coussins, pareil à un cadavre. Je fus emportée morte dans mon lit.
"F. -- Quelle cruauté infâme!
"G. -- Oh! oui, infâme et plus funeste encore.
"Revenue à la vie, à la santé, je compris l'horrible perversité de ma tante et de ses horribles compagnons de débauche, que l'image de tortures affreuses aiguillonnaient seule encore. Je leur jurai une haîne mortelle et cette haîne, dans ma vengeance au désespoir, je la portai sur tous les hommes.
L'idée de subir leurs caresses m'a toujours révoltée. Je n'ai pas voulu servir de vil jouet à leurs désirs.
"Mon tempérament était de feu, il fallut le satisfaire. Je ne fus guérie plus tard de l'onanisme que par les doctes leçons des filles du couvent de la rédemption. Leur science fatale m'a perdue pour jamais."
Ici les sanglots étouffèrent la voix altérée de la Comtesse.
Les caresses ne pouvaient rien faire sur cette femme. -- Pour faire diversion je m'adressai à Fanny.
Al. -- A votre tour, belle étonnée! vous voilà, en une nuit, initiée à bien des mystères. Voyons! racontez nous comment vous avez ressenti les premiers plaisirs des sens.
F. -- Moi! je n'oserai, je vous l'avoue.
Al -- Votre pudeur est au moins hors de saison.
F. -- Non, mais après le récit de la Comtesse, ce que je pourrais dire serait trop insignifiant.
Al. -- Vous n'y pensez pas, pauvre ingénu! Pourquoi hésiter? ne sommes nous pas confondus par le plaisir et les sens. Nous n'avons plus à rougir. Nous avons tout fait, nous pouvons tout dire.
G. -- Voyons, ma belle, un baiser, deux, cent s'il le faut, pour vous décider. Et Alcide, comme il est amoureux! vois! il te menace.
F. -- Non, non, laissez, Alcide, je n'ai plus de force, Grâce! je vous prie..... Gamiani que vous êtes lubrique..... Alcide ôtez-vous.... oh!....
Al. -- Pas de quartier, morbleu! ou Curtius se précipite tout-armé, ou vous allez nous donner l'Odyssée de votre pucelage.
F. -- Vous m'y forcez....
G. et Al. -- Oui. Oui.
F. -- Je suis arrivée à 15 ans, bien innocente, je vous jure. Ma pensée même ne s'était jamais arrêtée sur tout ce qui tient à la différence des sexes.
Je vivais insouciante, heureuse, sans doute; lorsqu'un jour de grande chaleur, étant seule à la maison, j'éprouvai comme un besoin de me dilater de me mettre à l'aise.
Je me deshabillai, je m'étendis presque nue sur un divan.... oh! j'ai honte!.... Je m'allongeais, j'écartais mes cuisses, je m'agitais en tous les sens. A mon insu, je formais les postures les plus indécentes.
L'étoffe du divan était glacée. Sa fraîcheur me causa une sensation agréable, un frôlement voluptueux par tout le corps. Oh! comme je respirais librement, entourée d'une atmosphère tiède, doucement pénétrante. Quelle volupté suave et ravissante! j'étais dans une délicieuse extase. Il me semblait, qu'une vie nouvelle inondait mon être, que j'étais plus forte, plus grande, que j'aspirais un souffle divin, que je m'épanouissais aux rayons d'un beau Ciel!
Alc. -- Vous êtes poëtique, Fanny.
F. -- Oh! je vous décris exactement mes sensations Mes yeux erraient complaisamment sur moi, mes mains volaient sur mon cou, sur mon sein. Plus bas, elles s'arrêtèrent et je tombai malgré moi dans une rêverie profonde.
Les mots d'amour, d'amant, me revenaient sans cesse avec leur sens inexplicable. Je finis par me trouver seule. J'oubliais que j'avais des parents, des amis, j'éprouvai un vide affreux.
Je me levai, regardant tristement autour de moi.
