Félicité: Étude sur la poésie de Marceline Desbordes-Valmore

Part 7

Chapter 72,769 wordsPublic domain

Que je lui dise: «Viens, plus d’absence entre nous, Viens, j’expiai pour toi ton infidèle flamme» Il me reconnaîtra. Saisi d’un doux remords Il ne verra plus que mon âme, Il me trouvera belle alors. -- Et ta main, du repos marquant l’étroit espace Y jeta quelques fleurs pour y garder ta place. -- Et moi, quand dans la tombe on me fera descendre Des papillons légers voleront-ils sur moi? Les oiseaux viendront-ils y chanter sans effroi? Les rayons du soleil toucheront-ils ma cendre? -- Et le pauvre interdit à ta porte fermée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Humble fille de la nature[50] Elle aimait la fleur sans culture Qui naît et meurt au fond des bois. Son âme brûlante et craintive Aimait l’eau mobile et plaintive. Qui répond aux plaintives voix. Comme l’impatiente abeille Quitte une rose moins vermeille Emportant dans les airs son parfum précieux Cette jeune Albertine _en silence éveillée_ Quittant avant le soir sa couronne effeuillée Vient de s’en retourner aux cieux. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Pourquoi ces tendres fleurs dans leur avril écloses Tombent-elles souvent sans attendre l’été? -- On verra par mes soins, quelque feuille de lierre De son étroit asile embrasser le contour. -- Contemplez ce nuage. Hélas! il nous ressemble, Il va vite. En courant, levez parfois les yeux. N’ayez peur, mes amis, je serai dans les cieux.[51] -- Depuis j’allai m’asseoir aux tombes délaissées, Leur tranquille silence éveillait mes pensées, Y cueillir une fleur me semblait un larcin. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Autrefois... qu’il est loin le jour de son baptême Nous entrâmes au monde un jour qu’il était beau: Le sel qui l’ondoya fut dissous sur moi-même, Et le prêtre pour nous n’alluma qu’un flambeau. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Oui, je reconnaîtrai tes traits pâles, charmants, Miroirs de la piété qui marchait sur tes traces, Qui pleurait dans ta voix, angélisait tes grâces, Et qui s’enveloppait dans tes doux vêtements. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Oui tu ne m’es qu’absente, et la mort n’est qu’un voile Albertine! et tu sais l’autre vie avant moi. Un jour j’ai vu ton âme aux feux blancs d’une étoile, Elle a baisé mon front, et j’ai dit: «c’est donc toi!» -- Enfant, quand je pleurais, sans le voir de mes yeux D’un ange, autour de moi, je sentais la présence. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Et je ne l’entends plus. J’entends toujours mon âme! Toujours elle se plaint; jamais elle ne dort: Et cette âme où passa tant de pleurs, tant de flamme, Le ciel qui la sait toute en voudra-t-il encor? -- Car on dit que longtemps encore L’âme retourne au monument, Glissant du ciel à chaque aurore Pour épier ce qu’elle adore Et que parfois c’est vainement. -- L’homme achète longtemps le bienfait de la mort. -- Et le vrai, c’est la mort!--et j’attends son secret. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Oh! ce sera la vie. Oh! ce sera vous-même, Rêve, à qui ma prière a tant dit: je vous aime. Ce sera pleur par pleur et tourment par tourment Des âmes en douleurs le chaste enfantement. -- O vie! ô fleur d’orage! ô menace! ô mystère! O songe aveugle et beau! Réponds! ne sais-tu rien en passant sur la terre Que ta route au tombeau?

--«Ingrate, a dit la vie, à qui donc l’espérance, Fruit divin de ma fleur? Vous retournerez-vous vers un jour de souffrance Dans l’éternel bonheur?

Si vous n’entendez pas tant de voix éternelles, Que sert de vous parler? Vos pieds sont las, pliez! Dieu vous mettra des ailes, Et vous pourrez voler.

De vos fronts consternés, mères inconsolables Les cyprès tomberont, Quand, pour vous emmener, messagers adorables, Vos enfants descendront.

