Études sur l'industrie et la classe industrielle à Paris au XIIIe et au XIVe siècle
Part 4
[27] En 1369 (n. s.), la fabrication des lames de couteaux occupait environ 23 couteliers. (Arch. nat. KK 1336, fº 25.)
[28] En 1347, 37 coutiers et coutières firent ajouter par le prévôt de Paris plusieurs articles à leurs statuts. Ms. fr. 24069 entre le fº 83 et le fº 84, et _Ord. des rois de Fr._ V, 548, où ces articles sont datés mal à propos de 1341.
[29] En 1404 (n. s.), la corporation fut représentée devant le prévôt de Paris par 27 maîtres ou maîtresses. (_Reg. des bann._ Y 2, fº 210.)
[30] A la fin du XIVe siècle, les écriniers dépassaient le nombre de 24. (_Reg. du Parl._ X{ia} 43, fº 266.)
[31] Nous trouvons 40 émailleurs d’orfévrerie à la fin du XIIIe siècle. Ms. fr. 24069, fº 78.
[32] On ne trouve guère plus d’une vingtaine de noms d’épiciers dans l’ordonnance rendue par le prévôt le 30 juillet 1311. Ms. fr. 24069, fº 84 vº.
[33] A la fin du XIIIe siècle, les forcetiers parisiens étaient au nombre de 13. (_Ord. relat. aux métiers_, p. 358.)
[34] Plus de 300 foulons allèrent au-devant de Philippe le Hardi lorsqu’il rapporta d’outre-mer les ossements de saint Louis. (_Hist. de Fr._ XX, 181, D.)
[35] Les statuts de 1290 nomment 40 patrons et 65 ouvriers fourbisseurs. (_Ord. relat. aux mét._, p. 367-368.) Huit ans après, le nombre des patrons était réduit à 29. (_Ibid._ p. 369.)
[36] Dans ce nombre sont comprises les huilières.
[37] Nous constatons l’existence de 64 lormiers en 1304, de 50 en 1310, de 47 en 1320. Ms. fr. 24069, fº 96-98.
[38] En 1324 (n. s.), je compte 35 patrons mégissiers. Ms. fr. 24069, fº 197. En 1395, les mégissiers établis ne dépassaient guère le nombre de 15. (_Reg. d’aud. du Chât._ Y 5220, à la date du 24 septembre.) Dans des statuts de 1407, on trouve l’énumération «de la plus grant et saine partie des mégissiers de nostre bonne ville». Cette énumération comprend 17 mégissiers. (_Ord. des rois de France_, IX, 210.) Nous connaissons le nombre des simples ouvriers mégissiers en 1399 (n. s.), il ne s’élevait guère au-delà de 32. (_Reg. d’aud. du Chât._ Y 5221, fº 82.)
[39] En 1397, «la plus grant et saine partie» du métier se composait de 29 oubliers. _Ord. des rois de Fr._ VIII, 150.
[40] Au temps d’Ét. Boileau, la fabrication des chapelets de corail et de coquilles occupait 14 patenôtriers et une patenôtrière. (_Livre des mét._ p. 70.)
[41] Une ordonnance de 1305 (n. s.) nous fait connaître les noms de 13 patrons peautriers (Ms. fr. 24069, fol. 31 vº). Quelque temps après que cette ordonnance eut été rendue, 9 personnes y adhérèrent successivement, parmi lesquelles un potier qui travaillait aussi le peautre au martel. (_Ibid._)
[42] En 1340 Paris possédait 14 pierriers de verre. Ms fr. 24069, fol. 268.
[43] En 1304 (n. s.), la corporation des potiers d’étain ne comptait guère plus de 19 patrons. Ms. fr. 24069, fº 29 vº.
[44] On sera frappé de l’absence des pourpointiers ou doubletiers dans cette nomenclature. Ils ne firent rédiger leurs statuts qu’en 1323 (voy. _Append._ nº 45) parce qu’ils commençaient alors à se multiplier et avaient déjà 14 ateliers. Ce n’est donc que vers cette époque que la mode des pourpoints se répandit, elle était encore inconnue au commencement du XIVe siècle. Ce sont ces statuts dont M. Quicherat veut parler, p. 206, et auxquels il donne par distraction la date de 1296.
[45] En 1392 le nombre des serruriers ne dépassait guère 59. (_Reg. des bannières_, Y 2, fº 116 vº.)
