Florence historique, monumentale, artistique
Chapter 14
L'artiste exécuta ces peintures dans sa jeunesse, vers 1510. Le paysage a quelque importance, mais n'est pas suffisamment traité; ce ne sont plus les fonds idéalisés et mystérieux des primitifs, et d'autre part les artistes de l'époque d'Andrea sont encore loin de la perfection des maîtres qui rendront plus tard si merveilleusement la nature; ce sont des oeuvres d'une époque de transition, n'ayant plus les qualités des anciens maîtres, sans pour cela avoir encore celles des nouveaux. Dans les fresques de l'Annunziata les personnages manquent de mouvement, mais leur défaut principal est l'absence de la foi profonde, de l'émotion et des sentiments vrais qu'auraient mis dans un tel sujet les «Quatrocentisti».
A droite, deux belles compositions d'Andrea del Sarto sont très supérieures aux précédentes.
1° _L'Adoration des Mages_ bien groupée, avec le portrait de Sansovino tourné vers le spectateur, et au premier plan le portrait du peintre par lui-même.
2° _La Naissance de la Vierge_ (1514), représentée dans une riche chambre du XVIe siècle avec des femmes portant les beaux costumes de l'époque. Au milieu de cette fresque remarquable, deux portraits de femmes dont l'une est la Lucrezia Fede, la terrible femme de l'artiste.
Les trois médiocres fresques suivantes sont dues à des amis ou à des élèves d'Andrea: _Le Mariage de la Vierge_ par FRANCIABIGIO (1513). _La Visitation_ par le PONTORMO (1516). _L'Assomption_ par ROSSO (1517).
+L'intérieur de l'Église+, décoré au XVIIe siècle avec une triste somptuosité, consiste en une nef unique sur laquelle donnent des chapelles latérales, et qui aboutit à une grande rotonde où se trouve le choeur entouré de chapelles rayonnantes. A gauche de l'entrée, sous un baldaquin du XVIIe siècle de très mauvais goût, s'ouvre la chapelle «della Vergine Annunziata», construite aux frais de Pierre de Médicis par MICHELOZZO en 1448. Derrière l'autel, une Vierge miraculeuse, fresque du XIIIe siècle, est l'objet d'une grande vénération.
Au-dessus de la porte qui conduit du croisillon gauche au cloître des Servites est une fresque d'ANDREA DEL SARTO, «la Madone au Sac» (_Madonna del Sacco_), peinte en 1525, et justement considérée comme un chef-d'oeuvre; elle est d'une grâce charmante avec des figures bien groupées. Saint Joseph debout, appuyé sur un sac, lit à côté de la Vierge assise à terre. Près de la fresque d'Andrea est le _tombeau des Falconieri_, fondateurs de l'église: sarcophage supporté par des consoles. Dans le deuxième cloître, grande statue de _Saint Jean-Baptiste_ en terre cuite, bel ouvrage où MICHELOZZO a reproduit le Saint Jean qu'il avait placé dans le fameux reliquaire du musée du Dôme.
ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS (46, Via Ricasoli)
+Salle I+.--N° 31.--BALDOVINETTI. _La Trinité_.
N° 27.--ANGELICO. Retables.
+Salle à Coupole+.--MICHEL-ANGE. _David_.--Le _David_ fut sculpté en 1501 par Michel-Ange tout jeune, qui fut rappelé de Rome tout exprès pour tirer d'un gigantesque bloc de marbre mal venu, une colossale statue destinée à être placée devant le Palais Vieux. Loin d'être arrêté par cette difficulté de métier, jamais Michel-Ange ne semble avoir été plus en possession de son admirable talent, plus maître de son art, que dans cette juvénile figure où la justesse des rapports, la perfection du modelé et le fini parfait excitent la plus vive admiration. Le maître a choisi l'instant où le héros va lancer sa fronde, et l'attente du geste décisif est parfaitement marquée par l'expression sévère et concentrée du visage qui frappe par sa ressemblance avec celui du _Saint Georges_ d'Or San Michele, ce chef-d'oeuvre de Donatello.
