Chapter 1
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[Transcriber's note: Alfred de Musset (1810-1857)], _Gamiani ou Une nuit d'excès_ (1833) édition de 1833
A French classic erotic story]
Opinion de l'auteur anonyme [peut-être Joris-Karl Huysmans] de la préface de _Gamiani_ édition de 1876:
"Tout le monde sait que Musset se trouvant, une nuit, à souper en joyeuse compagnie, paria - à l'heure où les bougies font éclater leurs collerettes de cristal - qu'en évitant toute expression crue ou érotique, il écrirait à l'encontre des Anciens, le volume le plus _Cela_ que l'on pourrait rêver dans ce genre! Inutile de dire qu'il gagna son pari."
Opinion de l'auteur anonyme [Jules Gay] de la _Bibliographie des ouvrages relatifs à l'amour, aux femmes, au mariage et des livres facétieux pantagruéliques, scatologiques, satyrique par M. Le C. D'I***_:
"Dans _Gamiani_, la passion domine tout en souveraine, passion complexe de l'esprit, du coeur et des sens arrivant au paroxysme de la fièvre hystérique, à la folie et même jusqu'au crime. Cette production étrange restera pour compléter la littérature d'une époque qui a fourni tant d'oeuvres excentriques dans tous les genres. Après avoir répétés les on-dit sur l'auteur présumé de cet ouvrage, nous nous permettons d'ajouter que la première partie nous parait écrite d'abondances sous l'inspiration d'un récit ou d'un souvenir. Il n'en est pas de la deuxième, dont le style est plus travaillé, l'action plus extravagante, et semble tout à fait rentrer dans le domaine de la collaboration; on y sent l'effet de l'imagination qui cherche à s'échauffer et ne parvient à produire que l'horrible. La première partie en question est l'oeuvre de Musset; mais la seconde partie, celle qui concerne les femmes, est attribuée à la personne à laquelle fait allusion le roman de _Lui et Elle_ de M. Paul de Musset [i.e. George Sand]."
Opinion de l'auteur anonyme [PH. J. .G. B. i.e. Vital-Puisant] de la _Notice anecdotico-bibliographique sur le Gamiani d'Alfred de Musset_ (1874):
"Quelque temps après la Révolution de 1830, une dizaine de jeunes gens, pour la plupart destinés à devenir célèbres dans les lettres, la médecine ou le barreau, se trouvaient réunis dans un des plus brillants restaurants du Palais-Royal. Les reliefs d'un splendide souper et le nombre de flacons vides témoignaient en faveur du robuste estomac, et partant, de la gaieté des convives. On était arrivé au dessert, et tout en faisant pétiller le champagne, on avait épuisé la conversation sur la politique d'abord, et ensuite sur les mille sujets à l'ordre du jour à cette époque. La littérature devait nécessairement avoir son tour. Après avoir passé en revue les divers genres d'ouvrages qui, depuis l'antiquité, ont tour à tour été l'objet d'une admiration plus ou moins passagère, on en vint à parler du genre érotique. Aussi, depuis les _Pastorales_ de Longus, jusqu'aux cruautés luxurieuses du Marquis de Sade, depuis les _Epigrammes_ de Martial et les _Satires_ de Juvénal jusqu'aux _Sonnets_ de I'Arétin, tout fut passé en revue. Après avoir comparé la liberté d'expression de Martial, Properce, Horace, Juvénal, Térence, en un mot, des auteurs latins, avec la gêne que s'étaient imposée les divers écrivains érotiques français, quelqu'un fut amené à dire qu'il était impossible d'écrire un ouvrage de ce genre sans appeler les choses par leur nom; l'exemple de La Fontaine était une exception; que, d'ailleurs la poésie française admettait ces sortes de réticences et savait même, par la finesse et une heureuse tournure de phrase, s'en créer un charme de plus, mais qu'en prose on ne pouvait rien produire de passionné ni d'attrayant. Un jeune homme qui, jusqu'alors, s'était contenté d'écouter la conversation d'un air rêveur, sembla s'éveiller à ces derniers mots, et prenant la parole: Messieurs, dit-il, si vous consentez à vous réunir de nouveau ici, dans trois jours, j'espère vous convaincre qu'il est facile de produire un ouvrage de très haut goût sans employer les grossièretés qu'on a coutume d'appeler des naïvetés chez nos bons aïeux, tels que Rabelais, Brantôme, Béroalde de Verville, Bonaventure Des Periers et tant d'autres, chez lesquels l'esprit gaulois brillerait d'un éclat tout aussi vif, s'il était débarrassé des mots orduriers qui salissent notre vieux langage. La proposition fut acceptée par acclamation, et trois jours après, notre jeune auteur apportait le manuscrit de l'ouvrage que nous présentons aux amateurs. Chacun des assistants voulut en posséder une copie, et l'indiscrétion de l'un d'entre eux permit à un éditeur étranger de l'imprimer, en 1833, dans le format in-4° et orné de grandes gravures coloriées. (...) A l'époque de la publication de cet ouvrage, des gens de lettres très-sérieux et à même de ne point se tromper, ont prétendu que l'illustre romancière contemporaine, qui écrit sous le nom de *** *** [i.e. George Sand], avait collaboré avec Alfred de Musset à la rédaction de ce roman de _haut goût_. Nous ne sommes guère compétent pour nous poser en juge dans cette attribution; si pourtant nous en référant à ce que l'on ajoute sur ce sujet (cette dame avait la passion de l'amour lesbien) nous ne serions pas taxé de témérité en accordant un certain degré de foi à cette allégation."