[46] En 1302, 10 tapissiers de haute lice et 6 tapissiers sarrasinois représentent la corporation devant le prévôt de Paris. Ms. fr. 24069, fº 241.
[47] Dont 350 tisserands et 10 tisserandes.
[48] Bourquelot, _Études sur les foires de Champ._ p. 134 et suiv.
[49] _Proverbes et dictons populaires_, éd. Crapelet cités par le même auteur, p. 231.
[50] Barbazan et Méon, _Fabliaux et contes_, II, 301.
[51] Bourquelot, _op. laud._ I, 144.
[52] Voy. dans notre nomenclature, vº _foulons_.
[53]
Et reviennent de toz païs Les bons marcheans à Paris Por la mercerie achater...
Le _Dit des marchéans_ à la suite des _Proverbes et dictons populaires_ publiés par Crapelet.
[54] Voy. le même dit et le _Dit des merciers_ dans le même recueil, ainsi qu’à l’append. la pièce nº 51.
[55] Voy. les _Études sur les foires de Champ._ p. 114, 306, 307.
[56] _Cartul. de Notre-Dame_, III, 360.
[57] _Liv. de la taille de 1313_, p. 113 et 114.
[58] _Liv. de la taille de 1313_, p. 99 et le plan de Géraud.
[59] Jaillot, _Rech. sur Paris_, V, _quart. Saint-André_, p. 44, et Sauval, _Antiq. de Paris_, I, 119. Rôle de 1292, ed. Géraud, p. 156-157 et rôle de 1300, fol. 291 vº.
[60] Le _Dit des marchéans_, loc. cit.
[61] _Histor. de Fr._ XX, 299, A. et rôle de 1300.
[62] Voy. son _Dictionnaire_, nº XVIII, à la suite de _Paris sous Philippe le Bel_.
[63] _Liv. de la taille de 1313_, p. 51.
[64] _Liv. des mét._ p. 64.
[65] Jaillot, IV, _quart. de la place Maubert_, p. 104.
[66] «... Duximus ordinandum, quod cambium Parisius erit et tenebitur supra nostrum magnum pontem solummodo a parte Gravie inter ecclesiam Sancti Leofredi et majorem archam sive deffectum ipsius pontis, prout hactenus ante corruptionem pontis ejusdem quondam lapidei extitit consuetum; item quod nulli omnino liceat alibi quam in loco illo cambiare...» _Ordonn. des rois de Fr._ I, 426.
[67] A Rouen, le change ne pouvait se faire que dans la rue de _Corvoiserie_. Ce qui prouve qu’en fixant l’endroit où les changeurs devaient avoir leurs boutiques, l’autorité avait pour but de faciliter la surveillance, ce sont les fraudes commises par plusieurs changeurs rouennais qui s’étaient établis dans des lieux obscurs et retirés. _Ibid._ I, 789.
[68] Arch. de la Préf. de Pol. _Cop. du liv. vert vieil premier_, fº 7 rº.
[69] _Reg. d’aud. du Chât._ Y 5220 à la date du 6 novembre 1395.
[70] «... Car l’en faisoit et les boucheries et les cimentières tout hors des cités pour les punaisies et pour les corrupcions eschiever.» _Descript. de Paris sous Charles V_ faisant partie du commentaire de Raoul de Presles sur la _Cité de Dieu. Paris et ses historiens_, p. 110. Cf. Lebeuf, _Mém. sur l’hist. d’Auxerre_, III, 203.
[71] Géraud, _ouv. cité_, p. 375-76, et le plan.
[72] Sauval, I, 633. C’est ainsi que le siége de la juridiction épiscopale était appelé le For-l’Évêque, _forum episcopi_.
[73] _Livre du Châtelet rouge 3º_, fº 96 rº.
[74] _Hist. de Saint-Germ. des Prés_, p. 137.
[75] T. V, _quart. du Luxembourg_, p. 7.
[76] Géraud, _ouv. cité_, p. 343, et le plan.
[77] _Ordon. des rois de Fr._ VI, 73.
[78]... «Dicebant se et predecessores suos esse et fuisse in possessione... faciendi et constituendi carnifices ad scindendum et vendendum carnes pro tota villa, videlicet filios carnificum, auctoritate et assensu nostro...» _Ibid._ III, 260.