Je restai quelque temps pensive, la tête melancoliquement penchée, Les mains jointes, les bras pendants. Puis, m'examinant, me touchant de nouveau; je me demandai si tout cela n'avait pas un but, une fin.... Jnstinctivement je comprenais qu'il me manquait quelque chose, que je ne pouvais définir, mais que je voulais, que je désirais de toute mon âme.
Je devais avoir l'air égaré, car je riais parfois frénétiquement; mes bras s'ouvraient comme pour saisir l'objet de mes voeux; j'allais jusqu'à m'étreindre moi-même. Je m'enlacais, je me caressais, il me fallait absolument une réalité, un corps à saisir, à presser; Dans mon étrange hallucination, je m'emparais de moi-même, croyant m'attacher à un autre.
A travers les vitraux, on découvrait au loin les arbres, les gazons, et j'étais tentée d'aller me roûler à terre, ou de me perdre aërienne dans les feuilles. Je contemplais le Ciel, et j'aurais voulu voler dans l'air, me fondre dans l'azur, me mêler aux vapeurs, au Ciel, aux Anges.
Je pouvais devenir folle: mon sang refluait brûlant vers ma tête.
Eperdue, transportée, je m'étais précipitée sur les coussins. J'en tenais un serré entre mes cuisses, j'en pressais un autre dans mes bras; je le baisais follement, je l'entourais avec passion, je lui souriais même, je crois, tant j'étais ivre, dominée par les sens. Tout-à-coup, je m'arrête, je frémis, il me semble que je fonds, que je m'abîme. ah! m'écriai-je; mon Dieu! ah! ah! et je me relevai subitement, épouvantée.
J'étais toute mouillée.
Ne pouvant rien comprendre a ce qui m'était arrivé, je crus être blessée, j'eus peur. Je me jetai à genoux, suppliant Dieu de me pardonner si j'avais fait mal.
Alc. -- Aimable innocente! vous n'avez confié à personne ce qui vous avait si fort effrayée?
F. -- Non! Jamais! je ne l'aurais pas osé. J'étais encore ignorante, il y a une heure; vous m'avez révélé le mot de la Charade.
Alc. O! Fanny! cet aveu me met au comble de la félicité. Mon amie, reçois encore cette preuve de mon amour. -- Gamiani, excitez-moi, que j'inonde cette jeune fleur, de la rosée Céleste.
G . -- Quel feu, quelle ardeur, Fanny, tu te pames déjà.... oh! elle jouit.... elle jouit....
F. -- Alcide! Alcide!... J'expire,..... je.....
Et la douce volupté nous abîmait d'ivresse, nous portait tous les deux au Ciel.
Après un instant de repos, calme des sens, je parlai moi-même en ces termes:
Je suis né de parens jeunes et robustes. Mon enfance fut heureuse, exempte de pleurs et de maladie. Aussi, des l'âge de 13 ans, étais-je un homme fait. Les aiguillons de la chair se faisaient déjà vivement sentir
Destiné à l'état ecclésiastique, élevé dans toute la rigueur des principes de chastete, je combattais de toutes mes forces les premiers désirs des sens. Ma chair s'éveillait, s'irritait puissante, impérieuse et je la macérais impitoyablement.
Je me condamnais au jeune le plus rigoureux. La nuit, dans mon sommeil, la nature obtenait un soulagement, et je m'en effrayais comme d'un désordre dont j'étais coupable. Je redoublais d'abstinence et d'attention à écarter une main funeste. Cette opposition, ce combat intérieur, finirent par me rendre lourd et comme hébété. Ma continence forcée porta dans tous mes sens une sensibilité, ou plutôt une irritation que je n'avais jamais sentie.
J'avais souvent le vertige. Il me semblait que les objets tournaient et moi avec eux. Si une jeune femme s'offrait par hazard à ma vue, elle me paraissait vivement enluminée et resplendissante d'un feu pareil à des étincelles électriques.
L'humeur échauffée de plus en plus, et trop abondante, se portait dans ma tête et les parties de feu dont elle était remplie, frappant vivement contre la vitre de mes yeux, y causait une sorte de mirage éblouissant.
