Félicité: Étude sur la poésie de Marceline Desbordes-Valmore
Part 5
[31] Vivre dans le feu et les larmes, hélas! ce doit être une purification. Je vis ainsi. Ce mot est vrai d’une femme en parlant du ciel: «_J’irai sur mes genoux._»
Fragment d’un brouillon inédit.
A rapprocher encore du vers de la couronne effeuillée.
J’y répandrai longtemps mon âme agenouillée.
dont une lettre que je possède varie et fait ainsi hésiter la sublime formule
Où toute âme répand sa vie agenouillée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Mon âme y répandra sa vie agenouillée. -- «Cette vie terrestre est vraiment un exil, cher frère..., Pour moi, je t’avoue que j’en passe _la moitié à genoux_.»
Lettre citée par Sainte-Beuve.
Cet événement qui a rouvert toute ma vie et les scènes lugubres qui l’ont suivie m’ont jetée dans un si morne abattement que j’en suis restée _comme à genoux_.
Lettre inédite.
LA VOIX[32]
... j’ai peur de ma mémoire, _Elle a gardé ta voix qui m’appelle souvent_.
[32] Lire toute la pièce _La Voix d’un ami_, tome II page 281.
Pour retrouver ma voix qui manque à son oreille -- Et moi, dans un accent qui trouble et qui captive Naguère un charme triste est venu m’attendrir. -- Mes lèvres loin de toi retenaient tes accents, Et ta voix, dans ma voix, troublait encor mes sens. -- Une nouvelle voix à son oreille est douce. -- Une voix qui réponde aux secrets de sa voix. -- Oh! que j’aimais mon nom dans ta voix argentine. -- Rends-moi le son chéri de cette voix fidèle, -- Dans mon nom qu’il dit tristement -- S’arracher aux accents _Que l’on écoute absents_. -- Peut-être un jour sa voix tendre et voilée M’appellera sous de jeunes cyprès.
TENDRESSE-TRISTESSE
Mais de nouveaux sentiers s’ouvrent à ma tristesse.
Quand les jours sont moins longs cessent-ils de courir? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Un cœur tendre s’y cache au jour qu’il semble craindre -- A force de bonheur soyez encor plus belle. Et qu’au réveil l’amour vous le dise à genoux. -- Le cœur qui vous aima ne peut jamais changer. -- Quand je vous y vois prendre en secret pour vous-même (au miroir) Tout le plaisir que l’on goûte à vous voir. -- Votre bonheur me tenait lieu du mien. -- Pour beaucoup d’avenir j’ai trop peu de courage. -- Je vais d’un jour encore essayer le fardeau. -- Et pour d’autres que moi le printemps était beau. -- Sa fuite entre nos bras n’avait plus de passage. -- Il est doux en passant un moment sur la terre D’effleurer les sentiers où le sage est venu; D’entretenir tout bas son malheur solitaire Des discours d’un ami qu’on pense avoir connu. -- Chaque pleur de mes yeux me rappelle son nom. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Cette âme où ne tremblait ni repentir ni larme Aimait! aimait! et puis, comme si quelque charme Mis entre elle et le monde eut isolé ses pas, Elle errait dans la foule, et ne s’y mêlait pas. -- Mot sans faste, mot vrai, lien de l’âme à l’âme. (au revoir) -- Pour aider tes chagrins, j’en ai fait mes douleurs, -- Que vous soyez pour nous la charité qui pleure Ou la muse qui chante afin d’arrêter l’heure Ou la femme rêveuse au bord de son miroir Vous êtes toujours vraie et toujours belle à voir. -- L’âpre misère enfin, cette bise inflexible Qui détruit lentement ce que Dieu fit sensible. -- Enfant plein de musique et de mélancolie.[33] . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Tout est dans ce beau livre écrit avec des flammes Reliquaire d’amour qui fait rêver les femmes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Non la vierge allaitante et ruminant le ciel N’a pas souri plus vierge aux mains de Raphaël. -- Léopardi, doux Christ oublié de son père, Altéré de la mort sans le ciel qu’elle espère . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . _Ne pas consoler l’ange attristé dans son cœur._ -- C’est beau la jeune fille Qui laisse aller son cœur Dans son regard qui brille Et se lève au bonheur. -- Oui la vie est malade avant que tu l’effleures. -- Car on dirait que créés pour souffrir Nous ne pouvons qu’à peine être heureux sans mourir. -- La fange des ruisseaux qui consterne mes pas, Et la foule déserte, où tu ne descends pas.
