Florence historique, monumentale, artistique
Chapter 18
+SAINTE-MARIE NOUVELLE+ ---- _Mur du fond du choeur_ __________________________________________________________ | | | | | COURONNEMENT DE | | | | LA VIERGE | | | | | | | |__________________________________________________________| | | | | | | | | | SAINT | | SAINT PIERRE| | | | | | FRANÇOIS | | martyr | | | | | |_____________| FENÊTRE |_____________| | | | | | | | | | | | SAINT JEAN- | |ANNONCIATION | | | | | | BAPTISTE | | | | | |_____________| |_____________| | | | | | | | Femme de | | JEAN | | | | | | JEAN | | TORNABUONI | | | | | | TORNABUONI | |_____________|______________________________|_____________|
+La Chapelle+, à gauche du choeur, a été décorée d'un revêtement de marbre par JULES DE SANGALLO. Elle renferme le fameux _Christ_ de BRUNELLESCHI exécuté pour un concours entre lui et Donatello.
+La Chapelle Strozzi+, placée en face de la chapelle Ruccellai, occupe le fond du transept à gauche. On y accède également par un double escalier. Ses trois murs sont décorés de fresques d'ORCAGNA, ouvrage le plus important qui existe, consacré au Jugement dernier d'après le Dante. Sur le mur de gauche, _le Jugement dernier_, et sur celui du fond, _le Paradis_, sont d'Andrea. Sur le mur de droite, _l'Enfer_ est de son frère NARDO ORCAGNA; c'est de beaucoup la moins bonne des fresques. La grande préoccupation du moyen âge, la vie future et les terreurs de l'au-delà, surgit tout entière dans un sujet que les artistes du temps affectionnaient tout particulièrement et dont ils cherchaient l'interprétation aussi bien dans les prophéties que dans l'Apocalypse. En effet, le terrible esprit de l'époque trouvait pleine matière à se développer, dans les vengeances et les châtiments d'un Jéhovah terrible, et nul thème ne pouvait exercer sur les esprits une plus étrange fascination; aussi, lorsque, poussé par cette attraction, Dante fut amené à composer son admirable poème, il répondait si exactement aux aspirations de ses contemporains, que les premiers «Cantica» à peine parus eurent sur l'art un retentissement énorme. Giotto fut le premier interprète du poète, et bientôt après, les Orcagna, chargés par les Strozzi de la décoration de leur chapelle, firent de son oeuvre le thème de leurs compositions.
La muraille, peinte par Nardo, retrace tout le cycle du premier chant de l'_Enfer_; mais l'artiste, faute de place, ayant supprimé tous les épisodes gracieux, n'en laissa subsister que la tragique horreur. Le même motif le força à serrer tellement ses figures et à leur donner de si petites dimensions que ce défaut, aggravé par la mauvaise perspective d'alors et l'absence de tout savoir technique, le fit rester au-dessous du but qu'il s'était proposé.
La descente à l'Enfer commence dans la partie supérieure où les âmes dirigées sur les «sombres bords» sont attendues par Cerbère pour être conduites devant Pluton en train de festoyer.
Au-dessous, Caron, «le nocher funèbre», les conduit à travers l'Achéron à l'entrée du gouffre où le premier des cercles infernaux est peuplé par les prodigues et les avaricieux roulant leur éternel rocher.
Cette partie est séparée des cercles inférieurs, ceux des désespérés, par un mur crénelé, que lèchent les flammes, symbole du feu dévorant où sont consumées les âmes vouées au désespoir éternel.
