Eureka

Part 3

Chapter 33,453 wordsPublic domain

Puisque tout ceci est irréfutable, puisque le choix permis à l'esprit ne peut avoir lieu qu'entre deux conceptions impossibles, puisqu'une impossibilité ne peut pas être plus grande qu'une autre, et ne peut conséquemment lui être préférée, les philosophes qui non-seulement affirment, en se basant sur le raisonnement précité, l'idée humaine de l'infini, mais aussi, en se basant sur cette idée hypothétique, l'Infini lui-même, s'engagent évidemment à prouver qu'une chose impossible devient possible quand on peut montrer qu'une autre chose, elle aussi, est impossible. Ceci, dira-t-on, est un non-sens; peut-être bien; je crois vraiment que c'est un parfait non-sens, mais je n'ai nullement la prétention de le réclamer comme étant de mon fait.

Toutefois, la méthode la plus prompte pour montrer la fausseté de l'argument philosophique en question est simplement de considérer un fait qui jusqu'à présent a été négligé, à savoir que l'argument énoncé contient à la fois sa preuve et sa négation. «L'esprit, disent les théologiens et autres, est induit à admettre une _cause première_ par la difficulté plus grande qu'il éprouve à concevoir une série infinie de causes.» L'argutie gît, comme précédemment, dans le mot _difficulté;_ mais ici à quelle fin est employé ce mot? A soutenir l'idée de Cause Première. Et qu'est-ce qu'une Cause Première? C'est une limite extrême de toutes les causes. Et qu'est-ce qu'une limite extrême de toutes les causes? C'est le Fini. Ainsi, la même argutie, dans les deux cas, est employée,--par combien de philosophes, Dieu le sait!--pour soutenir tantôt le Fini et tantôt l'Infini; ne pourrait-elle pas être utilisée pour soutenir encore quelque autre chose? Quant aux arguties, elles sont généralement, de leur nature, insoutenables; mais, en les jetant de côté, constatons que ce qu'elles prouvent dans un cas est identique à ce qu'elles démontrent dans un autre, c'est-à-dire à rien.

Personne, évidemment, ne supposera que je lutte ici pour établir l'absolue impossibilité de ce que nous essayons de faire entendre par le mot _Infini._ Mon but est seulement de montrer quelle folie c'est de vouloir prouver l'Infini, ou même notre conception de l'Infini, par un raisonnement aussi maladroit que celui qui est généralement employé.

Néanmoins il m'est permis, en tant qu'individu, de dire que je ne puis pas concevoir l'Infini, et que je suis convaincu qu'aucun être humain ne le peut davantage. Un esprit, qui n'a pas une entière conscience de lui-même, qui n'est pas habitué à faire une analyse intérieure de ses propres opérations, pourra, il est vrai, devenir souvent sa propre dupe et croire qu'il a conçu l'idée dont je parle. Dans nos efforts pour la concevoir, nous procédons pas à pas; nous imaginons toujours un degré derrière un degré; et aussi longtemps que nous continuons l'effort, on peut dire avec raison que nous tendons vers la conception de l'idée en vue; mais la force de l'impression que nous parvenons, ou que nous sommes parvenus à créer, est en raison de la période de temps durant lequel nous maintenons cet effort intellectuel. Or, c'est par le fait de l'interruption de l'effort,--c'est en parachevant (nous le croyons du moins) l'idée postulée,--c'est en donnant, comme nous nous le figurons, la touche finale à la conception,--que nous anéantissons d'un seul coup toute cette fabrique de notre imagination;--bref, il faut que nous nous reposions sur quelque point suprême et conséquemment défini. Toutefois, si nous n'apercevons pas ce fait, c'est en raison de l'absolue coïncidence entre cette pause définitive et la cessation de notre pensée. En essayant, d'autre part, de former en nous l'idée d'un espace limité, nous inversons simplement le procédé, impliquant toujours la même impossibilité.