[33] Brizeux--avec cette transposition de son œuvre et de sa _Marie_.
PRISONS ET EXILS
L’anneau tombé gêne encore pour courir.
[=Fragment=]
C’est que l’exil est triste; il fait rêver l’enfance, Le jeune voyageur n’a d’ami que le ciel; Il erre sans asile, il pleure sans défense Comme un oiseau perdu loin du nid paternel; Son ramage se change en plaintes douloureuses; _Des oiseaux inconnus les cris le font frémir_ Et même en retournant sur des routes heureuses, S’il veut chanter, longtemps il semble encore gémir. A ses regrets en vain la patrie est rendue L’orage a dispersé la couvée éperdue, Les frères sont partis; le nid vide est tombé; En s’envolant, peut-être un d’eux a succombé;[34] . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Voilà sur son chapeau sa guirlande encor verte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Que devient l’infortune à la fuite imprévue D’un ami distrait ou honteux? -- Qui n’a quelque pitié des brebis voyageuses Laissant à quelque haie un peu de leur toison. Oh! que de fils brisés dans ma trame affaiblie, Que d’adieux recélés dans le fond de mon cœur! -- Ainsi, mon Dieu, sur la route lointaine Semez vos dons à mon cher voyageur! Ne souffrez pas que quelque voix hautaine Sur son front pur appelle la rougeur. Que ma prière en tout lieu le devance! Dieu! Que pas un ne le nomme étranger! Aidez son cœur à porter notre absence Et que parfois le temps lui soit léger! -- Et le vieux prisonnier de la haute tourelle Respire-t-il encore à travers les barreaux? Partage-t-il toujours avec la tourterelle Son pain qu’avaient déjà partagé ses bourreaux? --
[=Fragment=]
Cette fille de l’air à la prison vouée Dont l’aile palpitante appelait le captif, Était-ce une âme aimante au malheur envoyée? _Était-ce une espérance au vol tendre et furtif?_ Oui: si les vents du nord chassaient l’oiseau débile, L’œil perçant du captif le cherchait jusqu’au soir; De l’espace désert voyageur immobile Il oubliait de vivre; il attendait l’espoir, _Car toujours, jusqu’au terme où nous devons atteindre Jusqu’au jour qui n’a plus pour nous de lendemain, Le flambeau de l’espoir vacille sans s’éteindre Comme un rayon qui part d’une immortelle main._[35] . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Doux crime d’un enfant, clémence aventureuse. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
[=Fragment=]
La liberté, ma fille, est un ange qui vole. Pour l’arrêter longtemps la terre est trop frivole. Trop d’encens lui déplaît, trop de cris lui font peur; Elle étouffe en un temple, et sa puissante haleine Qui cherche les parfums et l’air pur de la plaine Rafraîchit en passant le front du laboureur. On dit qu’elle descend rapide, inattendue; Que son aile sur nous repose détendue... Hélas! où donc est-elle? En vain j’ouvre les yeux; Loin, bien loin des palais, au toit du pauvre même Où l’on travaille en paix, où l’on prie, où l’on aime Où l’indigence obtient une obole et des pleurs, La déesse en silence aime à jeter ses fleurs. Les fleurs tombent sans bruit, et, de peur de l’envie, On les effeuille à Dieu qui dit: «_Cache la vie_».[36] Ainsi priez, ma fille, et marchez près de moi. Un jour tout sera libre, et Dieu seul sera roi. -- Dieu laissez-moi goûter la halte commencée; Dieu laissez-moi m’asseoir à l’ombre du chemin Mes enfants à mes pieds, et mon front dans ma main. Défendez aux chemins de m’emmener encore -- Un ami me parlait et me regardait vivre! Alors c’était mourir... Ma jeune âme était ivre _De l’orage enfermé dont la foudre est au cœur_. Il eut mit tout un jour à comprendre une larme De nos printemps égaux lui seul portait les fleurs.
[34] A rapprocher des vers de la pièce _A mes enfants_, page 135.
Quand j’emportai vos jours vers un ciel sans chaleur.
[35] Ailleurs.
Et que l’espoir filtre toujours au fond de la joie écoulée.
