Félicité: Étude sur la poésie de Marceline Desbordes-Valmore

Part 4

Chapter 43,283 wordsPublic domain

«_C’est un affreux malheur, mais le plus beau malheur possible_» écrit quelque part Vigny. Propre chanson pour l’air de cette correspondance, indiscontinûment variée sur le _leitmotiv_ plus ou moins lancinant, toujours détaché et digne de ce qu’elle y baptise elle-même son _parfait tombé d’espoir_. Lisez encore: «_Le malaise que je traîne après moi dans tous mes vœux déçus_». Et plus grièvement: «_Les peines, la terreur, l’humiliation ne tuent pas, et je vis enfin à travers des choses bien blessantes et que j’aurais jugées mortelles._»--«_Je ne voudrais pas que mon sort changeât au prix de certaines démarches suppliantes qui me rendraient les douceurs accordées d’une amertume douloureuse._»--«_Je retourne à souffrir._» concluait-elle dans une lettre déjà éditée.

Les rumeurs du jardin disent qu’il va pleuvoir; Tout tressaille averti de la prochains ondée.

Ces deux vers de l’auteur devraient épigraphier sa correspondance où l’on sent à chaque ligne une spirituelle et naturelle allégresse prête à éclore, refoulée par cette trop prochaine ondée des larmes, pour les siens, pour les autres,--ah! que si rarement et discrètement pour soi! Et cela sans jamais de ton pleurnicheur ni même larmoyant, en une si haute tenue de style et d’attitude non voulue que du fait d’une nature fière avec modestie, humble avec noblesse.

Ajouterai-je que plus des deux tiers de ces lettres ne sont que de jolis placets implorant secours pour plus pauvre que soi. Il semble, et l’épistolière le dit, que l’expérience toujours plus aiguë et raffinée du malheur, n’ait pour effet que de la gagner plus effectivement et affectivement aux endolorissements d’autrui.

De ces pages, il y en a pour de ses amis Tripier-Lefranc, Derains, Nairac, Branchu, etc., puis a des illustres: Dumas, Auber, Chaix d’Estanges, etc., en lesquels son inlassable zélation rencontre des aides. Presque chaque épître enveloppe, disons entortille d’une grâce qui se fait chatte quand il s’agit du bien du prochain un petit drame de misère adroitement présenté au profit d’un nouvel inconnu; de quelle grâce variant à l’infini la courtoisie des formules polies et jolies bien savoureuses et surprenantes à relire en notre ère de lettres de quête autographiées et pas même signées de la main de la demanderesse.

Voici d’abord des extraits, de mélancoliques, de spirituels:

Ici, madame, tout s’absorbe jusqu’à la mélancolie. C’est un mot élégant qui ne passe pas dans une ville de commerce, et vous êtes bien bonne de l’avoir lu sur ma figure. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Allez, monsieur, je sais beaucoup de vos peines, et si vous allez sur ces tombes d’amour et d’amitié pour être entendu, dites-moi quelque chose, je l’entendrai, je crois, car en vérité, la vie est souvent triste et isolée comme la mort. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Que je vous sais gré d’y être pour vous mêmes (à Paris,) car enfin c’est encore là où on peut choisir ce qui convient le mieux aux goûts de l’esprit et de l’humeur. Ici (à Lyon) il faut prendre de la boue et des rubans, des rubans et de la boue, c’est la carte. L’autre printemps, c’était... affreux; des boulets et du sang, du sang et des boulets. Il m’en reste un horrible souvenir dans l’âme et dans les nerfs. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Monsieur Dutillœul me dit encore d’obtenir que Bra écrive au maire qui l’aime beaucoup; je n’oserai le faire de mon côté que si mon cousin m’appuie, car cela me paraît bien hardi pour une femme d’écrire à un maire, et de demander des grâces. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Sachez que je viens de recevoir un programme de la fête de Gayant. Il sent le gâteau, la bière et le jambon. J’ai eu presque faim en le lisant, et il y a bien longtemps que je n’ai eu faim. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Vous m’avez honorée d’un témoignage de votre amitié, _beau pour toujours_, cher Monsieur. Vous savez que c’est à cette seule condition du _pour toujours_ que mon fils adorait la pomme ou les bonbons que je lui donnais. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Vos confitures ont-elles réussi? Moi je manque toutes mes romances.

Puis, intégralement une de ces belles et simples suppliques de recommandation.

Madame,

Je commence par vous demander humblement pardon d’une démarche qui n’a d’appui que votre extrême bonté.