Vos sanglots se perdront dans de longs cris de joie, Quand vous verrez la mort Bercer aux pieds de Dieu son innocente proie Comme un agneau qui dort.

La mort, qui reprend tout, sauve tout sous ses ailes; Sa nuit couve le jour, Elle délivre l’âme, et les âmes entre elles Savent que c’est l’amour!»[52] -- Un enfant plus léger, plus peureux de la terre Et qui s’en retournait habillé de mystère -- J’ai peur de voir tomber les voiles de mon âme J’ai peur qu’elle s’en aille à la porte des cieux Pleurer longtemps et nue, et devant bien des yeux. --

Mourir! on ne meurt pas quand on le pense. Une âme Prend ses ailes longtemps avant de s’envoler. -- Peut-être qu’à son insomnie Ton âme suspendue un soir De sa pénitence finie, Viendra respirer et s’asseoir Puis ouvrant doucement la porte Du séjour où Dieu la remporte Elle me dira: «Ne crains rien» _Les cieux sont grands, les morts sont bien_.

J’ai déjà tant d’âmes aimées Sous ce lugubre vêtement! Tant de guirlandes parfumées Qui pendent au froid monument, Par le souffle mortel atteintes D’où mon nom sortait plein d’amour, Et qui m’appelleront un jour!

Notre corps ne faisait plus d’ombre Comme dans ce triste univers Et notre âme n’était plus sombre: Le soleil passait au travers. -- La mort vient de fermer les plus beaux yeux du monde, Nous ne les verrons plus qu’en regardant les cieux. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . O beauté souveraine à travers tous les voiles.[53] _Tant que les noms aimés retourneront aux cieux_ Nous chercherons Delphine à travers les étoiles Et son doux nom de sœur humectera nos yeux. -- Tel qu’un homme hâté s’arrête de courir Et dit en lui: «C’est vrai pourtant il faut mourir.» Puis qui reprend sa route avec la tête basse Comme si d’un fardeau son épaule était lasse? Ah! c’est que des points noirs troublent un ciel vermeil Quand nos yeux éblouis ont trop vu de soleil... -- Elle entre, et bien des yeux qui paraissent fermés (la lune) Sont par des pleurs sans bruit ouverts et consumés. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . N’as-tu pas pour cortège un flot de jeunes âmes Mêlant à ses lueurs de vacillantes flammes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Nous avons mis leurs noms sous des touffes de roses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Merci! toi qui descends des divines montagnes Pour éclairer nos morts épars dans les campagnes Dans leur étroit jardin tu viens les regarder, Et contre l’oubli froid tu sembles les garder. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Au bout de tes rayons promenés sur nos fleurs, Comme un encens amer prends un peu de mes pleurs. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . -- Plus loin des moissonneurs penchés sur leur faucille Devinaient et plaignaient ce poids de jeune fille _Au deuil blanc_, car pressé de vivre et de souffrir _L’homme partout s’attarde à regarder mourir_. -- Tandis que de ses yeux la mémoire infidèle S’effaçait, comme on voit aux approches du soir Par degrés se ternir les clartés d’un miroir -- Faite à souffrir Devant pour être morte, Si peu mourir. . . . . . . . . . . . . . . Quand l’_autre moissonneuse Forte en tous lieux_ -- Quand la nuit descendit sur l’ardent paysage Quand tout bruit s’effaça l’astre au tendre visage Vers une croix nouvelle allongea ses fils d’or Comme un baiser de mère à son enfant qui dort. -- Le sourire défaille à la plaie incurable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Adieu sourire, adieu jusque dans l’autre vie Si l’âme, du passé n’y peut être suivie! Mais si de la mémoire on ne doit pas guérir. A quoi sert, ô mon âme, à quoi sert de mourir? -- Il est du moins au-dessus de la terre Un champ d’asile où monte la douleur; J’y vais puiser un peu d’eau salutaire Qui du passé rafraîchit la couleur. -- Par un rêve dont la flamme Éclairait mes yeux fermés . . . . . . . . . . . . . . . . . Viens ne crains pas leur silence Ni leurs yeux ouverts sans voir Le sommeil qui les balance N’a de vivant que l’espoir.