[79] «... Quoscumque et qualescumque et de quocumque genere voluerint eligere...» _Ibid._
[80] _Ordonn. des rois de Fr._ III, 260.
[81] _Voy. Append._, nº 1.
[82] Félibien, _Hist. de Paris_, I, 382, et preuves, III, 253. C’est sans doute cet étal qui constituait la boucherie du Parvis mentionnée par l’auteur du _Ménagier de Paris_, II, 80, dans son énumération des boucheries de cette ville.
[83] L. Delisle, _Restit. d’un vol. des Olim_, nº 736.
CHAPITRE II
VIE CIVILE ET RELIGIEUSE DU CORPS DE MÉTIER.
Le corps de métier était une personne morale.--Ses revenus et ses dépenses.--Il n’avait pas en principe le droit de sceau.--La confrérie.
Les corporations d’artisans étaient indépendantes jusqu’à un certain point de l’État, et constituaient des personnes morales. En effet, d’une part elles nommaient assez fréquemment leurs magistrats, investis quelquefois d’une juridiction professionnelle, et réglaient leur discipline intérieure avec une liberté presque complète, l’autorité publique se contentant généralement d’homologuer leurs statuts; de l’autre, elles étaient capables d’acquérir, d’aliéner, de faire en un mot tous les actes de la vie civile. Ainsi, en 1183, Philippe-Auguste accensa aux drapiers de Paris, pour 100 liv. parisis, vingt-quatre maisons confisquées sur les Juifs[84]. Au mois d’août 1219, un certain Raoul Duplessis leur donna, moyennant un cens de 12 den., une maison avec son pourpris, située derrière le mur du Petit-Pont, ainsi que 30 s. 2 den. de cens à percevoir sur les maisons voisines de celle où leur corporation tenait ses séances[85]. Au mois de novembre 1229, cette même corporation reçut de Nicolas Brunel, bourgeois de Paris, et d’Emeline, sa femme, 11 liv. et 19 den. parisis de croît de cens, dont un cinquième à titre gratuit et le surplus moyennant 200 liv. parisis. La terre sur laquelle était assis ce surcens relevant de l’évêque de Paris, les drapiers s’engagèrent à servir à celui-ci, ainsi qu’à ses successeurs, comme droit de lods et ventes, une rente de 20 s. parisis, payable moitié à l’octave de la Nativité de saint Jean-Baptiste (24 juin) et moitié à l’octave de Noël[86]. En janvier 1234 (n. s.), en présence d’un clerc commis par l’official de Paris, Philippe d’Étampes et sa femme Émeline donnèrent aux bouchers de la Grande-Boucherie, pour 9 liv. parisis de croît de cens payables moitié quinze jours après Noël (_ad quindenam Nativitatis Domini_), et moitié quinze jours après la Saint-Jean-Baptiste, une place située dans la rue Pierre-à-Poissons (_in platea piscium_)[87], près des étaux desdits bouchers. Philippe d’Étampes et sa femme garantirent aux bouchers la possession paisible de ladite place, sur laquelle Émeline renonça à tous les droits qu’elle avait ou pouvait avoir à titre de douaire ou autrement. Eudes, maître des bouchers, au nom de la communauté, affecta en garantie du payement du surcens aux termes fixés 60 s. parisis de croît de cens que ladite communauté percevait sur une maison de la rue de l’Écorcherie. A défaut de payement à échéance, Philippe et Émeline stipulèrent une indemnité de 12 den. par chaque jour de retard. En outre, ils avaient la faculté d’opérer la saisie de la place et des 60 s. de surcens qui garantissaient leur créance[88].
On vient de voir le maître des bouchers contracter pour ses confrères, dont il était le représentant naturel; les corps de métiers étaient également habiles à se faire représenter en justice par des procureurs[89], tandis que les associations qui n’avaient pas le caractère de personnes morales, ne pouvaient pas plus plaider qu’acquérir sans y être autorisées par le roi[90].
