Eureka

Part 11

Chapter 113,497 wordsPublic domain

Le phénomène dont il est ici question, c'est-à-dire de _plusieurs groupes se dirigeant dans des sens opposés,_ est tout à fait inexplicable dans l'hypothèse de Madler, mais surgit comme conséquence nécessaire de l'idée qui forme la base de ce Discours. En même temps que la direction purement générale de chaque atome, de chaque lune, planète, étoile ou groupe, serait, dans mon hypothèse, absolument rectiligne; en même temps que la route générale suivie par tous les corps serait une ligne droite conduisant au centre de tout, il est clair que cette direction rectiligne serait composée de ce que nous pouvons appeler, sans exagération, une infinité de courbes particulières, résultat des différences continuelles de position relative parmi ces masses innombrables, à mesure que chacune progresse dans son pèlerinage vers l'Unité finale.

Je citais tout à l'heure le passage suivant de sir John Herschell, appliqué aux groupes: «D'un côté, sans un mouvement rotatoire et une force centrifuge, il est presque impossible de ne pas les considérer comme soumis à une condition de _rapprochement progressif.»_ Le fait est qu'en examinant les nébuleuses avec un télescope très-puissant, il est absolument impossible, quand une fois on a conçu cette idée de rapprochement, de ne pas ramasser de tous les côtés des témoignages qui la confirment. Il y a toujours un noyau apparent dans la direction duquel les étoiles semblent se précipiter, et ces noyaux ne peuvent pas être pris pour de purs phénomènes de perspective;--les groupes sont réellement plus denses vers le centre, plus clairs vers les régions extrêmes. En un mot, nous voyons toutes choses comme nous les verrions si un rapprochement universel avait lieu; mais, en général, je crois que s'il est naturel, quand nous examinons ces groupes, d'accueillir _l'idée d'un mouvement orbitaire autour d'un centre,_ ce n'est qu'à la condition d'admettre l'existence _possible,_ dans les domaines lointains de l'espace, de lois dynamiques qui nous seraient totalement inconnues.

De la part d'Herschell, il y a évidemment répugnance à supposer que les nébuleuses soient dans un état de rapprochement progressif. Mais si les faits, si même les apparences justifient cette supposition, pourquoi, demandera-t-on peut-être, répugne-t-il à l'admettre? Simplement à cause d'un préjugé; simplement parce que cette supposition contredit une idée préconçue et absolument sans base,--celle de l'étendue infinie et de l'éternelle stabilité de l'Univers.

[Footnote 1: On doit comprendre que ce que je nie spécialement dans l'Hypothèse de Madler, c'est la partie qui concerne le mouvement circulaire. S'il n'existe pas _maintenant_ dans notre groupe un grand globe central, naturellement il en existera un plus tard. Dans quelque temps qu'il existe, il sera simplement le _noyau_ de la consolidation.]