Observation: Les éditions ultérieures de _Gamiani ou une nuit d'excès_ sont intitulées _Gamiani ou deux nuits d'excès_.
Note: l'orthographe de l'édition 1833 a été conservée.
Gamiani
ou
UNE NUIT D'EXCES
Bruxelles
1833
Gamiani.
Minuit sonnait, et les salons de la Comtesse Gamiani resplendissaient encore de l'éclat des lumières.
Les rondes, les quadrilles s'animaient, s emportaient aux sons d'un orchestre enivrant. Les toilettes étaient merveilleuses, les parures étincelaient.
Gracieuse, empressée, la maîtresse du bal semblait jouir du succès d'une fête préparée, annoncée à grands frais. On la voyait sourire agréablement à tous les mots flatteurs, aux paroles d'usage que chacun lui prodiguait pour payer sa présence.
Renfermé dans mon rôle habituel d'observateur, j'avais déjà fait plus d'une remarque qui me dispensait d'accorder à la Comtesse Gamiani le mérite qu'on lui supposait. Comme femme du monde, je l'eus bientôt jugée, il me restait à disséquer son être moral, à porter le scalpel dans les régions du coeur; et je ne sais quoi d'étrange, d'inconnu, me gênait, m'arrêtait dans mon examen. J'éprouvais une peine infinie à démêler le fond de l'existence de cette femme dont la conduite n'expliquait rien.
Jeune encore avec une immense fortune, jolie au goût du grand nombre, cette femme sans parens, sans amis avoués, s'était en quelque sorte individualisée dans le monde. Elle dépensait seule, une existence capable, en toute apparence, de supporter plus d'un partage
Bien des langues avaient glosé, finissant toujours par médire: mais, faute de preuve, la Comtesse demeurait impénétrable.
Les uns l'appelaient une _Foedora_ (1) [(1) _Foedora_ - La femme sans coeur, Roman de Balzac.], une femme sans coeur et sans tempérament; d'autres lui supposaient une âme profondément blessée et qui veut désormais se soustraire aux déceptions cruelles.
Je voulais sortir du doute: Je mis à contribution toutes les ressources de ma logique; mais ce fut en vain, je n'arrivai jamais à une conclusion satisfaisante.
Dépité, j'allais quitter mon sujet, lorsque, derrière moi, un vieux libertin, élevant la voix, jeta cette exclamation: Bah! c'est une Tribade.
Ce mot fut un éclair, tout s'enchaînait, s'expliquait, il n'y avait plus de contradiction possible.
Une Tribade! Oh! ce mot retentit à l'oreille, d'une manière étrange: puis, il élève en vous je ne sais quelles images confuses de voluptés inouïes, lascives à l'excès. C'est la rage luxurieuse, la lubricité forcenée, la jouissance horrible qui reste inachevée.
Vainement j'écartai ces idées, elles mirent en un instant mon imagination en débauche. Je voyais déjà la Comtesse nue, dans les bras d'une autre femme, les cheveux épars, pantelante, abattue et que tourmente encore un plaisir avorté.
Mon sang était de feu, mes sens grondaient, je tombai comme étourdi sur un sopha.