Outre leurs revenus ordinaires, tels que loyers, cens, rentes, etc., les corporations avaient des revenus casuels qui se composaient du droit payé à l’occasion de l’entrée en apprentissage, des droits de réception et d’une partie des amendes encourues pour infractions aux règlements. Lorsque ces revenus étaient insuffisants, elles obtenaient l’autorisation de s’imposer. Ainsi les tisserands, étant endettés de 660 livres, mirent sur chaque pièce de drap fabriquée à Paris une taxe de 12 den. parisis, qui devait être perçue jusqu’à leur entière libération, et dont ils affermèrent le produit pour une somme égale au montant de leurs dettes et payable par quotités de 110 s. parisis chaque semaine. Ce n’était pas la première fois que les tisserands recouraient à ce moyen pour se créer des ressources extraordinaires[91]. Lorsqu’elles devaient avoir un procès, les corporations se réunissaient, avec l’autorisation du prévôt, pour s’imposer une contribution destinée à couvrir les frais de justice. C’est ce que firent les barbiers en 1398, les boulangers et les _chandeliers_ de suif en 1399, les mégissiers en 1407[92].
Indépendamment des revenus dont jouissaient les autres corporations, le budget des bouchers de la Grande-Boucherie comprenait les produits de la juridiction exercée par le maître et les jurés. Le droit de deux deniers auquel donnait lieu l’apposition du signet de la communauté sur une obligation, et celui d’un denier acquitté par la partie ou le témoin qui prêtait serment, faisaient partie des revenus judiciaires, sur lesquels le maître prenait un tiers, et dont le reste était employé aux dépenses sociales. Les exploits de justice et même les revenus dans leur ensemble étaient quelquefois affermés. Le vendredi après la Saint-Jacques et la Saint-Christophe (25 juillet), chaque boucher payait le loyer de son étal et passait un nouveau bail. Lorsque l’un d’eux ne se présentait pas ce jour-là pour faire un bail et qu’il n’avait pas payé le loyer échu au fermier, celui-ci était mis en possession de l’étal et s’en appropriait les revenus pendant l’année courante, à la charge d’en payer le loyer au nouveau fermier[93]. Le boucher, bien que son créancier fût désintéressé, n’était admis à continuer son métier qu’après s’être libéré de sa dette au profit de la corporation, et il était en outre condamné à l’amende, s’il ne justifiait pas son absence auprès du maître et des jurés. Quand un boucher mourait avant d’avoir payé son loyer, le fermier était également mis en possession de l’étal, à moins que les jurés ne consentissent à le louer à un confrère, qui devait payer le loyer échu et celui de l’année suivante. Il en était de même lorsque le locataire mourait avant le jour de l’échéance; cependant, si le défunt laissait un fils exerçant la même profession, celui-ci pouvait occuper l’étal de son père jusqu’à l’expiration du bail, à la condition de payer le loyer[94].
L’entretien de la maison commune, la rétribution d’un conseil chargé des intérêts de la société[95], les frais de représentation, des repas de corps et des services religieux, les aumônes, telles étaient les principales dépenses auxquelles les corps de métier avaient à faire face.
Les corporations industrielles avaient-elles un sceau? On serait tenté de le croire, quand on considère qu’elles formaient des personnes morales: en effet, la faculté de passer des contrats semble impliquer celle de les valider par l’apposition d’un sceau[96]. Cependant il n’en était pas ainsi, et le droit de sceau, loin d’être inhérent aux corporations, ne leur appartenait que lorsqu’il leur avait été octroyé par une concession spéciale[97]. Or, l’autorité publique devait, on le comprend, se montrer assez avare de ces concessions, qui avaient pour résultat de la priver d’une source de revenus. Parmi les corporations parisiennes, bien peu possédaient un sceau. Leroy nous a transmis la copie de celui des orfévres, qu’il regarde comme ayant été gravé au XIIIe siècle. Il a pour type saint Éloi, et pour légende les mots: _Sigillum confratrie sancti Eligii aurifabrorum_[98]. Les bouchers de la Grande-Boucherie, comme on l’a vu, jouissaient également du droit de sceau. Enfin, un accord passé entre les prévôts, ouvriers et monnayers du serment de France et l’évêque de Paris, fut scellé du «séel commun de la monnoie de Paris[99].»