Nous _croyons_ à un Dieu. Nous pouvons ou nous ne pouvons pas _croire_ à un espace fini ou infini; mais notre croyance, en de pareils cas, est plus proprement appelée _foi,_ et elle est une chose tout à fait distincte de cette croyance particulière, de cette croyance _intellectuelle,_ qui présuppose une conception mentale.

Le fait est que, sur la simple énonciation d'un de ces termes à la classe desquels appartient le mot _Infini,_ classe qui représente des _pensées de pensées,_ celui qui a le droit de se dire un peu penseur se sent appelé, non pas à former une conception, mais simplement à diriger sa vision mentale vers un point donné du firmament intellectuel, vers une nébuleuse qui ne sera jamais résolue. Il ne fait, pour la résoudre, aucun effort; car avec un instinct rapide il comprend, non pas seulement l'impossibilité, mais, en ce qui concerne l'intérêt humain, le caractère essentiellement étranger de cette solution. Il comprend que la Divinité n'a pas marqué ce mystère pour être résolu. Il voit tout de suite que cette solution est située _hors_ du cerveau de l'homme, et même _comment,_ si ce n'est exactement _pourquoi,_ elle gît hors de lui. Il y a des gens, je le sais, qui, s'employant en vains efforts pour atteindre l'impossible, acquièrent aisément, grâce à leur seul jargon, une sorte de réputation de profondeur parmi leurs complices les pseudo-penseurs, pour qui obscurité et profondeur sont synonymes. Mais la plus belle qualité de la pensée est d'avoir conscience d'elle-même, et l'on peut dire, sans faire une métaphore paradoxale, qu'il n'y a pas de brouillard d'esprit plus épais que celui qui, s'étendant jusqu'aux limites du domaine intellectuel, dérobe ces frontières elles-mêmes à la vue de l'intelligence.

Maintenant on comprendra que, quand je me sers de ce terme, l'_Infini de l'Espace,_ je ne veux pas contraindre le lecteur à former la conception impossible d'un infini _absolu._ Je prétends simplement faire entendre _la plus grande étendue concevable_ d'espace,--domaine ténébreux et élastique, tantôt se rétrécissant, tantôt s'agrandissant, selon la force irrégulière de l'imagination.

Jusqu'à présent, l'Univers sidéral a été considéré comme coïncidant avec l'Univers proprement dit, tel que je l'ai défini au commencement de ce discours. On a toujours, directement ou indirectement, admis,--au moins depuis la première aube de l'Astronomie intelligible,--que, s'il nous était possible d'atteindre un point donné quelconque de l'espace, nous trouverions toujours, de tous côtés, autour de nous, une interminable succession d'étoiles. C'était l'idée insoutenable de Pascal, quand il faisait l'effort, le plus heureux peut-être qui ait jamais été fait, pour périphraser la conception que nous essayons d'exprimer par le mot _Univers._ «C'est une sphère, dit-il, dont le centre est partout, et la circonférence nulle part.» Mais, bien que cette intention de définition ne définisse pas du tout, en fait, l'Univers sidéral, nous pouvons l'accepter, avec quelque réserve mentale, comme une définition (suffisamment rigoureuse pour l'utilité pratique) de l'Univers proprement dit, c'est-à-dire de l'Univers considéré comme espace. Ce dernier, prenons-le donc pour _une sphère dont le centre est partout, et la circonférence nulle part._ Dans le fait, s'il nous est impossible de nous figurer une fin de l'espace, nous n'éprouvons aucune difficulté à imaginer un commencement quelconque parmi une série infinie de commencements.

IV

Comme point de départ, adoptons donc la _Divinité._ Relativement à cette Divinité, considérée en _elle-même,_ celui-là seul n'est pas un imbécile, celui-là seul n'est pas un impie, qui n'affirme absolument rien. «Nous ne connaissons rien, dit le baron de Bielfeld, nous ne connaissons rien de la nature ou de l'essence de Dieu;--pour savoir ce qu'il est, il faut être Dieu même.»