On y voit les suicidés condamnés à s'entre-tuer toujours dans des bois sombres habités par les harpies, les parricides plongés jusqu'au cou dans un affreux lac de sang où ils sont éternellement rejetés par des centaures placés sur la rive qui les empêchent à coups de flèches de regagner le bord, les luxurieux brûlés par une pluie de feu; puis les cercles vont toujours en se rétrécissant et en s'obscurcissant davantage autour de ceux qu'ils enveloppent pour l'exécution de leurs terribles châtiments. Ils montrent les simoniaques la tête plongée dans le feu, les immondes la tête retournée, les voleurs en proie aux serpents, les fauteurs de scandale coupés en morceaux, les alchimistes et les faux monnayeurs s'entre-battant. Enfin, au centre de cette terrifiante composition, un démon colossal, debout dans une cuve remplie de serpents, dévore Judas, pendant que les traîtres, plongés dans la cuve et déchirés par les serpents, attendent semblable supplice.
_Le Paradis_ d'André Orcagna, dont les extases font face à ces horreurs, est d'un art tout différent. Les belles figures qui composent la foule innombrable des élus tiennent le milieu entre l'art réaliste d'un Giotto et l'idéalisme d'un Angelico; c'est à ce dernier que sembleraient plutôt appartenir les deux admirables figures d'anges musiciens agenouillés sur des nuages aux pieds du Christ et de la Vierge.
Sur le mur du fond coupé par la fenêtre, Orcagna a peint _le Jugement dernier_ auquel assistent des groupes d'hommes et de femmes et où, suivant l'esprit démocratique de l'époque, toutes les classes sociales sont confondues, l'empereur et le pape comme le mendiant.
Le retable sur fond d'or représente le Christ glorieux confiant d'une main à saint Pierre les clefs de l'Église, tandis que de l'autre il remet le livre de la _Somme_ à saint Thomas d'Aquin présenté par la Vierge. Sur les volets du retable sont peints saint Michel et sainte Catherine, saint Laurent et saint Paul.
+La Sacristie+, ouverte à gauche sur le transept, contient un joli _lavabo_ en terre vernissée, plaqué à l'intérieur de faïence; il a été exécuté en 1497 par JEAN DELLA ROBBIA.
Au bas de la chapelle Strozzi, une porte conduit à quelques marches descendant sur une galerie appelée le +Sepolcreto+ dont les voûtes cintrées reposent sur des piliers octogonaux. Cette galerie a un grand intérêt par toutes les petites plaques commémoratives enchâssées dans le mur et dont la plupart portent en relief les écussons de presque toutes les nobles familles florentines. Une de ces plaques particulièrement belle est de Pisano et montre le donateur et la donatrice agenouillés aux pieds de la Vierge.
Le Sepolcreto débouche sur le cloître appelé aussi Cloître vert, de la couleur des fresques en camaïeu dont il est décoré.
+Le Cloître vert+ est entouré d'une galerie formée d'arcs reposant sur des piliers octogonaux. Il a été peint par ANDREA ORCAGNA, pour les scènes de la Genèse, et par PAOLO UCCELLO, pour _le Déluge_, _le Sacrifice_ et _l'Ivresse de Noé_, fresques en camaïeu vert sur fond rouge.
Les trois compositions d'Orcagna sont presque entièrement détruites, on y trouve pourtant encore quelques belles figures.
I. _Création des animaux_, _Création de l'homme et de la femme_, _Adam et Ève mangent le fruit défendu_.
II. _Adam et Ève chassés du Paradis_; _Ève filant_, ravissante figure de la Renaissance; _Adam piochant_. Dans le bas (détruit) étaient _Caïn et Abel_.
III. _Mort de Caïn_ sous la flèche de Lameth, _Noé construisant l'Arche_, _Noé faisant entrer les animaux dans l'Arche_ (détruit).
La fameuse fresque du _Déluge_ d'UCCELLO continue la série. Aucun artiste n'a poussé le fanatisme du réalisme plus loin qu'Uccello dont le nom, malgré l'extravagance bizarre de l'artiste, se rattache pourtant à des progrès techniques de premier ordre. Dans cette fresque peinte en 1446, tous les peintres purent venir apprendre le modelé et la perspective; mais, à côté de beautés de premier ordre, les grotesques inventions abondent. Les victimes expérimentent des appareils de sauvetage de toute sorte et plus ou moins saugrenus. L'un a placé autour de son cou une bouée; l'autre s'est réfugié dans une cuve; d'autres encore grimpent sur des échelles, nagent sur des planches, ou tentent de se sauver à cheval. L'arche colossale, dont on ne voit que la coque, occupe un côté entier, et Noé y apparaît.
