Étude sur les maladies éteintes et les maladies nouvelles pour servir à l'histoire des évolutions séculaires de la pathologie

Part 41

Chapter 413,513 wordsPublic domain

Le tableau que j’ai tracé renferme bien des traits de ressemblance. Des deux parts, mêmes troubles du cœur, même modification de la voix et de la parole, même agitation, même dyspnée, même sueur soudaine, abondante et fétide, même exhaustion mortelle des forces, provenant principalement de la colliquation sudorale. Mais lors même que leur symptomatologie comparée ne ferait pas ressortir aussi, bien des différences marquées, le contraste des méthodes curatives qui leur sont respectivement applicables, suffirait pour établir entre les deux maladies une démarcation infranchissable. Si le traitement mis en œuvre par Cœlius a montré, en réalité, comme il n’est pas permis d’en douter, l’efficacité qu’il lui attribue; si la compression artificielle de la sueur est devenue une indication rationnelle justifiée par l’expérience, cette pratique est en contradiction formelle avec celle qui s’adaptait à la cure de la suette. Provoquer le refoulement du flux sudoral à l’aide des agents les plus énergiques de la médication astringente, y compris l’emploi des affusions froides, eût été un trait d’audace dont aucun médecin sérieux n’eût consenti à assumer la responsabilité, et que le patient aurait payé cher. On n’a pas oublié que l’impression la plus fugitive et la plus légère de refroidissement, suffisait pour répercuter la transpiration, et amenait presque instantanément la mort. La guérison, dans les cas trop rares où il était permis de l’espérer, tenait à l’art de respecter la sueur, tout en la maintenant, autant que possible, dans la mesure qu’elle ne devait pas dépasser pour être salutaire. L’application du précepte était ardue sans doute, et l’opiniâtre léthalité du mal ne le prouvait que trop. Mais il n’en est pas moins certain que de toutes les méthodes curatives tour à tour essayées en pure perte, la seule qui laissât quelques chances favorables, prescrivait de diriger et de surveiller la crise sudorale, en s’abstenant résolûment de toute intervention active, qui aurait pu la troubler, la tronquer et, à plus forte raison, la refouler.

M. Hecker a donc été en droit de conclure que la maladie cardiaque, fructueusement combattue par la réfrigération, différait foncièrement de la suette anglaise qu’il déclare _rhumatismale_, d’après le rôle prépondérant qu’il assigne au froid, dans son étiologie et dans son pronostic. Le même contraste ressortirait aussi de cette circonstance, que la suette a régné dans les pays froids et humides, tels que l’Angleterre, l’Allemagne et le nord de l’Europe, tandis que la maladie cardiaque n’a été observée que dans les contrées chaudes de l’Asie-Mineure, de la Grèce et de l’Italie.

On ne peut mettre en doute, conformément au célèbre aphorisme d’Hippocrate, que la différence des traitements éprouvés n’implique la différence de nature des deux entités morbides. A la rigueur, ce motif seul résoudrait la question en litige. Là pourtant, ne s’arrêtent pas les divergences.

Le nom d’_Éphémère_ représentant à la lettre, la marche de la suette qui aboutissait au salut ou à la mort, dans le court espace de vingt-quatre heures, donnerait, à ce point de vue, une fausse idée de la maladie cardiaque. Non pas certes qu’elle ne fût aussi une maladie aiguë. Mais quoique Cœlius ait négligé de préciser sa durée moyenne, on peut déduire de quelques indications, qu’elle se prolongeait habituellement pendant plusieurs jours, et il n’était pas rare de la voir passer à l’état chronique, chez certains malades dont on n’avait pu, ni calmer la fièvre, ni restaurer les facultés digestives, et qui succombaient au dernier degré du marasme.

Dans la suette, nous avons vu survenir, dès les premières heures, ce perfide sommeil qu’il fallait empêcher à tout prix, parce qu’il était l’avant-coureur de la mort.

Un des principaux symptômes de la maladie cardiaque était, au contraire, une insomnie opiniâtre.

Enfin, tant que la suette anglaise a gardé sa place dans le règne pathologique, elle n’a jamais dérogé à ses habitudes d’épidémicité. Rien du moins n’atteste, que dans les intervalles qui séparaient ses grandes invasions, elle ait révélé son existence par des atteintes sporadiques.

