Études sur l'industrie et la classe industrielle à Paris au XIIIe et au XIVe siècle
Part 31
Décrivons maintenant les procédés de la dorure et de l’argenture. L’or battu en feuille et uni dans un creuset avec une composition de brique en morceaux et de sel, était soumis à une cuisson qui durait trois jours et trois nuits[1128]. Lorsqu’on voulait le moudre, on y mêlait du mercure et on le triturait au feu ou à froid; il suffisait même de l’agiter dans un vaisseau de terre chauffé à blanc. L’argent, ne pouvant supporter la mouture au feu, était toujours moulu à froid. Théophile, auquel nous devons l’indication de ces procédés, met l’ouvrier en garde contre le danger des émanations mercurielles. L’or moulu était pesé, divisé en deniers de poids et conservé par parties égales dans des plumes d’oie[1129]. Avant de l’appliquer, on nettoyait ou, pour employer le mot technique, on dérochait l’argent destiné à la dorure. Il était frotté avec un linge et une brosse de soies de porc trempée dans une composition de tartre de vin, de sel et de mercure. On le frottait et on le chauffait tour à tour, et, dans les endroits où la brosse ne pouvait pénétrer, on se servait de l’avivoir et d’un petit bâton. Ensuite on appliquait l’or avec l’avivoir, on l’étendait d’une façon égale avec la brosse, on passait la pièce au feu, et ainsi de suite, jusqu’à ce que la dorure adhérât partout. On dorait une seconde et une troisième fois de la même façon. On blanchissait la dorure en frottant à sec et en mettant au feu successivement. Lorsqu’elle était également répartie, on lui donnait une teinte jaune en la lavant avec une brosse et en la chauffant[1130]. Elle était alors polie avec des brosses de fil de laiton que l’on nomme aujourd’hui gratte-boësses ou cardes[1131]; enfin elle était mise en couleur. Pour cela, on la recouvrait entièrement d’une matière noire (_atramentum_) qui, mêlée de sel et trempée de vin ou d’urine, formait une lie épaisse. On chauffait la pièce jusqu’à ce qu’elle fût sèche, on la lavait avec une brosse de soies de porc, et on la faisait sécher de nouveau sur le feu[1132].
La dorure du cuivre jaune s’opérait de la même manière que celle de l’argent; le cuivre devait seulement être avivé plus longtemps et avec plus de soin, lavé plus souvent et plus complétement séché[1133].
Si la dorure était permise, il n’en était pas de même de ce qu’on nommait le «fourré,» de ce que nous appelons le doublé ou le plaqué. En 1396 (n. s.), le parlement défendit de plaquer d’or les ouvrages en argent; la question avait été portée devant lui à l’occasion d’un hanap d’argent, sur lequel l’orfévre avait rivé un revêtement d’or. L’artiste, nommé Albert le Grand, eut beau représenter que la vraie nature du métal était évidente et par le poids du hanap et par des rivets (_clavellum_) apparents en argent, et par les anses dorées qui, d’après les règlements, n’auraient pu être qu’en or si la pièce elle-même avait été en or plein; la cour, moins sévère que le procureur général, qui concluait à ce que le hanap fût brisé et l’orfévre expulsé de la corporation, autorisa la vente secrète de l’ouvrage au profit de l’auteur, mais interdit le plaqué d’une façon générale[1134].
L’étampage était très-employé au moyen âge. C’est par l’étampage qu’on exécutait ce que Théophile appelle le pointillé (_opus punctile_). C’était une série de tout petits cercles obtenus avec une matrice sur une feuille de métal et jaunis au feu[1135]. On étampait aussi des feuilles d’argent et de cuivre doré sur des poinçons dont les matrices en creux représentaient des fleurs, des animaux, des dragons entrelacés. On appliquait ces feuilles de métal étampé sur des devants et des retables d’autels, des lutrins (_in pulpitis_), des reliquaires, des livres. On gravait encore sur ces poinçons le Christ en croix, l’agneau divin, les quatre évangélistes, le Père éternel sur son trône (_imago Majestatis_), des rois, des cavaliers. On ne frappait pas directement sur la feuille de métal; mince comme elle était, elle aurait pu se déchirer, on plaçait par-dessus une plaque épaisse de plomb qui amortissait le coup[1136]. On étampait également des têtes de clous en argent, en laiton, en cuivre doré, étamées en dessous, auxquelles on soudait des tiges d’étain passées par la filière. Ces clous servaient à décorer des étriers, des gaînes de couteaux, des reliures de livres, etc.[1137] On obtenait, par le même procédé, des ornements sur des boutons et des plaques de ceintures[1138]. Les ornements frappés avec le poinçon étaient quelquefois découpés et soudés de façon à former des crêtes, des rinceaux, des crochets, des rosaces, bref tous les motifs de décoration que l’orfévrerie pouvait emprunter à l’architecture[1139]. On poinçonnait enfin des ornements sur les pièces d’orfévrerie elles-mêmes[1140].