Les autres fresques sont très détériorées; celle de l'Arche de Noé a pourtant conservé intact le groupe de ses trois fils, dont l'un, détaché de profil sur une treille, est une superbe et énergique figure.
Sur la droite du cloître s'ouvre la salle du chapitre appelée +Chapelle des Espagnols+, «Cappella degli Spagnuoli». Elle est éclairée par deux belles fenêtres ouvertes sur le cloître de chaque côté de la porte, dont les élégantes sculptures sont protégées par de belles grilles en fer à rinceaux découpés.
La chapelle, commencée en 1322, fut achevée en 1355 et magnifiquement décorée de fresques dont l'ensemble embrasse le cycle à peu près complet des croyances philosophiques, théologiques et religieuses du moyen âge. Ces peintures superbes et admirablement conservées sont attribuées par Vasari à TADDEO GADDI et à SIMONE MEMMI de Sienne. Le mur de droite par Simone Memmi représente _l'Église militante et l'Église triomphante_. Celui de gauche, par TADDEO GADDI, montre _l'Église personnifiée par saint Thomas d'Aquin_ dominant et protégeant toutes les connaissances humaines. Sur le mur du chevet coupé par l'enfoncement de l'autel est peint en forme d'éventail _le Calvaire_, avec d'un côté _le Chemin de Croix_ et de l'autre _la Descente aux Limbes_. Enfin les peintures de la voûte représentent des scènes de la _Vie de Jésus-Christ_.
I.--_L'Église militante et l'Église triomphante_. Pendant que saint François prêchait une merveilleuse doctrine de charité et de tolérance, saint Dominique répandait sur le monde une foi sombre, ascétique et intolérante, car l'Église, pour lui, ne pouvait arriver au triomphe final que par l'emploi de moyens violents aussi bien contre les hérétiques que contre les fidèles.
Interprète de cette idée, le maître a symbolisé les deux grandes forces du moyen âge, l'Empereur et son Conseil, le Pape et son Concile assis devant l'église Sainte-Marie des Fleurs, personnifiant ici l'omnipotence de l'Église. Aux pieds du Pape sont couchées les brebis de la chrétienté gardées par les chiens noirs et blancs dominicains, «Domini canes», tandis que d'autres chiens poursuivent et mordent les loups hérétiques auxquels ils arrachent les brebis qu'ils tentent de ravir. En avant, à gauche, se tient le groupe des religieux et religieuses de tous les ordres, tandis qu'à droite sont les laïques, parmi lesquels on reconnaît les portraits célèbres de Pétrarque, de Boccace, de Giotto, de Cimabue et de Laure, devant lesquels sont agenouillés les pauvres et les infirmes. Sur la droite, la fresque est consacrée à l'application des théories dominicaines.
A.--Saint Dominique discute avec les hérétiques.
B.--Saint Dominique ayant convaincu les hérétiques, les fait se prosterner devant l'Évangile, tandis qu'un Archange déchire les livres hérésiarques.
C.--Au-dessus de ces sujets se trouve une rangée de petits personnages intermédiaires, dansant au son d'un tambour de basque, devant quatre personnages assis figurant des péchés mortels.
D.--Le haut de la composition est formé par un dominicain écoutant la confession d'un homme agenouillé, un second dominicain qui lui donne l'absolution au seuil du Paradis où l'introduit un troisième.
E.--Le Paradis occupe tout le haut de la fresque à gauche. D'après l'Apocalypse, le Christ y est représenté trônant sur l'arc-en-ciel entre deux anges; il est environné des Symboles des quatre Évangélistes, l'Agneau mystique est couché à ses pieds, et il tient d'une main l'Évangile, et de l'autre la clef du monde.