MICHEL-ANGE. Ébauche pour un _Saint Mathieu_. C'est la seule ébauche des statues des Apôtres que Michel-Ange devait exécuter pour Sainte-Marie des Fleurs, oeuvre infiniment intéressante, puisqu'elle permet de saisir sur le fait son procédé de travail et sa préoccupation de mener de front l'étude de la forme et la recherche de l'effet. Dans l'espèce de grande dalle où la statue est encore engagée, il semble que le maître ait dessiné au ciseau toutes les valeurs, jusqu'à donner à l'oeuvre l'aspect du bas-relief ou à produire l'impression d'un puissant et singulier carton.
__________________________________ | | | V | | SALLE DU PRINTEMPS | | | |________________________________| | | | | | DESSINS | | | |____________________| | | | | _________| SALLE | / | | D'ANGELICO | Via Ricasoli | | | \ | | | | |____________________|_________________________ | | | | | | | II | SALLE I | E | | | N | SALLE | PRIMITIFS | T | | | R | A | | É | |_____________________________________________| E | COUPOLE | | | | | | | | | | COUR | | | | | | INTÉRIEURE | | | | | | | | | | |_________|_____________________________________________| | | | | | | | | | SALLE III | | | | | | | | | |_______________________________________________________|
+Grande Salle III+.--N° 36.--MASACCIO. _La Conception_.
Sainte Anne, la Vierge et l'Enfant. Il est intéressant de constater dans cette oeuvre de jeunesse du maître, combien son idéalisme d'alors était déjà combattu par son entraînement au réalisme et au naturalisme.
N° 41.--FRA FILIPPO LIPPI. _Couronnement de la Vierge_, oeuvre tardive de 1441. Ce grand tableau, malheureusement très abîmé, est surchargé de personnages; de plus, comme le sujet principal est placé sur le second plan, il en perd toute grandeur. Le défaut ordinaire de Lippi, qui est de raplatir la tête de ses figures, a été poussé ici à un désagréable excès. Dans ce tableau, Lippi s'est peint lui-même à genoux et les mains jointes.
N° 42.--FRA FILIPPO LIPPI. _L'Annonciation_, belle prédelle de 1441.
Nos 37 et 39.--ANDREA DEL CASTAGNO. _Sainte Madeleine_ et _Saint Jean-Baptiste_, figures ascétiques d'un grand caractère.
N° 38.--ANDREA DEL CASTAGNO. _Saint Jérôme en prière_.
N° 32.--GENTILE DA FABRIANO. _Adoration des Mages_. Ce chef-d'oeuvre célèbre fut peint pour Palla Strozzi en 1423. Sorte d'Angelico ombrien, Gentile évoque un monde tout idéal, tout fantaisiste; il couvre ses personnages de vêtements somptueux où l'or tient la plus grande place, mais un or traité à la manière des icônes byzantines, c'est-à-dire en relief avec des incrustations et des gravures. Son goût prononcé pour la zoologie se traduisit par la recherche des animaux extraordinaires qu'il a figurés dans le cortège des Mages. Peu de tableaux laissent une aussi délicieuse impression de poésie et de fraîcheur.
N° 34.--FRA ANGELICO. _La Déposition de la Croix_. Ce chef-d'oeuvre, d'une simplicité grandiose, est d'une perfection de composition, d'une profondeur de sentiment, d'une pureté de dessin qui en font une des plus impressionnantes oeuvres du XVe siècle. La croix occupe le centre, et le corps du Christ en est détaché par saint Jean accompagné d'un groupe de disciples qui soutiennent le cadavre. D'autres groupes admirables sont composés de la Vierge, des Saintes Femmes et d'hommes qui contemplent avec commisération les instruments de la Passion montrés par l'un d'eux.