Nous avons envisagé le corps de métier dans l’ordre civil; étudions-en maintenant le caractère moral et religieux. La pratique de la dévotion et de la charité venait, en effet, resserrer entre les artisans de même profession les liens formés par la communauté d’intérêts. Le _Livre des métiers_ contient déjà des dispositions pieuses et charitables. Ainsi les statuts des tréfiliers d’archal condamnent le contrevenant à payer 4 den. pour l’entretien du luminaire de l’église des frères Sachets[100]. Le boulanger, qui cuisait un jour de fête chômée, encourait, par fournée, une amende de 2 s. de pain qui était convertie en aumône, et le pain trop petit (les règlements ne permettaient pas d’en faire de plus petit que celui d’une obole), était confisqué au profit des pauvres[101]. Chez les tapissiers de tapis _sarrazinois_[102], la moitié des amendes était, par les soins des gardes du métier, distribuée aux pauvres de la paroisse des Saints-Innocents[103]. Les tailleurs de robes, les cordonniers et les gantiers en consacraient une partie au soutien de leurs confrères indigents[104]. La volaille et le gibier, saisis dans certain cas sur les poulaillers, revenaient à l’Hôtel-Dieu et aux prisonniers du Châtelet[105]. Le droit payé par l’apprenti à son entrée en apprentissage recevait parfois un emploi charitable[106]. Chez les fabricants de courroies, il servait, ainsi que le droit de réception à la maîtrise, à mettre en apprentissage les fils de maîtres devenus orphelins et privés de ressources[107]. Chez les _boucliers_ de fer (fabricants de boucles), il subvenait également aux frais d’apprentissage des fils de maîtres tombés dans la misère[108]. Nous croyons, avec Jaillot[109], qu’il faut attribuer aux monnayeurs de la monnaie de Paris, ou au moins à l’un d’eux, la fondation de la léproserie du Roule dont on trouve la première mention dans des lettres de Pierre de Nemours, évêque de Paris, du mois d’Avril 1217-18[110]. C’est sans doute à titre de fondateurs qu’ils avaient, sur l’administration de cet hospice, des prétentions qui furent, jusqu’à un certain point, reconnues par une transaction faite entre eux et l’évêque de Paris, Fouques de Chanac, le 12 mars 1343 (n. s.). D’après cet accord, le _gouverneur_ de l’hospice était nommé et révoqué par l’évêque qui pouvait y faire entrer quatre personnes, en comptant le chapelain, et davantage si les revenus de la maison le permettaient. De leur côté, les monnayeurs avaient le droit d’y placer quatre de leurs confrères et de commettre quelques-uns d’entre eux pour recevoir, avec des délégués de l’évêque, les comptes de l’administrateur. En revanche, ils s’engagèrent à contribuer aux dépenses pour une somme de 220 livres parisis jusqu’à la Saint-Jean-Baptiste et, à partir de cette époque, à y consacrer le montant des boîtes des monnaies de Paris, Rouen, Troyes et Montdidier, où chaque ouvrier versait 1 denier tournois par 20 marcs convertis en espèces, et chaque monnayer un denier tournois par semaine[111].
Si les faits que nous venons de citer ne prouvent pas nécessairement que les corporations formassent, dès le XIIIe siècle, des confréries religieuses, ils témoignent du moins des sentiments de piété et de charité qui devaient amener la création de ces confréries. Les statuts du _Livre des métiers_ ne sont pas assez explicites à cet égard pour nous permettre le juger exactement du développement que ces associations pouvaient avoir atteint dès cette époque. Ils nous font cependant connaître la confrérie de Saint-Léonard, fondée à Saint-Merry par les _boucliers_ d’archal et de cuivre[112], et celle de Saint-Blaise, érigée par les maçons dans une chapelle de ce vocable, voisine de Saint-Julien-le-Pauvre[113]. Un article du statut des orfévres nous autorise à faire remonter au même temps la confrérie de Saint-Éloi. D’après cet article, l’argent versé dans la caisse de la confrérie des orfévres était destiné à un dîner offert, le jour de Pâques, aux pauvres de l’Hôtel-Dieu. Il est évident qu’il s’agit ici, non du corps de métier, dont tous les revenus ne pouvaient être applicables à ce dîner, mais de la caisse particulière de la confrérie de Saint-Éloi; cela ressort d’ailleurs de la comparaison de cet article avec un article des statuts de 1355, qui, malgré certaines différences, a été fait sur le premier, et nous en révèle le véritable sens[114]. En dehors de ces cas, le mot _confrérie_, qui se présente souvent dans le recueil d’É. Boileau, nous paraît y désigner le corps de métier, plutôt que l’association toute morale que ce nom désigne plus spécialement. Quoi qu’il en soit, ces sociétés pieuses et bienfaisantes étaient déjà nombreuses quand Philippe le Bel les abolit, c’est-à-dire, probablement au commencement du XIVe siècle[115]. C’est en partie à l’aide des lettres patentes par lesquelles ses successeurs autorisèrent le rétablissement de plusieurs d’entre elles, que nous essaierons de donner une idée de leur organisation; mais, pour suppléer à l’insuffisance de ces documents, et en général de ceux qui rentrent strictement dans les limites de notre sujet, nous avons dû quelquefois les franchir, soit en descendant jusqu’au XVe siècle, soit en consultant les statuts des confréries de province, ou de celles qui n’avaient pas un caractère professionnel.