II.--_Triomphe de saint Thomas d'Aquin_. Le saint, les Évangiles à la main, trône en haut de la fresque; il écrase sous ses pieds Arius, Sabellius et Averroès, les trois grands hérésiarques.
A ses côtés sont assis, rangés l'un près de l'autre, les Évangélistes et les Prophètes alternant.
La partie inférieure est divisée en quatorze niches où trônent des figures de femmes, symbolisant toutes les connaissances de l'époque. Devant chacune d'elles est assis plus bas son principal adepte; toutes ces figures, d'une attitude un peu raide, ne varient guère que par l'expression des physionomies.
1°--Le droit civil et l'empereur Justinien.
2°--Le droit ecclésiastique et le pape Clément V.
3°--La théologie spéculative et Pietro Lombardo.
4°--La théologie pratique et Severino Boccio.
5°--La foi et saint Denis l'Aréopagite.
6°--L'Espérance et saint Jean Damascène.
7°--L'amour sacré et saint Augustin.
8°--L'arithmétique et Pythagore.
9°--La géométrie et Euclide.
10°--L'astronomie et Ptolémée.
11°--La musique et Tubalcaïn.
12°--La dialectique et Zénon d'Élée.
13°--La rhétorique et Cicéron.
14°--La grammaire avec Donato ou Priscien.
III.--_Le Calvaire_. La composition remplit un cintre divisé en trois parties dont le Calvaire occupe la plus haute. Le Portement de croix part du bas de la fresque, à gauche, pour monter au Calvaire. Dans le bas, à droite, est représentée la Descente de Jésus aux limbes, dont la porte s'écroule devant lui sur Satan. Cette partie, tout à fait remarquable, est peut-être la meilleure de la chapelle comme art et comme sentiment.
La fresque du mur d'entrée est en partie détruite: elle représentait, d'un côté, les prédications de saint Dominique; de l'autre, celles de saint Thomas d'Aquin, et au-dessous, des miracles opérés par les deux saints.
IV.--La voûte, divisée par les nervures en quatre parties angulaires, est occupée par des fresques symboliques.
I. Au-dessus de l'Église militante et triomphante, _la Barque de Pierre_, symbole des tempêtes qui peuvent assaillir l'Église, sans jamais la submerger.
II. Au-dessus du Calvaire, _la Résurrection_.
III. Au-dessus du triomphe de saint Thomas d'Aquin, _la Pentecôte_, symbole de toute science considérée comme don divin.
IV. Au-dessus de l'entrée, _l'Ascension_. Au delà du Cloître vert s'étend le Grand Cloître, aujourd'hui cour de l'École des Cadets.
+La Pharmacie+ de l'ancien couvent, «la Spezeria» (Via della Scala), possède dans une petite pièce des fresques dures et heurtées de SPINELLO ARETINO, _histoire de la Passion_.
+SAINT-JACQUES DE RIPOLI+. Au tympan de la porte, bas-relief des DELLA ROBBIA. _Le Christ entre Saint Thomas et un Saint_.
+A l'intérieur+, l'église contient la meilleure oeuvre de RIDOLFO GHIRLANDAJO, le _Mariage mystique de sainte Catherine_ exécuté vers 1505, sous la double influence de ses maîtres, Léonard et son père. La couleur admirable de ce tableau et sa tenue sobre et énergique l'ont fait longtemps attribuer au Vinci; c'est une oeuvre de premier ordre.
+ÉGLISE SAN FRANCESCO DE VANCHETONI+ (Via del Palazzuolo). Cette église conserve quelques ouvrages remarquables de DONATELLO. Deux admirables _bustes d'enfants_ semblent être des portraits, tant leur originalité est puissante. L'un est un enfant à l'air triste et presque morose, tandis que l'autre, d'après la peau de chèvre de sa draperie, paraît être un Saint Jean-Baptiste adolescent.
