Félicité: Étude sur la poésie de Marceline Desbordes-Valmore

Part 6

Chapter 63,215 wordsPublic domain

On ne saura jamais les milliers d’hirondelles Revenant sous nos toits chercher à tire d’ailes Les coins, les nids, les fleurs et le feu de l’été _Apportant en échange un goût de liberté_. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . C’était vous! D’aucuns nœuds vos mains n’étaient liées, Vos petits pieds dormaient sur les branches pliées Toute libre dans l’air où coulait le soleil Un rameau sous le ciel berçait votre sommeil Puis le soir on voyait d’une _femme étoilée L’abondante mamelle à vos lèvres collée_. Et partout se lisait dans ce tableau charmant _De vos jours couronnés le doux pressentiment_. De parfums, d’air sonore incessamment baisée Comment n’auriez-vous pas été poétisée? _Que l’on s’étonne donc de votre amour des fleurs!_ Vos moindres souvenirs nagent dans leurs couleurs Vous en viviez, c’étaient vos rimes et vos proses Nul enfant n’a jamais marché sur tant de roses! Mon Dieu s’il n’en doit plus poindre au bord de mes jours Que sur ma sœur de Flandre il en pleuve toujours. -- Vois, si tu n’a pas vu, la plus petite fille S’éprendre des soucis d’une jeune famille _Éclore à la douleur par le pressentiment_ Pâlir pour sa poupée heurtée imprudemment Prier Dieu, puis sourire en berçant son idole Qu’elle croit endormie au son de sa parole: _Fière du vague instinct de sa fécondité Elle couve une autre âme à l’immortalité._ Laisse-lui ses berceaux: ta raillerie amère Éteindrait son enfant... Tu vois bien qu’elle est mère! -- Je ne dis rien de toi, toi, la plus enfermée Toi _rentrée en mon sein_[44] -- Vos longs soleils, votre ombre, et vos vertes fraîcheurs. Où les anges riaient dans nos vierges délires Où nos fronts s’allumaient sous de chastes rougeurs. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . O mes amours d’enfance, ô mes chastes amours! . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . O vous dont les miroirs se ressemblent toujours! -- Qui, lorsque l’insomnie ouvrait mes yeux dans l’ombre Me faisait des tableaux plus doux que le sommeil? -- La réputation commence avec la vie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Vieux, va t’asseoir paisible au banc du souvenir. -- Mes jours purs sous tes traits repassent devant moi. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . _Mon cœur a fait le tien, il s’y renfermera_ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . _Que tes cheveux sont doux étends-les sur mes larmes_ Comme un voile doré sur un noir souvenir! . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Qu’un si petit visage enferme de portraits: De tout ce que j’aimais tu m’offres quelques traits Que d’anges envolés sans pouvoir les décrire Dans ton sourire errant reviennent me sourire! . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Quand on me leva seule et comme trop légère... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . O femme aimez-vous par vos secrets de larmes, _Par vos devoirs sans bruit où s’effeuillent vos charmes_; Après vos jours d’encens dont j’ai bu la douceur Quand vous aurez souffert appelez-moi: ma sœur! -- Car au soleil couchant du fond de leurs familles Glissaient au rendez-vous les plus petites filles Pareilles aux ramiers que l’on se plaît à voir S’abattre et s’étaler au bord de l’abreuvoir Dans le gravier qui brille étaler leur plumage Et roucouler entre eux leur bonheur sans nuage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Et quand vient me chercher le rêve aux longues ailes -- Et je devins confuse en pesant mon devoir . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

[=Fragment=]

Nous qui portons les fruits sur la terre où nous sommes Si fortes pour aimer, nous tendres sœurs des hommes O mères, pourquoi donc les mettons-nous au jour, Ces tendres fruits volés à notre ardent amour? A peine ils sont à nous qu’on veut nous les reprendre O mères, savez-vous ce qu’on va leur apprendre? A trembler sous un maître, à n’oser, par devoir, Qu’une fois tous les ans demander à nous voir, A détourner de nous leurs mémoires légères. Alors que sauront-ils? Les langues étrangères, Les vains soulèvements des peuples malheureux, Et les fléaux humains toujours armés contre eux. C’est donc beau? Mais le temps saurait les en instruire, _Candeur de mon enfant on va bien vous détruire!_ -- Dire qu’il faut ainsi se déchirer soi-même, Leur porter son enfant, seule vie où l’on s’aime, Seul miroir de ce temps où les yeux sont pleins d’or . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Son enfant! ce portrait, cette âme, cette voix, Qui passe devant nous comme on fût une fois . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Ses longs cheveux cendrés que je baisais toujours[45] Sans savoir que ce fût le livre de ces jours. Tu baiseras les miens si l’amour me les donne, Si tu sais où j’ai pris cette grave couronne. --