Au temps de Théophile, le nielle se composait d’argent, de cuivre, de plomb, de soufre et de charbon. Ce mélange était réduit en poudre et conservé dans des plumes d’oie. Pour l’employer, on écrasait un peu de borax dans l’eau, on mouillait avec cette eau la partie du métal qu’on voulait nieller et on la saupoudrait de nielle. Puis on faisait fondre la poudre qui coulait dans les traits de la gravure[1141]. On pouvait aussi frotter un morceau de nielle sur le métal rougi au feu[1142]. Le nielle était poli successivement avec le grattoir, un morceau d’ardoise, un bâton couvert de poussière d’ardoise, enfin avec du suif[1143].
La plus grande partie de l’orfévrerie émaillée parvenue jusqu’à nous, est sortie des ateliers limousins, ce qui tient et à la fécondité de l’école limousine et surtout à ce que ses œuvres étant en cuivre doré, représentaient une valeur matérielle beaucoup moins grande que celle de l’orfévrerie en métal précieux et ont tenté beaucoup moins la cupidité. Nous ne pouvons donc guère parler de l’émaillerie parisienne d’après les monuments, et malheureusement les textes ne sont ni assez nombreux ni assez explicites pour en tenir lieu. A défaut de renseignements plus directement applicables à notre sujet, nous sommes encore obligé d’avoir recours à Théophile et de lui emprunter la description des procédés de l’émaillerie cloisonnée.
C’est en vue de l’ornementation du calice d’or que le moine allemand expose ces procédés; mais il ajoute qu’on les emploie aussi pour les patènes, les croix, les châsses, les reliquaires, ce qui montre que l’émaillerie cloisonnée était plus cultivée en Occident qu’on ne croit. Les émaux du calice étaient sertis alternativement avec des pierres précieuses sur une feuille d’or garnissant, comme un galon, le bord supérieur. Après avoir formé des alvéoles, de petites caisses emboîtant parfaitement les chatons, on contournait les cloisons avec de petites pinces en forme de fleurs, de cercles, de nœuds, d’animaux, de figures; on les fixait sur les caisses avec de la colle de farine, puis on les y soudait à deux ou trois reprises avec beaucoup de soin, de façon que ce frêle réseau pût résister à la cuisson. L’émailleur s’assurait si ces émaux étaient fusibles à la même température, faisait chauffer à blanc ceux qui avaient subi cette épreuve d’une façon satisfaisante et les éteignait dans l’eau, ce qui les faisait éclater en petits morceaux. Avec un marteau rond il les écrasait et les conservait dans des coquilles enveloppées de drap. Il fixait ensuite les alvéoles avec de la cire sur une planche unie, puisait avec une plume d’oie les émaux colorés et humides, et, avec une tige de cuivre, les faisait tomber dans les cloisons. Il plaçait la petite caisse dans un moufle, qu’il chauffait à blanc. Le moufle refroidi, il retirait la pièce émaillée et la lavait. Si l’émail avait baissé, il remplissait de nouveau les cloisons et remettait au feu. L’opération se renouvelait jusqu’à ce que l’émail fût également fondu partout et affleurât les cloisons. La plaque émaillée était frottée sur une pierre de grès unie et mouillée, qui purifiait le cloisonnage des bavures de l’émail. Enfin on donnait à celui-ci de l’éclat en le polissant successivement sur une pierre de Cos, sur une plaque de plomb unie, sur un cuir de bouc. La pierre de Cos, la plaque de plomb, le cuir de bouc avaient été préalablement enduits de salive mêlée de poussière de tet[1144].