+L'ÉGLISE D'OGNISSANTI+, édifiée en 1524, et remaniée en 1627, n'offre comme architecture rien d'intéressant. Dans le tympan de la porte principale, bas-relief de DELLA ROBBIA, _le Couronnement de la Vierge_. +A l'intérieur+, entre le troisième et le quatrième autel, sont deux fresques, oeuvres de premier ordre: l'une de BOTTICELLI, l'autre de GHIRLANDAJO.
La fresque de BOTTICELLI, peinte en 1480, représente _Saint Jérôme_; c'est un chef-d'oeuvre autant par le fini précieux des détails que par l'anatomie puissante et large et par la profonde ferveur religieuse qui anime la figure du saint. Saint Jérôme, beau vieillard vêtu de la pourpre cardinalice, est assis devant une table, où il est accoudé et paraît réfléchir profondément. Ce qui est extraordinaire d'art minutieux, ce sont les multiples objets posés sur cette table; les pupitres à écrire et à lire, les parchemins, les livres, les lunettes, les ciseaux et jusqu'au tapis d'Orient qui la recouvre, tout dénote la précision et l'amour du détail, poussés à l'extrême.
Le _Saint Augustin_ de Ghirlandajo a malheureusement pâli; il est également assis devant une table, l'aménagement peu compliqué de la pièce contraste fortement avec la fresque précédente. Le visage est admirable, et les mains surtout sont d'un modèle parfait.
+La Sacristie+ est décorée d'une grande fresque, de l'école de Giotto, _Christ en croix_ entouré d'anges, probablement une oeuvre de FRANCESCO DA VOLTERRA (1350).
Au fond du transept, un escalier conduit à une chapelle où un _Christ_ de Giotto est un premier et timide essai d'anatomie dans ce sujet.
+Dans l'ancien Réfectoire+ du couvent ouvert sur le cloître, GHIRLANDAJO a peint en 1480 +la Cène+. A cette époque, le maître avait accepté la décoration complète à fresque de l'église, mais le travail ne fut jamais exécuté et la fresque du réfectoire est la seule trace subsistant de ce projet dont elle était destinée à être le commencement. Ghirlandajo s'y montre en pleine possession de son beau talent; le dessin est large; les figures, bien composées, sont supérieures par l'élévation de la pensée, et il ne s'y trouve aucune trace de la sécheresse qu'on pourrait quelquefois reprocher à l'artiste.
Le ravissant _tabernacle_ qui surmonte la porte d'entrée fut exécuté par AGOSTINO DI DUCCIO en 1463. Ce bijou est digne du meilleur et du plus cher élève de LUCA DELLA ROBBIA. Il a malheureusement été repeint.
RIVE GAUCHE
+PITTI, JARDINS BOBOLI, ÉGLISE SAINTE-FÉLICIE, PALAIS BIANCA CAPELLO, ÉGLISE SAN SPIRITO, SANTA MARIA DEL CARMINE+.
+LE PALAIS PITTI+, situé sur la partie la plus élevée de Florence, fut commencé en 1440 par BRUNELLESCHI pour Lucca Pitti, l'adversaire acharné des Médicis, dont il voulait éclipser le luxe, à défaut de la puissance.
Pierre de Médicis ayant noyé dans le sang la fameuse conspiration des Pazzi (1446) dont Pitti était un des principaux conjurés, le palais resta inachevé jusqu'au XVIe siècle où il devint l'apanage d'Éléonore de Tolède, femme du grand-duc Cosme Ier. C'est vers cette époque que les grands-ducs le relièrent aux Offices par une galerie destinée à leur ouvrir une retraite en cas de soulèvement.
Le palais a une immense façade, lourde et froide, dont l'effet désagréable est encore aggravé par les ailes ajoutées de 1620 à 1631, alors que, devenu résidence des grands-ducs, il se trouva insuffisant.
Il renferme, sous le nom de Galerie Pitti, la riche collection de tableaux formée par les cardinaux Léopold et Charles de Médicis, ainsi que par le grand-duc Ferdinand. La galerie compte plus de cinq cents numéros disséminés dans les beaux salons de l'aile gauche, dont les noms sont tirés des sujets de leurs plafonds.