XIV

Si les propositions de ce Discours sont logiquement déduites, cette _condition de rapprochement progressif_ est précisément la seule dans laquelle nous puissions légitimement considérer toutes les choses de la création; et je confesse ici, avec une parfaite humilité, que, pour ma part, il m'est impossible de comprendre comment toute autre interprétation de la condition actuelle des choses a jamais pu se glisser dans un cerveau humain. _La tendance au rapprochement_ et _l'attraction de la gravitation_ sont deux termes réciproquement convertibles. En nous servant de l'un ou de l'autre, nous voulons parler de la réaction de l'Acte primordial. 11 ne fut jamais rien de si inutile que de supposer la Matière pénétrée d'une qualité indestructible faisant partie de son essence,--qualité ou instinct à jamais inséparable d'elle, principe inaliénable en vertu duquel chaque atome est perpétuellement poussé à rechercher l'atome son semblable. Jamais il n'y eut rien de moins nécessaire que d'adopter cette idée anti-philosophique. Allant au delà de la pensée vulgaire, il faut que nous comprenions, métaphysiquement, que le principe de la gravitation n'appartient à la matière que _temporairement,_ pendant qu'elle est éparpillée;--pendant qu'elle existe sous la forme de la Pluralité au lieu d'exister sous celle de l'Unité;--lui appartient seulement en vertu de son état d'irradiation;--appartient, en un mot, non pas à la Matière elle-même le moins du monde, mais uniquement à la _condition_ actuelle où elle se trouve. D'après cette idée, quand l'irradiation sera retournée vers sa source,--quand la réaction sera devenue complète,--le principe de la gravitation aura cessé d'exister. Et, en fait, bien que les astronomes ne soient jamais arrivés à l'idée que nous émettons ici, il semble toutefois qu'ils s'en soient rapprochés en affirmant que _s'il n'y avait qu'un seul corps dans l'Univers, il serait impossible de comprendre comment le principe de la gravitation pourrait s'établir;_ c'est-à-dire qu'en considérant la matière telle qu'elle se présente à leurs yeux, ils en tirent la conclusion à laquelle je suis arrivé par voie de déduction. Qu'une suggestion aussi féconde soit restée si longtemps sans porter ses fruits, c'est là un mystère que je ne saurais approfondir.

C'est peut-être, en grande partie, notre tendance naturelle vers l'idée de perpétuité, vers l'analogie; et plus particulièrement, dans le cas présent, vers la symétrie, qui nous a entraînés dans une fausse route. En réalité, le sentiment de la symétrie est un instinct qui repose sur une confiance presque aveugle. C'est l'essence poétique de l'Univers, de cet Univers qui, dans la perfection de sa symétrie, est simplement le plus sublime des poëmes. Or, symétrie et consistance sont des termes réciproquement convertibles; ainsi la Poésie et la Vérité ne font qu'un. Une chose est consistante en raison de sa vérité,--vraie en raison de sa consistance. _Une parfaite consistance, je le répète, ne peut être qu'une absolue vérité._ Nous admettrons donc que l'Homme ne peut pas rester longtemps dans l'erreur, ni se tromper de beaucoup, s'il se laisse guider par son instinct poétique, instinct de symétrie, et conséquemment véridique, comme je l'ai affirmé. Cependant il doit prendre garde qu'en poursuivant à l'étourdie une symétrie superficielle de formes et de mouvements, il ne perde de vue la réelle et essentielle symétrie des principes qui les déterminent et les gouvernent.

Que tous les corps stellaires doivent finalement se fondre en un seul, que toutes choses doivent enfin grossir la substance _d'un prodigieux globe central déjà existant,--_c'est là une idée qui, depuis quelque temps déjà, semble d'une manière vague, indéterminée, avoir pris possession de l'imagination humaine. De fait, cette idée appartient à la classe des choses _excessivement évidentes._ Elle naît instantanément de l'observation, même superficielle, des mouvements circulaires et en apparence _giratoires_ ou _tourbillonnants_ de ces portions de l'Univers qui, très-rapprochées de nous, s'offrent immédiatement à notre attention. Il n'existe peut-être pas un seul homme, d'une éducation ordinaire et d'une faculté de méditation moyenne, à qui, dans une certaine mesure, l'idée en question ne se soit présentée, comme spontanée, instinctive, et portant tout le caractère d'une conception profonde et originale. Toutefois, cette conception, si généralement répandue, n'est jamais née, à ma connaissance, du moins, d'une série de considérations abstraites. Au contraire, elle a toujours été suggérée, comme je l'ai dit, par les mouvements tourbillonnant autour des centres, et c'est dans le même ordre de faits, c'est-à-dire dans ces mêmes mouvements circulaires, que naturellement on a cherché une raison qui expliquât cette idée, une _cause_ qui pût amener cette agglomération de tous les globes en un seul, _lequel était déjà supposé existant._

Ainsi quand on proclama la diminution, progressive et régulière, observée dans l'orbite de la comète d'Encke, à chacune de ses révolutions autour de notre Soleil, les astronomes furent presque unanimes pour dire que la cause en question était trouvée,--qu'un principe était découvert, suffisant pour expliquer, physiquement, cette finale et universelle agglomération, à laquelle, déterminé par son instinct analogique, symétrique ou poétique, l'homme avait donné créance plus qu'à une simple hypothèse.