[=Fragment=]

Vous du moins Vierge blanche immobile et soumise Et seule au bord de l’eau pensivement assise, Les mains sur votre cœur et vos yeux sur mes yeux, Parlez-moi, Vierge mère, ô parlez-moi des cieux! Parlez! vous qui voyez tout ce que j’ai dans l’âme. Vous en avez pitié puisque vous êtes femme. Cet _amour des amours_ qui m’isole en ce lieu Ce fut le vôtre; eh bien, parlez-en donc à Dieu! Sans reproche, sans bruit, douce reine des mères, Cachez dans vos pardons mes révoltes amères, _Couvrez-moi de silence_, et relevez mon front Baissé sous le chagrin comme sous un affront. -- O champs paternels hérissés de charmilles Où glissent le soir des flots de jeunes filles -- Et si tendre et si mère! et si semblable à Dieu!

[39] A rapprocher comme vision terrestre de la dernière pièce des poésies posthumes.

[40][42] Ailleurs.

Mystérieux sanglot dont les pleurs sont en nous.

[41] Ailleurs.

L’enfant _dont le cœur est à jour_.

[43] Les vers suivants qu’il eût fallu ranger sous ce chef ont été maintenus ici pour ne pas dénombrer ce sublime fragment.

[44] Inès--sa fille morte.

[45] Ailleurs.

Vos lauriers m’alarmaient à l’ardeur des flambeaux Ils cachaient vos cheveux que j’avais faits si beaux!

FOI

Mon Dieu, je n’ose plus aimer qu’à vos genoux.

La prière m’offrit sa douceur imprévue. -- Et le pardon qui vint un jour de pénitence, Dans un baiser de paix redorer l’existence. --

[=Fragment=]

Et Dieu nous _unira d’éternité_. Prends garde! Fais-moi belle de joie! et quand je te regarde, Regarde-moi, jamais ne rencontre ma main Sans la presser. Cruel! on peut mourir demain, Songe donc! Crains surtout qu’en moi-même enfermée, Ne me souvenant plus que je fus trop aimée Je ne dise, pauvre âme oublieuse des cieux Pleurant sous mes deux mains, et me cachant les yeux: «_Dans tous mes souvenirs je sens couler mes larmes_; Tout ce qui fit ma joie enfermait mes douleurs; Mes jeunes amitiés sont empreintes des charmes Et des parfums mourants qui survivent aux fleurs.» -- Car j’ai là comme une prière Qui pleure pour lui nuit et jour; C’est la charité dans l’amour, Ou c’est sa parole première. Qu’elle enfermait d’âme et de foi. Sa voix jeune et si tôt parjure. J’en parle à Dieu sans son injure Pour que Dieu l’aime autant que moi. -- Puis entre Dieu qui juge et ma crainte éblouie Il étendra sa main

Ce nœud tissu par nous dans un ardent mystère Dont j’ai pris tout l’effroi, Il dira que c’est lui, si la peur me fait taire; Et s’il brûla son vol aux flammes de la terre, Je dirai que c’est moi. -- Non qu’en frappant sur moi l’éternité s’apaise -- Partout quelque oiseau chante au fond de mon sommeil Naguère quand leurs traits dans l’ombre m’ont touchée Je m’en allai vers Dieu; j’y retourne aujourd’hui Car sa main est pour tous, et je m’y sens cachée. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Et sous cette main qui délivre J’entrerai _comme tous_ aux cieux. Là leur or ne pourra les suivre; Moi je n’y porterai qu’un livre _Fermé maintenant à leurs yeux_. Ce livre, ce cœur plein d’orages Plein d’abîmes et plein de pleurs Déchiré dans toutes ses pages Dieu, sauveur de tous les naufrages Aura la clef de ses douleurs. --