La composition de la confrérie n’était pas toujours la même que celle de la corporation. Tantôt elle ne comprenait qu’une partie des gens du métier, tantôt, au contraire, elle admettait des personnes qui y étaient étrangères. Ainsi les pourpointiers de la rue des Lombards formaient une confrérie à part qui se tenait dans l’église voisine de Sainte-Catherine[116]. Les valets merciers avaient aussi leur confrérie particulière en l’honneur de saint Louis[117]. Il en était de même des ouvriers cordonniers, qui naturellement avaient pris pour patrons saint Crépin et saint Crépinien[118]. Un certain nombre de boursiers, originaires pour la plupart de Bretagne, avaient établi une confrérie sous l’invocation de saint Brieuc, patron de leur pays[119]. Plusieurs cardeurs de laine, fixés à Paris où ils avaient cherché un refuge contre les guerres qui désolaient le pays au XIVe siècle, s’étaient unis en confrérie sous la protection de la Trinité, de la Vierge et de saint Jean-Baptiste[120]. Les orfévres se partageaient entre plusieurs confréries, parmi lesquelles nous avons déjà signalé celle de Saint-Éloi[121] et celle de Saint-Denis et de ses compagnons. Il faut y joindre la confrérie de Notre-Dame-du-Blanc-Mesnil, instituée, pendant le XIVe siècle, au village de ce nom, pour ne pas parler de celle de Saint-Anne et de Saint-Marcel, dont la création ne date que de 1447[122].
D’un autre côté, la confrérie de Sainte-Véronique, à Saint-Eustache, composée en majorité de marchands et de marchandes de toile des Halles, comptait, parmi ses membres, des personnes qui n’appartenaient pas à cette profession[123]. La confrérie des drapiers recevait également des personnes n’exerçant pas le commerce des draps[124]. Les bouchers de la Grande-Boucherie, qui, le jour de leur confrérie, célébraient la Nativité de Notre-Seigneur, y admettaient tous ceux qui désiraient en faire partie[125]. Tout le monde enfin pouvait entrer dans la confrérie fondée à Saint-Germain-l’Auxerrois par des paroissiens de cette église, dont la plupart étaient ouvriers pelletiers[126].
Mais, en général, la confrérie, par la façon dont elle était composée, se confondait avec le corps de métier et ne s’en distinguait que par son but et son organisation.
La célébration d’offices religieux, l’assistance mutuelle, les bonnes œuvres, les repas de corps, tel était l’objet multiple des confréries. La dévotion, la charité, le plaisir s’y unissaient si intimement qu’il est impossible de nous en occuper successivement à ces divers points de vue, comme l’exigerait un ordre rigoureux. Chacune d’elles, on le sait, se plaçait sous l’invocation d’un saint qui était considéré comme le patron du métier, et dont elle prenait le nom. La Grande-Boucherie et la maison commune des orfévres renfermaient une chapelle[127]; mais, le plus souvent, les confrères se réunissaient à l’église pour assister aux cérémonies religieuses. Chaque semaine, la confrérie de Saint-Brieuc faisait célébrer une messe en l’honneur du patron[128]. Tous les lundis, le service divin était célébré à Notre-Dame devant les images des saints Crépin et Crépinien pour les compagnons cordonniers[129]. Le même jour, la confrérie des cardeurs faisait dire une messe dans l’hôpital du Saint-Esprit[130]. Au mois d’août 1336, Philippe de Valois amortit une rente de 20 livres parisis, destinée par les orfévres de la confrérie Saint-Éloi à la fondation d’une chapellenie, à charge de chanter chaque jour l’office des morts[131]. Les drapiers achetèrent aussi une rente amortie avec l’intention de fonder une chapelle ou un hôpital[132].