On affirma que cette cause, cette raison suffisante de l'agglomération finale, existait dans un agent intermédiaire, excessivement rare, mais cependant matériel, qui pénétrait tout l'espace; lequel, en retardant la marche de la comète, affaiblissait perpétuellement sa force tangentielle et augmentait en même temps la force centripète, qui naturellement rapprochait davantage la comète à chaque révolution et devait finalement la précipiter sur le Soleil.

Tout cela était strictement logique, une fois qu'on avait admis ce médium ou cet éther; mais il n'y avait aucune raison d'admettre l'éther, si ce n'est qu'on n'avait pu découvrir aucun autre moyen d'expliquer la diminution observée dans l'orbite de la comète;--comme si de l'impossibilité de trouver un autre mode d'explication il s'ensuivait qu'il n'en existât réellement pas d'autre. Il est clair que d'innombrables causes combinées pouvaient amener la diminution de l'orbite, sans que nous pussions même en découvrir une seule. D'ailleurs, on n'avait jamais bien démontré pourquoi le retard occasionné par les bords extrêmes de l'atmosphère du Soleil, à travers lesquels la comète passe à son périhélie, ne suffît pas pour expliquer le phénomène. Que la comète d'Encke sera absorbée par le Soleil, c'est probable; que toutes les comètes du système seront absorbées, c'est plus que possible; mais, dans un tel cas, le principe de l'absorption doit être cherché dans l'excentricité de l'orbite des comètes et dans leur rapprochement extrême du Soleil à leur périhélie; et ce n'est pas un principe qui puisse affecter les lourdes et solides _sphères_ qui doivent être considérées comme les vrais matériaux constituants de l'Univers. Relativement aux comètes en général, permettez-moi de dire en passant que nous avons le droit de les considérer comme les _éclairs du Ciel cosmique._

L'idée d'un éther ralentissant et servant à amener l'agglomération finale de toutes choses nous a semblé une seule fois confirmée par une diminution positive observée dans l'orbite de la lune. Si nous en référons aux éclipses enregistrées il y a 2,500 ans, nous voyons que la vélocité de la révolution du satellite était alors bien moindre qu'elle n'est aujourd'hui et que, en supposant que son mouvement dans son orbite soit en accord constant avec la loi de Kepler, et ait été alors, il y a 2,500 ans, soigneusement déterminé, elle est aujourd'hui, relativement à la position qu'elle devrait occuper, en avance de 9,000 milles environ. L'accroissement de vélocité prouvait, naturellement, une diminution de l'orbite, et les astronomes inclinaient fortement à croire à l'existence d'un éther, quand Lagrange vint à la rescousse. Il démontra que, grâce à la configuration des sphéroïdes, le petit axe de leur ellipse est sujet à varier de longueur, tandis que le grand axe reste le même, et que cette variation est continue et vibratoire, de sorte que chaque orbite est dans un état de transition, soit du cercle à l'ellipse, soit de l'ellipse au cercle. Le petit axe de la lune étant dans sa période de décroissance, l'orbite passe du cercle à l'ellipse et, conséquemment, décroît aussi; mais, après une longue série de siècles, l'excentricité extrême sera atteinte; alors le petit axe commencera à augmenter jusqu'à ce que l'orbite se transforme en un cercle; puis la période de raccourcissement aura lieu de nouveau,--et ainsi de suite à tour de rôle. Dans le cas de la Terre, l'orbite va se transformant d'ellipse en cercle. Les faits ainsi démontrés ont naturellement détruit la prétendue nécessité de supposer un éther et toute appréhension relative à l'instabilité du système, laquelle était attribuée à l'éther.