SALLE DE L'ILIADE
N° 201.--TITIEN. _Portrait du Cardinal de Médicis_, de haute et fière allure; il fut peint en 1532, après la campagne contre les Turcs, à laquelle avait pris part le cardinal, qui porte le costume hongrois.
N° 219.--PÉRUGIN. _Vierge adorant l'Enfant_, avec beaucoup de repeints.
N° 185.--GIORGIONE (attribué maintenant au Titien), _le Concert_.
Deux moines et un jeune homme coiffé d'un chapeau à plume font de la musique. Ce chef-d'oeuvre est admirable de coloris, de modelé et de belle lumière chaude et dorée.
N°207.--RIDOLFO GHIRLANDAJO. _L'Orfèvre_. Ce portrait célèbre a dû à sa perfection de passer longtemps pour un ouvrage de Léonard de Vinci.
N° 208.--FRA BARTOLOMMEO. _La Vierge sur un trône_ (1512).
Ce beau tableau est l'ancien retable de l'église San Marco. Si, par l'expression un peu commune, il manque de dignité et si la peinture a noirci, il n'en est pas moins une merveille de composition.
SALLE DE SATURNE
N° 178.--RAPHAEL. _La Madone du Grand-Duc_. La plus belle des Vierges de Raphaël, peinte en 1505, lorsqu'il était encore sous l'influence du Pérugin, pour la couleur et le jet de la draperie, mais la composition et le dessin y procèdent directement de Masaccio et de Fra Bartolommeo.
La tête de la Vierge est un bijou de modelé et l'enfant qu'elle tient assis sur sa main est exquis. Ce petit chef-d'oeuvre, exécuté pour le grand-duc Ferdinand, fut conservé comme une sorte de palladium dans la famille Médicis, de là lui vient son surnom de «Vierge du Grand-Duc».
N° 179.--SÉBASTIEN DEL PIOMBO. _Martyre de Sainte Agathe_. Ce tableau, peint en 1520 sous l'influence romaine, est une belle oeuvre inspirée par le style et le large dessin de Michel-Ange, mais avec un coloris sobre d'une grande tenue.
N° 174.--RAPHAEL. _Vision d'Ézéchiel_. Ce petit tableau peut encore être rangé dans l'ordre des tableaux symboliques, tels que les comprenait le moyen âge, dont le but était de rendre frappantes pour les masses les idées morales jointes aux faits matériels contenus dans l'Apocalypse et les deux Testaments. Mais, dans la _Vision d'Ézéchiel_, Raphaël a donné la beauté et la grandeur de la
Renaissance à l'ancien ordre de sentiments; il a représenté Dieu le Père sous les traits d'un Jupiter Olympien porté sur les nues par les symboles des quatre Évangélistes, et dont les bras étendus pour bénir sont supportés par deux anges.
L'homme, attribut de saint Matthieu, qui a traité particulièrement la vie humaine du Christ, se tient seul agenouillé aux pieds de Dieu qui bénit en lui l'humanité dont le Christ assuma toutes les souffrances.
Cette très petite composition, traitée avec la finesse de la miniature, est malheureusement rendue moins agréable par l'emploi de tons un peu lourds.
N° 164.--PÉRUGIN. _La Déposition de Croix_. Ce tableau, peint à Florence en 1495, offre une collection de têtes passives sans aucun contraste, le tout plus intéressant par une excellente composition et l'égalité du fini que par la profondeur du sentiment.
N° 159.--FRA BARTOLOMMEO. _Résurrection du Christ entre les Évangélistes_. Ce tableau est peut-être ce que le maître a donné de plus parfait; jamais on n'a poussé plus loin et allié davantage la grandeur de la composition et la profondeur noble et grave du sentiment. Les deux adorables enfants placés au bas du tableau tiennent un miroir où le Frate a reflété comme paysage le monde.
+PALAIS PITTI+