Fables de La Fontaine. Tome Premier
Chapter 2
Une hirondelle en ses voyages Avait beaucoup appris. Quiconque a beaucoup vu Peut avoir beaucoup retenu. Celle-ci prévoyait jusqu'aux moindres orages, Et devant qu'ils ne fussent éclos, Les annonçait aux matelots. Il arriva qu'au temps que le chanvre se sème, Elle vit un manant en couvrir maints sillons. «Ceci ne me plaît pas, dit-elle aux oisillons: Je vous plains, car pour moi, dans ce péril extrême, Je saurai m'éloigner, ou vivre en quelque coin. Voyez-vous cette main qui, par les airs chemine? Un jour viendra, qui n'est pas loin, Que ce qu'elle répand sera votre ruine. De là naîtront engins à vous envelopper, Et lacets pour vous attraper, Enfin, mainte et mainte machine Qui causera dans la saison Votre mort ou votre prison: Gare la cage ou le chaudron! C'est pourquoi, leur dit l'hirondelle, Mangez ce grain et croyez-moi.» Les oiseaux se moquèrent d'elle: Ils trouvaient aux champs trop de quoi. Quand la chènevière fut verte, L'hirondelle leur dit: «Arrachez brin à brin Ce qu'a produit ce mauvais grain, Ou soyez sûrs de votre perte. --Prophète de malheur, babillarde, dit-on, Le bel emploi que tu nous donnes! Il nous faudrait mille personnes Pour éplucher tout ce canton.» La chanvre étant tout à fait crue, L'hirondelle ajouta: «Ceci ne va pas bien; Mauvaise graine est tôt venue. Mais puisque jusqu'ici l'on ne m'a crue en rien, Dès que vous verrez que la terre Sera couverte, et qu'à leurs blés Les gens n'étant plus occupés Feront aux oisillons la guerre; Quand reglingettes et réseaux Attraperont petits oiseaux, Ne volez plus de place en place, Demeurez au logis ou changez de climat: Imitez le canard, la grue ou la bécasse. Mais vous n'êtes pas en état De passer, comme nous, les déserts et les ondes, Ni d'aller chercher d'autres mondes; C'est pourquoi vous n'avez qu'un parti qui soit sûr, C'est de vous enfermer aux trous de quelque mur.» Les oisillons, las de l'entendre, Se mirent à jaser aussi confusément Que faisaient les Troyens quand la pauvre Cassandre Ouvrait la bouche seulement. Il en prit aux uns comme aux autres: Maint oisillon se vit esclave retenu.
Nous n'écoutons d'instincts que ceux qui sont les nôtres Et ne croyons le mal que quand il est venu.
Le Rat de ville et le Rat des champs
Autrefois le rat des villes Invita le rat des champs D'une façon fort civile, A des reliefs d'ortolans
Sur un tapis de Turquie Le couvert se trouva mis. Je laisse à penser la vie Que firent ces deux amis.
Le régal fut fort honnête: Rien ne manquait au festin; Mais quelqu'un troubla la fête Pendant qu'ils étaient en train.
A la porte de la salle Ils entendirent du bruit: Le rat de ville détale, Son camarade le suit.
Le bruit cesse, on se retire: Rats en campagne aussitôt; Et le citadin de dire: «Achevons tout notre rôt.
--C'est assez, dit le rustique; Demain vous viendrez chez moi. Ce n'est pas que je me pique De tous vos festins de roi;
Mais rien ne vient m'interrompre: Je mange tout à loisir. Adieu donc. Fi du plaisir Que la crainte peut corrompre!»
Le loup et l'agneau
La raison du plus fort est toujours la meilleure: Nous l'allons montrer tout à l'heure.