D’où vient, sinon d’en haut cette lumière étrange _Dans les moments profonds que nous ouvre le sort_. -- Sur la terre où rien n’est durable Que d’espérer. . . . . . . . . . . . . . . . . . . Dites moi si dans votre monde La mémoire est calme et profonde. -- J’ai levé mes deux mains entre vous et ma crainte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Je fuyais. Mais, Seigneur! votre incessante flamme Perçait de mes détours les fragiles remparts Et dans mon cœur fermé rentrait de toutes parts. -- Quand plus rien ne s’allume aux sombres horizons Et que la lune marche à travers un long voile O Vierge! ô ma lumière! en regardant les cieux Mon cœur qui croit en vous voit rayonner vos yeux. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Et tous les passagers l’un à l’autre inconnus Se regardent disant: «D’où sommes-nous venus?» -- Ne me reviendras-tu que dans l’éternité? -- La prière toujours allumant son sourire Quand l’ange gardien passe et l’aide à la mieux dire. -- Fais tant et si souvent l’aumône Qu’à ce doux travail occupé La mort te trouve et te moissonne Comme un lys pour le ciel coupé[46] -- Elle allait chantant d’une voix affaiblie Mêlant la pensée au lin qu’elle allongeait Courbée au travail comme un pommier qui plie Oubliant son corps d’où l’âme se délie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Ne passez jamais devant l’humble chapelle Sans y rafraîchir les rayons de vos yeux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Et c’est sans mourir une visite aux cieux. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . N’ouvrez pas votre aile aux gloires défendues, De tous les lointains juge-t-on la couleur? Les voix sans écho sont les mieux entendues, Dieu tient dans ses mains les clefs qu’on croit perdues De tous les secrets lui seul sait la valeur. -- Je vais au désert plein d’eaux vives Laver les ailes de mon cœur Car je sais qu’il est d’autres rives Pour ceux qui vous cherchent, Seigneur. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Vous qui comptez les cris fervents -- Lui dont les bras cloués ont brisé tant de fers[47] -- Je vous obtiens déjà puisque je vous espère _Et que vous possédez tout ce que j’ai perdu_. -- _Ne dis jamais: «Personne» où l’abandon te prend_ -- Sous le toit d’aubépines Qui lui sert de palais L’oiseau chante matines Dans l’arbre pur et frais. Les enfants du village Sont ses anges élus Et les bruits du feuillage Lui sonnent l’Angélus! -- Doux Maître! nous venons sans passé, sans remords Vous prier tendrement pour nos frères les morts. Qu’ils sortent du tombeau comme nous de nos langes Doux Père! accordez-leur encor des ailes d’anges. Si pour les racheter nous n’avons pas de pleurs, Dieu des petits enfants, prenez toutes nos fleurs. -- En regardant couler nos flots Penché sur ce monde qu’il aime Jésus triste au fond de lui-même Retrouve de divins sanglots.

[46] Ailleurs:

Enfin, faites tant et si souvent l’aumône, Qu’à ce doux travail ardemment occupé Quand vous vieillirez--tout vieillit, Dieu l’ordonne Quelque ange en passant vous touche et vous moissonne _Comme un lys d’argent pour la Vierge coupé_. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Je l’embrasse de l’âme, et je le vois charmant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Il est beau du malheur écrit sur sa figure . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Le jour où l’enfant le console Par une colombe qui vole, Dieu le sait vite, avant le soir . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Dieu voilé parle en lui. Souvent ses vieux lambeaux M’ont paru lumineux comme si de flambeaux, Comme si de rayons d’une auréole sainte Sa tête blanchissante et paisible était ceinte.

[47] Ailleurs:

Je suis le grand souffle exhalé sur la croix Où j’ai dit: Mon Père! on m’immole, et je crois.

NATURE

Charme des blés mouvants, fleurs des grandes prairies, Tumulte harmonieux élevé des champs verts.

L’oiseau silencieux fatigué de bonheur, Le chant vague et lointain du jeune moissonneur -- Le printemps est si beau, sa chaleur embaumée Descend au fond des cœurs réveillés et surpris Une voix qui dormait, une ombre accoutumée Redemande l’amour à nos sens attendris. -- Car l’imprévoyante colombe Qui librement passait dans l’air Au trait parti comme l’éclair Tressaille, tourne, expire et tombe, Aux pieds du tranquille chasseur _Et nul ange ici-bas n’a vengé sa douceur_! -- Va. Tu n’as que le temps de deviner l’amour! (l’éphémère) Né dans le feu, ton vol en cercles s’y déploie Et sème des anneaux de lumière et de joie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Nul adieu ne viendra gémir dans l’harmonie De ton jour de musique et d’ivresse infinie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Les feuillets de ton sort sont des feuilles de rose. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Tu n’as point à traîner ton cœur lourd comme un livre -- La nuit se sillonnait de songes transparents. -- Ils ne se faisaient qu’un pour être à deux toujours! . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . On eut dit qu’ils s’aimaient jusqu’à manquer d’haleine. Je ne les plaignais pas d’être roseaux, j’aimais. Et de ce frais hymen montait une harmonie Qui parlait! qui chantait! Triste, intime, infinie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Souvent d’un rossignol la nocturne prière Descendait se mouiller dans leurs frissons charmants -- Viens, on dirait la nuit au fonds des bois couchée, Pas une aile d’oiseau n’éveille l’air encor. Le rossignol se tait quand la lune est cachée Hors toi, sous tes parfums, fleur brûlante et penchée La nuit enchaîne tout dans son muet accord.