Si vous vous étonnez, madame, que sans avoir l’honneur d’être connue de vous je me sente assez de courage pour recommander quelqu’un à votre sérieux intérêt vous penserez avec raison qu’il faut avoir entendu sur votre caractère un récit bien encourageant pour avoir enhardi jusque-là mon humilité.

Il a été dit devant moi que monsieur le Duc et madame la Duchesse de Luynes n’avaient pas encore arrêté le concierge qui doit garder prochainement leur nouvel hôtel.

Si j’étais assez heureuse pour que le pur motif d’obliger une honnête famille me fût inspiré par la Providence, qui se sert des plus faibles quelquefois pour ses desseins d’ordre et de charité, je me féliciterais d’avoir à signaler à madame la Duchesse les nommés Roblin, concierges de la maison d’assurance et de gaz, rue de Richelieu nº 89. Cette vaste maison devant être prochainement démolie laisse un père de famille très probe et très intelligent à la triste liberté de chercher un autre asyle. Les répondants les plus graves et les plus honorables viendraient à l’appui de mon humble supplique près de madame la Duchesse, et justifieraient avec empressement les premières paroles portées jusqu’à vous, madame, par votre plus humble servante.

Mme DESBORDES-VALMORE.

89, rue de Richelieu.

Ensuite deux lettres, deux placets à Alexandre Dumas. On en admirera le tour fémininement fraternel.

_Lyon, le 29 mai 1835._

Je saisis à travers une pluie d’orage, la bonne et belle occasion de me rappeler à vous. C’est pour vous rappeler que vous venez d’être encore pour moi aussi bon, aussi obligeant que si je le méritais. Je ne peux pas vous dire combien je vous sais gré d’être obligeant comme un enfant pour les enfantillages de tous ces hommes mûrs à moustaches noires ou grises. Ce brave Algérien eût été bien heureux de vous devoir (après son sabre) le bouquet de cerise qu’il voulait remporter à sa boutonnière; mais il m’a avoué qu’il était aussi fier de vos démarches pour lui et de votre accueil, que du ruban qu’il croit mériter. Que je vous aime donc de l’avoir consolé! et que j’ai à cœur votre gloire, votre bonheur en tout! Je vous conjure d’y travailler, de nous jeter vos fleurs, vos _Christine_, vos âmes de femmes qui doivent vous étouffer. Donnez-moi la joie de vos succès, car je vois bien que je n’en aurai jamais d’autre avec vous, et qu’il me sera toujours impossible de vous être bonne à rien sur la terre qu’à me faire du bien comme vous en avez pris l’habitude.

Soyez heureux!

MARCELINE D. VALMORE.

_Paris, 16 août 1837._

Quand vous n’êtes plus là, je ne suis bonne à rien pour moi ni pour les autres.

Si vous étiez à Paris, vous prendriez par la main un charmant enfant qui n’a ni père ni mère, et que nous avons fait entrer à l’Opéra pour jouer des petits génies et des demi-dieux, ce qu’on lui fait jouer avec beaucoup de bonté, jusqu’à l’avoir admis aux fêtes de Versailles, en Mercure, ce qui l’a rendu à peu près fou de joie et de surprise. Mais les demi-dieux _mangent_, et depuis son admission (il y a trois mois) dans les classes de MM. Coraly, Mérante et Barré, le pauvre orphelin a reçu douze francs, pour prix de ses jolies petites jambes.--Vous le prendriez donc par la main, j’osais le penser, et vous diriez à M. Dupré, tout-puissant sur M. Duponchel, de donner quelque humble appointement à ce jeune garçon que nous avons fait monter dans la diligence sur la route de Lyon à Paris.

Envoyez-moi deux lignes de votre nom pour que j’ose moi-même chercher un appui à cet enfant. Je ne vous demande point pardon d’aller vous étouffer de mes prières. A qui voulez-vous que je demande de la bonté qui ne se lasse pas? Pas plus que je ne me lasse de vous aimer et d’être à vous de tout mon cœur.

MARCELINE VALMORE.

Enfin cet étonnant compliment de noces:

A Monsieur Alexandre Wattemart.

Madame Valmore est allée avec empressement pour assister à la bénédiction nuptiale.

Il était près de midi. Après le temps de prier et d’attendre, nul mariage n’a eu lieu. Quelque obstacle a donc rendu, ce jour-là, Notre-Dame-de-Lorette, déserte de cette solennité, sur laquelle Madame Valmore appelle toutes les bénédictions du ciel.