[36] Ami cache ta vie et répands ton esprit
V. H.
_IPSA_
D’avance je traînais les maux qui m’attendaient.
Qui ne veut rien du Temps, mais qui craint sa vitesse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Et je ne fus jamais à demi malheureuse. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Qu’il est beau, le miroir qui double ce qu’on aime, _Ce portrait qui se meut_... -- Toi que dans le fond des chaumières On appelle avant de mourir, Pour aider une âme à souffrir Par ton exemple et tes prières . . . . . . . . . . . . . . . . . Oh! donne-moi tes cheveux blancs, Ta marche pesante et courbée _Ta mémoire enfin absorbée_ -- Vois-tu d’un cœur de femme il faut avoir pitié, Quelque chose d’enfant s’y mêle à tous les âges. -- C’est qu’ils parlaient de toi, quand loin du cercle assise, Mon livre trop pesant tomba sur mes genoux; C’est qu’ils me regardaient quand mon âme indécise Osa braver ton nom qui passait entre nous. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Quel effroi de ramper au fond de sa mémoire D’ensanglanter son cœur aux dards qui l’ont blessé _De rapprendre un affront que l’on crut effacé_ Que le temps... que le ciel a dit de ne plus croire _Et qui siffle aux lieux même où la flèche a passé_! -- Et j’ai hâte, et j’ai peur d’amasser les instants . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Tout ce que j’aime est frêle et meurt, et pour vous suivre, Mes chers anneaux brisés, mon cœur se brisera. --
[Lien avec l’_Amour du Silence_.]
J’ai soif d’un frais oubli, d’une voix qui pardonne, D’amour, d’un long silence écoulé sans effroi -- Et quand je vacillais, luciole éphémère. -- S’en aller à travers des pleurs et des sourires Achever par le monde un sort amer et pur, User sa robe blanche, et, pour une d’azur, En laisser les lambeaux aux ronces des martyres, C’est ma vie. Un roseau semble plus fort que moi, Je ne m’appuie à rien que je ne tombe à terre, Et je chante pourtant l’ineffable mystère Qui de mon cœur trahi fait un cœur plein de foi. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Ils ont soufflé loin d’eux mes mobiles revers. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Ville austère où j’appris à pleurer, Où j’apportais un cœur si tendre à déchirer. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Au milieu de leurs jours inoffensive et frêle Mort, oublieuse Mort, je passe sous votre aile Et je n’alourdis pas mon vol de haine... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
[=Fragment=]
Vraiment le pardon calme à défaut d’espérance Il détend la colère; _on pleure, on apprend Dieu_, _Dieu triste_, comme nous voyageur en ce lieu, Et l’on courbe sa vie au pied de sa souffrance. Ceux qui m’ont affligée en leurs dédains jaloux Ceux qui m’ont fait descendre et marcher dans l’orage _Ceux qui m’ont pris ma part de soleil et d’ombrage_ Ceux qui sous mes pieds nus m’ont jeté leurs cailloux, N’ont-ils pas leurs ennuis, leurs jaloux, leurs alarmes, Leurs pleurs, pour expier ce qu’ils m’ont fait de larmes? Quoi donc! aux durs sentiers qu’on a tous à courir Seigneur, ne faut-il pas mourir et voir mourir? N’est-ce pas au tombeau que cheminent leurs peines, _Leurs enfants, leurs amours qui rachètent leurs haines_? Oh! qui peut se venger? oh! par notre abandon[37] Seigneur, par votre croix dont j’ai suivi la trace, Par ceux qui m’ont laissé la voix pour crier grâce, Pardon pour eux! pour moi! pour tous! pardon! pardon! -- Seigneur un cheveu de nous-même Est si vivant à la douleur. -- Vous surtout que je plains si vous n’êtes chéries Vous surtout qui souffrez, je vous prends pour mes sœurs C’est à vous qu’elles vont mes lentes rêveries, Et de mes pleurs chantés les amères douceurs[38] . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Tant que l’on peut donner on ne veut pas mourir. -- Pour me plaindre ou m’aimer je ne cherche personne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Dans le fond de mon cœur je renferme mon sort -- Tout le concert se tenait dans mon âme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Le front vibrant d’étranges et doux sons Toute ravie et _jeune en solitude_ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . J’étais l’oiseau dans les branches caché, S’émerveillant tout seul, sans qu’il se doute Que le faneur fatigué qui l’écoute Dont le sommeil à l’ombre est empêché S’en va plus loin tout morose et fâché. -- De vous dont l’esprit pur, dont la grâce rêveuse Dont les regards charmants Ont versé leurs rayons sur moi _pâle couveuse D’immobiles tourments_ -- J’ai dit ce que jamais femme ne dit qu’à Dieu, -- Facile à me créer des thèmes ravissants J’ai chanté comme vrais bien des bonheurs absents -- Le jour douteux et blanc dont la lune a touché Tout ce ciel que je porte en moi-même caché. -- Que mon nom ne soit rien qu’une ombre douce et vaine Qu’il ne cause jamais ni l’effroi ni la peine Qu’un indigent l’emporte après m’avoir parlé Et le garde longtemps dans son cœur consolé.