L’affection cardiaque ne nous apparaît jamais comme maladie populaire, dans la tradition contemporaine. Il serait imprudent d’imposer à cette éventualité une impossibilité absolue, que de nouvelles recherches pourraient démentir à l’improviste. Nous avons entendu Cœlius insinuer vaguement l’influence des constitutions médicales asthéniques, qu’on peut bien regarder comme un acheminement à l’épidémicité confirmée; mais il n’en est pas moins vrai que, sous ce rapport, les deux maladies que je compare, n’ont ni les mêmes tendances, ni le même mode de généralisation.

Avant de clore cet article, je suis obligé de dire quelques mots d’une observation, dont la connaissance est encore due à M. Hecker, et qui jetterait, à l’entendre, un jour nouveau sur la maladie cardiaque, en la rattachant par un lien imprévu à notre pathologie actuelle. Quoique je sois loin d’être édifié sur le véritable caractère des faits signalés par l’inépuisable travailleur de Berlin, et que je n’accepte que conditionnellement, la conclusion nosologique qu’il en a tirée, je dois livrer ces documents à l’appréciation de mon lecteur[714].

M. Hecker nous apprend donc que la maladie cardiaque n’est pas éteinte, comme on l’admet généralement. Quelques médecins allemands en parlent bien encore, mais pour la confondre avec certaines maladies analogues, telles que la fièvre lente ou le typhus.

M. Hecker s’est proposé de rectifier ces idées, et il se flatte d’avoir déterminé une pathogénie plus conforme à l’ensemble des caractères de la maladie. Il a eu, ajoute-t-il, la satisfaction de voir son opinion confirmée avec empressement, par deux médecins russes d’une haute compétence, et bien placés pour observer les faits dont il croit avoir deviné le sens méconnu jusqu’à lui.

Mon érudit confrère venait à peine de livrer à la publicité, la description de la maladie cardiaque, annexée à sa monographie de la suette anglaise, lorsqu’il reçut une lettre du Dr Seidlitzius, célèbre médecin de Saint-Pétersbourg, qui lui faisait part de ses impressions, après la lecture de ce travail. Lui aussi, aurait eu occasion d’observer, plus de vingt fois, la maladie cardiaque dans les salles de l’hôpital de la marine dont il était médecin en chef, et, d’après les résultats des autopsies cadavériques qu’il avait pratiquées, il n’hésitait pas à partager l’opinion de M. Hecker sur la nature de cette maladie, et à la considérer comme une _cardite scorbutique_.

Il paraîtrait, d’après cette communication, que le scorbut, qui a presque délaissé les autres nations de l’Europe, règne encore en Russie, au point que ses formes les plus rares passent de temps en temps sous les yeux des médecins attentifs. Il en résulte, qu’en admettant la justesse de l’interprétation assignée par le docteur russe aux cas qu’il a observés, le nom primitif de la maladie antique devrait lui être restitué, après une longue série de siècles, et il faudrait rendre hommage à la sûreté du diagnostic local porté par les anciens, qui en avaient placé le siége dans le cœur. Ce fait, comme on le voit, ne laisserait pas que d’être assez curieux, et bien digne d’obtenir une place dans l’histoire de l’art.

La lettre dont je viens de parler, fut bientôt suivie d’une autre, adressée à M. Hecker par le premier médecin de l’empereur de Russie, praticien entouré de la considération publique. Il lui écrivait qu’il avait observé sur des militaires, quatre ou cinq cas de maladie cardiaque, et qu’il s’était assuré qu’elle était de nature _scorbutique_[715].

Cette opinion me suggère les réflexions suivantes:

D’abord, s’il était vrai que la maladie cardiaque ne fût qu’une forme spéciale du scorbut, elle devrait, par ce fait seul, être séparée de la suette à laquelle on n’a jamais eu, que je sache, la pensée d’attribuer cette pathogénie. Mais pour prendre une détermination, je ne puis me passer des éléments de diagnostic qui me manquent, et j’aurais besoin d’être mieux renseigné sur l’état de la pathologie locale de la Russie. Le scorbut, ou, comme on le dit, la _cardite scorbutique_, pourrait, dans certains cas exceptionnels, revêtir les apparences de la maladie ancienne, et en reproduire les principaux symptômes, sans qu’on fût, pour cela, autorisé à les déclarer identiques. N’y aurait-il pas autant de motifs de la confondre avec la suette?