On se souvient que j'ai moi-même supposé quelque chose d'analogue et que nous pouvons appeler un éther. J'ai parlé d'une _influence_ subtile accompagnant partout la matière, bien qu'elle ne se manifeste que par l'hétérogénéité de la matière. A cette _influence,_ dont je ne veux ni ne puis en aucune façon définir la mystérieuse et terrible nature, j'ai attribué les phénomènes variés d'électricité, de chaleur, de magnétisme, et même de vitalité, de conscience et de pensée,--en un mot, de spiritualité. On voit tout de suite que l'éther, compris de cette façon, est radicalement distinct de l'éther des astronomes; le leur est _matière_ et le mien ne l'est pas.

L'abolition de l'éther matériel semble impliquer aussi la disparition absolue de cette idée d'agglomération universelle, si longtemps préconçue par l'imagination poétique de l'humanité;--agglomération à laquelle une sage Philosophie aurait pu légitimement prêter créance, au moins jusqu'à un certain point, si elle avait été préconçue uniquement par cette imagination poétique, sans aucune autre raison déterminante. Mais, jusqu'à présent, l'Astronomie et la Physique n'ont rien su trouver qui permette d'assigner une fin à l'Univers. Quand même on eût pu, par une cause aussi accessoire et indirecte que l'éther, démontrer cette fin, l'instinct qui révèle à l'Homme la Puissance Divine d'adaptation se serait révolté contre cette démonstration. Nous eussions été forcés de regarder l'Univers avec ce sentiment d'insatisfaction que nous éprouvons en contemplant un ouvrage d'art humain inutilement compliqué. La création nous aurait affectés comme un plan imparfait dans un roman, où le dénouement est gauchement amené par l'interposition d'incidents externes et étrangers au sujet principal, au lieu de jaillir du fond même du thème,--du cœur de l'idée dominante;--au lieu de naître comme résultat de la proposition première, comme partie intégrante, inséparable et inévitable, de la conception fondamentale du livre.

On comprendra maintenant plus clairement ce que j'entends par symétrie purement superficielle. C'est simplement la séduction de cette symétrie qui nous a induits à accepter cette idée générale dont l'hypothèse de Madler n'est qu'une partie,--l'idée de l'attraction tourbillonnante des globes. Si nous écartons cette conception trop crûment physique, la véritable symétrie de principe nous fait voir la fin de toutes choses métaphysiquement impliquée dans l'idée d'un commencement, nous fait chercher et trouver dans cette origine de toutes choses les _rudiments_ de cette fin, et enfin concevoir l'impiété qu'il y aurait à supposer que cette fin pût être amenée moins simplement, moins directement, moins clairement, moins artistiquement que par _la réaction de l'Acte originel et créateur._

XV

Remontons donc vers une de nos suggestions antécédentes et concevons les systèmes, concevons chaque soleil, avec ses planètes-satellites, comme un simple atome titanique existant dans l'espace avec la même inclination vers l'Unité, qui caractérisait, au commencement, les véritables atomes après leur irradiation à travers la Sphère universelle. De même que ces atomes originels se précipitaient l'un vers l'autre selon des lignes généralement droites, de même nous pouvons concevoir comme généralement rectilignes les chemins qui conduisent les systèmes-atomes vers leurs centres respectifs d'aggrégation;--et dans cette attraction directe, qui rassemble les systèmes en groupes, et dans celle, analogue et simultanée, qui rassemble les groupes eux-mêmes, à mesure que s'opère la consolidation, nous trouvons enfin le grand Maintenant,--le terrible Présent,--la condition actuellement existante de l'Univers.