Cet état durait depuis plusieurs mois, lorsqu'un matin, je sentis tout-à-coup dans tous mes membres une contraction et une tension violentes, suivies d'un mouvement affreux et convulsif pareil à ceux qui accompagnent ordinairement des transports épileptiques...... Mes éblouissements lumineux revinrent avec plus de force que jamais.... je vis d'abord un cercle noir tourner rapidement devant moi, s'agrandir et devenir immense: une lumière vive et rapide s'échappa de l'axe du cercle et remplit de lumière toute l'étendue.
Je découvrais un horizon sans fin; de vastes cieux enflammés, traversés par mille fusées volantes qui toutes retombaient éblouissantes en pluie dorée, en étincelles de saphir, d'émeraude et d'azur.
Le feu s'éteignit, un jour bleuâtre et velouté vint le remplacer: Il me semblait que je nageais dans une lumière limpide et douce, suave comme un pâle reflet de la Lune dans une belle nuit d'été. et, voilà que du point le plus éloigné, accourent à moi, vaporeuses, aëriennes comme un essaim de papillons dorés, des myriades infinies de jeunes filles nues, éblouissantes de fraîcheur, transparentes comme des statues d'albâtre.
Je m'élançais devant mes Sylphides, mais elles s'échappaient rieuses et folâtres. Leurs groupes délicieux se fondaient un instant dans l'azur et puis reparaissaient plus vifs, plus joyeux. Bouquets charmants de figures ravissantes qui toutes me donnaient un fin sourire, un regard malicieux.
Peu-à-peu, les jeunes filles s'éclipsèrent. alors, vinrent à moi des femmes dans l'âge de l'amour et des tendres passions.
Les unes vives, animées, au regard de feu, aux gorges palpitantes: les autres pâles et penchées, comme des vierges d'Ossian. Leurs corps frêles, voluptueux, se dérobaient sous la gaze. Elles semblaient mourir de langueur et d'attente: elles m'ouvraient leurs bras et me fuyaient toujours.
Je m'agitais lubriquement sur ma couche; je m'élevais sur mes jambes et mes mains, secouant frénétiquement mon glorieux Priape. Je parlais d'amour, de plaisir. dans les termes les plus indécents,: -- mes souvenirs classiques se mêlant un instant à mes rêves; je vis Jupiter en feu, Junon maniant sa foudre; je vis tout l'Olympe en rut dans un désordre, un pèle-mèle étranges; après, j'assistai à une orgie, une bacchanale d'enfer: Dans une caverne sombre et profonde, éclairée par des torches puantes, aux lueurs rougeâtres; des teintes bleues et vertes se refluaient hideusement sur les corps de cent Diables aux figures de bouc, aux formes grotesquement lubriques.
Les uns lancés sur une escarpolette, superbement armés, allaient fondre sur une femme, la pénétraient subitement de tout leur dard et lui causaient l'horrible convulsion d'une jouissance rapide, inattendue. D'autres, plus lutins, renversaient une prude, la tête en bas, et tous, avec un rire fou, à l'aide d'un mouton, lui enfonçaient un riche priape de feu, lui martelant à plaisir l'excès des voluptés. On en voyait encore quelques-uns, la mèche en main, allumant un canon d'où sortait un membre foudroyant que recevait inébranlable, les cuisses écartées, une Diablesse frénétique.
Les plus méchants de la bande attachaient une Messaline par les quatre membres et se livraient devant-elle à toutes les joies, aux plaisirs les plus expressifs. La malheureuse se tortillait, furieuse écumante, avide d'un plaisir qui ne pouvait lui arriver
Cà et là, mille petits Diabloteaux, plus laids, plus sautillants, plus rampants les uns que les autres, allaient, venaient, suçant, pinçant, mordant, dansant en rond, se mêlant entr'eux. Partout, c'étaient des rires, des éclats, des convulsions, des frénésies, des cris, des soupirs, des évanouissements de volupté.