Si les émaux cloisonnés avaient été aussi rares qu’on le dit, si la fabrication de ces émaux ne s’était pas répandue en Occident, Théophile ne leur aurait pas accordé une attention qui contraste avec son silence sur les émaux champlevés[1145]. Il faut d’ailleurs considérer comme des émaux cloisonnés ces émaux de _plite_ dont on trouve la mention dans des textes du XIIIe et du XIVe siècle et où un éminent archéologue a vu à tort des émaux _appliqués_, sertis sur des pièces d’orfévrerie[1146]. C’est à Paris qu’avaient été fabriqués les émaux de plite dont il est question dans une relation des procédures faites contre des orfévres qui avaient contrevenu aux statuts. Cette relation mentionne à la date de 1346 des «émaux de plite d’argent,» c’est-à-dire des émaux dont le fond et le cloisonnage étaient en argent, en 1348 des «émaux de plite qui n’estoient ne bons ne souffisans et estoient plaquiés à cole[1147].»
Nul doute que l’émaillerie en taille d’épargne et l’émaillerie de basse taille fussent aussi cultivées à Paris à la même époque. Il est permis d’attribuer à des émailleurs parisiens les émaux en taille d’épargne des tombes que saint Louis fit élever à ses enfants, Jean et Blanche de France, et dont l’une existe encore presque entièrement[1148]. La cassette du saint roi avec ses émaux champlevés, son anneau émaillé de niellure, peuvent encore être considérés comme des œuvres parisiennes[1149]. Quoi qu’il en soit, le trésor du saint-siége renfermait à la fin du XIIIe siècle des émaux faits à Paris[1150], et l’émaillerie était assez répandue dans cette ville pour occuper une corporation spéciale qui fit enregistrer ses statuts en 1309, mais qui existait déjà antérieurement. A cette date, elle comptait 38 maîtres et un nombre indéterminé mais certainement supérieur d’apprentis et d’ouvriers. En effet, les statuts montrent que certains patrons avaient deux ou trois apprentis et défendent d’en former à l’avenir plus d’un. Ces statuts sont loin de satisfaire notre curiosité sur la technique de l’émaillerie. Deux articles visent les plaques d’orfévrerie émaillées dont on ornait les chapeaux et les vêtements. Ces plaques devaient être cousues et non clouées à l’étoffe, afin qu’on ne pût pas les faire passer pour pleines lorsqu’elles étaient creuses[1151]. L’emploi du carbonate de plomb était prohibé. Certains émailleurs décoraient les ouvrages d’orfévrerie de morceaux de verre colorés imitant les émaux; cela ne fut désormais permis que dans les travaux pour les églises et la famille royale, ou lorsque les clients le commandaient ainsi. On émaillait beaucoup de plaques de ceinture «férues en tas,» c’est-à-dire étampées sur une matrice; ces plaques étaient creuses et de si mauvais argent que l’émail ne tenait pas. L’émail ne put dès lors s’appliquer qu’à des plaques pleines, pas plus grandes qu’un sou (ou denier?) artésien. Les statuts fixent à dix ans la durée de l’apprentissage et interdisent le travail de nuit[1152].
Le texte que nous venons d’analyser était resté inconnu au marquis de Laborde; c’est pour cela qu’il a pu croire que l’émaillerie n’avait été cultivée au moyen âge que par les orfévres et que les émailleurs mentionnés dans les textes n’étaient que des orfévres s’adonnant plus spécialement que leurs confrères à cette branche de l’art[1153]. Nous n’irons pas jusqu’à dire que les orfévres parisiens n’émaillaient jamais eux-mêmes leurs ouvrages; mais, lorsque les comptes parlent d’émaux fournis ou même exécutés par eux, cela veut dire le plus souvent qu’ils s’étaient chargés de faire émailler les ouvrages qu’on leur commandait, et qu’ils se faisaient rembourser le salaire de l’émailleur[1154].