Mme VALMORE

_22 février 43._

ESSAI DE CLASSIFICATION

DES MOTIFS D’INSPIRATION

DE LA POËSIE DE MARCELINE DESBORDES-VALMORE

DIVISIONS

I.--AMOUR { LES YEUX ET LES PLEURS. { LA VOIX.

II.--TENDRESSE-TRISTESSE { PRISONS ET EXILS. { _IPSA._

III.--MATERNITÉ

IV.--FOI

{ L’AMOUR DES FLEURS V.--NATURE { L’AMOUR DE L’EAU { LE RYTHME { LE SILENCE.

VI.--ÉTERNITÉ.

AMOUR

Amour divin rôdeur glissant entre les âmes.

L’heure qui nous sépare, au temps est inutile. -- Enfin le jour se cache et me prend en pitié. -- Tout ce qui manque à ta tendresse Ne manque-t-il pas à mes vœux? -- Et le bonheur du souvenir Va se confondre encore avec le bonheur même. -- Comme la route au loin se prolonge isolée. -- Je suis seule et là-bas sous de noirs arbrisseaux La moitié de mon âme est errante et voilée. -- _J’ai cru respirer l’air qui va nous réunir._ -- Forcez-moi de parler, car j’ai peur de mourir. -- «Dans mes ennuis, dit-il, j’ai fait une couronne Elle est fanée, hélas! pourtant je te la donne.» Je l’ai sentie alors descendre sur mes yeux Et je n’y voyais plus; mais sa voix est si tendre... Et quand on n’y voit plus, ma mère, on entend mieux. -- J’ai langui sans bonheur, de moi-même arrachée -- Toi qui m’a tout repris jusqu’au bonheur d’attendre Tu m’as laissé pourtant l’aliment d’un cœur tendre, L’amour et ma mémoire où se nourrit l’amour. Je lui dois le passé, c’est presque ton retour. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . C’est là que sans fierté je me révèle encore Ma vie est dans ce rêve où tu ne fuis jamais. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Tu t’éveilleras seul dans la foule distraite Où des amis d’un jour s’entr’égare l’essaim. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Oui, plus que toi l’absence est douce au cœur fidèle Du temps qui nous effeuille elle amortit les ailes. -- L’amour m’enveloppa de ton ombre chérie Et malgré la saison l’air me parut brûlant. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Je devinai ton âme, et j’entendis mon cœur. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . L’âme du monde éclaira notre amour. -- Je croyais que les cieux ne donnaient tant d’amour Que pour en éclairer une autre âme à son tour. -- Le doute est le seul bien que m’ait laissé le sort. -- Et mon dernier adieu dans les airs s’est perdu. -- Loin de moi, s’il se peut, ma sœur, emportez-moi. Mon mal est dans sa vue, et lorsque j’y succombe Mon mal doit vous toucher, ce n’est pas le remord. -- Mais tout ce qu’il m’apprend, lui seul l’ignorera. -- Veux-tu? mais ne dis pas que l’heure est trop rapide, Veux-tu voir la montagne et le courant limpide, Veux-tu venir au pied du grand chêne abattu?... --Moi, je ne réponds pas, pour écouter «Veux-tu?» «Veux-tu? mais ne dis pas que la lune est cachée, Veux-tu voir notre image au bord des flots penchée? Ne tremble pas, tout dort, l’oiseau même s’est tu.» Et mon refus se meurt en écoutant: Veux-tu? -- Ah! je t’en prie, il ne faut plus venir Redemander mon âme presque heureuse. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Je ne t’accuse pas! qui sait si le tombeau Sera froid sur mon corps si mon souffle t’effleure. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . L’été, j’attends de toi la grâce des beaux jours . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Chaque désir trahi me rend à la douleur. -- C’est l’orgueil: il sépare, il ressemble à la haine. -- J’ai contemplé longtemps ma mort dans leur bonheur -- Je n’ai plus qu’à subir sa tranquille douceur. -- Tout change, il a changé, d’où vient que j’en murmure? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Ton nom, comme un écho, lui parlera de moi.

Qu’il soit son seul reproche en ta douleur modeste. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Et ce morne silence où parlent les douleurs. -- On dirait que la mort a passé sur mon cœur. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Quand j’expire à sa porte on ne m’y connaît pas. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Quittez l’envie De rappeler le temps où j’ai cru le haïr. D’un souvenir si doux l’erreur évanouie Laisse au fond de mon âme un long étonnement. -- Pour qu’il soit le bonheur, je l’ai trop attendu. -- Moi, troubler son bonheur? c’est celui qui me reste! -- Quand ton nom _mêlé dans mon sort_[26] . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

[Sidenote: Lien de _Amour_ avec _Éternité_. =Fragment.=]

Prends mon deuil: un pavot, une feuille d’absinthe, Quelques lilas d’avril dont j’aimai tant la fleur, Durant tout un printemps, qu’ils sèchent sur ton cœur; Je t’en prie un printemps; cette espérance est sainte J’ai souffert, et jamais d’importunes clameurs N’ont rappelé vers moi ton amitié distraite; Va! j’en veux à la mort qui sera moins discrète. Et je ne serai plus quand tu liras: «Je meurs.»