Il y a plus; rien ne prouve que le scorbut ait existé à l’époque où les médecins traitaient la maladie cardiaque. L’incertitude même qui nous est restée sur ce point, atteste au moins sa rareté relative, dans ces temps reculés. Sprengel est très-explicite: «On a prétendu, dit-il, le trouver dans plusieurs passages des écrivains de la Grèce; mais toutes les preuves, accumulées en faveur de l’antiquité de cette affection, ne sauraient soutenir un examen sévère[716].»

Ce n’est pas, que certaines maladies répandues autrefois dans les armées, notamment dans celle de Germanicus, après le passage du Rhin, n’aient été qualifiées de scorbut par les modernes, qui n’y regardent pas toujours d’assez près; mais les descriptions qui sont venues jusqu’à nous, renferment trop de lacunes, d’incertitudes, de circonstances suspectes, pour qu’on souscrive, sans restriction, à ces affirmations nosographiques.

A entendre Sprengel, le scorbut serait clairement décrit dans l’histoire du voyage de saint Louis en Palestine, pendant l’année 1250, et l’on ne peut guère, en effet, interpréter autrement la relation de Joinville; mais il assure que depuis cette époque, il «n’en rencontre plus aucune trace évidente jusqu’au XVe siècle[717].»

Ce n’est pas le moment d’examiner à fond cette question incidente. On me permettra cependant d’ajouter qu’_à priori_ il semble bien que le scorbut, si étroitement associé aux longues et lointaines expéditions maritimes, était privé, chez les anciens, des conditions les plus puissantes de son développement et de son extension. Comment donc admettre, sur la foi de quelques conjectures récentes, qu’il fût alors très-répandu, sous les traits de la maladie cardiaque, qui n’en serait, de nos jours, qu’une forme insolite, à peine entrevue, et confinée dans une région très-limitée? J’avoue qu’il ne me paraît pas aisé de répondre catégoriquement à ces objections. Elles tomberaient d’elles-mêmes devant un ensemble de faits bien analysés, attentivement confrontés, et surtout assez multipliés, dans la pratique, pour former une base solide d’observations. Nous n’en sommes pas encore là; et jusqu’à plus ample informé, malgré ma déférence pour les hommes éclairés qui paraissent s’entendre sur cette question obscure de clinique, j’ajourne mon assentiment. On m’accordera cependant, que ce nouvel exemple vient encore, après tant d’autres, attester les avantages que la médecine peut retirer, des relations qu’elle entretient avec la pathologie historique, dans l’espace et la durée.

NOTES:

[601] Ce recueil a pour titre: _Scriptores de sudore anglico superstites_ collegit Christianus Gottfridus Gruner, med. et chir. doctor, professor medicinæ..... Post mortem auctoris adornavit et edidit Henricus Hæser, med. et chir. doctor, professor medicinæ in universitate litterarum ienensi ordinarius honorarius, etc. (Ienæ; sumptibus Friderici Maukii, 1847.)

[602] Je désignerai mes emprunts au recueil de Gruner, par ces initiales abréviatives: R. de G.

[603] Joachim Schilleri, ab Herderen physici, _de peste britannica commentariolus vere aureus_, etc. (Basileæ, excudebat Henricus Petrus, mense Augusto, anno MDXXXI.)

[604] _A Booke, or counseill against the disease commonly called the sweate, or sweatyng sicknesse_ made by John Caïus, doctour in phisicke. 1552.--Johannis Caii Britannici _de Ephemera Britannica liber summa cura recognitus_. Londini, 1721, impensis Gul. et Joh. Innys.--Cette édition est la plus estimée. En tête de la première, Kaye a mis une longue dédicace qui porte cette date: Londini, pridiè Idus Januarii, anno 1555.

[605] Voir le travail de M. Hæser, annexé au recueil cité: _Commentatio de sudoris anglici historia atque natura....._ (R. de G. _pars tertia_, _additamenta_, p. 536.)

[606] Les historiens de la suette anglaise ne sont pas d’accord sur l’année de sa première apparition. Les uns la placent en 1485, et cette date est assez généralement acceptée; d’autres la reportent à l’année suivante. Médicalement parlant, cette discordance chronologique est insignifiante; mais il est bon de savoir qu’elle n’est qu’apparente. Elle tient uniquement à ce que certains historiens ont adopté la supputation de l’Eglise romaine, tandis que d’autres se sont conformés au calendrier de l’Eglise anglicane. D’après notre manière actuelle de compter, il n’est pas douteux que la suette a envahi l’Angleterre en 1486.