Sous une forme reprise Et qui nous ressemblera Avec un cri de surprise Chacun se reconnaîtra.

Quoi, c’est lui! c’est toi! c’est elle! Retentira de partout, Et l’on proclamera belle La mort vivante et debout.[54] -- Et pour gagner l’autre vie Retourne avec les mourants. -- Ah! je sens que je fus colombe En voyant vos ailes s’ouvrir (oiseaux) Et pour vous suivre par la tombe J’ai déjà moins peur de mourir. -- Oui le Pylade ailé de ta coureuse enfance Doux et muet témoin de tes ébats naïfs Qui se laissait aimer et gronder sans défense Qui savait te répondre en murmures plaintifs Ton camarade est mort. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Ce qu’on aime est si triste ainsi gisant et froid . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . A ton beau ramier bleu tu penseras toujours -- Dans votre épreuve solitaire Ne demandez pas le bonheur. Sa semence est dans votre cœur Et n’éclora pas sur la terre -- Et mes bras s’étendaient pour imiter leurs ailes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Oui la rose a brillé sur mon riant voyage Tous les yeux l’admiraient dans son jeune feuillage;[55] L’étoile du matin l’aidait à s’entr’ouvrir Et l’étoile du soir la regardait mourir. Vers la terre déjà sa tête était penchée; _L’insecte inaperçu s’y creusait un tombeau_ La feuille murmurait en tombant desséchée Déjà la nuit: déjà... Le jour était si beau! --

[=Fragment=]

Venez-vous en courant dire: Préparez-vous Bientôt vous quitterez _ce que l’on croit la vie_. Celle qui vous attend seule est digne d’envie: Ah! venez dans le ciel la goûter avec nous! Ne craignez pas, venez! Dieu règne sans colère; De nos destins charmants vous aurez la moitié. Celle qui pleure, hélas! ne peut plus lui déplaire; Le méchant même a sa part de pitié. Sous sa main qu’il étend, toute plaie est fermée; Qui se jette en son sein ne craint plus l’abandon; Et le sillon cuisant d’une larme enflammée S’efface au souffle du pardon. Embrassez-nous! Dieu nous rappelle Nous allons devant vous, mères ne pleurez pas! -- L’amour ce ciment des âmes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Là-bas où finit la terre Rejoint la mère à l’enfant -- De tendresse et de mystère Dès qu’il eut rempli ces lieux -- Qui sait si votre enfant qui flotte dans vos larmes N’a pas au seuil de Dieu rencontré mon enfant? Qui sait si leurs mains d’ange un moment réunies N’ont pas pesé là-haut nos peines infinies Et pleurant de l’amour qu’on leur garde en ce lieu N’ont pas compté nos pleurs pour les offrir à Dieu? -- Comme si mon enfant puissante avec douceur -- Une femme pleurait des pleurs d’une autre femme Elles ont leurs secrets qu’elles plaignent toujours... Celle qui regardait reconnaissait son âme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . -- Vous qui n’avez jamais parlé Dans notre monde désolé N’apprenez pas la langue austère Et les durs sanglots de la terre. Envolez-vous, mais, par pitié, De nos pleurs portez la moitié Dans le manteau bleu de la vierge; Et nous brûlerons un beau cierge Au pied de votre blanc berceau Pour que l’arbre et son arbrisseau Revivent aux montagnes pures, Loin des autans, loin des souillures, Loin de ce monde désolé Où vous n’avez jamais parlé.[56]

[50] Épitaphe d’Albertine (page 228. _Albertine._)

[51] C’est là-haut dans le ciel qu’il me faut chercher mon père et ma mère, leurs chers visages m’apparaissent entourés d’une lumineuse auréole, ils ne sont plus de la terre, ils ne comptent plus pour mon foyer.