Porte en mon souvenir un parfum de tendresse. Si tout ne meurt en moi, j’irai le respirer. Sur l’arbre où la colombe a caché son ivresse Une feuille, au printemps suffit pour l’attirer. S’ils viennent demander pourquoi ta fantaisie De cette couleur sombre attriste un temps d’amour, Dis que c’est par amour que ton cœur l’a choisie, Dis-leur qu’amour est triste ou le devient un jour; Que c’est un vœu d’enfance, une amitié première; Oh! dis-le sans froideur, car je t’écouterai! Invente un doux symbole où je me cacherai: Cette ruse entre nous encor... C’est la dernière. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Contente de brûler dans l’air choisi par toi! -- Si l’amour a des pleurs, la haine a des tourments. -- Parle-moi doucement, sans voix, parle à mon âme. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Altérés l’un de l’autre et contents de frémir -- On a si peu de temps à s’aimer sur la terre, Ah! qu’il faut se hâter de dépenser son cœur![27]

-- Ce bonheur accablant que donne ta présence Trop vite épuiserait la flamme de mes jours. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Le même ange peut-être a regardé nos mères Peut-être une seule âme a formé deux enfants. Oui la moitié qui manque à tes jours éphémères Elle bat dans mon sein où tes traits sont vivants. -- _Et comme une fleur sur sa tige Je tremblerais sur tes genoux._ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Mais le jour luit, mon rêve tombe, Au soleil les rêves ont peur, Et les ailes de ma colombe Vont seules te porter mon cœur. Elle a respiré l’air où j’aime Dans mes bras son vol a frémi: Triste comme un peu de moi-même Caresse-la, mon seul ami! -- Il ne viendra jamais, pourquoi le lui défendre? -- Quand vivre était le ciel--ou s’en ressouvenir! . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Quand mes deux bras s’ouvraient devant ces jours... -- _Pour entr’ailer nos jours d’un fraternel essor_ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Tu ne sauras jamais comme je sais moi-même, _A quelle profondeur je t’atteins et je t’aime_, . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . On est étrange, on veut échanger ce qu’on donne[28] . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Née avant toi... Douleur. Tu le verrais peut-être Si je vivais trop tard. Ne le fais point paraître, Ne dis pas que l’Amour sait compter, trompe-moi: Je m’en ressouviendrai pour mourir avant toi: -- Je t’aime comme un pauvre enfant Soumis au ciel quand le ciel change . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Je rends les fleurs qu’on me défend. -- Qui doucement essuyait ma pensée Du rêve amer qui fait aimer la mort? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . O jours d’hier, ô jeunesse envolée Avant notre âme, autre oiseau gémissant -- _C’est moi qui viens poser mon nom sur ta pensée_ -- Toi, ton doux cri pardon qui brisait ma colère, A qui le diras-tu, qu’il sache tant lui plaire? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . N’en cherche plus l’écho c’est moi qui le recèle? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Mais te créer l’effroi de ma fidélité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . De ce qui fut à nous emporte le bonheur Je n’en avais besoin que quand j’avais un cœur; C’est là que je souffrais, c’est là que je suis morte. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Jours fiévreux pleins de bruits que nuls bruits ne défont . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Tu viendras, tu verras, nous pleurerons ensemble: C’est là le sort de tout ce que le temps rassemble, Comme l’ombre de nous, tu me regarderas, Tu verras mieux mon âme, alors tu pleureras. Ma plus profonde vie, hélas! que Dieu te garde: A travers mon regard que le ciel te regarde Comme tu regardais à travers mes cheveux Que je laissais déjà retomber sur mes yeux; . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Allez! midi n’est pas l’heure du souvenir . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Et vous direz mon nom en cherchant dans les autres -- C’est le poignard levé qui nous frappe au réveil (le doute) -- Pour se perdre des yeux c’est bien assez du soir -- L’ombre est si belle où m’attire ta main -- Les joyaux n’échauffent point l’âme, _Un cheveu qu’on aime est plus fort_. -- Quel démon en chemin L’a saisi? c’est qu’il aime, il a trouvé son âme! -- Tu m’as connue au temps des roses Quand les colombes sont écloses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . A l’étonnement de nos âmes Tout jetait des fleurs et des flammes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Nous n’étions mortels qu’à demi -- N’écris pas, je suis triste, et je voudrais m’éteindre, Les beaux étés, sans toi, c’est l’amour sans flambeau, _J’ai refermé mes bras qui ne peuvent t’atteindre_ Et frapper à mon cœur, c’est frapper au tombeau. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . _Au fond de ton silence écouter que tu m’aimes_ C’est entendre le ciel sans y monter jamais. -- Tu n’en sauras rien sur la terre Flamme invisible en ton chemin, Je vivrai d’un ardent mystère Sans avoir rencontré ta main.[29]