[607] Holinshed’s _Chronicle_. 1578, p. 763.

[608] Edouard Herbert de Cherbury, _The life and reign of king Henry the eighth_. London, 1649, p. 69.

[609] Ed. Herbert, _ibid._

[610] Mézeray, _Hist. de France_, t. II, p. 968. M.DCLXXXV.

[611] Larrey, _Hist. d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande_, etc., t. I, p. 4. Rotterdam, 1697.

[612] _Lettre de Mons. du Bellay, etc., à Mons. le Grand-Maistre de Londres_, le XXI jour de juillet 1529; dans l’_Hist. du divorce de Henry VIII, roi d’Angl. et de Catherine d’Aragon_, par J. Legrand.

[613] Les épidémistes disposés à rattacher l’apparition des grandes maladies populaires à la double influence des perturbations cosmiques et morales, pourront se prévaloir de l’opinion de Forestus, qui se pose comme très-partisan de cette étiologie, au moins pour cette invasion: «_Post jam_, dit-il, _tot orbis tumultus, post bella, post cædes, post opinionum dissidia, post rerum omnium et caritatem et inopiam_.» (Petrus Forestus, _Observationum, et curationum medicinalium de febribus ephemeris et continuis libri duo_.--Lugduni Bat. 1589. R. de G., p. 500.)

Malheureusement pour ce système, Kaye a constaté, dans l’invasion de 1551, les conditions diamétralement opposées. «_Cum in alta pace omnia et tranquilla essent, nec ullis perturbata molestiis._» (R. de G., p. 352.) Certes, le contraste entre les deux assertions, ne saurait être plus frappant, quelle que soit la conclusion qu’on en tire.

[614] Dans la note de Mézeray, que j’ai déjà citée (¿p. 454) l’historien a signalé, par erreur, la France, au lieu de la Gaule Belgique, parmi les stations de l’épidémie.--Le passage de Fernel est très-explicite: «_Febres sudorificæ quæ insolentes magno terrore in omnem inferiorem GERMANIAM, in GALLIAM BELGICAM, et in BRITANNIAM, ab anno Christi millesimo quingentesimo vigesimo quinto, in annum millesimum quingentesimum trigesimum, autumno potissimum pervagatæ sunt._» (Fernelii _Universa medicina_, p. 794. 1679.)

[615] _Historia reformationis Ecclesiæ anglicanæ à_ Guilbert Burnet. (R. de G., p. 422).--Dans ces évaluations, il ne faut pas oublier l’infériorité numérique de la population de Londres, comparée à celle de nos jours.

[616] Strype, _Memorials ecclesiastical_. Lond., 1721, t. II, p. 217. (R. de G. p. 425.)

[617] Strype, _Memorials ecclesiastical_, cité.

[618] J. Fuller, _History of the University of Cambridge_. 1655, p. 128.

[619] Baconi _Historia regni Henrici septimi_, p. 5, in-folio. Londini, 1638.

[620] J’ai dit que Kaye avait écrit deux relations: l’une en anglais, l’autre en latin; ce qui n’implique pas qu’il se soit traduit lui-même. La version que je donne, est celle de l’œuvre latine, dont j’ai déjà indiqué le titre et la date (¿p. 451).

[621] R. de G., p. 352-356. On voudra bien ne pas oublier que je traduis, et que je me suis fait une loi de reproduire le texte de Kaye aussi littéralement que possible.

[622] _Ibid._, p. 359.

[623] Le mot _marcor_ que je rends, faute de mieux, par _affaissement général_, n’a pas un sens bien défini. A cette place, il me paraît représenter cette dépression subite du _turgor vitalis_ de la peau, qui passe à juste titre pour un signe de mauvais augure, dans ce genre de maladie. M. Hæser s’est aussi arrêté à cette interprétation: «_Turgoris in collapsum quemdam corporis commutatio._» (R. de G., p. 554. Note.)

Castelli, au mot _marcor_ ou _marasmos_ de son lexique, propose une version qui se rapproche de celle que j’ai adoptée.

