Florence historique, monumentale, artistique
Chapter 5
TABLEAU GÉNÉALOGIQUE DES MÉDICIS JEAN D'AVERADO--PICCARDA BUERI 1350-1429 _______________________|_____________________________ 1 COSME LE VIEUX 2 LAURENT Contessina Bardi souche de la branche cadette 1389-1464 1391-1450 ______________________|___________________________ + _________|____________ 1 PIERRE LE GOUTTEUX 2 JEAN 3 CHARLES | PIERRE FRANÇOIS LUCRÈCE Tornabuoni (fils naturel) | 1414-1469 | | ___________|______________________________________ _________|____________ 1 LAURENT LE MAGNIFIQUE 2 JULIEN 3 BLANCHE |1 LAURENT 2 JULIEN CLARISSE Orsini 1455-1478 4 NANINE | | 1448-1492 _______|______ 5 MARIE | | | | JULES (bâtard) | | | 1478-1533 | | | | PAPE ClémentVII | | | en 1523 | | | ___________|______________________________________ ____|_______ ___|____ 1 PIERRE II 2 JEAN 3 JULIEN 4 LUCRÈCE |PIERRE LAURENT JULIEN ALPHONSINE 1475-1522 Duc de Nemours 5 LOUISE FRANÇOIS +1504 Orsini PAPE Léon X 1470-1516 6 CONTESSINA| | 1471-1503 en 1510 | 7 MADELEINE | | | | épouse Cybo| | | | ______|______ ______|_____ | | | HIPPOLYTE INNOCENT Cybo| | | | (fils naturel) Cardinal | | | Cardinal | | | ____|_____________________________________________ | | 1 LAURENT Duc d'URBIN | | __________|____ MADELEINE de la Tour d'Auvergne CLARISSE | JEAN DES BANDES 1429-1519 | | NOIRES _____________|____________________________________ | 1498-1528 | | | 1 CATHERINE reine de France 2 ALEXANDRE (bâtard) LORENZACCIO Catherine 1519-1589 prem. Grand-Duc | Sforza MARGUERITE D'AUTRICHE | 1500-1527 | | + - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -+ | | _____________________________________________|____ GRAND-DUC COSME Ier--1515-1574 Eléonore de Tolède ________________________________________|__________________________________ 1 GRAND DUC FRANÇOIS Ier 2 Cardinal FERDINAND Bianca Capello--1557-1587 puis GRAND-DUC--1558-1609 _____________________________________________________________|_____________ 1 GRAND-DUC FERDINAND--1598-1670 2 Cardinal LÉOPOLD _______________|___________________________________________________________ 1 GRAND-DUC COSME II--1623-1743 2 FRANÇOIS MARIE Louise d'Orleans _______________|___________________________________________________________ FERDINAND {~DAGGER~} 1713 GRAND-DUC JEAN GASTON {~DAGGER~}1737
L'installation royale au palais Pitti, devenu désormais l'habitation des grands-ducs, attira une nuée de dessinateurs, de sculpteurs, de peintres chargés de ses embellissements. Les fêtes, les spectacles interrompus si longtemps par les malheurs publics, reprirent de plus belle. Cosme faisait exécuter les premiers opéras marquants dans l'histoire de la musique, il réorganisait l'université de Pise et fondait partout des académies. Plusieurs des principaux historiens du XVe siècle sont florentins et les Varchi, les Segni, les Nerli et les Pitti forment un rare assemblage d'esprits remarquables auxquels sont dus d'impartiaux et précieux documents sur l'histoire de leur pays. Sous ce régime fastueux, les étrangers affluèrent et ils furent dès lors la principale source de richesse d'une ville dont le trafic allait tous les jours diminuant.
Les Médicis avaient de tout temps habitué les Florentins aux désordres et à la licence de leur vie privée; mais, si grand qu'eût été le scandale, aucun n'était encore parvenu aux raffinements d'ignominie de Cosme et de ses successeurs. Pour Cosme, après avoir assassiné un de ses fils, fait mourir de chagrin sa femme Éléonore de Tolède, aimé d'un amour sacrilège sa fille Isabelle, il donna dans sa famille le plus affreux exemple de vices monstrueux.
A sa mort, en 1574, son fils, le grand-duc François, continua dignement les traditions paternelles. Héritier présomptif, il avait pris comme maîtresse une fille de la noble maison vénitienne des Capello, qui avait fui Venise au bras d'un amant et qui s'était réfugiée à Florence. François, éperdument épris de Bianca, voulait l'épouser; mais, comme le grand-duc avait arrangé pour son fils un mariage destiné à rehausser l'éclat de sa maison, il dut plier devant la volonté de Cosme et épousa Jeanne d'Autriche, sans pour cela cesser aucunement de vivre, comme par le passé, avec Bianca Capello.