Revenu de cette émotion, je calculai froidement ce que javais à faire pour surprendre la Comtesse: il le fallait à tout prix.
Je me décidai à l'observer pendant la nuit, à me cacher dans sa chambre à coucher. La porte vitrée d'un cabinet de toilette faisait face au lit. Je compris tout l'avantage de cette position; et, me dérobant, à l'aide de quelques robes suspendues, je me résignai patiemment à attendre l'heure du Sabbat.
J'étais à peine blotti, que la Comtesse parut, appelant sa Camériste, jeune fille au teint brun, aux formes accusées.
"Julie, je me passerai de vous ce soir. Couchez-vous.... ah! si vous entendiez du bruit dans ma chambre, ne vous dérangez pas, je veux être seule."
Ces paroles promettaient presque un Drame. Je m'applaudissais de mon audace.
Peu-à-peu, les voix du salon s'affaiblirent, la comtesse resta seule avec une de ses amies, Melle _Fanny_ B***. Toutes deux se trouvèrent bientôt dans la chambre et devant mes yeux.
Fanny. Quel fâcheux contre-temps! la pluie tombe à torrents, et pas une voiture.
Gamiani. Je suis désolée comme vous; par malencontre ma voiture est chez le sellier.
"F. -- Ma mère sera inquiète.
"G. -- Soyez sans crainte, ma chère Fanny, votre mère est prévenue, elle sait que vous passez la nuit chez moi. Je vous donne l'hospitalité.
"F. -- Vous êtes trop bonne, en vérité. Je vais vous causer de l'embarras.
"G. -- Dites, un vrai plaisir. C'est une aventure qui me divertit...... je ne veux pas vous envoyer coucher seule dans une autre chambre, nous resterons ensemble.
"F. -- Pourquoi? Je dérangerai votre sommeil.
"G. -- Vous êtes trop cérémonieuse.... voyons! Soyons comme deux jeunes amies, comme deux pensionnaires."
Un doux baiser vint appuyer ce tendre épanchement.
"G. -- Je vais vous aider à vous deshabiller. Ma femme de chambre est couchée, nous pouvons nous en passer....
"Comme elle est faite! heureuse fille! J'admire votre taille.
"F. -- Vous trouvez qu'elle est bien?
"G. -- Ravissante!
"F. -- Vous voulez me flatter....
"G. -- O merveilleuse! quelle blancheur! c'est à en être jalouse.
"F. -- Pour celui-là, je ne vous le passe pas, franchement vous êtes plus blanche que moi.
"G. -- Vous n'y pensez pas, enfant!... otez donc tout, comme moi. Quel embarras! on vous dirait devant un homme. Là! voyez dans la glace.... comme Pâris vous jetterait la pomme. Friponne! elle sourit de se voir si belle. -- Vous méritez bien un baiser sur votre front, sur vos joues, sur vos lèvres. Elle est belle partout partout....."
La bouche de la comtesse se promenait, lascive, ardente sur le corps de Fanny. Interdite, tremblante, Fanny laissait tout faire et ne comprenait pas.
C'était bien un couple délicieux de volupté, de grâces, d'abandon lascif, de pudeur craintive. On eut dit une Vierge, une Ange, aux bras d'une Bacchante en fureur.
Que de beautés livrées à mon regard, quel spectacle à soulever mes sens.
F. -- Oh! que faites-vous? laissez, Madame, je vous prie....
G. -- Non, non, ma Fanny, mon enfant ma vie, ma joie. Tu es trop belle, vois-tu! je t'aime! je t'aime d'amour, je suis folle!..."
Vainement l'enfant se débattait. Les baisers étouffaient ses cris. Pressée, enlacée, sa résistance était vaine La comtesse dans son etreinte fougueuse l'emportait sur son lit, l'y jetait comme une proie à dévorer.
"F. -- Qu'avez-vous! O dieu! Madame; mais c'est affreux!.... Je crie, laissez-moi.... vous me faites peur....."
Et des baisers plus vifs, plus pressés, répondaient à ces cris. Les bras enlacaient plus fort, les deux corps n'en faisaient qu'un.
"G. Fanny, à moi! à moi tout entière! viens! voila ma vie. Tiens!.... c'est du plaisir.... comme tu trembles, enfant.... Ah! tu cèdes....
"F: -- C'est mal! C'est mal! vous me tuez.. ah!.... je meurs.