AURORA LEIGH.

[52] Tout le souffle du poème de Victor Hugo sur la mort de _Claire_ avec le rythme de Malherbe dans son poème sur la mort de _Rosa_.

[53] Lumière de l’âme, ô beauté!

LECONTE DE LISLE.

[54] La mort a été absorbée dans la victoire.

S. PAUL.

[55] Hæc viret angusto foliorum, tecta galero.

[56] Petite pièce si étonnamment descriptive avec son dernier vers renouvelé du premier et posant comme un doigt sur deux lèvres.

PIÈCES A LIRE[57]

(Édition Lemerre)

Pages Tomes

_Les roses de Saadi_ 273 II _La prière perdue_ 45 I _Croyance_ 11 II _La vie et la mort du ramier_ 198 I _Les cloches et les larmes_ 267 II _Pour endormir l’enfant_ 97 III _Dormeuse_ 70 III _Le nuage et l’enfant_ 109 III _L’enfant et la foi_ 206 III _Les enfants à la communion_ 201 III _Prière des orphelins_ 262 III _Au soleil_ 204 III _Prison et printemps_ 105 II _Refuge_ 336 II _Renoncement_ 354 II _La couronne effeuillée_ 350 II

[57] En complément de cette _Étude_ et comme types brefs et concrets des principaux mouvements qui y sont spécifiés.

LA VIE ET LA MORT DU RAMIER

De la colombe au bois c’est le ramier fidèle; S’il vole sans repos, c’est qu’il vole auprès d’elle; Il ne peut s’appuyer qu’au nid de ses amours, Car des ailes de feu l’y réchauffent toujours!

Laissez battre et brûler deux cœurs si bien ensemble; Leur vie est un fil d’or qu’un nœud secret assemble, Il traverse le monde et ce qu’il fait souffrir: Ne le déliez pas! Vous les feriez mourir!

Ils ne veulent à deux qu’un peu d’air, un peu d’ombre, Une place au ruisseau qui rafraîchit le cœur; Seuls, entre ciel et terre, un nid suave et sombre, Pour s’entre-aider à vivre, ou cacher leur bonheur!

Quand vous ne verrez plus passer par ce rivage Cette blanche moitié de la colombe aux bois, N’allez pas croire au moins que l’un d’eux soit volage: Bien qu’ils aiment toujours, ils n’aiment qu’une fois!

Laissez-vous entraîner sur leurs traces perdues Vers le nid, doux sépulcre alors silencieux, Et vous y trouverez quatre ailes détendues Sur deux cœurs mal éteints rallumés dans les cieux!

DORMEUSE

Si l’enfant sommeille, Il verra l’abeille, Quand elle aura fait son miel, Danser entre terre et ciel,

Si l’enfant repose, Un ange tout rose, Que la nuit seule on peut voir, Viendra lui dire: «Bonsoir!»

Si l’enfant est sage, Sur son doux visage La Vierge se penchera, Et longtemps lui parlera,

Si mon enfant m’aime, Dieu dira lui-même: «J’aime cet enfant qui dort; Qu’on lui porte un rêve d’or!

«Fermez ses paupières, Et sur ses prières, De mes jardins pleins de fleurs, Faites glisser les couleurs.

«Ourlez-lui des langes Avec vos doigts d’anges, Et laissez sur son chevet Pleuvoir votre blanc duvet.

«Mettez-lui des ailes Comme aux tourterelles, Pour venir dans mon soleil Danser jusqu’à son réveil!

«Qu’il fasse un voyage Aux bras d’un nuage, Et laissez-le, s’il lui plaît, Boire à mes ruisseaux de lait!

«Donnez-lui la chambre De perles et d’ambre, Et qu’il partage en dormant, Nos gâteaux de diamant!

«Brodez-lui des voiles Avec mes étoiles, Pour qu’il navigue en bateau Sur mon lac d’azur et d’eau!

«Que la lune éclaire L’eau pour lui plus claire, Et qu’il prenne au lac changeant Mes plus fins poissons d’argent!