Un Agneau se désaltérait Dans le courant d'une onde pure. Un loup survient à jeun, qui cherchait aventure, Et que la faim en ces lieux attirait. «Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage? Dit cet animal plein de rage: Tu seras châtié de ta témérité. --Sire, répond l'agneau, que Votre Majesté Ne se mette pas en colère; Mais plutôt qu'elle considère Que je me vas désaltérant Dans le courant, Plus de vingt pas au-dessous d'Elle; Et que par conséquent, en aucune façon Je ne puis troubler sa boisson. --Tu la troubles, reprit cette bête cruelle; Et je sais que de moi tu médis l'an passé. --Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né? Reprit l'agneau; je tette encor ma mère --Si ce n'est toi, c'est donc ton frère. --Je n'en ai point.--C'est donc l'un des tiens; Car vous ne m'épargnez guère, Vous, vos bergers et vos chiens. On me l'a dit: il faut que je me venge.» Là-dessus, au fond des forêts Le loup l'emporte et puis le mange, Sans autre forme de procès.
L'homme et son image
_Pour M. le Duc de La Rochefoucauld_
Un homme qui s'aimait sans avoir de rivaux Passait dans son esprit pour le plus beau du monde: Il accusait toujours les miroirs d'être faux, Vivant plus que content dans une erreur profonde. Afin de le guérir, le sort officieux Présentait partout à ses yeux Les conseillers muets dont se servent nos dames: Miroirs dans les logis, miroirs chez les marchands, Miroirs aux poches des galands, Miroirs aux ceintures des femmes. Que fait notre Narcisse? Il se va confiner Aux lieux les plus cachés qu'il peut s'imaginer, N'osant plus des miroirs éprouver l'aventure. Mais un canal, formé par une source pure, Se trouve en ces lieux écartés: Il s'y voit, il se fâche, et ses yeux irrités Pensent apercevoir une chimère vaine. Il fait tout ce qu'il peut pour éviter cette eau; Mais quoi? Le canal est si beau Qu'il ne le quitte qu'avec peine.
On voit bien où je veux venir. Je parle à tous; et cette erreur extrême Est un mal que chacun se plaît d'entretenir. Notre âme, c'est cet homme amoureux de lui-même; Tant de miroirs, ce sont les sottises d'autrui, Miroirs, de nos défauts les peintres légitimes; Et quant au canal, c'est celui Que chacun sait, le livre des Maximes.
Le dragon à plusieurs têtes et le dragon à plusieurs queues
Un envoyé du Grand Seigneur Préférait, dit l'histoire, un jour chez l'empereur Les forces de son maître à celles de l'Empire. Un allemand se mit à dire: «Notre prince a des dépendants Qui, de leur chef, sont si puissants Que chacun d'eux pourrait soudoyer une armée.» Le chiaoux, homme de sens, Lui dit: «Je sais par renommée Ce que chaque Électeur peut de monde fournir; Et cela me fait souvenir D'une aventure étrange, et qui pourtant est vraie. J'étais en un lieu sûr, lorsque je vis passer Les cent têtes d'une hydre au travers d'une haie. Mon sang commence à se glacer; Et je crois qu'à moins on s'effraie. Je n'en eus toutefois que la peur sans le mal: Jamais le corps de l'animal Ne put venir vers moi, ni trouver d'ouverture. Je rêvais à cette aventure, Quand un autre dragon, qui n'avait qu'un seul chef Et bien plus qu'une queue, à passer se présente. Me voilà saisi derechef D'étonnement et d'épouvante. Ce chef passe, et le corps, et chaque queue aussi: Rien ne les empêcha; l'un fit chemin à l'autre. Je soutiens qu'il en est ainsi De votre empereur et du nôtre.»
Les voleurs et l'Âne
Pour un âne enlevé deux voleurs se battaient: L'un voulait le garder, l'autre le voulait vendre. Tandis que coups de poing trottaient, Et que nos champions songeaient à se défendre, Arrive un troisième larron Qui saisit maître Aliboron.
L'âne, c'est quelquefois une pauvre province: Les voleurs sont tel ou tel prince, Comme le Transylvain, le Turc et le Hongrois. Au lieu de deux, j'en ai rencontré trois: Il est assez de cette marchandise. De nul d'eux n'est souvent la province conquise: Un quart voleur survient, qui les accorde net En se saisissant du baudet.