[624] Le mot _virus_, employé par Kaye, est ici détourné de son acception technique, et n’est pas synonyme de _principe contagieux_. Il remplace le mot _venenum_, dont l’auteur s’est souvent servi. La qualification d’_acrius_ qui lui est adjointe, représente une de ces _acrimonies_ si souvent invoquées par l’ancien humorisme, dont le médecin anglais suit les inspirations. Je crois avoir bien rendu sa pensée, en traduisant _virus acrius_, par _acrimonie maligne_.

[625] Nous retrouvons ici, cette particularité séméiologique, notée dans les maladies malignes, où la sécrétion urinaire, à n’en juger que par son produit, semble s’opérer comme dans l’état de santé. Nous avons déjà eu occasion de renouveler cette remarque.

[626] Schiller, _Op. cit. de signis_, cap. I.

[627] Consulter pour les détails le R. de G., p. 550 et suiv.

[628] R. de G., p. 519, _Anonymi regimen_.

[629] R. de G., p. 554.--Note.

[630] Castricus, célèbre praticien d’Anvers, pendant l’invasion de 1529, insiste sur l’obligation reconnue par tous les auteurs, d’éviter la moindre impression de froid, qui suffisait pour répercuter mortellement la sueur. Les malades étaient astreints à uriner dans leur lit. Le médecin devait s’interdire de soulever les couvertures, pour tâter le pouls. (R. de G., p. 12.)

[631] J’ai déjà averti que Fernel n’avait pas eu occasion de voir la suette en France, puisqu’elle n’y était pas venue. Mais le rang qu’il occupait dans la médecine de son temps, lui imposait l’obligation de l’étudier indirectement, et il lui a en effet réservé quelques courts passages de ses œuvres. Nous y lisons même une consultation sur la suette, rédigée pour l’ambassadeur anglais, et qu’il a signée conjointement avec Houlier et Sylvius. La prophylactique y tient la plus grande place. Pour juger impartialement cet échantillon bien vieilli de l’humorisme et de la polypharmacie du XVIe siècle, dû à la collaboration de trois médecins illustres, on a bien besoin de se reporter à l’époque où il fut écrit. (_Consilium LXIX, ad pestem anglicam_, 1550. D. Fernelii, Jacob. Hollerii et Jacob. Sylvii, _pro legato anglico_.--J. Fernelii _Universa medicina_, p. 716. Coloniæ Allobrogum. MDCLXXIX.)

[632] Gruner, _Morborum antiquitates_, p. 66.

[633] Castricus, _Op. cit._ (R. de G., p. 11.)

[634] Tertius Damianus, R. de G., p. 35.

[635] R. de G., p. 155.

[636] J. Fuller, _Hist. cit. de l’Université de Cambridge_, p. 128. 1655.

[637] R. de G., p. XI.

[638] R. de G., p. 11.

[639] Rembert Giltzheim, célèbre professeur de médecine au XVIe siècle, a consigné ce détail dans un manuscrit allemand inédit, annexé par M. Hæser au recueil de Gruner (p. 510).

[640] Kaye, édit. latine et anglaise. (R. de G., p. 367.)

[641] Legrand, _Hist. du divorce de Henry VIII_, etc., t. I, p. 93. Paris, 1688.

[642] Gruner, _Itinerar. sudoris angl._, p. 14.

[643] R. de G., p. 368.

[644] Voir Castricus (p. 13), Schiller (p. 308), Nidepontanus et Laur. Frisius (p. 177.) (R. de G.)

[645] Voici la formule de ce remède: «_Medicatus sum epithemate vel fomentis ipsi admoto ex aqua rosarum calida, in qua radix zedoariæ et dictamni trita cocta sint composito._» (R. de G., p. 37.)

[646] Richard Mead, _Recueil des œuvres_. Trad. T. I, p. 339. 1774.

[647] Mead est-il aussi convaincu qu’il le paraît, de la contagiosité, fort douteuse, de la suette? Je croirais plutôt qu’il prend ce prétexte pour pouvoir soutenir, toujours en digne Anglais, que la suette n’a pénétré dans son pays que _par importation_, et que la désignation de _suette anglaise_, a consacré une calomnie. Aussi admet-il avec empressement, qu’elle n’est que la propagation de la maladie épidémique qui aurait attaqué l’armée des Turcs au siége de Rhodes. Gruner réfute péremptoirement cette opinion. (R. de G., p. 21.) L’histoire fait foi que le siége de Rhodes le plus rapproché de la première invasion de la suette, date de 1479, et aucun document ne parle d’une épidémie quelconque qui se serait déclarée alors parmi les assiégeants.