"G. -- Oui, serres-moi, ma petite, mon amour. Serres bien; plus fort. Qu'elle est belle dans le plaisir!... Lascive!... tu jouis, tu es heureuse... oh! Dieu!
Ce fut alors un spectacle étrange. La Comtesse, I'oeil en feu, les cheveux épars, se ruait, se tordait sur sa victime que les sens agitaient à son tour. Toutes deux se tenaient, s'étreignaient avec force. Toutes deux se renvoyaient leurs bonds, leurs élans, étouffaient leurs cris, leurs soupirs dans des baisers de feu.
Le lit craquait aux secousses furieuses de la Comtesse.
Bientôt épuisée, abattue, Fanny laissa tomber ses bras. Pâle, elle restait immobile comme une belle morte.
La Comtesse délirait. Le plaisir la tuait et ne l'achevait pas. Furieuse, bondissante, elle s'élança au milieu de la chambre, se roûla sur le tapis, s'excitant par des poses lascives, bien follement lubriques, provoquant avec ses doigts tout l'excès des plaisirs....
Cette vue acheva d'égarer ma tête.
Un instant, le dégoût, l'indignation m'avaient dominé; je voulais me montrer à la Comtesse, l'accabler du poids de mon mépris. Les sens furent plus forts que la raison. La chair triompha superbe, frémissante. J'étais étourdi, comme fou. Je m'élançai sur la belle Fanny, nû, tout en feu, pourpré, terrible. Elle eut à peine le temps de comprendre cette nouvelle attaque que, déjà triomphant, je sentais son corps souple et frêle trembler, s'agiter sous le mien répondre à chacun de mes coups. Nos langues se croisaient brûlantes, acérées, nos âmes se fondaient dans une seule.
"F. -- Ah! Dieu!.... on me tue....."
A ces mots, la belle se raidit, soupire et puis retombe en m'inondant de ses faveurs.
Ah Fanny, m'écriai-je, attends... à toi... ah!....
A mon tour, je crus rendre toute ma vie.
Quel excès!.... Anéanti, perdu dans les bras de Fanny, je n'avais rien senti des attaques terribles de la Comtesse.
Rappelée à elle par nos cris, nos soupirs, transportée de fureur et d'envie, elle s'était jetée sur moi pour m'arracher à son amie. Ses bras m'étreignaient en me secouant, ses doigts creusaient ma chair, ses dents mordaient.
Ce double contact de deux corps suant le plaisir, tout brulants de luxure, me ravivait encore, redoublait mes désirs.
Le feu me touchait partout. Je demeurai ferme, victorieux au pouvoir de Fanny; puis, sans rien perdre de ma position, dans ce désordre étrange de trois corps se mêlant, se croisant, s'enchevêtrant l'un dans l'autre, je parvins à saisir fortement les cuisses de la Comtesse, à les tenir écartées au dessus de ma tête.
"Gamiani! à moi! portez-vous en avant, ferme sur vos bras!
Gamiani me comprit, et je pus à loisir poser ma langue active, dévorante sur sa partie en feu.
Fanny insensée, éperdue, caressait amoureusement la gorge palpitante qui se mouvait au dessus d'elle.
En un instant la comtesse fut vaincue, achevée.
"G. Quel feu vous allumez! C'est trop...... grâce!... oh!.... quel jeu lubrique! vous me tuez.... Dieu! j'étouffe."
Le corps de la Comtesse retomba lourdement de côté comme une masse morte.
Fanny plus exaltée encore, jette ses bras à mon cou, m'enlace, me serre, croise ses jambes sur mes reins.
"F. -- Cher ami! à moi... tout à moi. Modère un peu... arrête.... là.... ah!..... va plus vite... va donc..... oh! je sens!... je nage!.... je......"
Et nous restâmes l'un sur l'autre étendus, raides, sans mouvement; nos bouches entrouvertes, mêlées, se renvoyaient à peine nos haleines presque éteintes.
Peu à peu nous revînmes. Tous trois nous nous relevâmes et nous fûmes un instant à nous regarder stupidement....
Surprise, honteuse de ses emportements, la Comtesse se couvrit à la hâte. Fanny se déroba sous les draps; puis comme un enfant, qui comprend sa faute quand elle est commise et irréparable, elle se mit à pleurer: la Comtesse ne tarda pas à m'apostropher.