Simonide préservé par les Dieux
On ne peut trop louer trois sortes de personnes: Les dieux, sa maîtresse et son roi. Malherbe le disait, j'y souscris, quant à moi: Ce sont maximes toujours bonnes. La louange chatouille et gagne les esprits. Voyons comme les dieux l'ont quelquefois payée.
Simonide avait entrepris L'éloge d'un athlète; et la chose essayée, Il trouva son sujet plein de récits tout nus. Les parents de l'athlète étaient gens inconnus; Son père, un bon bourgeois; lui, sans autre mérite; Matière infertile et petite. Le poète d'abord, parla de son héros. Après en avoir dit ce qu'il en pouvait dire, Il se jette à côté, se met sur le propos De Castor et Pollux; ne manque pas d'écrire Que leur exemple était aux lutteurs glorieux; Élève leurs combats, spécifiant les lieux Où ces frères s'étaient signalés davantage; Enfin l'éloge de ces dieux Faisait les deux tiers de l'ouvrage. L'athlète avait promis d'en payer un talent; Mais quand il le vit, le galand N'en donna que le tiers; et dit fort franchement Que Castor et Pollux acquittassent le reste. «Faites vous contenter par ce couple céleste. Je veux vous traiter cependant: Venez souper chez moi; nous ferons bonne vie: Les conviés sont gens choisis, Mes parents, mes meilleurs amis, Soyez donc de la compagnie.» Simonide promit. Peut-être qu'il eut peur De perdre, outre son dû, le gré de sa louange. Il vient: l'on festine, l'on mange. Chacun étant en belle humeur, Un domestique accourt, l'avertit qu'à la porte Deux hommes demandaient à le voir promptement. Il sort de table; et la cohorte N'en perd pas un seul coup de dent. Ces deux hommes étaient les gémeaux de l'éloge. Tous deux lui rendent grâce, et, pour prix de ses vers, Ils l'avertissent qu'il déloge, Et que cette maison va tomber à l'envers. La prédiction en fut vraie. Un pilier manque; et le plafond Ne trouvant plus rien qui l'étaie, Tombe sur le festin, brise plats et flacons, N'en fait pas moins aux échansons. Ce ne fut pas le pis, car pour rendre complète La vengeance due au poète, Une poutre cassa les jambes à l'athlète, Et renvoya les convies Pour la plupart estropiés. La renommée eut soin de publier l'affaire: Chacun cria miracle. On doubla le salaire Que méritaient les vers d'un homme aimé des dieux. Il n'était fils de bonne mère Qui, les payant à qui mieux mieux, Pour ses ancêtres n'en fit faire.
Je reviens à mon texte, et dis premièrement Qu'on ne saurait manquer de louer largement Les dieux et leurs pareils, de plus que Melpomène Souvent, sans déroger, trafique de sa peine; Enfin, qu'on doit tenir notre art en quelque prix. Les grands se font honneur dès lors qu'ils nous font grâce: Jadis l'Olympe et le Parnasse Étaient frères et bons amis.
La mort et le malheureux
Un malheureux appelait tous les jours La mort à son secours «O Mort, lui disait-il, que tu me sembles belle! Viens vite, viens finir ma fortune cruelle!» La mort crut, en venant, l'obliger en effet. Elle frappe à sa porte, elle entre, elle se montre. «Que vois-je? cria-t-il: ôtez-moi cet objet; Qu'il est hideux! que sa rencontre Me cause d'horreur et d'effroi N'approche pas, ô Mort! ô Mort, retire-toi!»
Mécénas fut un galant homme; Il a dit quelque part: «Qu'on me rende impotent. Cul-de-jatte, goutteux, manchot, pourvu qu'en somme Je vive, c'est assez, je suis plus que content.» Ne viens jamais, ô Mort; on t'en dit tout autant.