Les montants du cadre sont garnis de douze délicates petites figures de saints et les trois gâbles qui le surmontent représentent _la Visite des Saintes Femmes au tombeau_, _la Résurrection_ et _l'Apparition à la Madeleine_. Pour bien apprécier cette oeuvre de premier ordre, il faut se faire à un coloris d'une vivacité et d'une crudité de tons rares, même chez l'Angelico.
N° 43.--ANDREA VERROCCHIO. _Baptême de Jésus-Christ_. On a longtemps considéré ce tableau comme la seule peinture complète du Verrocchio, mais on est arrivé à reconnaître que l'oeuvre, loin d'avoir jamais été achevée par lui, avait été terminée par son élève, Léonard de Vinci. La seule part attribuée maintenant à Verrocchio est la figure de saint Jean-Baptiste et le paysage du fond. L'artiste, avec le caractère plutôt abrupt de son talent et sa passion de l'anatomie et de la vérité, a trouvé un sujet digne de lui dans la figure réaliste et ascétique du précurseur, modelée en pleine lumière. Cette partie, un peu dure, forme un saisissant contraste avec les deux délicieuses figures d'anges agenouillés que Léonard a traitées en clair obscur, avec tout le charme de son incomparable génie.
N° 46.--SANDRO BOTTICELLI. _La Vierge, l'Enfant Jésus, la Madeleine, sainte Catherine, saint Damien, saint Cosme et divers saints_. Un des premiers ouvrages de Sandro et non des meilleurs. Les figures sont encore très influencées de celles de son maître, POLLAJUOLO.
N° 47.--SANDRO BOTTICELLI. _Couronnement de la Vierge_. Un des plus grands tableaux d'autel du maître.
N° 52.--SANDRO BOTTICELLI. _La Vierge sur un trône entre des anges et des saints_. Ces deux tableaux prouvent surabondamment combien le talent de Botticelli était rebelle aux sujets religieux.
N° 49.--FRA FILIPPO LIPPI. La belle _Madone avec quatre Saints_ sous une architecture, est une des bonnes oeuvres du maître. Elle est remarquable par la facture des vêtements.
N° 50.--GHIRLANDAJO. _L'Adoration des Bergers_, peinte vers 1485, est à peu près analogue à celle des Innocenti. L'influence de Van der Goes et de l'oeuvre de l'hôpital Santa Maria Nuova y est également sensible. Cet ouvrage, à bien des égards, est excellent; on y retrouve la scrupuleuse conscience de Ghirlandajo et, grâce à son coloris plus calme, il est d'un aspect plus agréable que le retable des Innocenti.
N°53.--PIERRE PÉRUGIN. _Le jardin de Gethsemani_.
N° 56.--PIERRE PÉRUGIN. _Crucifixion_. Ces deux tableaux furent peints par le Pérugin vers 1496, c'est-à-dire à cette période de sa vie où, par son absence de conviction artistique, il sacrifiait exclusivement à la grâce et à l'afféterie et laissait dans ses compositions une large place à de beaux paysages de convention.
N° 55.--PIERRE PÉRUGIN. _Assomption_, avec quatre saints dans le bas du tableau.
Cette grande composition, très conventionnelle, date de l'époque des fresques du Cambio avec lesquelles elle a de grands rapports de manière (1500).
N° 58.--PIERRE PÉRUGIN. _Pieta_. Ce tableau célèbre est une oeuvre de jeunesse intéressante par sa singulière ordonnance et son architecture classique. Malheureusement l'expression des visages et l'attitude des personnages sont toujours de la plus désolante banalité.
N° 54.--LUCA SIGNORELLI. _La Vierge avec le Christ, deux Saints et les archanges Michel et Gabriel_. Remarquable tableau d'autel d'un coloris vif et fondu tout à la fois.
N° 57.--FILIPPINO LIPPI. _Descente de Croix_. Ce tableau d'autel, resté inachevé par suite de la mort de Filippino (1504), fut repris et terminé par le Pérugin.
N° 59.--ANDREA DEL SARTO. _Quatre Saints_.