Dans un espace plus élevé, les diables du premier rang se divertissaient jovialement à parodier les mystères de notre sainte religion
Une Nonne toute nue, prosternée, l'oeil béatifiquement tourné vers la voûte, recevait avec une dévotieuse ardeur la blanche communion que lui donnait, au bout d'un fort honnête goupillon, un grand diable crossé, mîtré tout à l'envers. Plus loin, une Diablotine recevait à flots sur son front le baptême de vie; tandis qu'une autre, feignant la moribonde, était expédiée avec une effroyable profusion de Saint Viatique.
Un maître diable, porté sur quatre épaules, balançait fièrement la plus énergique démonstration de sa jouissance érotico-satanique et, dans ses moments d'humeur répandait a flots la liqueur bénite. Chacun se prosternait à son passage. C'était la procession du Saint Sacrement.
Mais voilà qu'une heure sonne, et aussitôt, tous les Diables s'appellent, se prennent par la main et forment une ronde immense.
Le branle se donne; ils tournent, s'emportent, volent comme l'éclair.
Les plus faibles succombent dans ce tournoiement rapide, ce galop insensé. Leur chute fait culbuter les autres, ce n'est plus qu'une horrible confusion, un pèle-mèle affreux d'enclavements grotesques, d'accouplements hideux. Cahos immonde de corps abîmés, tout tâchés de luxure, que vient dérober une fumée épaisse.
G. -- Vous brodez à merveille, Alcide, votre rève irait bien dans un livre....
Alc. -- Que voulez-vous? il faut passer la nuit... Ecoutez encore, la suite n'est plus que réalité.
Lorsque je fus revenu de ces accès terribles, je me sentis moins lourd, mais plus abattu. Trois femmes jeunes encore et vêtues d'un simple peignoir blanc, étaient assises près de mon lit. Je crus que mon vertige durait encore, mais on m'apprit bientôt que mon Médecin, comprenant ma maladie, avait jugé à propos de m'appliquer le seul remède qui m'était convenable.
Je pris d'abord une main blanche et potelée que je couvris de baisers. Une lèvre fraîche et rose vint se poser sur ma bouche. Ce contact délicieux m'électrisa. J'avais toute l'ardeur d'un fou égaré.
"O mes belles amies! m'écriai-je, je veux être heureux, heureux à l'excès, je veux mourir dans vos bras. Prêtez-vous à mes transports, à ma folie"
Aussitôt, je jette loin de moi ce qui me couvre encore, je m'étends sur mon lit. Un coussin placé sous mes reins me tient dans la position la plus avantageuse. Mon Priape se dresse superbe, radieux.
"Toi, brune piquante, à la gorge si ferme et si blanche, sieds-toi au pied du lit, les jambes étendues près des miennes. Bien! porte mes pieds sur ton sein, frotte-les doucement sur tes jolis boutons d'amour, -- à ravir! oh! tu es délicieuse.
La blonde aux yeux bleus, à moi! tu seras ma reine.... viens te placer à cheval sur le trône. Prends d'une main le sceptre enflammé, cache-le tout-entier dans ton empire.... Ouf! pas si vite. Attends... sois lente, cadencée, comme un Cavalier au petit trôt. Prolonge le plaisir.
Et toi, si grande, si belle, aux formes ravissantes, enjambe ici par dessus ma tête.... à merveille! tu me devines. Ecarte bien les cuisses.... Encore! que mon oeil puisse bien te voir, ma bouche te dévorer, ma langue te pénétrer à loisir. Que fais-tu droite et debout? abaisse toi donc, donne ta gorge à baiser.....
"A moi! à moi! lui dit la brune, (en lui montrant sa langue agile, aigue comme un stylet de Venise) viens! que je mange tes yeux, ta bouche. Je t'aime de la sorte. Oh! Lubrique... Mets ta main là.... va! doucement! doucement!..
Et voilà que chacun se meut, s'agite, s'excite au plaisir.
Je dévore des yeux cette scène animée, ces mouvements lascifs, ces poses insensées. Les cris, les soupirs se croisent, se confondent: bientôt le feu circule dans mes veines. Je frissonne tout-entier. Mes deux mains battent une gorge brûlante, ou se portent frénétiques, crispées, sur des charmes plus secrets encore. Ma bouche les remplace. Je suce avidement, je ronge, je mords. On me crie d'arrêter, que je tue, et je redouble encore.