«Mais je veux qu’il dorme Et qu’il se conforme Au silence des oiseaux Dans leurs maisons de roseaux!

«Car si l’enfant pleure, On entendra l’heure Tinter partout qu’un enfant A fait ce que Dieu défend!

«L’écho de la rue Au bruit accourue, Quand l’heure aura soupiré, Dira: «L’enfant a pleuré!»

«Et sa tendre mère, Dans sa nuit amère, Pour son ingrat nourrisson Ne saura plus de chanson!

«S’il brame, s’il crie, Par l’aube en furie Ce cher agneau révolté Sera peut-être emporté!

«Un si petit être Par le toit, peut-être, Tout en criant, s’en ira, Et jamais ne reviendra!

«Qu’il rôde en ce monde, Sans qu’on lui réponde! Jamais l’enfant que je dis, Ne verra mon paradis!

«Oui! mais s’il est sage Sur son doux visage La Vierge se penchera, Et longtemps lui parlera.»

RENONCEMENT

Pardonnez-moi, Seigneur, mon visage attristé, Vous qui l’aviez formé de sourire et de charmes; Mais sous le front joyeux vous aviez mis les larmes, Et de vos dons, Seigneur, ce don seul m’est resté.

C’est le moins envié, c’est le meilleur peut-être. Je n’ai plus à mourir à mes liens de fleurs; Ils vous sont tous rendus, cher auteur de mon être, Et je n’ai plus à moi que le sel de mes pleurs.

Les fleurs sont pour l’enfant; le sel est pour la femme: Faites-en l’innocence et trempez-y mes jours, Seigneur! quand tout ce sel aura lavé mon âme, Vous me rendrez un cœur pour vous aimer toujours!

Tous mes étonnements sont finis sur la terre, Tous mes adieux sont faits, l’âme est prête à jaillir Pour atteindre à ses fruits protégés de mystère Que la pudique mort a seule osé cueillir.

O Sauveur! soyez tendre au moins à d’autres mères, Par amour pour la vôtre et par pitié pour nous! Baptisez leurs enfants de nos larmes amères, Et relevez les miens tombés à vos genoux!

LA COURONNE EFFEUILLÉE

J’irai, j’irai porter ma couronne effeuillée Au jardin de mon père où revit toute fleur; J’y répandrai longtemps mon âme agenouillée: Mon père a des secrets pour vaincre sa douleur.

J’irai, j’irai lui dire, au moins avec mes larmes: «Regardez, j’ai souffert...» Il me regardera, Et, sous mes jours changés, sous ma pâleur sans charmes, Parce qu’il est mon père il me reconnaîtra.

Il dira: «C’est donc vous, chère âme désolée, La terre manque-t-elle à vos pas égarés? Chère âme, je suis Dieu: ne soyez plus troublée; Voici votre maison, voici mon cœur, entrez!...»

O clémence! ô douceur! ô saint refuge! ô Père! Votre enfant qui pleurait vous l’avez entendu! Je vous obtiens déjà puisque je vous espère Et que vous possédez tout ce que j’ai perdu.

Vous ne rejetez pas la fleur qui n’est plus belle; Ce crime de la terre au ciel est pardonné. Vous ne maudirez pas votre enfant infidèle, Non d’avoir rien vendu, mais d’avoir tout donné!

_ERRATA_

Pages Au lieu de: Lisez:

51 _souvent_ pleines d’envol _parfois_ pleines d’envol 62 _le froid_ _ton poids_ 68 _complot_ _sanglot_ 71 préférais préfé_re_rais 72 [note 23] Gaut_h_ier Gautier 99 pour quoi pourquoi 153 prend_s_ prend 186 C’est vrai C’est vrai _pourtant_

TABLE

Avant-propos 1 Prologue 11 I 13 II 27 III 43 IV 53 Appendice 81 Essai de classification 89 Pièces à lire 193

IMPRIMERIE G. RICHARD 5, RUE DE LA PERLE, PARIS