[37] Ailleurs:
Jette donc loin tes colères Contre _d’innocents ingrats_ Le flambeau dont tu t’éclaires Te voit si tendre en mes bras. Cesse d’essayer ta haine, Faite pour la mépriser, _C’est perdre à river ta chaîne La force de la briser_.
[38] Plus bas:
Si vous n’avez le temps d’écrire aussi vos larmes.
MATERNITÉ
ET
ENFANCE
La mère, n’est-ce pas un long baiser de l’âme? Un baiser qui jamais ne dit non, ni demain.
Confiants, vous dansez quand votre mère chante Son baiser nous délasse et nous mène au sommeil. Sans prévoir que souvent la voix qui nous enchante Va prier dans les pleurs jusqu’à votre réveil. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Et je sentais naître ma fille Dans mon sein tout blessé des flèches du malheur. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
[Lien avec le _Rythme_.]
Moi seule en vous berçant d’amour, de mélodie Je vous inoculai ma douce maladie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Je vous aide à m’aimer autant que je vous aime. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
[Lien avec _Prisons et Exils_.]
Un jour vous serez seuls par la sentence amère Qui sépare de force entre eux les voyageurs. -- Un bouquet de cerise, une pomme encore verte, C’étaient là des festins savourés jusqu’au cœur. --
[Lien avec l’_Amour de l’eau_. =Fragment.=]
Entre les cailloux bleus que mouillent le grand puits. De sa fraîcheur lointaine il lave encor mon âme Du présent qui me brûle il étanche la flamme, _Ce puits large et dormeur au cristal enfermé_ Où ma mère baignait son enfant bien-aimé. Lorsqu’elle berçait l’air avec sa voix rêveuse Qu’elle était calme et blanche, et paisible le soir Désaltérant le pauvre assis, comme on croit voir Aux ruisseaux de la bible une fraîche laveuse! Elle avait des accents d’harmonieux amour Que je buvais du cœur en jouant dans la cour. Ciel! où prend donc sa voix une mère qui chante Pour aider le sommeil à descendre au berceau? Dieu mit-il plus de grâce au souffle d’un ruisseau? Est-ce l’Eden rouvert à son hymne touchante, _Laissant sur l’oreiller de l’enfant qui s’endort Poindre tous les soleils qui lui cachent la mort_? Et l’enfant assoupi sous cette âme voilée Reconnaît-il les bruits d’une vie écoulée? _Est-ce un cantique appris à son départ du ciel Où l’adieu d’un jeune ange épancha quelque miel?_ Merci, mon Dieu. Merci de cette hymne profonde Pleurante encore en moi dans les rires du monde Alors que je m’assieds à quelque coin rêveur _Pour entendre ma mère en écoutant mon cœur_: Ce lointain au revoir de son âme à mon âme Soutient en la grondant ma faiblesse de femme. Comme au jonc qui se penche une brise en son cours A dit: «Ne tombe pas. J’arrive à ton secours.» Elle a fait mes genoux souples à la prière... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Triste de me quitter, cette mère charmante Me léguant à regret la flamme qui tourmente Jeune, à son jeune enfant tendit longtemps sa main, Comme pour le sauver par le même chemin. Et je restai longtemps, longtemps sans la comprendre, Et longtemps à pleurer son secret sans l’apprendre, A pleurer de sa mort le secret inconnu _Le portant tout scellé dans mon cœur ingénu_ Ce cœur signé d’amour comme sa tendre proie, Où pas un chant mortel n’éveillait une joie. On eût dit à sentir ses frêles battements Une montre cachée où s’arrêtait le temps. On eût dit qu’à plaisir il se retînt de vivre. Comme un enfant dormeur qui n’ouvre pas son livre Je ne voulais rien lire à mon sort, j’attendais; Et tous les jours levés sur moi, je les perdais. _Par ma ceinture noire à la terre arrêtée_ Ma mère était partie et tout m’avait quittée, Le monde était trop grand, trop défait trop désert _Une voix seule éteinte en changeait le concert_ Je voulais me sauver de ces dures contraintes J’avais peur de ses lois, de ses mots, de ses craintes Et ne sachant où fuir ses échos durs et froids, Je me prenais tout haut à chanter mes effrois.