_Il faut être Dieu même!_ Malgré cette phrase effrayante, vibrant encore dans mon oreille, j'ose toutefois demander si notre ignorance actuelle de la Divinité est une ignorance à laquelle l'âme est _éternellement_ condamnée.

Enfin, contentons-nous aujourd'hui de supposer que c'est Lui,--Lui, l'Incompréhensible (pour le présent du moins),--Lui, que nous considérerons comme _Esprit,_ c'est-à-dire comme _non-Matière_ (distinction qui, pour tout ce que nous voulons atteindre, suppléera parfaitement à une définition),--Lui, existant comme Esprit, qui nous a _créés,_ ou faits de Rien, par la force de sa Volonté,--dans un certain point de l'Espace que nous prendrons comme centre, à une certaine époque dont nous n'avons pas la prétention de nous enquérir, mais en tout cas immensément éloignée;--supposons, dis-je,'que c'est lui qui nous a faits,--mais faits ... _quoi?_ Ceci est, dans nos considérations, un point d'une importance vitale. _Qu_'étions-nous, _que_ pouvons-nous supposer légitimement avoir été, quand nous fûmes _créés,_ nous, univers, primitivement et individuellement?

Nous sommes arrivés à un point où l'Intuition seule peut venir à notre aide. Mais qu'il me soit permis de rappeler l'idée que j'ai déjà suggérée comme la seule qui puisse convenablement définir l'intuition. Elle n'est que _la conviction naissant de certaines inductions ou déductions dont la marche a été assez secrète pour échapper à notre conscience, éluder notre raison, ou défier notre puissance d'expression._ Ceci étant entendu, j'affirme qu'une intuition absolument irrésistible, quoique indéfinissable, me pousse à conclure que [ce que] Dieu a originairement créé,--que cette Matière qu'il a, par la force de sa Volonté, tirée de son Esprit, ou de Rien, ne peut avoir été autre chose que la Matière dans son état le plus pur, le plus parfait, de ... de quoi?--de _Simplicité._

Ce sera là la seule _supposition_ absolue dans mon discours. Je me sers du mot supposition dans son sens ordinaire; cependant je maintiens que ma proposition primordiale, ainsi formulée, est loin, bien loin d'être une pure supposition. Rien n'a été, en effet, plus régulièrement, plus rigoureusement _déduit_;--aucune conclusion humaine n'a été, en effet, plus régulièrement, plus rigoureusement _déduite_;--mais, hélas! le procédé de cette déduction échappe à l'analyse humaine;--en tout cas, il se dérobe à la puissance expressive de toute langue humaine.

Efforçons-nous maintenant de concevoir ce qu'a pu et ce qu'a dû être la Matière dans sa condition absolue de _simplicité._ Ici, la Raison vole d'un seul coup vers l'Imparticularité,--vers une particule,--une particule _unique,_--une particule _une_ dans son espèce,--_une_ dans son caractère,--_une_ dans sa nature,--_une_ par son volume,-- _une_ par sa forme,--une particule qui soit particule à tous égards, donc, une particule amorphe et idéale,--particule absolument unique, individuelle, non divisée, mais _non pas indivisible,_ simplement parce que Celui qui la créa par la force de sa Volonté peut très-naturellement la diviser par un exercice infiniment moins énergique de la même Volonté.

Donc, l'_Unité_ est tout ce que j'affirme de la Matière originairement créée; mais je me propose de démontrer que _cette Unité est un principe largement suffisant pour expliquer la constitution, les phénomènes actuels et l'anéantissement absolument inévitable au moins de l'Univers matériel._

Le Vouloir spontané, ayant pris corps dans la particule primordiale, a complété l'acte, ou, plus proprement, la _conception_ de la Création. Nous nous dirigerons maintenant vers le but final pour lequel nous supposons que cette particule a été créée;--quand je dis but final, je veux dire tout ce que nos considérations jusqu'ici nous permettent d'en saisir,--à savoir, la constitution de l'Univers tirée de cette Particule unique.