"G. -- Monsieur, c'est une bien misérable surprise. Votre action n'est qu'un odieux guet-à-pens, une lâcheté infâme.... vous me forcez à rougir."
Je voulus me défendre,
"G. -- Oh! Monsieur, sachez qu'une femme ne pardonne jamais à qui surprend sa faiblesse."
Je ripostai de mon mieux. Je déclarai une passion funeste, irrésistible; que sa froideur avait désespérée, réduite à la ruse, à la violence....
"D'ailleurs, ajoutai-je,
"Pouvez vous croire, Gamiani, que j'abuse jamais d'un secret que je dois plus au hasard qu'à ma témérité. Oh! non, ce serait trop ignoble. Je n'oublierai, de ma vie, l'excès de nos plaisirs, mais j'en garderai pour moi seul le souvenir. Si je fus coupable, songez que j'avais le délire dans le coeur, ou plutôt ne gardez qu'une pensée, celle des plaisirs que nous avons goûtés ensemble, que nous pouvons goûter encore.
M'adressant ensuite à Fanny, tandis que la Comtesse dérobait sa tête, feignait de se désoler
"Calmez vous, Mademoiselle. Des larmes dans le plaisir! oh! ne songez qu'à la douce félicité qui nous unissait tout à l'heure; qu'elle reste dans vos souvenirs comme un rève heureux, qui n'appartient qu'à vous, que vous seule savez. Je vous le jure, je ne gâterai jamais la pensée de mon bonheur en la confiant à d'autres."
La colère s'apaisa, les larmes se tarirent insensiblement, nous nous retrouvâmes tous les trois entrelacés, disputant de folies, de baisers, de caresses.... "Oh! mes belles amies, que nulle crainte ne vienne nous troubler. Livrons-nous sans réserve..... comme si cette nuit était la dernière A la joie, à la volupté.
Et Gamiani de s'écrier: "Le sort en est jeté, au plaisir. Viens Fanny..... baise donc, folle!.. tiens!... que je te morde.... que je te suce; que Je t'aspire jusqu'à la moëlle. Alcide, en devoir... Oh! le superbe animal! quelle richesse!....
Vous l'enviez, Gamiani, à vous donc. Vous dédaignez ce plaisir, vous le bénirez quand vous l'aurez bien goûté. Restez couchée Portez en avant la partie que je vais attaquer. Ah! que de beautés! quelle posture! Vîte, Fanny, enjambez la Comtesse, conduisez vous-même cette arme terrible, cette arme de feu; battez en brèche, ferme!. trop fort, trop vîte.... Gamiani!... ah..... vous escamotez le plaisir...."
La Comtesse s'agitait comme une possédée, plus occupée des baisers de Fanny que de mes efforts. Je profitai d'un mouvement qui dérangea tout, pour renverser Fanny sur le corps de la Comtesse, pour l'attaquer avec fureur. En un instant, nous fûmes tous les trois confondus, abîmés de plaisir.......
.................................
"G. -- Quel caprice, Alcide. Vous avez tourné subitement à l'ennemi...... oh! je vous pardonne, vous avez compris que c'était perdre trop de plaisir pour une insensible. Que voulez-vous? j'ai la triste condition d'avoir divorcé avec la nature. Je ne rève, je ne sens plus que l'horrible, l'extravagant. Je poursuis l'impossible. Oh! C'est bien affreux. Se consumer, s'abrutir dans des déceptions. Désirer toujours, n'être jamais satisfaite. Mon imagination me tue..... C'est être bien malheureuse!"
Il y avait dans tout ce discours une action si vive, une expression si forte de désespoir, que je me sentis ému de pitié. Cette femme souffrait à faire mal. -- "Cet état n'est peut-être que passager Gamiani; vous vous nourrissez trop de lectures funestes"
"G. -- Oh! non! non! ce n'est pas moi....
"Ecoutez: vous me plaindrez, vous m'excuserez peut-être.
"J'ai été élevée en Italie, par une tante restée veuve de bonne heure. J'avais atteint ma quinzième année et je ne savais, des choses de ce monde, que les terreurs de la religion. Toute en Dieu, je passais ma vie à supplier le Ciel de m'éviter les peines de l'Enfer.
"Ma tante m'inspirait ces craintes, sans les tempérer jamais par la moindre preuve de tendresse. Je n'avais d'autre douceur que mon sommeil. Mes jours passaient tristes comme les nuits d'un condamné.