La joaillerie ne doit nous occuper ici que comme un des arts auxiliaires de l’orfévrerie. Le commerce et la taille des pierres précieuses se partageaient entre les orfévres et les lapidaires qui, dès le XIIIe siècle, formaient une corporation sous le noms de «cristalliers et pierriers de pierres naturelles.» Aux premiers appartenait exclusivement le droit de les monter. Leurs statuts de 1355 leur défendent de tailler le cristal dans la forme du diamant, de mettre du paillon sous l’améthyste et le grenat, de polir et de teindre les pierres, et notamment le quartz hyalin ou prisme d’améthyste, de façon à les faire passer pour des pierres fines; de sertir ce quartz hyalin à côté du rubis et de l’émeraude, sinon en lui laissant son aspect naturel de cristal de roche violet; de monter en or et en argent des perles d’Ecosse avec des perles d’Orient, sauf dans la grande orfévrerie d’église; d’enchâsser des verroteries en même temps que des pierres fines dans la bijouterie d’argent, de monter sur or des «doublés de voirrines,» c’est-à-dire de coller sous des pierres fines très-minces des morceaux de verre coloré, qui en doublaient l’épaisseur et l’éclat[1155]. La défense de tailler le cristal à l’imitation du diamant prouve qu’avant 1355 on savait donner des facettes à cette pierre précieuse et en obtenir des jeux de lumière. En 1382, un Allemand, nommé Jean Boule, taillait le diamant à Paris[1156]. Ceux qui, parmi les orfévres, se livraient spécialement à la taille des pierres étaient, en 1307, au nombre de seize[1157].
Les orfévres gravaient aussi sur pierres fines[1158]. Pour amollir le cristal et le rendre propre à recevoir la gravure, Théophile donne une recette chimérique que Pline indique déjà pour réduire le diamant en poudre; elle consiste à tremper le cristal dans du sang de bouc encore chaud, ce qui le rend éclatant en même temps que tendre[1159]. On trouve aussi dans Théophile le moyen de polir le cristal, l’onyx, le béril, l’émeraude, le jaspe, la cassidoine et les pierres précieuses en général[1160].
A côté des lapidaires de cristal et de pierres naturelles, existait une corporation de bijoutiers en faux qui taillaient et coloraient le verre artificiel. Les premiers poursuivirent les seconds en contrefaçon pour avoir teint et taillé des morceaux de verre à l’imitation des doublets de cristal. Pour rendre la confusion impossible, le prévôt de Paris défendit aux «verreniers» de teindre leurs verroteries avec de la teinture de rose et de les tailler à facettes[1161].
Si l’on veut se rendre compte des applications multiples de l’orfévrerie et du commerce étendu et varié des orfévres au moyen âge, on n’a qu’à lire un mémoire de la corporation contre les merciers, rédigé au XIVe siècle[1162]. On y trouvera l’énumération d’un certain nombre de marchandises dont trafiquaient à la fois les orfévres et les merciers. Il s’agissait de savoir si ces marchandises devaient acquitter l’impôt de 4 den. pour livre comme articles d’orfévrerie ou de mercerie. On voit, par ce mémoire, que les orfévres vendaient une foule d’objets qui nous paraissent complétement étrangers à l’orfévrerie, et qui ne s’y rattachaient que parce qu’il y entrait de l’or, de l’argent ou des pierreries. On trouve tout simple de les voir fabriquer et vendre l’or et l’argent trait, l’or et l’argent en feuille; mais on est étonné d’apprendre qu’il y avait dans leurs boutiques des gibecières, des bourses, des étuis à aiguilles (_aguilliers_), des broderies, des tassetes, des ceintures, des résilles de fil d’or et d’argent (_chapiaux sur bissete_)[1163], des épingles, des agrafes, des couteaux, des écrins, des écritoires, des cornets à encre, des miroirs, des boutons, des chapeaux. Bien entendu, ils ne fabriquaient pas tout cela; mais on trouvait chez eux tous ceux de ces objets qu’ils avaient enrichis d’or, d’argent, de pierreries et dont ils avaient ainsi beaucoup augmenté la valeur. Eux seuls pouvaient les garnir d’or, d’argent, de pierres précieuses. En 1402, les gardes de l’orfévrerie saisissent sur un coutelier des bouterolles d’argent que ce coutelier avait faites pour garnir une dague, et ne les lui rendent qu’après lui avoir fait reconnaître devant le prévôt de Paris qu’il avait usurpé sur les droits des orfévres[1164].
Les orfévres ne pouvaient travailler la nuit que pour le roi, la famille royale, l’évêque de Paris, ou avec l’autorisation des gardes[1165].