N° 63.--Prédelle de ces tableaux avec la Vie de ces Saints. Ces deux très belles compositions sont de la même époque et de la même manière que les admirables fresques des Scalzo (1528).
Il est intéressant de constater combien, à cette date, André del Sarto était impressionné par le génie d'Albert Dürer.
N° 66.--FRA BARTOLOMMEO. _Apparition de la Vierge à saint Bernard_, oeuvre de jeunesse (1506) avec encore un peu de sécheresse dans les contours et malheureusement d'une mauvaise conservation.
N°69.--FRA BARTOLOMMEO. _Saint Vincent_.
Nos 78 et 82.--FRA BARTOLOMMEO. _Têtes d'Apôtres_. Ces morceaux de fresques sont de premier ordre et donnent le plus utile renseignement sur la hauteur de vues, la noblesse de sentiments et la belle intégrité artistique du Frate.
+Salle IV (Salle d'Angelico)+.--Cette salle contient un véritable trésor d'oeuvres de l'Angelico qui, avec des qualités différentes, sont toutes inspirées de son exquise poésie symbolique et mystique.
N° 41.--_Le Jugement dernier_. Composition où se meuvent une multitude de petites figures d'une exécution relativement peu soignée pour l'Angelico. La partie la plus intéressante du tableau est constituée par une ravissante farandole de petits anges qui se déroule dans le Paradis, au milieu d'une prairie émaillée de fleurs.
Si Angelico est, par excellence, le peintre des joies célestes, il est moins apte à exprimer l'angoisse et la douleur des damnés, aussi la partie de l'enfer laisse-t-elle à désirer.
N° 16.--Six petits panneaux. _Vies et supplices des saints Cosme et Damien_.
Nos 11, 24.--Huit panneaux divisés en compartiments et formant trente-cinq sujets de la Vie de Jésus-Christ. Ils sont d'inégale valeur et plusieurs sont de la main de Baldovinetti. Toutefois, quelques-uns, comme finesse et perfection, sont de vraies miniatures. Parmi ceux-ci: _la Fuite en Égypte_, _la Flagellation_, _le Portement de Croix_, _Jésus dépouillé par les soldats et les Saintes Femmes au tombeau_ sont hors ligne.
N° 20.--_Couronnement de la Vierge_, petit médaillon de la plus grande finesse.
N° 21.--_Le Christ à mi-corps, debout dans le tombeau_, entouré de toutes les _scènes de la Passion_. Cette belle conception, particulièrement affectionnée par l'Angelico, est d'un dessin large et savamment modelé.
PIERRE LORENZETTI.--Quatre épisodes très archaïques de la _Vie de saint Nicolas de Bari_.
N° 31.--FRA BARTOLOMMEO. _Savonarole sous l'aspect de saint Pierre martyr_.
N° 18.--PÉRUGIN. Beaux portraits de _Baldassare Monaco_ et de _don Biagio Milanesi_, moines de Vallombreuse. La beauté, la simplicité et la sévérité de ces deux profils de moines les ont longtemps fait attribuer à Raphaël comme oeuvre de jeunesse.
+Salle V+.--Cartons.--Collection d'admirables cartons de Fra Bartolommeo.
Carton du _David_, de Michel-Ange.
+Salle VI+.--N° 22.--ANTONIO DEL POLLAJUOLO. _Saint Augustin_, âgé. Admirable figure d'évêque debout, crossé et mitré.
N° 23.--ANTONIO DEL POLLAJUOLO. _Sainte Monique_, superbe figure de vieille femme, pendant du précédent.
N° 24.--VERROCCHIO. _Tobie et les trois Archanges_.
Les archanges Michel, Gabriel et Raphaël accompagnent le jeune Tobie retournant chez son père. Cette oeuvre admirable est une des premières du Verrocchio et l'analogie du type des Archanges avec ceux du _David_ au Bargello et du _Saint Jean-Baptiste_ dans le _Baptême_ de l'Académie est frappante.