[26] Ailleurs:

Votre nom seul suffira bien Pour me retenir asservie. Il est alentour de ma vie. _Roulé comme un ardent lien_

[27] Ailleurs:

Il faut aimer pourtant! que faire de son cœur?

[28] Vers d’allure romantique qu’on dirait de Victor Hugo.

[29] Qui rappelle le sonnet d’Arvers.

LES YEUX ET LES PLEURS

J’ai vécu d’aimer, j’ai donc vécu de larmes!

On dirait que le jour est rentré dans ses yeux.[30] -- Et qu’en chantant surtout on est près de pleurer. -- Tes beaux yeux en s’ouvrant un jour à la lumière Ont condamné les miens à te pleurer toujours. -- Si tes yeux ont des pleurs, regarde-moi toujours. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Que j’aimais de tes yeux la brûlante douceur! -- ... Oh! l’ange qui pardonne Doit regarder ainsi quand il ouvre les cieux. -- Du charme de ses yeux il m’accablait encore. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Que la vie est rapide et paresseuse ensemble Dans ma main qui s’égare, et qui brûle et qui tremble Que sa coupe est fragile et lente à se briser. Ciel! Que j’y bois de pleurs avant de l’épuiser. -- Oui, pour ne les plus voir j’abaisse ma paupière. Je m’enfuis dans mon âme et j’ai revu ses yeux! -- Quand ton sein se brisa dans une lutte affreuse On ignorait encore qu’il était plein de pleurs. -- Ainsi qui lit trop loin ne voit plus que des larmes. -- Les pleurs silencieux attendent les plus doux Ils souffrent sans le dire, ils meurent à genoux.[31] --

[avec _Nature_.]

... Un charme est dans mes pleurs, _L’air est chargé d’espoir_, il revient, je le jure. -- Car ce qui nous aima nous le pleurons toujours. -- Ce qui m’a fait pleurer jamais je ne l’oublie. Cache-moi ton regard plein d’âme et de tristesse. -- C’était ton regard pur qui répandait sa flamme Sur notre plus beau jour réfléchi dans tes yeux. -- Allez, Dieu comptera vos pleurs Au fond d’une âme solitaire. -- Que le pleur plein d’un triste charme Dont tes chants ont mouillé mes yeux. -- Ainsi pour m’acquitter de ton regard à toi, Je voudrais être un monde et te dire: «Prends-moi.» -- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Ni ces heures sans nom dans le temps balancées Dont les ailes pliaient d’un tel bonheur lassées Alors que je laissais pour unique entretien Mon regard ébloui s’abriter sous le tien. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Et fondre dans mes yeux quelque doute rêveur. -- Et mon cœur sait la place où je leur dois des pleurs -- _Qu’ils me font mal sur d’autres que les miens_ (les yeux). -- Et Dieu vous bénira qui dans vos chastes yeux Infiltra le symbole et la teinte des cieux. -- Laissez tomber sans voix les larmes de mes yeux Qui cherchent leur chemin pour arriver aux cieux. -- Quand tout y devient froid, jusqu’aux pleurs de leurs yeux. -- Mais des sanglots lointains dirigent nos adieux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Et le deuil de la terre encense leur malheur. -- Tout ce qui pleure est beau... -- Bénis soient donc vos pleurs dont l’intérêt s’amasse --

[Lien de _Les yeux et les pleurs_ avec _L’amour des fleurs_.]

Dieu vous garde à qui pleure, à qui va de vos charmes Humecter sa prière, attendrir ses regrets! Inclinez-vous, ce soir, sous les dernières larmes Qui s’épanchent sur vous du fond de mes secrets.

[30] _D’un mendiant aveugle_--le même qui lui fait ajouter:

Et la voix que j’adore Dans ce cœur consolé résonne-t-elle encore?