Cette constitution s'est effectuée par la transformation _forcée de_ l'Unité, originelle et normale, en Pluralité, condition anormale. Une action de cette nature implique réaction. Une diffusion de l'Unité n'a lieu que conditionnellement, c'est-à-dire qu'elle implique une tendance au retour vers l'Unité,--tendance indestructible jusqu'à parfaite satisfaction. Mais je m'étendrai par la suite plus amplement sur ce sujet.

La supposition de l'Unité absolue dans la Particule primordiale renferme celle de la divisibilité infinie. Concevons donc simplement la Particule comme non absolument épuisée par sa diffusion à travers l'Espace. De cette Particule considérée comme centre, supposons, irradié sphériquement, dans toutes les directions, à des distances non mesurables, mais cependant définies, dans l'espace vide jusqu'alors, un certain nombre innombrable, quoique limité, d'atomes inconcevablement mais non infiniment petits.

Or, de ces atomes, ainsi éparpillés ou à l'état de diffusion, que nous est-il permis, non pas de supposer, mais de conclure, en considérant la source d'où ils émanent et le but apparent de leur diffusion? L'Unité étant leur source, et _la différence d'avec l'Unité_ le caractère du but manifesté par leur diffusion, nous avons tout droit de supposer que ce caractère persiste _généralement_ dans toute l'étendue du plan et forme une partie du plan lui-même;--c'est-à-dire que nous avons tout droit de concevoir des différences continues, sur tous les points, d'avec l'unité et la simplicité du point originel. Mais, pour ces raisons, sommes-nous autorisés à imaginer les atomes comme hétérogènes, dissemblables, inégaux et inégalement distants? Pour parler plus explicitement, devons-nous croire qu'il n'y a pas eu, au moment de leur diffusion, deux atomes de même nature, de même forme ou de même grosseur? et que, leur diffusion étant opérée à travers l'Espace, ils doivent être tous, sans exception, inégalement distants l'un de l'autre? Un pareil arrangement, dans de telles conditions, nous permet de concevoir aisément, immédiatement, le procédé d'opération le plus exécutable pour un dessein tel que celui dont j'ai parlé,--le dessein de tirer la variété de l'unité,--la diversité de la similarité,--l'hétérogénéité de l'homogénéité,--la complexité de la simplicité,--en un mot, la plus grande multiplicité possible de _rapports_ de _l'Unité_ expressément absolue. Incontestablement nous aurions le droit de supposer tout ce que j'ai dit, si nous n'étions pas arrêtés par deux réflexions:--la première, c'est que la superfluité et la surérogation ne sont jamais admissibles dans l'Action Divine; et la seconde, c'est que le but poursuivi apparaît comme tout aussi facile à atteindre quand quelques-unes des conditions requises sont obtenues dans le principe, que quand toutes existent visiblement et immédiatement. Je veux dire que celles-ci sont contenues dans les autres, ou qu'elles en sont une conséquence si instantanée, que la distinction devient inappréciable. La différence de grosseur, par exemple, sera tout de suite créée par la tendance d'un atome vers un second atome, de préférence à un troisième, en raison d'une inégalité particulière de distance; _inégalité particulière de distance entre des centres de quantité, dans des atomes voisins de différente forme,--_ phénomène qui ne contredit en rien la distribution généralement égale des atomes. La différence _d'espèce,_ nous la concevons aussi très-aisément comme résultant de différences dans la grosseur et dans la forme, supposées plus ou moins conjointes;--en effet, puisque l'_Unité_ de la Particule proprement dite implique homogénéité absolue, nous ne pouvons pas supposer que les atomes, au moment de leur diffusion, diffèrent en espèce, sans imaginer en même temps une opération spéciale de la Volonté Divine, agissant à l'émission de chaque atome, dans le but d'effectuer en chacun une transformation de sa nature essentielle;--et nous devons d'autant plus repousser une idée aussi fantastique, que l'objet en vue peut parfaitement bien être atteint sans une aussi minutieuse et laborieuse intervention. Nous comprenons donc, avant tout, qu'il eût été surérogatoire, et conséquemment anti-philosophique, d'attribuer aux atomes, en vue de leurs destinations respectives, autre chose qu'une _différence de forme_ au moment de leur dispersion, et postérieurement une inégalité particulière de distance,--toutes les autres différences naissant ensemble des premières, dès les premiers pas que la masse a faits vers sa constitution. Nous établissons donc l'Univers sur une base purement _géométrique._ Il va sans dire qu'il n'est pas du tout nécessaire de supposer une absolue différence, même de forme, entre _tous_ les atomes irradiés;--nous nous contentons de supposer une inégalité générale de distance de l'un à l'autre. Nous sommes tenus simplement d'admettre qu'il n'y a pas d'atomes _voisins_ de forme similaire,--qu'il n'y a pas d'atomes qui puissent jamais se rapprocher, excepté lors de leur inévitable réunion finale.