François, devenu lui-même grand-duc et maître tout-puissant, fit construire pour elle une demeure somptueuse aux portes mêmes du palais Pitti. Un abandon si outrageux et si public frappa au coeur la malheureuse Jeanne d'Autriche qui mourut bientôt de chagrin, en faisant jurer à son mari d'abandonner cette femme néfaste et de se soustraire à son influence redoutable. Un an plus tard, François épousait sa maîtresse, et Bianca Capello devenait grande-duchesse de Toscane.
Au bout de plusieurs années passées parmi les plaisirs et les fêtes, Bianca n'ayant pas donné d'héritier au grand-duc, et obsédée par le désir fou d'exercer la régence, si François venait à mourir avant elle, eut recours à un simulacre d'accouchement et à une supposition d'enfant. Mais son beau-frère, le cardinal Ferdinand, découvrit la supercherie, et elle en conçut contre lui une haine si féroce qu'elle se résolut à l'empoisonner. Pour atteindre ses fins, elle lui servit une pâtisserie dont elle le savait friand et qu'elle lui disait avoir, par une attention délicate, confectionnée elle-même; mais cette tentative se retourna contre elle, car Ferdinand, animé des plus justes soupçons contre sa belle-soeur, déclina son offre, et le grand-duc, froissé de ce refus blessant, voulut à toute force faire honneur au gâteau, pour réparer l'affront fait à sa femme. L'empêcher d'y toucher, c'était se trahir, et comme, François mort, elle n'avait plus rien ni à espérer ni à attendre, elle prit résolument son parti et partagea avec lui ce funèbre repas.
Le lendemain, François et Bianca avaient cessé d'exister et Ferdinand, jetant sa barrette aux orties, montait sur le trône (1587).
Avec son règne commence pour la Toscane une ère de calme plat, d'insignifiance complète et de honteuse léthargie. A Ferdinand succédèrent Cosme II, son fils (1606-1621), Ferdinand II (1621-1670) et enfin Cosme III (1670-1723) dont le règne de cinquante années fut marqué par l'établissement des Jésuites en Toscane et par l'épuisement du trésor public pour subvenir aux frais de leur installation.
Cosme III avait épousé Louise d'Orléans, la fille de Monsieur et la soeur de la grande Mademoiselle, «qui lui fit voir le diable» à telle enseigne qu'il dut la laisser rentrer en France où elle resta sans jamais consentir à rejoindre son mari. Du reste, tout, pour Cosme, prend une tournure fatale. Il semble qu'un mauvais génie pèse sur cette race destinée à succomber fatalement. Poursuivi par de sinistres pressentiments, aussitôt son fils aîné en âge de se marier, Cosme l'unit à Violente de Bavière, princesse vertueuse, mais stérile, et de chagrin, Ferdinand se plongea dans de telles débauches qu'il y consuma rapidement sa vie. Le grand-duc s'empressa aussitôt de marier son second fils, Jean-Gaston, avec une princesse allemande destinée, semblait-il, à lui donner une nombreuse postérité; mais la princesse de Saxe-Lövenburg refusa toute soumission à son mari, et les interminables querelles qui attristèrent le ménage du père vinrent assaillir et troubler celui du fils. Aussi Jean-Gaston, à l'exemple de son frère, se plongea dans tous les excès, et les Toscans virent avec effroi un tel prince arriver à la toute-puissance, tant ses orgies monstrueuses étaient devenues un sujet d'horreur. Lorsque Jean-Gaston monta sur le trône, il était le dernier de sa race et il était mourant lui-même; il rappela pourtant tout ce qui lui restait de forces pour réagir contre la situation désespérée où il trouvait le pays, et son premier soin, à peine au pouvoir, fut de chasser les prévaricateurs et les vendeurs de places si chers à son père; aussi, après l'avoir méprisé et redouté, finit-on par le bénir et l'adorer.