La gravité, la noblesse et la beauté des figures, la minutieuse recherche des anatomies, le réalisme scrupuleux poussé jusqu'aux moindres plis des vêtements, enfin la poésie du délicieux paysage du fond, tout concourt à placer ce tableau parmi les productions les plus parfaites des Quatrocentisti.
N° 19.--LUCA SIGNORELLI. _La Madeleine agenouillée au pied de la Croix_. Cette page a la dureté et la crudité de couleur trop ordinaires chez Signorelli, défauts amplement rachetés du reste par la beauté de la composition et la profondeur et l'émotion uniques chez lui.
Le fond en perspective représente la Déposition, la Mise au sépulcre, et la Visite des Saintes Femmes au tombeau.
N° 16.--DOMINIQUE GHIRLANDAJO. _Vierge entre des anges et divers saints_, excellent ouvrage de jeunesse.
N° 12.--FRA FILIPPO LIPPI. _Naissance de Jésus-Christ_, retable de médiocre valeur, seulement intéressant comme étant le tableau de l'autel de la chapelle Riccardi auquel aboutissait toute la composition de Benozzo Gozzoli.
Nos 6, 7, 8, 9.--SANDRO BOTTICELLI. _Le Christ ressuscitant_.--_Salomé avec la tête de Saint Jean-Baptiste_.--_Visions de Saint Augustin_.--_Mort de Saint Augustin_.--Quatre adorables petits panneaux oblongs.
N° 20.--SANDRO BOTTICELLI. _L'archange Raphaël et Tobie_, tableau très abîmé, mais d'un délicieux sentiment. Les deux figures, rapprochées de celles du tableau du Verrocchio, expliquent l'attribution erronée de cette peinture faite longtemps à Sandro. Au bas, petite figure agenouillée du donateur Strozzi, dont les armes occupent le haut du tableau.
N° 27.--SANDRO BOTTICELLI. _Allégorie du Printemps_, tableau exécuté en 1462 sur la commande de Pierre de Médicis et destiné avec celui du musée des Offices, «l'Arrivée de Vénus à Cythère», à sa villa de Castello. C'est un chef-d'oeuvre de paganisme mythologique, interprété avec toute la subtilité, tout le raffinement d'un «décadent» de la Renaissance. Il puisa son sujet dans le passage du cinquième livre de Lucrèce, où le poète décrit ainsi le réveil de la nature:
«Sur l'aile de Zéphyr le doux Printemps renaît et Vénus daigne sourire aux champs rajeunis. Sur leurs pas Flore, mère facile, épanche ses parfums et émaille les prés de ses dons enchanteurs.»
Comment Botticelli a-t-il traduit la pensée de Lucrèce? Dans un bois, figuré par des arbres chargés de fleurs et de fruits, dont les silhouettes noires sont violemment découpées sur un ciel pâle, s'ouvre une clairière semée de mille fleurs, traitées avec la patiente minutie de la miniature. Sur ce chemin fleuri s'avance Vénus précédée des Grâces et de Mercure, et suivie de la figure allégorique du Printemps. Flore, poursuivie par Zéphyr, occupe l'extrême droite du tableau, et l'Amour, les yeux bandés, vole au-dessus des groupes en décochant ses flèches.
Les sept personnages, presque aussi grands que nature, sont traités avec l'art le plus consommé autant par la perfection du dessin que par l'agrément du coloris. Les femmes, avec les formes élancées et un peu grêles chères à Botticelli, sont vêtues de gazes transparentes voilant à peine leur belle nudité. Une seule figure, la figure si énigmatique du Printemps, porte une tunique compliquée, semée de fleurs sur fond blanc; les cheveux fauves, coupés court, encadrent son délicieux visage et son expression étrange donne à sa physionomie quelque chose de problématique et de captivant. Les dimensions de cet ouvrage lui assureraient un rang à part dans l'oeuvre de Botticelli, si d'ailleurs des qualités de premier ordre ne l'y plaçaient de droit.