Quoique la _tendance,_ immédiate et perpétuelle, des atomes dispersés à retourner vers leur Unité normale soit impliquée, comme je l'ai dit, dans leur diffusion anormale, toutefois il est clair que cette tendance doit être sans résultat,--qu'elle doit rester une tendance et rien de plus,--jusqu'à ce que la force d'expansion, cessant d'opérer, donne à cette tendance toute liberté de se satisfaire. L'Action Divine, toutefois, étant considérée comme déterminée, et interrompue après l'opération primitive de la diffusion, nous concevons tout de suite une _réaction,_--en d'autres termes une tendance, _qui pourra être satisfaite,_ de tous les atomes désunis à retourner vers l'_Unité._

Mais la force de diffusion étant retirée, et la réaction ayant commencé pour favoriser le dessein final,--_celui de créer la plus grande somme de rapports possible,_--ce dessein est maintenant en danger d'être frustré dans le détail, par suite de cette tendance rétroactive qui a pour but son accomplissement total. La _multiplicité_ est l'objet; mais rien n'empêche les atomes voisins de se précipiter _tout de suite_ l'un vers l'autre,--grâce à leur tendance maintenant libre, avant l'accomplissement de tous les buts multiples,--et de se fondre tous en une unité compacte; rien ne fait obstacle à l'aggrégation de diverses masses, isolées jusque-là, sur différents points de l'espace;--en d'autres termes, rien ne s'oppose à l'accumulation de diverses masses, chacune faisant une Unité absolue.

V

Pour l'accomplissement efficace et complet du plan général, nous devinons maintenant la nécessité d'une force répulsive limitée,--de _quelque chose_ qui serve à séparer, et qui, lors de la cessation de la Volition diffusive, puisse en même temps permettre le rapprochement et empêcher la jonction des atomes; qui leur permette de se rapprocher infiniment, et leur défende de se mettre en contact positif; quelque chose, en un mot, qui ait puissance, _jusqu'à une certaine époque,_ de prévenir leur fusion, mais non de contredire à aucun égard ni à aucun degré leur tendance à se réunir. La force répulsive, déjà considérée comme si particulièrement limitée à d'autres égards, peut, je le répète, être prise comme une puissance destinée à empêcher l'absolue cohésion, _seulement jusqu'à une certaine époque._ A moins que nous ne concevions l'appétition des atomes pour l'Unité comme condamnée à n'être _jamais_ satisfaite,--à moins que nous n'admettions que ce qui a eu un commencement ne doive pas avoir de fin,--idée qui est réellement inadmissible, quelque nombreux que soient ceux d'entre nous qui rêvent et bavardent sur ce thème,--nous sommes forcés de conclure que l'influence répulsive supposée devra finalement,--sous la pression de l'_Unitendance_ agissant _collectivement,_ mais agissant seulement alors que, pour l'accomplissement des plans de la Divinité, cette action collective devra se faire naturellement,--céder à une force qui, à cette époque finale, sera la force supérieure, poussée juste au degré nécessaire, et permettre ainsi le tassement universel des choses en _Unité,_ unité inévitable parce qu'elle est originelle et conséquemment normale. Il est en vérité fort difficile de concilier toutes ces conditions;--nous ne pouvons même pas comprendre la possibilité de cette conciliation;--néanmoins cette impossibilité apparente est féconde en suggestions brillantes.