La mort et le bûcheron
Un pauvre bûcheron, tout couvert de ramée, Sous le faix du fagot aussi bien que des ans Gémissant et courbé, marchait à pas pesants, Et tâchait de gagner sa chaumine enfumée. Enfin, n'en pouvant plus d'effort et de douleur, Il met bas son fagot, il songe à son malheur. Quel plaisir a-t-il eu depuis qu'il est au monde? En est-il un plus pauvre en la machine ronde? Point de pain quelquefois et jamais de repos. Sa femme, ses enfants, les soldats, les impôts, Le créancier et la corvée Lui font d'un malheureux la peinture achevée. Il appelle la Mort. Elle vient sans tarder, Lui demande ce qu'il faut faire. «C'est, dit-il, afin de m'aider A recharger ce bois, tu ne tarderas guère.»
Le trépas vient tout guérir; Mais ne bougeons d'où nous sommes: Plutôt souffrir que mourir, C'est la devise des hommes.
L'homme entre deux âges et ses deux maîtresses
Un homme de moyen âge, Et tirant sur le grison Jugea qu'il était saison De songer au mariage. Il avait du comptant, Et partant De quoi choisir; toutes voulaient lui plaire: En quoi notre amoureux ne se pressait pas tant; Bien adresser n'est pas petite affaire. Deux veuves sur son coeur eurent le plus de part: L'une encor verte, et l'autre un peu bien mûre, Mais qui réparait par son art Ce qu'avait détruit la nature. Ces deux veuves, en badinant, En riant, en lui faisant fête, L'allaient quelquefois testonnant, C'est à dire ajustant sa tête. La vieille, à tous moments, de sa part emportait Un peu du poil noir qui restait Afin que son amant en fût plus à sa guise. La jeune saccageait les poils blancs à son tour. Toutes deux firent tant, que notre tête grise Demeura sans cheveux, et se douta du tour. «Je vous rends, leur dit-il, mille grâces, les belles, Qui m'avez si bien tondu: J'ai plus gagné que perdu; Car d'hymen point de nouvelles. Celle que je prendrais voudrait qu'à sa façon Je vécusse, et non à la mienne. Il n'est tête chauve qui tienne. Je vous suis obligé, belles, de la leçon.»
Le Renard et la Cigogne
Compère le renard se mit un jour en frais, Et retint à dîner commère la cigogne. Le régal fut petit et sans beaucoup d'apprêts: Le galand, pour toute besogne, Avait un brouet clair: il vivait chichement. Ce brouet fut par lui servi sur une assiette: La cigogne au long bec n'en put attraper miette, Et le drôle eut lapé le tout en un moment. Pour se venger de cette tromperie, A quelque temps de là, la cigogne le prie. «Volontiers, lui dit-il, car avec mes amis, Je ne fais point cérémonie.» A l'heure dite, il courut au logis De la cigogne son hôtesse; Loua très fort sa politesse; Trouva le dîner cuit à point: Bon appétit surtout, renards n'en manquent point. Il se réjouissait à l'odeur de la viande Mise en menus morceaux, et qu'il croyait friande. On servit, pour l'embarrasser, En un vase à long col et d'étroite embouchure. Le bec de la cigogne y pouvait bien passer; Mais le museau du sire était d'autre mesure. Il lui fallut à jeun retourner au logis, Honteux comme un renard qu'une poule aurait pris, Serrant la queue, et portant bas l'oreille.
Trompeurs, c'est pour vous que j'écris: Attendez-vous à la pareille.
L'enfant et le maître d'école
Dans ce récit je prétends faire voir D'un certain sot la remontrance vaine.
Un jeune enfant dans l'eau se laissa choir En badinant sur les bords de la Seine. Le ciel permit qu'un saule se trouva, Dont le branchage, après Dieu, le sauva. S'étant pris, dis-je, aux branches de ce saule, Par cet endroit passe un maître d'école; L'enfant lui crie: «Au secours, je péris.» Le magister, se tournant à ses cris, D'un ton fort grave à contretemps s'avise De le tancer: «Ah! le petit babouin! Voyez, dit-il, où l'a mis sa sottise! Et puis, prenez de tels fripons le soin. Que les parents sont malheureux qu'il faille Toujours veiller à semblable canaille! Qu'ils ont de maux! et que je plains leur sort.» Ayant tout dit, il mit l'enfant à bord.