Une analogie rationnelle peut nous aider à former une hypothèse relativement à l'Avenir, encore plus effrayant. L'équilibre entre les forces, centripète et centrifuge, de chaque système, étant nécessairement détruit quand il arrive à se rapprocher, jusqu'à un certain point, du noyau du groupe auquel il appartient, il en doit résulter, un jour, une précipitation chaotique, ou telle en apparence, des lunes sur les planètes, des planètes sur les soleils, et des soleils sur les noyaux; et le résultat général de cette précipitation doit être l'agglomération des myriades d'étoiles, existant actuellement dans le firmament, en un nombre presque infiniment moindre de sphères presque infiniment plus vastes. En devenant immensément moins nombreux, les mondes de cette époque seront devenus immensément plus gros que ceux de la notre. Alors, parmi d'incommensurables abîmes, brilleront des soleils inimaginables. Mais tout cela ne sera qu'une magnificence climatérique présageant la grande Fin. La nouvelle genèse indiquée ne peut être qu'une des étapes vers cette Fin, un des ajournements encore nombreux. Par ce travail d'agglomération, les groupes eux-mêmes, avec une vitesse effroyablement croissante, se sont précipités vers leur centre général,--et bientôt, avec une vélocité mille fois plus grande, une vélocité électrique, proportionnée à leur grosseur matérielle et à la véhémence spirituelle de leur appétit pour l'Unité, les majestueux survivants de la race des Étoiles s'élancent enfin dans un commun embrassement. Nous touchons enfin à la catastrophe inévitable.

Mais cette catastrophe, quelle peut-elle être? Nous avons vu s'accomplir la conglomération, la moisson des mondes. Désormais, devrons-nous considérer ce _globe des globes,_ ce _globe matériel unique,_ comme constituant et remplissant l'Univers? Une telle idée serait en contradiction complète avec toutes les propositions émises dans ce Discours.

J'ai déjà parlé de cette absolue _réciprocité d'adaptation_ qui est la grande caractéristique de l'Art divin,--qui est la signature divine. Arrivé à ce point de nos réflexions, nous avons regardé l'influence électrique comme une force répulsive qui seule rendait la Matière capable d'exister dans cet état de diffusion nécessaire à l'accomplissement de ses destinées;--là, en un mot, nous avons considéré l'influence en question comme instituée pour le salut de la Matière, pour sauvegarder les buts de toute matérialité. Réciproquement, il nous est permis de considérer la Matière comme créée seulement _pour le salut de cette influence,_ uniquement pour sauvegarder le but et l'objet de cet Éther spirituel. Par le moyen, par l'intermédiaire, par l'agence de la Matière et par la force de son hétérogénéité, cet Éther a pu se manifester,--l'Esprit a été _individualisé._ C'est uniquement dans le développement de cet Éther, par l'hétérogénéité, que des masses particulières de Matière sont devenues animées, sensibles, et en proportion de leur hétérogénéité; quelques-unes atteignant un degré de sensibilité qui implique ce que nous appelons _Pensée,_ et montant ainsi jusqu'à l'Intelligence Consciente.

A ce point de vue, nous pouvons regarder la Matière comme un Moyen, et non comme une Fin. Son utilité et son but étaient compris dans sa diffusion, et, avec le retour vers l'Unité, sa destinée est accomplie. Ce globe des globes absolument consolidé serait sans but et sans objet; conséquemment il ne pourrait continuer à exister un seul instant. La Matière, créée dans un but, ne peut incontestablement, ce but étant rempli, être plus longtemps Matière. Efforçons-nous de comprendre qu'elle aspire à disparaître, et que Dieu seul doit rester tout entier, unique et complet.

Chaque œuvre née de la conception Divine doit coexister et coexpirer avec le but qui lui est assigné; cela me semble évident, et je ne doute pas que la plupart de mes lecteurs, en voyant l'_inutilité_ de ce dernier globe de globes, acceptent ma conclusion: «Donc, il ne peut pas continuer d'exister.» Cependant, comme l'idée saisissante de sa disparition instantanée est de nature à ne pas être agréée facilement, présentée d'une manière aussi radicalement abstraite, par l'esprit même le plus vigoureux, appliquons-nous à la considérer d'un autre point de vue un peu plus ordinaire;--examinons comment elle peut être entièrement et magnifiquement corroborée par une considération _à posteriori_ de la Matière, telle que nous la voyons actuellement.