Chaque orfévre marquait ses ouvrages de son poinçon et de son contre-seing. Le poinçon représentait une fleur de lis. En 1378, à la suite de nombreuses infractions au titre légal, le roi ordonna aux généraux maîtres des monnaies de faire briser tous les poinçons et de les remplacer par de nouveaux, plus larges, et portant un autre signe. Les généraux maîtres adoptèrent une fleur de lis couronnée[1166]. Les pièces d’orfévrerie auxquelles manquait la couronne se trouvèrent dès lors signalées à la défiance du public.
Le contre-seing variait avec chaque orfèvre; c’était un cœur, une flamme, un croissant, une étoile, etc. La matrice portant en relief la fleur de lis couronnée et la devise particulière de l’orfévre, était étampée à côté du nom du propriétaire sur deux plaques de cuivre conservées l’une à la chambre des monnaies, l’autre à la maison commune. La propriété de la marque de fabrique se trouvait ainsi assurée, en même temps que la responsabilité de l’orfévre[1167].
NOTES:
[1085] Voy. notamment l’invent. de Louis, duc d’Anjou, publ. par M. de Laborde, _Notice des émaux_, IIe partie.
[1086] «... mesmement car communement le plus de tielx ouvriers sont clercs...» 23 novembre 1395, _Matinées du Parl._ X{1a} 4784, fº 9. Append. nº 18.
[1087] _Ordonn. des rois de Fr._ VI, 698, «... ung nommé Symonnet de Lachesnel, orfevre contrefist les coings de la monnoie du Roi n. s. et ouvra des blans de mauvais aloy par lequel cas il fu boulu ou marchié aux pourceaulx...» Append. nº 47.
[1088] «A Arnoul Bourel, orfevre et graveur de seaulx, pour den. à lui paiéz qui deubz lui estoient pour sa paine d’avoir forgié tout de neuf et gravé le signet de la court de Parlement et pour le seurcroix de l’argent qu’il a livré par dessus le viel argent que on lui avoit baillié, le quel signet a esté fait par le commandement et ordonnance de noss. de Parlement... pour ce par quittance dud. Arnoul donné le premier jour de fevrier ou d. an mil CCC IIII{xx} et XVIII.» KK 336, f{os} 42 vº et 43.
[1089] «It. led. baillif [de l’évêque de Paris] ou nom dud. evesque, a en toute la ville de Paris la cognoissance des paintres et ymagiers, broudeurs, brouderesses, esmailleurs et autres personnes _faisant images_ quelz que ilz soyent, et _ainsi a il la justice des seelleurs_.» XIVe s. _Cart. N.-D. de Par._ III, p. 276. L’évêque exerçait déjà cette juridiction à une époque où les sceaux étaient fondus, avec d’autres menus objets, par les fondeurs et mouleurs. _Bibl. de l’Ecole des Chartes_, XXIX, p. 30. _Liv. des mét._ p. 94.
[1090] _Theophili Schedula divers. artium_, ed. Ilg, Wien 1874, p. 223.
[1091] «... le plus beau mestal qui soit si est or, de quoy les affineurs en trouvent en la riviere du Raune, de Vienne et en autres rivieres en France.» Le Debat des heraults de France et d’Angleterre. Bibl. nat. Ms. fr. 5838, fº 27.
[1092] _Théophile_, loc. cit.
[1093] Théophile, _De auro arabico_, cap. 47.
[1094] _Ibid._ cap. 46 et 48.