Comme aucune humiliation ne devait être épargnée au dernier des Médicis, d'après le droit réservé par Charles-Quint et Clément VII, le roi d'Espagne Philippe V, du vivant même de Jean-Gaston, lui nomma un successeur en la personne de son fils, l'infant don Carlos. A peine ce jeune prince avait-il pu faire apprécier son heureux naturel, qu'il fut appelé à la conquête du royaume des Deux-Siciles et qu'il abandonna la Toscane sans retour. On ne consulta pas davantage Jean-Gaston pour installer, à la place de don Carlos, le prince François de Lorraine, auquel on donnait la Toscane en dédommagement de ses États réunis à la France. Lorsque le grand-duc mourut, en 1737, le pays était plongé dans un tel marasme qu'il ne chercha même pas à recouvrer son indépendance et accepta ces changements de maître et de dynastie, sans aucune velléité de résistance (1745).
En 1801, par la paix de Lunéville, le grand-duc Ferdinand de Lorraine renonça à la Toscane qui, en treize années, eut un semblant d'indépendance comme république, fut incorporée à l'empire français et devint royaume d'Étrurie, pour faire, en 1814, retour à ses anciens maîtres.
Les grands-ducs de la maison de Lorraine se succédèrent avec des fortunes diverses jusqu'en 1860, où, par un plébiscite, la Toscane se réunissait définitivement au nouveau royaume d'Italie, et retrouvait dans l'unité qui se fondait, la vie éteinte depuis des siècles.
TOPOGRAPHIE GÉNÉRALE DE FLORENCE
_Florence_, divisée par l'Arno en deux parties inégales, est située dans une riante et fertile vallée où descendent les dernières ramifications des Apennins, dont le cirque imposant l'entoure de toute part.
Des hauteurs environnantes les points de vue sur Florence sont innombrables et de partout se découvrent ses monuments, ses églises, ses palais et ses tours sous l'aspect séduisant et élégant qui la caractérise.
Les anciens remparts, construits de 1285 à 1388, out cédé la place aux longs boulevards des quartiers neufs, prolongés à l'ouest sur les rives de l'Arno jusqu'aux Cascines.
Les portes, ainsi que les anciens ponts de l'Arno, sont mieux conservées. Six ponts mettent en communication les deux rives du fleuve, sur lesquels deux suspendus relient, à l'extrémité sud de la ville, le viale duca di Genova à la barrière San Niccolò et, à l'extrémité nord, la place Victor-Emmanuel aux Cascines.
+Ponts anciens+.
1° _Ponte alle Grazie_, le plus ancien de tous, fut construit en 1237.
2° _Ponte Vecchio_, dont la fondation remonte, dit-on, à l'époque romaine. Maintes fois détruit et rebâti, il doit à Taddeo Gaddi son aspect définitif (1302). Il est bordé de boutiques occupées dès 1593 par les orfèvres; elles sont surmontées par la longue galerie qui met en communication le musée des Offices et le palais Pitti et sont interrompues dans la partie centrale du pont où la galerie n'est plus soutenue que par trois arcades ouvertes, d'où l'oeil embrasse l'admirable perspective de l'Arno.
3° _Ponte Santa Trinita_, fondé en 1252 et reconstruit vers 1567 par Bartolommeo Ammanati.
4° _Ponte alla Carraja_, bâti en 1218, détruit par la fameuse inondation de 1333, fut reconstruit aussitôt en 1337 et fut finalement restauré et modifié par Ammanati en 1572.
Sur les deux rives du fleuve s'étendent les larges quais formant le _Lung'Arno_; seule, la partie de la rive gauche comprise entre le Ponte Vecchio et le Ponte Santa Trinita a conservé son caractère et ses vieilles maisons dont les fondations reposent dans le fleuve.
Les rues de Florence laissent une grande impression de sévérité imposante, due à ses anciens palais dont les constructions massives lui conservent l'aspect d'un autre âge, comme leurs noms mêmes évoquent le souvenir des familles illustres et des corporations de la République.
Sur la rive droite, les principales artères sont:
La _via Tornabuoni_, qui va du Ponte Santa Trinita au coeur de la ville.
La _via Calzajuoli_, qui, parallèle à la précédente, relie la place de la Seigneurie à celle du Dôme.
Enfin la _via Cerretani_, qui réunit la place du Dôme à Sainte-Marie Nouvelle.
RIVE DROITE (LE CENTRE)
I
DU DOME AUX OFFICES
LA PLACE DU DOME ET SES MONUMENTS. LA VIA CALZAJUOLI ET OR SAN MICHELE. LA PIAZZA DELLA SIGNORIA, LA LOGGIA DEI LANZI ET LE PALAIS VIEUX.