+LE COUVENT DE SAN MARCO+, fondé par les moines de l'ordre de Saint-Sylvestre, fut concédé aux dominicains par le pape Martin V, sur les instances de Cosme l'Ancien, leur zélé protecteur, auquel l'ordre devait d'être rentré à Florence après en avoir été précédemment expulsé. Le couvent fut magnifiquement restauré par Michelozzo de 1436 à 1443, et Fra Angelico de Fiesole passa plusieurs années de sa vie à le décorer de ses fresques.
Le génie de Giotto avait contenu en germe toute la peinture italienne, c'est-à-dire l'idéalisme et le réalisme. Par la grandeur des choses vues de loin, il rehaussa la vérité des choses vues de près estompées sur le vif; en un mot, il conçut le premier l'union du symbole et du portrait.
Un demi-siècle après la mort de ce grand homme, alors que s'épanouissait la génération de ses élèves, deux courants se formèrent dont la source remontait également à son génie. Tandis que des artistes tels que les Masolino, les Masaccio ou les Fra Filippo Lippi développaient la peinture dans le sens de la vérité individuelle et du portrait, d'autres, comme Fra Giovanni de Fiesole, s'attachaient au spiritualisme puisé dans l'oeuvre de Giotto ou inspiré par le platonisme de Dante et donnaient le jour à une peinture destinée, semble-t-il, à illustrer les missels du Paradis.
L'Angelico fut la plus haute manifestation de cet art et San Marco la plus parfaite expression de son talent.
Les fresques multiples que renferme le couvent ne sont pas des oeuvres destinées à la critique ou au jugement d'un nombreux public. Elles devaient, en décorant des cellules où personne ne pénétrerait, ne servir qu'à l'édification ou à l'enseignement des moines, et Angelico pouvait se livrer, sans préoccupation mondaine, tout entier à l'inspiration de son âme. Beaucoup de ces fresques, sans recherche d'anatomie ou de dessin quelconque, sont très légèrement indiquées et c'est parfois de celles où ces défauts sont le plus accusés que se dégage l'impression la plus vive; on les dirait éclairées par une sorte de lumière intérieure dans le rayonnement de laquelle, toute trace de procédé matériel s'effaçant, elles apparaissent comme dans une atmosphère de pure spiritualité.
Le même état d'âme se manifeste au couvent de San Marco dans Baccio della Porta, dit Fra Bartolommeo, devenu moine en 1501, sous l'impression terrible qu'avait produite en lui la mort affreuse de son ami Savonarole. Après plusieurs années passées sans toucher à ses pinceaux, il les reprit par ordre du prieur, et c'est de cette époque que datent toutes ses admirables compositions religieuses où s'accuse si profondément le tour extatique et mystique de son esprit.
Il reste enfin à parler du plus célèbre des hôtes de San Marco, de celui dont le nom a marqué dans l'histoire de son pays, de celui dont la pensée grave et austère tenta la réforme morale et religieuse d'une époque déjà dissolue: de Jérôme Savonarole. A la fin du XVe siècle les regrets causés par l'affaiblissement de la foi et la perte de la liberté, les écarts des lettres et les périls de l'indépendance nationale provoquèrent à Florence une violente réaction politique et religieuse dont l'apôtre fut Jérôme Savonarole, un moine mystique doublé d'un tribun.
Cet homme sut, dans la païenne Florence d'alors, amener une révolution complète, il sut établir une république théocratique animée du souffle divin et fonder sur la puissance populaire la réforme des moeurs et le mépris des arts. Il tomba, sous le persiflage des libertins de la Renaissance, sous les attaques de l'aristocratie, sous les foudres de la papauté et sous ses propres excès, mais en laissant le souvenir pur d'un apôtre, d'un prophète et d'un martyr.
Jérôme Savonarole naquit à Ferrare en 1452, et une vocation irrésistible l'ayant entraîné vers les ordres, il entra en 1475 chez les dominicains de Florence, à l'âge de vingt-trois ans.