[1095] «Les mineres d’argent sont environ Lyon sus le Raune où il y a ouvriers qui ne cessant à besoigner...» Ms. fr. 5838, _loc. cit._
[1096] «A noble homme... mons. le prevost de P... Denis Nicolas, examinateur... ou Chastellet de P... plaise vous savoir que du commandement par vous à moy fait à la requeste des changeurs... disans que, jasoit ce que par ordonnances royaulx pieça et d’ancienneté faictes sur le fait dud. mestier aucun ne peust... tenir change... sur le pont de P. ne ailleurs se il n’avoit esté apprentis à maistre changeur... et que il eust lettre du Roy et des généraulx maistres des monnoyes de povoir tenir change sur led. pont dedens les fins et mettes à ce d’ancienneté ordonnées et qu’il feust homme de bon renom et eust baillé caucion de 500 liv. par..., neantmoins pluseurs orfevres... faisoient... fait de change en achetant billon et en pluseurs autres manieres... en tenant à leur forge et ouvrouers tapiz, or et argent monnoié dessus, sans avoir caiges audevant de leurs comptouers et fenestres, comme à orfevres appartient... le lundi XVe jour du moys de may l’an 1419 et autres jours ensuivans... je... me transportay sur led. pont de P. et si enjoigny à Jaquet Lescot, sergent à verge, que de ce il se preneist garde..., lequel... me relata... que le samedi XXIIe jour de juillet oud. an..., lui passant sur led. pont, il avoit trouvé [plusieurs orfevres]... lesquels avoient leursd. forges ouvertes, tapiz vert sur leurs buffetz et monnoye dessus et que à leursd. forges s’estoient arrestéz gens qui leur avoient offert à vendre monnoye... et... me admena... lesd. orfevres... disans que il y avoit d’autres orfevres plus riches la moitié que eulx qui en faisoient plus grant fait que ilz ne faisoient et les espiciers ferrons et drappiers de P. à qui on ne se prenoit pas, pour lesquelles confessions... je seellay la monnoye qui fu trouvée et arrestée par led. sergent... et si donnay... jour au dessusd. orfevres pardevant vous... à... lundi ensuivant XVIIe jour dud. moys de juillet à comparoir... à l’encontre du procureur du Roy et des gardes et juréz dud. maistre (_sic_) de change...» Arch. nat. KK 1033-34. Le 10 janv. 1422 (n. s.), le parlement décida par provision que les orfévres ne pourraient acheter du billon d’argent au-dessous de 10 den. ni aucune monnaie d’or, sauf, dans le cas où ils en auraient besoin pour ouvrer, à s’adresser aux maîtres généraux des monnaies. _Ibid._
[1097] _Ordonn. des rois de Fr._ I, 475, 480, 613, 766; II, 290; III, 146, art. 6, 195, 245, 439, 483; IV, 560; VIII, 124.
[1098] Voy. notre recensement des professions industrielles.
[1099] Le Roy, _Statuts des orfévres-joyailliers_, p. 215.
[1100] Cité par Hœfer, _Hist. de la chimie_, I, 336-337.
[1101] Cap. 68.
[1102] Cap. 69.
[1103] Cap. 23. Cf. Albert le Grand, cité par Hœfer, I, 385.
[1104] Théophile, cap. 65, _De compositione æris_; cap. 66; _De purificatione cupri_.
[1105] «Nus orfevre ne puet ouvrer d’or à Paris qu’il ne soit à la touche de P. ou mieudres, laquele touche passe touz les ors de quoi en oevre en nule terre. Nus orfevres ne puet ouvrer à P. d’argent qu’il ne soit aussi bons come estelins ou mieudres.» _Liv. des mét._ p. 38. «Habeat [aurifaber] etiam cotem qua metallum exploret...» Alex. Neckam, _De nominibus utensilium_, ed. Scheler, p. 115. _Ord. des rois de Fr._ VI, 386, note.
[1106] _Ordonn. des rois de Fr._ III, 10, art. 12.
[1107] _Ibid._ VI, 386, art. 18, 19.
[1108] _Ibid._ art. 10.
[1109] _Ordonn. des rois de Fr._ III, 10, art. 2. Il ne faudrait pas croire qu’on ne travaillât jamais l’or à un titre supérieur à 19 carats un quint. Il est vrai qu’on se croyait alors obligé d’y mettre un alliage pour donner de la consistance à l’ouvrage: «Pour II or [c’est-à-dire marcs d’or] IIII onces XVIII estellins d’or à XX karaz dont il a esté fait un goblet à couvercle... A Thomas Auquetin, orfevre pour la façon dud. goblet IX l. XII s. p. A lui pour alier led. goblet LXV s. p...» KK 7, fº 24 vº. L’orfévrerie religieuse elle-même était quelquefois à un titre plus élevé. Le trésor de N.-D. de Paris renfermait, par exemple, deux encensoirs à 19 carats un quart et un huitième de carat de fin. Fagniez, _Invent. du trésor de N.-D. de Paris_, tir. à part, p. 31, note 1.
[1110] Théophile, cap. 27: _De majore calice et ejus infusorio_.
[1111] «... Moxque effunde in infusorium rotundum quod sit calefactum super ignem et sit in eo cera liquefacta.» _Ibid._ p. 179. Cf. _Encyclopédie méthod. Arts et mét. Art. de l’orfevre_, vº _Lingotière_.