J'ai déjà dit que, «l'Attraction et la Répulsion étant incontestablement les seules propriétés par lesquelles la Matière se manifeste à l'Esprit, nous avons le droit de supposer que la Matière n'existe que comme Attraction et Répulsion;--en d'autres termes, que l'Attraction et la Répulsion sont Matière; puisqu'il n'existe pas de cas où nous ne puissions employer, ou le terme Matière, ou, ensemble, les termes Attraction et Répulsion, comme expressions de logique équivalentes et conséquemment convertibles.»

Or, la définition même de l'Attraction implique la particularité, --l'existence de parties, de particules, d'atomes; car nous la définissons ainsi: tendance de chaque atome vers chaque autre atome, selon une certaine loi. Évidemment, là où il n'y a pas de parties, là est l'absolue Unité; là où la tendance vers l'Unité est satisfaite, il ne peut plus exister d'Attraction;--ceci a été parfaitement démontré, et toute la Philosophie l'admet. Donc, quand, son but accompli, la Matière sera revenue à sa condition première d'Unité,--condition qui présuppose l'expulsion de l'Éther séparatif, dont la fonction consiste simplement à maintenir les atomes à part les uns des autres jusqu'au grand jour où, cet éther n'étant plus nécessaire, la pression victorieuse de la collective et finale Attraction viendra prédominer dans la mesure voulue pour l'expulser;--quand, dis-je, la Matière, excluant l'Éther, sera retournée à l'Unité absolue, la Matière (pour parler d'une manière paradoxale) existera alors sans Attraction et sans Répulsion; en d'autres termes, la Matière sans la Matière, ou l'absence de Matière. En plongeant dans l'Unité, elle plongera en même temps dans ce _Non-Être_ qui, pour toute Perception Finie, doit être identique à l'Unité,--dans ce Néant Matériel du fond duquel nous savons qu'elle a été évoquée,--avec lequel seul elle a été _créée_ par la Volition de Dieu.

Je répète donc: Efforçons-nous de comprendre que ce dernier globe, fait de tous les globes, disparaîtra instantanément, et que Dieu seul restera, tout entier, suprême résidu des choses.

XVI

Mais devons-nous nous arrêter ici? Non pas. De cette universelle agglomération et de cette dissolution peut résulter, nous le concevons aisément, une nouvelle série, toute différente peut-être, de conditions,--une autre création,--une autre irradiation retournant aussi sur elle-même,--une autre action, avec réaction, de la Volonté Divine. Soumettons notre imagination à la loi suprême, à la loi des lois, la loi de périodicité; et nous sommes plus qu'autorisés à accepter cette croyance, disons plus, à nous complaire dans cette espérance, que les phénomènes progressifs que nous avons osé contempler seront renouvelés encore, encore, et éternellement; qu'un nouvel Univers fera explosion dans l'existence, et s'abîmera à son tour dans le non-être, à chaque soupir du Cœur de la Divinité.

Et maintenant, ce Cœur Divin,--quel est-il? _C'est notre propre cœur._

Que l'irrévérence apparente de cette idée n'effarouche pas nos âmes et ne les détourne pas du froid exercice de la conscience,--de cette profonde tranquillité dans l'analyse de soi-même,--par lesquels seulement nous pouvons espérer d'arriver jusqu'à la plus sublime des vérités, et la contempler à loisir, face à face.

Les phénomènes dont dépendent, à partir de ce point, nos conclusions, sont des ombres purement spirituelles, mais qui n'en sont pas moins entièrement substantielles.

Nous marchons, à travers les destinées de notre existence mondaine, environnés de Souvenirs, obscurcis mais toujours présents, d'une Destinée plus vaste,--qui remonte loin, bien loin dans le passé, et qui est infiniment imposante.