[39] . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . -- Oui l’enfance est poëte. Assise ou turbulente Elle reconnaît tout empreint de plus haut lieu, L’oiseau qui jette au loin sa musique volante Lui chante une lettre de Dieu. Ma sœur, ces jours d’été nous les courrions ensemble, Je reprends sous leurs flots ta douce main qui tremble, Je t’aime du bonheur que tu tenais de moi. Et mes soleils d’alors se rallument sur toi. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . -- Elle n’a plus d’enfant, sa tendresse est déserte! Plus un rameau qui rit, plus une branche verte, Plus rien. Les seules fleurs qui s’ouvrent sous ses pas Croissent où les vivants ne les dérobent pas. --
[=Fragment=]
Ces beaux enfants si fiers d’entrer dans nos orages, Rêvant leurs horizons, leurs jardins, leurs ombrages, Moi, quand je les vois rire à ce prisme trompeur Je veux rire et je _fonds en larmes dans mon cœur_[40] Et vous, n’avez-vous pas de ces pitiés profondes Qui vous percent le sein comme feraient les ondes En creusant goutte à goutte un caillou. Mille fois J’ai voulu les instruire et j’ai gardé ma voix. Que fait la chèvre errante au rocher suspendue Qui rêve et se repent de sa route perdue? Ose-t-elle effrayer, penchés sur le torrent, Les chevreaux pris aux fleurs qu’emporte le courant? Qu’irions-nous raconter à leur jeunes oreilles? Que _sert d’en soulever les couronnes vermeilles Dont il plaît au printemps d’assourdir leur raison_? Ils ont le temps, pas vrai? Tout vient dans sa saison. Oh! laissons-les aller sans gêner leur croissance. Oh! dans leur _vie à jour_[41] n’ont-ils pas l’innocence Au pied d’un nid charmant parle-t-on d’oiseleur? _Tournons-les au soleil et restons au malheur!_
[Lien avec _Foi_.[42]]
Ou plutôt suivons-les: quelle que soit la route Nous montons, j’en suis sûre, et jamais je ne doute; J’épèle, comme vous avec humilité Un mot qui contient tout, poëte: Éternité! _De chaque jour tombé mon épaule est légère, L’aile pousse et me tourne à ma nouvelle sphère_[43] A tous les biens ravis qui me disent adieu Je réponds doucement: «Va m’attendre chez Dieu!» Qu’en ferais-je après tout de ces biens que j’adore Rien que les adorer, rien que les perdre encore! J’attends. Pour ces trésors donnés, repris si tôt. Mon cœur n’est pas éteint: il est monté plus haut. -- Écoliers de ce temps, troupe alerte et bruyante Où sont-ils vos présents jetés à l’eau fuyante, Le livre ouvert, parfois vos souliers pour vaisseaux Et vos petits jardins de mousse et d’arbrisseaux? -- Et leur timbre profond d’où sort l’entretien sûr. (les parents) -- Beau jardin si rempli d’œillets et de lilas Que de le regarder on n’était jamais las. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Pour atteindre un rameau de ces calmes séjours Qui souple s’avançait et s’enfuyait toujours: Que de fois suspendus aux frêles palissades Nous avons savouré leurs molles embrassades. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Nous faisions les doux yeux aux roses embaumées Qui nous le rendaient bien, contentes d’être aimées! . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . C’était la seule porte incessamment ouverte Inondant le pavé d’ombre ou de clarté verte Selon que du soleil les rayons ruisselants Passaient ou s’arrêtaient aux feuillages tremblants. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
[=Fragment=]