Viens, les premiers lilas sous l’ombre et la verdure Soufflent au loin leur nom, leur forme, leurs couleurs La terre ne dort pas, elle ouvre sa ceinture, Son sourire invisible encense la nature Et son hymne au soleil va s’élancer des fleurs. -- Les pigeons sans lien sous leur robe de soie Mollement envolés de maison en maison, Dont le fluide essor entraînait ma raison; Les arbres, hors des murs penchant leurs têtes vertes; Jusqu’au fond des jardins les demeures ouvertes, Le rire de l’été sonnant de toutes parts... -- La lune large avant la nuit levée Comme une lampe avant l’heure éprouvée -- Les rumeurs du jardin disent qu’il va pleuvoir. Tout tressaille averti de la prochaine ondée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . _Laissez pleuvoir, ô cœurs solitaires et doux._ -- Là-bas les ramiers blancs flottaient à longues voiles Et semblaient en plein jour de filantes étoiles -- Jeune on a tant aimé ces _parcelles de feu_.[48] (abeilles) Ces _gouttes de soleil_ dans notre azur qui brille Dansant sur le tableau lointain de la famille Visiteuses des bleds où logent tant de fleurs, _Miel qui vole_ émané des célestes chaleurs J’en ai tant vu passer dans l’enclos de mon père Qu’il en fourmille au fond de tout ce que j’espère... -- Pas une aile à l’azur ne demande à s’étendre Pas un enfant ne rôde aux vergers obscurcis. -- Oui la nuit à jamais, promets-la moi, je l’aime Avec ses astres blancs, ses flambeaux, ses sommeils -- Allez la mer! Allez, navire enflé de voiles La danse vous salue au fonds de vos couleurs. -- Ma mère, entendez-vous quand la lune est levée L’oiseau qui la salue au fond de sa couvée? Ne fait-il pas rêver les arbres endormis?[49] -- Au colombier fermé nul pigeon ne roucoule, Sous le cygne endormi, l’eau du lac bleu s’écoule --

Le Christ est beau, je l’aime et je joue au calvaire Où j’ai fait un jardin tout bleu de primevère -- L’orme et le tilleul versent leur ombre noire -- _Ce papillon tardif que la fraîcheur attire Baise dans vos cheveux les lilas effeuillés_ -- On avait couronné la vierge moissonneuse Le village à la ville était joint par des fleurs.

[48] Vers vraiment virgiliens.]

[49] Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres.

VERLAINE.

L’AMOUR DES FLEURS

Il semble que les fleurs alimentent ma vie.

Vois dans l’eau, vois ce lys dont la tête abaissée Semble se dérober au sourire des cieux. -- Dieu couvrez-le des fleurs qu’en silence il cultive. -- En voyant fuir mes fleurs que n’attendait personne -- Fleur naine et bleue et triste où se cache un emblème (myosotis) Où l’absence a souvent respiré le mot: J’aime! Où l’aile d’une fée a laissé des couleurs Toi qu’on devrait nommer le colibri des fleurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Va donc comme un œil d’ange éveiller son courage. -- _Quand l’oiseau sans musique erre aux champs sans couleurs_, Je ne me sens pas vivre et je ressemble aux fleurs Aux pauvres fleurs baissant leurs têtes murmurantes Et qu’on prendrait de loin pour des âmes pleurantes. -- Un ruban gris qui serpentait dans l’herbe De réséda nouant l’humide gerbe -- Et votre vie à l’ombre est un divin moment -- Inclinez-vous le soir, sur les dernières larmes Qui s’épanchent sur vous du fond de mes secrets. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Par les beaux clairs de lune aux lambris de ma chambre Que de bouquets mourants vous avez fait pleuvoir! . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Sortis de vos plis verts où les jasmins respirent Que de songes sur moi vinrent causer le soir! -- Croyant que les fleurs ont aussi leurs familles Et savent pleurer comme les jeunes filles.