Quant à l’expédition de 1522, qui se termina par la reddition de la place, on sait qu’une épidémie meurtrière enleva plus de trente mille Turcs. Mais cette maladie, dont la source apparente se trouvait dans la réunion de toutes les conditions d’insalubrité, attachées aux armées en campagne, n’était autre que la _dysenterie_.

[648] Inutile d’avertir que les deux mots ὑδρωπυρετος, ὑδρωνοσος (hydronose, hydropyreton) ne remontent pas au delà du XVe siècle, puisque la maladie qu’ils servent à désigner, n’était pas connue des anciens médecins grecs.

Quant au mot _suette_ (petite sueur) qui a survécu dans notre langue médicale, c’est un diminutif fort étonné, sans doute, de représenter un vrai déluge sudoral. Nous avons déjà rencontré un pareil euphémisme dans le mot _morbilli_ (petite maladie) imposé, dans l’origine, à la _rougeole_, malgré la gravité de ses débuts.

[649] «_Insolentes sunt (morbi)..... sudorifica febris, hanc_ ἱδρωπύρετον _nonnulli dixere, qui nostro ævo in regiones plurimas invaserunt_.» (Joan. Fernelii _universa medicina_, p. 789, _Coloniæ Allobrogum_. M.DC.LXXIX.)

[650] Freind, _Hist. de la méd._, _3e part._, p. 186. Leyde, 1727. Trad.

[651] Sprengel, _Hist. de la méd._, t. II, p. 490-91. 1815. Trad.

[652] Gruner, _Morborum antiquitates_, p. 65.

[653] Danielis Sennerti _Opera omnia_, t. I, lib. IV, _de febribus_, cap. XV, _de sudore anglico_, p. 841. Lugduni, MDCLXVI.

[654] Ozanam, _Hist. méd. des malad. épid._, t. IV, p. 93. 1835.

[655] _Ibid._, p. 99.

[656] Rayer, _Hist. de l’épid. de suette miliaire qui a régné en 1821, dans le département de l’Oise_, p. 476.

Voici les passages d’Hippocrate où l’on a cru reconnaître la _suette miliaire_:

«_Silenus octavo (die) frigidus per omnia membra difusus est, cum pustulis rubentibus, rotundis, parvis, varis non absimilibus, quæ permanebant neque abscessum faciebant._» (Hipp. Foës, _De morb. vulgaribus_, lib. I, æger 2. MDXCVI.)

«_In febribus autem æstivis, circa septimum, octavum et nonum diem, aspredines quædam miliaceæ, culicum morsibus fere similes, quæ tamen non admodum pruriebant, in summa cute subnascebantur, et ad judicationem usque perdurabant._» (_Ibid._, lib. II, sect. 3.)

[657] Pujol de Castres, _Œuvres diverses de méd. prat._, t. III, p. 272. 1802. _Observations sur la fièvre miliaire épidémique qui régna dans le Languedoc et les provinces limitrophes, durant le printemps de 1782._--Ce travail, que Pujol écrivit à l’occasion d’un concours, obtint un prix de la Société royale de méd.

[658] _Ibid._, p. 281.

[659] Tessier, _Mém. sur la suette qui a régné à Hardivilliers, en Picardie, au mois de mai 1773_. (_Mém. de la Soc. roy. de méd. 1777_, p. 48. Note.)

[660] Grisolle, _Pathol. interne_, t. I, p. 111. 1852.

[661] Requin, _Elém. de pathol. médicale_, t. II, p. 482. 1852.

[662] Littré et Robin, _Dict. de méd._ au mot _suette_. 12e édition. Paris, 1865.

[663] Voy. Littré, _Des grandes épidémies_. (T. V, _Revue des Deux-Mondes_, 1836.)

Un an auparavant, l’auteur avait exprimé la même opinion dans la _Gaz. méd. de Paris_, t. III, 1835, p. 335.--«Ce fut là, disait-il (1551), la dernière apparition de la suette anglaise; depuis lors elle ne s’est pas rencontrée en Angleterre, sans qu’on puisse dire ni pourquoi elle naquit alors, ni pourquoi elle n’a pas reparu depuis.»