Que cette répulsion existe positivement, _nous le voyons._ L'homme n'emploie et ne connaît aucune force suffisante pour fondre deux atomes en un. Je n'avance ici que la thèse bien reconnue de l'impénétrabilité de la matière. Toute l'Expérience la prouve,--toute la Philosophie l'admet. J'ai essayé de démontrer le _but_ de la répulsion et la nécessité de son existence; mais je me suis religieusement abstenu de toute tentative pour en pénétrer la nature; et cela, à cause d'une conviction intuitive qui me dit que le principe en question est strictement spirituel,--gît dans une profondeur impénétrable à notre intelligence présente,--est impliqué dans une considération relative à ce qui maintenant, dans notre condition humaine, ne peut être l'objet d'aucun examen,--dans une considération de l'_Esprit en lui-même._ Je sens, en un mot, qu'ici, et ici seulement, Dieu s'est interposé, parce qu'ici, et seulement ici, le nœud demandait l'interposition de Dieu.

Dans le fait, pendant que dans cette tendance des atomes vers l'Unité on reconnaîtra tout d'abord le principe de la Gravitation Newtonienne, ce que j'ai dit d'une force répulsive, servant à mettre des limites à la satisfaction immédiate, peut être entendu de _ce que_ nous avons jusqu'à présent désigné tantôt comme chaleur, tantôt comme magnétisme, tantôt comme _électricité;_ montrant ainsi, dans les vacillations de la phraséologie par laquelle nous essayons de _le_ définir, l'ignorance où nous sommes de son caractère mystérieux et terrible.

Le nommant donc, pour le présent seulement, électricité, nous savons que toute analyse expérimentale de l'électricité a donné, pour résultat final, le principe, réel ou apparent, de _l'hétérogénéité. Seulement là_ où les choses diffèrent, l'électricité se manifeste; et il est présumable qu'elles ne diffèrent jamais là où l'électricité n'est pas développée, sinon apparente. Or, ce résultat est dans le plus parfait accord avec celui où je suis parvenu par une autre voie que par l'expérience. J'ai affirmé que l'utilité de la force répulsive était d'empêcher les atomes disséminés de retourner à l'Unité immédiate; et ces atomes sont représentés comme différant les uns des autres. La _différence_ est leur caractère,--leur essentialité,--juste comme la _non-différence_ était le caractère essentiel de leur mouvement. Donc, quand nous disons qu'une tentative pour mettre en contact deux de ces atomes doit amener un effort de l'influence répulsive pour empêcher cette union, nous pouvons aussi bien nous servir d'une phrase absolument équivalente, à savoir, qu'une tentative pour mettre en contact deux différences amènera comme résultat un développement d'électricité. Tous les corps existants sont composés de ces atomes en contact immédiat, et peuvent conséquemment être considérés comme de simples assemblages de différences plus ou moins nombreuses; et la résistance faite par l'esprit de répulsion, si nous mettions en contact deux de ces assemblages quelconques, serait en raison des deux sommes de différences contenues dans chacun;--expression qui peut être réduite à celle-ci, équivalente:

_La somme d'électricité développée par le contact de deux corps est proportionnée à la différence entre les sommes respectives d'atomes dont les corps sont composés._

Qu'il n'existe pas deux corps absolument semblables, c'est un simple corollaire qui résulte de tout ce que nous avons dit. Donc l'électricité, toujours existante, se _développe_ par le contact de corps quelconques, mais ne se _manifeste_ que par le contact de corps d'une différence appréciable.