"Parfois seulement, ma tante m'appelait le matin dans son lit. Alors, ses regards étaient doux, ses paroles flatteuses. Elle m'attirait sur son sein, sur ses cuisses et m'étreignait tout-à-coup dans des embrassements convulsifs; je la voyais se torde, renverser sa tête et se pâmer avec un rire de folle.
"Epouvantée, je la contemplais, immobile, je la croyais atteinte d'épilepsie.
"A la suite d'un long entretien qu'elle eut avec un Moine franciscain, je fus appelée et le révérend père me tint ce discours:
"Ma fille, vous grandissez. Déjà le démon tentateur peut vous voir. Bientôt vous sentirez ses attaques. Si vous n'êtes pure et sans tache, ses traits pourront vous atteindre; si vous êtes exempte de souillure, vous resterez invulnérable. Par des douleurs notre Seigneur a racheté le monde; par les souffrances vous racheterez aussi vos propres péchés. Préparez-vous à subir le martyr de la rédemption. Demandez à Dieu la force et le courage nécessaires: ce soir vous serez éprouvée.... Allez en paix, ma fille."
"Ma tante m'avait déjà parlé depuis quelques jours, de souffrances, de tortures à endurer pour racheter ses péchés, je me retirai, effrayée des paroles du Moine. -- Seule, je voulus prier, m'occuper de Dieu, mais je ne pouvais voir que l'image du supplice qui m'attendait.
"Ma tante vint me retrouver au milieu de la nuit. Elle m'ordonna de me mettre nue, me lava de la tête aux pieds et me fit prendre une grande robe noire serrée autour du cou et entièrement fendue par derrière. Elle s'habilla de même et nous partîmes de la maison en voiture.
"Au bout d'une heure, je me vis dans une vaste salle tendue de noir, éclairee par une seule lampe suspendue au plafond.
"Au milieu s'élevait un prie-Dieu environne de coussins.
"Agenouillez-vous, ma Nièce: préparez-vous par la prière, et supportez avec courage tout le mal que Dieu veut vous infliger
"J'avais à peine obéi, qu'une porte secrète s'ouvrit, un Moine, vêtu comme nous, s'approcha de moi, marmota quelques paroles: puis, écartant ma robe et faisant tomber les pans de chaque côté, il mit à découvert toute la partie postérieure de mon corps.
"Un léger frémissement échappa au Moine, extasié sans doute à la vue de ma chair; sa main se promena partout, s'arrêta sur mes fesses et finit par se poser plus bas.
"C'est par là que la femme pêche, c'est par là qu'elle doit souffrir, dit une voix sépulchrale...
Ces paroles étaient à peine prononcées, que je me sentis battue de verges, de noeuds de corde garnis de pointes en fer. Je me cramponnai au prie-Dieu, je m'efforçai d'étouffer mes cris, mais en vain, la douleur était trop forte. -- Je m'élançai dans la salle, criant: Grâce! grâce! je ne puis plus supporter ce supplice -- Tuez-moi plutôt. Pitié! je vous prie......
"Misérable lâche, s'écria ma tante indignée; Il vous faut mon exemple!
"A ces mots, elle s'exposa bravement toute nue, écartant les cuisses, les tenant élevées.
"Les coups pleuvaient; le bourreau était impassible. En un instant les cuisses furent en sang
"Ma tante restait inébranlable, criant par moments "plus fort... ah!.... plus fort encore!.
Cette vue me transporta, je me sentis un courage surnaturel, je m'écriai, que j'étais préte à tout souffrir.
"Ma tante se releva aussitôt et me couvrit de baisers brulants, tandis que le Moine liait mes mains, plaçait un bandeau sur mes yeux.
"Que vous dirai-je enfin. Mon supplice recommença, plus terrible: Engourdie bientôt par la douleur, j'étais sans mouvement, je ne sentais plus. Seulement, à travers le bruit de mes coups, j'entendais confusément des cris, des éclats, des mains frappant sur des chairs. C'étaient aussi des rires insensés, rires nerveux, convulsifs, précurseurs de la joie des sens. Par moment, la voix de ma tante, qui râlait la volupté, dominait cette harmonie étrange, ce concert d'orgie, cette saturnale de sang.
"Plus tard, j'ai compris que le spectacle de mon supplice servait à réveiller des désirs; chacun de mes soupirs étouffés provoquait un élan de volupté.