LA PLACE DU DOME forme le coeur de Florence et réunit trois des plus beaux monuments de l'art: le Baptistère, le Dôme et le Campanile. LE BAPTISTÈRE (San Giovanni Battista), ancienne cathédrale de Florence, est un petit édifice octogonal à trois étages et à coupole. Il offre un des types les plus curieux de l'architecture romane italienne, avec la modification qu'elle subit dès le XIe siècle, sous l'action de Nicolas de Pise (1274) quand elle fut ramenée par ses découvertes au sentiment de l'antique. Ce n'était pourtant ni à Nicolas, ni même à Jean qu'était réservé l'honneur de fonder à Florence l'école des Pisans, mais bien à leurs élèves ANDREA PISANO et ARNOLFO DI CAMBIO, et à ces derniers la ville allait devoir ses plus beaux monuments.
Les premiers travaux d'ARNOLFO à Florence furent le dégagement et le revêtement du Baptistère dont les abords étaient encombrés de sarcophages et d'urnes funéraires, tandis que les faces extérieures en étaient bigarrées d'incrustations et d'inscriptions juxtaposées au hasard et en désordre.
Dans cette restauration qui eut lieu en 1293, ARNOLFO fit enlever tout ce qui déparait l'extérieur du monument et lui donna de la grâce et de la légèreté en dégageant le soubassement presque enseveli dans le sol. Il appliqua ensuite sur chaque angle de l'octogone deux pilastres corinthiens soutenant une corniche couronnée d'un second étage de même ordre, coupé de trois longues fenêtres à fronton. Enfin, pour achever cette belle décoration, il disposa des plaques en marbre noir de Prato dans les parties pleines ménagées entre les grandes lignes de l'architecture, tandis que, dans le troisième étage en retrait, il répétait sur chaque face les pilastres à chapiteaux corinthiens.
Trois portes donnent accès au Baptistère. Dès 1321, les Consuls avaient résolu de faire couler en bronze des portes pour Saint-Jean-Baptiste; seulement, comme il ne se trouvait alors à Florence aucun artiste en état d'entreprendre ce travail, la Seigneurie donna mission à un orfèvre florentin d'étudier les portes de Pise et de se rendre ensuite à Venise, qui passait alors pour posséder seule des fondeurs capables d'un pareil ouvrage.
Pendant le cours de ces recherches, ANDREA PISANO avait obtenu, par l'entremise de son ami Giotto, la commande d'une des portes, et cela, malgré les lois de la ville et l'interdiction absolue de donner du travail à un étranger. Aussi son contrat spécifiait-il qu'«il ne devrait livrer qu'un modèle de porte en terre ou en cire, dont l'exécution resterait confiée aux maîtres vénitiens».
Ce fut en l'année 1330 que ceux-ci entreprirent les opérations de la fonte, et, bien qu'elles aient duré jusqu'en 1332, elles se trouvèrent définitivement si manquées, qu'il ne fut pas possible de les reprendre en sous-oeuvre. Andrea eut alors commission de mener à bien une nouvelle fonte, qu'il réussit en l'espace de deux mois (1335).
La porte d'ANDREA PISANO, divisée en vingt compartiments, est consacrée aux différents traits de la vie de _saint Jean-Baptiste_. De plus, dans sa partie inférieure, elle comporte huit panneaux de moindre dimension, avec les figures des Vertus.
PORTE DU SUD DU BAPTISTÈRE D'ANDREA PISANO (1335)
_________________________________ _________________________________ | | || | | | JOACHIM | JOACHIM || JEAN | JEAN | | ET | CHASSÉ || DEVANT | MIS | | L'ANGE | DU TEMPLE || HÉRODE | EN PRISON | | | || | | |---------------------------------||---------------------------------| | RENCONTRE DE | || LES DISCIPLES | LES DISCIPLES | | JOACHIM ET DE | NAISSANCE || DE JEAN | DE JEAN | | Ste ÉLISABETH | DE || DEVANT SA | INTERVIENNENT | | A LA PORTE DORÉE | St JEAN || PRISON | AUPRÈS | | | || | DE JÉSUS | |---------------------------------||-----------------|---------------| | JOACHIM ÉCRIT | || FESTIN | | | SUR DES TABLETTES| St JEAN || D'HÉRODE. | DÉCOLLATION | | LE NOM QU'IL | DANS || SALOMÉ | DE | | VEUT QU'ON DONNE | LE DÉSERT || DANSE AU SON | St JEAN | | A SON FILS | || DU VIOLON | | |---------------------------------||---------------------------------| | | || SALOMÉ | SALOMÉ | | PRÉDICATION | St JEAN || PRÉSENTE A | APPORTE A | | DE | RENCONTRE || HÉRODE LA TÊTE | HÉRODIADE LA | | St JEAN | JÉSUS-CHRIST || DE St JEAN | TÊTE DE | | | || | St JEAN | |---------------------------------||---------------------------------| | | || LE CORPS DE | ENSEVELISSE | | JEAN | BAPTÊME || St JEAN | ENSEVELISSE_ | | BAPTISE LES | DE || EST RENDU A | MENT DE | | NÉOPHYTES | JÉSUS-CHRIST || SES DISCIPLES | St JEAN | | | || | | |---------------------------------||---------------------------------| | | || | | | | || | | | SPES | FIDES || CHARITAS | HUMILITAS | | | || | | | | || | | |---------------------------------||---------------------------------| | | || | | | | || | | | FORTITUDO | TEMPERANTIA || JUSTITIA | PRUDENTIA | | | || | | | | || | | |---------------------------------||---------------------------------|
+Vantail de gauche+ +Vantail de droite+
Dans cette maîtresse oeuvre, le progrès réalisé sur les Pisans est considérable. Andrea y devine les lois de la perspective, épargne les figures et modère les mouvements. Il est aussi sobre de plans et de lignes que ses maîtres en furent prodigues, et rencontre du premier coup, comme Giotto, les lignes mères de la composition, c'est-à-dire l'ordonnance la plus simple et la plus claire. Tous les motifs sont conçus avec une parfaite convenance au sujet, et sont traités avec un sentiment profond, exprimé par des gestes harmonieux et sans violence, tels que les veut la gravité sculpturale. Si le sujet traité par Pisano est calme, les plis sont rares, comme, par exemple, dans la composition des Vertus; tandis qu'au contraire, si la scène réclame du mouvement ou dénote l'agitation intérieure, les plis se pressent, toutefois sans abondance inutile, et le maître a su donner à ses figures une grâce d'attitude qui fait de son oeuvre une sorte de trait d'union entre l'art antique et l'art moderne.
Il reste à observer combien, en cela encore semblable à Giotto, le maître néglige l'indication du lieu; ses groupements sont au plus sur deux rangs, si bien que ses plans, rapprochés de la conception hellénique, présentent les premières figures en haut relief et les secondes en bas-relief.
La porte finie, la République donna pour récompense à l'artiste pisan le droit de bourgeoisie, accordé rarement et seulement aux étrangers de la plus haute distinction, ou d'un mérite éclatant. Placée à l'entrée principale de l'est, c'est-à-dire en face l'autel, elle dut, en 1446, céder la place à la porte de Ghiberti et fut transportée sur la face sud, qu'elle occupe depuis. C'est lors de ce transfert que le fils de Ghiberti, VITTORIO, l'entoura de la riche guirlande de fleurs et de fruits qui en fait le délicieux encadrement.
Après la mort de Pisano, l'achèvement des portes du Baptistère resta suspendu et ce fut seulement à la suite de la fameuse peste de 1403 que la Seigneurie en décida l'exécution. A cet effet, fut ouvert un concours dont le sujet était l'histoire de Jésus-Christ et auquel prirent part les DELLA QUERCIA, les NICCOLÒ d'AREZZO, les BRUNELLESCHI et les GHIBERTI, et où la préférence devait être donnée à la composition la plus rapprochée de l'oeuvre d'Andrea Pisano. Brunelleschi s'étant retiré, GHIBERTI l'emporta en dernier lieu; il avait alors vingt-cinq ans.
Dans cette porte où il était strictement limité par l'obligation de se subordonner à l'oeuvre gothique, Ghiberti adopta la même division en vingt panneaux supérieurs et en huit inférieurs contenant les figures des Évangélistes et des Pères de l'Église, et encadra chaque châssis de têtes saillantes, tandis qu'il couvrait les chambranles de fleurs, de fruits ou d'oiseaux. Cependant, si les figures dépassent celles de la porte gothique comme animation et comme expression, elles n'atteignent pas à la grandeur sévère et à la sérénité calme de celles d'Andrea. Elles ont pourtant une grâce ingénue et juvénile dont s'exclut encore tout soupçon de maniérisme et l'art plastique y atteindrait la perfection, si Lorenzo avait mieux compris les conditions du bas-relief, et son incapacité à exprimer les saillies nuancées, les plans successifs ou les profondeurs feintes. Ce grave défaut de son style, déjà sensible dans cette première oeuvre, devait par ses développements ultérieurs entraîner la sculpture dans une voie funeste.
PORTE DU NORD DU BAPTISTÈRE DE GHIBERTI (1403)