Cet excès m'acheva. Ma tête retomba lourdement. Je n'avais plus de force. "-- Assez! assez! criai-je: oh! mes pieds! quel chatouillement voluptueux. Tu me fais mal...... tu me crispes mes nerfs se tendent, se tordent.... oh. --"
-- Je sentais le délire approcher une troisième fois Je poussai avec fureur. Mes trois belles perdirent à la fois l'équilibre et leurs sens. Je les reçus dans mes bras, pamées, expirantes et je me sentis abîmé, inondé.
Joies du Ciel ou de l'Enfer! c'étaient des torrens de feu qui ne finissaient pas.
"G. -- Quels plaisirs vous avez goûtés, Alcide, oh! je les envie -- Et toi, Fanny: l'insensible! elle dort, je crois.
F. -- Laissez-moi, Gamiani, ôtez votre main, elle me pèse. Je suis accablée.... morte... Quelle nuit! Mon Dieu!... Dormons.... je.....
La pauvre enfant baillait, se détournait, se dérobait toute petite dans un coin du lit.
Je voulus la ramener
"Non, non, me dit la Comtesse; je comprends ce qu'elle éprouve. Pour moi, je suis d'une humeur bien autre que la sienne. Je sens une irritation.... Je suis tourmentée, je désire! oh! voyez-vous! j'en veux jusqu'à rester morte...... vos deux corps qui me touchent, vos discours, nos fureurs, tout cela m'excite, me transporte. J'ai l'enfer dans l'esprit, j'ai le feu dans le corps. Je ne sais qu'inventer, -- oh! rage!
"Alc. -- Que faites vous, Gamiani? vous vous levez?
G. -- Je n'y tiens plus, je brule... je voudrais... Mais fatiguez moi donc. Qu'on me presse, qu'on me batte.... Oh! ne pas jouir......
Les dents de la Comtesse claquaient avec force: ses yeux roulaient effrayants dans leur orbite. Tout en elle s'agitait, se tordait, c'était horrible à voir.
Fanny se releva, saisie, épouvantée. Pour moi, je m'attendais à une attaque de nerfs.
En vain, je couvrais de baisers les parties les plus tendres. Mes mains étaient lasses de torturer cette furie indomptable. Les canaux spermatiques étaient fermés ou épuisés. J'amenais du sang, et le délire n'arrivait pas.
"G. -- Je vous laisse, dormez!"
A ces mots, Gamiani s'élance hors du lit, ouvre une porte et disparait....
Alc. -- que veut-elle? comprenez-vous Fanny?
F. -- Chut, Alcide, écoutez.... quels cris!....
"Elle se tue.... Dieu! la porte est fermée.... Ah! elle est dans la chambre de Julie. Attendez il y a là une ouverture vitrée, nous pourrons tout voir. Approchez le canapé, voici deux chaises, montez."
Quel spectacle! à la lueur d'une veilleuse pâle, vacillante, la Comtesse, les yeux horriblement tournés de coté, une salive écumeuse sur les lèvres, du sang, du sperme le long des cuisses, se roulait en rugissant sur un large tapis de peaux de chat (1) [(1) La peau du Chat, comme on le sait, excite singulièrement, à cause sans doute de la grande quantité d'électricité qu'elle contient. Les Femmes de Lesbos, s'en servaient toujours dans leurs saturnales.]. Ses reins frottaient le poil avec une agilité sans pareille. Par moment, la Comtesse agitait ses jambes en l'air, se soulevait presque droite sur sa tête, exposant tout son dos à notre vue, pour retomber ensuite avec un rire affreux.
G. "Julie, à moi! viens! ma tête tourne.... Ah! damnée folle, je vais te mordre,"
Et Julie nue aussi, mais forte, puissante, s'emparait des mains de la Comtesse, les liait ensemble, ainsi que les pieds.
L'excès fut alors à son comble, la convulsion m'épouvantait.
Julie, sans marquer le moindre étonnement, dansait, sautait comme une folle, s'excitant au plaisir se renversai pamée sur un fauteuil.