L’AMOUR DE L’EAU

Que vos ruisseaux clairs dont les bruits m’ont parlé Humectent sa voix d’un long rythme perlé...

Si son ombre a passé dans votre eau fugitive, Nymphe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Si l’image qui fuit vous devient étrangère De quoi vous plaignez-vous, nymphe sans souvenir? -- Ce ruisseau paraît calme, et pourtant il soupire, On ne sait trop s’il fuit, s’il cherche, s’il attend, Mais il est malheureux puisque mon cœur l’entend. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . On le dirait joyeux de caresser des fleurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Si je pouvais chanter je ne l’entendrais pas. -- Que la fleur soit contente en s’y voyant éclore. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Appelant un secret qu’elle ne comprend pas . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Une image nouvelle y glisse tous les jours -- Quand le dernier rayon d’un jour qui va s’éteindre Colore l’eau qui tremble et qui porte au sommeil -- Si mon étoile brille Et trace encor mon nom dans la Scarpe d’argent. -- Viens ranimer le cœur séché de nostalgie Le prendre et l’inonder d’une fraîche énergie. En sortant d’abreuver l’herbe de nos guérets Viens, ne fût-ce qu’une heure, abreuver mes regrets. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

[=Fragment=]

Sur toi dont l’eau rapide a délecté mes jours Et m’a fait _cette voix qui soupire toujours_.

Dans ce poignant amour que je m’efforce à rendre Dont j’ai souffert longtemps avant de le comprendre Comme d’un pâle enfant on berce le souci Ruisseau, tu me rendrais ce qui me manque ici.

Ton bruit sourd se mêlant au rouet de ma mère Enlevant à son cœur quelque pensée amère Quand pour nous le donner elle cherchait là-bas Un bonheur attardé qui ne revenait pas.

Cette mère, à ta rive elle est assise encore, La voilà qui me parle, ô mémoire sonore! O mes palais natals qu’on m’a fermés souvent La voilà qui les rouvre à son heureuse enfant.

Je ressaisis sa robe, et ses mains, et son âme! Sur ma lèvre entr’ouverte elle répand sa flamme Non! par tout l’or du monde on ne me paîrait pas Ce souffle, ce ruisseau qui font trembler mes pas! --

[=Fragment=]

Un ruisseau, frais enfant d’une source cachée Promenait sur les fleurs son humide cristal; L’herbe au pied du miroir n’était jamais penchée; Il y versait la vie à flot toujours égal. Harmonieux passant son mobile murmure Enchantait la nature: Un doux frémissement, quand de ses molles eaux Il mouillait les roseaux Avertissait au loin quelque nymphe altérée Qu’un filet d’eau coulait sous les saules tremblants; Et la bergère, au soir, dans la glace épurée Venait baigner ses pieds brûlants. --

[=Fragment=]

Toi ne passe jamais à l’angle de la rue, Où notre église encor n’est pas toute apparue Sans t’arrêter au bruit qui filtre sous tes pas Pour écouter un peu ce qu’il chante tout bas. Il chante le passé, car il a vu nos pères; Il a la même voix que dans nos temps prospères! Livre tes longs cheveux au ruisselant miroir Et regarde longtemps ce que j’y voudrais voir! _Ton visage étoilé dans les cercles humides Parsemant leurs clartés de sources limpides_ Et les multipliant au fond du puits songeur Pour y porter le jour, comme ils font dans mon cœur! Alors qu’il soit béni, le salubre nuage Ayant de tous les tiens miré l’errante image! Monte sur la margelle et bois à ton plein gré Son haleine qui manque à mon sang altéré!

LE RYTHME

Sonore tremblement qui m’attriste et que j’aime.

Leur prestige est si doux pour un cœur attristé. (les vers) -- Cet art consolateur d’une âme déchirée. -- Pourquoi déifier vos immobiles peines? --

LE SILENCE

Moi, je veux du silence, il y va de ma vie!

Voilà le souvenir au pénétrant silence; Sans philtre, sans breuvage, il endort la douleur. -- Un coin vert où jamais on n’entend rien gémir J’y voudrais bien aller! j’y voudrais bien dormir! S’il vous plaît, qu’on m’y porte. Il me faut du _silence_ Un saule au doux frisson que l’air baigne et balance. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Tant de bruits sur la terre ont étourdi mon âme! -- Béni soit le coin sombre où s’isole mon cœur! -- Cherchant de l’ombre à part afin d’oser dormir! -- Déjà son esprit prenant goût au silence.

ÉTERNITÉ

_Et Dieu nous unira d’éternité_...