Je blâme ici plus de gens qu'on ne pense. Tout babillard, tout censeur, tout pédant Se peut connaître au discours que j'avance. Chacun des trois fait un peuple fort grand: Le créateur en a béni l'engeance. En toute affaire ils ne font que songer Aux moyens d'exercer leur langue. Eh! mon ami, tire-moi du danger, Tu feras après ta harangue.
Le coq et la perle
Un jour un coq détourna Une perle qu'il donna Au beau premier lapidaire. «Je la crois fine, dit-il; Mais le moindre grain de mil Serait bien mieux mon affaire.»
Un ignorant hérita D'un manuscrit qu'il porta Chez son voisin le libraire. «Je crois, dit-il qu'il est bon; Mais le moindre ducaton Serait bien mieux mon affaire.»
Les frelons et les mouches à miel
A l'oeuvre on connaît l'artisan.
Quelques rayons de miel sans maître se trouvèrent: Des frelons les réclamèrent; Des abeilles s'opposant, Devant certaine guêpe on traduisit la cause. Il était malaisé de décider la chose: Les témoins déposaient qu'autour de ces rayons Des animaux ailés, bourdonnant, un peu longs, De couleur fort tannée, et tels que les abeilles, Avaient longtemps paru. Mais quoi! dans les frelons Ces enseignes étaient pareilles. La guêpe, ne sachant que dire à ces raisons, Fit enquête nouvelle, et pour plus de lumière, Entendit une fourmilière. Le point n'en put être éclairci. «De grâce, à quoi bon tout ceci? Dit une abeille fort prudente. Depuis tantôt six mois que la cause est pendante, Nous voici comme aux premiers jours. Pendant cela le miel se gâte. Il est temps désormais que le juge se hâte: N'a-t-il point assez léché l'ours? Sans tant de contredits, et d'interlocutoires, Et de fatras et de grimoires, Travaillons, les frelons et nous: On verra qui sait faire, avec un suc si doux, Des cellules si bien bâties» Le refus des frelons fit voir Que cet art passait leur savoir; Et la guêpe adjugea le miel à leurs parties.
Plût à Dieu qu'on réglât ainsi tous les procès: Que des turcs en cela l'on suivît la méthode! Le simple sens commun nous tiendrait lieu de code: Il ne faudrait point tant de frais; Au lieu qu'on nous mange, on nous gruge, On nous mine par des longueurs; On fait tant, à la fin, que l'huître est pour le juge, Les écailles pour les plaideurs.
Le chêne et le roseau
Le chêne un jour dit au roseau: «Vous avez bien sujet d'accuser la nature; Un roitelet pour vous est un pesant fardeau; Le moindre vent qui d'aventure Fait rider la face de l'eau, Vous oblige à baisser la tête. Cependant que mon front, au Caucase pareil, Non content d'arrêter les rayons du soleil, Brave l'effort de la tempête. Tout vous est aquilon, tout me semble zéphyr. Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage Dont je couvre le voisinage, Vous n'auriez pas tant à souffrir: Je vous défendrai de l'orage; Mais vous naissez le plus souvent Sur les humides bords des royaumes du vent. La nature envers vous me semble bien injuste. --Votre compassion, lui répondit l'arbuste, Part d'un bon naturel; mais quittez ce souci: Les vents me sont moins qu'à vous redoutables; Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu'ici Contre leurs coups épouvantables Résisté sans courber le dos; Mais attendons la fin.» Comme il disait ces mots, Du bout de l'horizon accourt avec furie Le plus terrible des enfants Que le nord eût porté jusque là dans ses flancs. L'arbre tient bon; le roseau plie. Le vent redouble ses efforts, Et fait si bien qu'il déracine Celui de qui la tête au ciel était voisine, Et dont les pieds touchaient à l'empire des morts.
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