La Comtesse suivait de l'oeil tous ses mouvements. Son impuissance à tenter les mêmes fureurs, à goûter la même ivresse, redoublait encore sa rage: C'était bien un Promethée femelle déchiré par cent vautours a la fois.
G. -- Médor! Médor! prends moi! Prends!
A ce cri un chien énorme sort d'une cache, s'élance sur la Comtesse et se met en train de lécher ardemment un clitoris dont la pointe sortait rouge et enflammée.
La Comtesse criait à haute voix: hai! hai! hai! forçant toujours le ton à proportion de la vivacité du plaisir. On aurait pu calculer les gradations du chatouillement que ressentait cette effrénée Calymanthe (1) [(1) Thyade fougueuse que la Mythologie représente se livrant aux bêtes.]
G. -- Du lait! du lait! Oh! du lait!
Je ne pouvais comprendre cette exclamation, véritable cri de détresse et d'agonie, lorsque Julie parut armée d'un énorme godmiché rempli d'un lait chaud, qu'un ressort faisait à volonté jaillir à six pas. Au moyen de deux courroies, elle s'adapte, à la place voulue, l'ingénieux instrument. Le plus généreux étalon, dans toute sa puissance, ne se fut pas montré, en grosseur du moins, avec plus d'avantage. Je ne pouvais croire, qu'il y aurait introduction, lorsqu'à ma grande surprise, cinq ou six attaques forcenées, au milieu de cris aigus et déchirants, suffirent pour engloutir et dérober cette énorme machine. La Comtesse souffrait comme une damnée: raide, sans mouvement, pareille à un marbre, on eut dit la Cassandre de Casani (1) [(1) Statue qui représente Cassandre violée par les soldats d'Ajax, et remarquable surtout par une expression de douleur horrible.]
Le va-et-vient s'opérait avec une habileté consommée, lorsque Médor dépossédé, et toujours docile à sa leçon, se jette incontinent sur la mâle Julie, dont les cuisses entr'ouvertes et en mouvement, laissaient à découvert le plus délicieux régal. Médor fit tant-et-si bien, que Julie s'arrêta subitement, se pâma abîmée de plaisir.
Cette jouissance doit être bien forte, car son expression chez une femme, n'a rien de pareil.
Irritée d'un retard qui prolongeait sa douleur et différait son plaisir, la malheureuse Comtesse jurait, maugréait comme une perdue.
Revenue à elle, Julie recommence bientôt et avec plus de force. A une secousse fougueuse de la Comtesse, à ses yeux clos, à sa bouche béante, elle comprend que l'instant approche, son doigt lache le ressort.
G. Ah! ah!... arrête... je fonds.... hai! hai! je jouis!.... oh!....................
....................................
Infernale lubricité!..... je n'avais plus la force de m'ôter de ma place. Ma raison était perdue, mes regards fascinés.
Ces transports furibonds, ces volontés brutales me donnaient le vertige. Il n'y avait plus en moi qu'un sang brûlant, désordonné, que luxure et débauche. J'étais bestialement furieux d'amour. La figure de Fanny était aussi singulièrement changée. Son regard était fixe, ses bras raides et nerveusement allongés sur moi. Les lèvres mi-entr'ouvertes et ses dents serrées indiquaient toute l'attente d'une sensualité délirante, qui touche au paroxisme de la rage du plaisir, qui demande l'excès.
A peine arrivés près du lit, nous nous jetâmes bondissants l'un sur l'autre. Comme deux bêtes acharnées. Partout nos corps se touchaient, se frottaient, s'électrisaient rapidement. Ce fut au milieu d'étreintes convulsives, de cris forcenés, de morsures frénétiques, un accouplement hideux, accouplement de chair et d'os, jouissance de brute, rapide, dévorante, mais qui ne venait que du sang.
Le sommeil arrêta enfin toutes ces fureurs.
Après cinq heures d'un calme bienfaisant, je me réveillai le premier.
Le soleil brillait déjà de tous ses feux. Les rayons percaient joyeusement les rideaux et se jouaient en reflets dorés sur les riches tapis, les étoffes soyeuses.