Part 22
[280] «On trouve, dit Alibert, dans les livres de l’art, des descriptions inexactes d’épinyctides, dont il ne faut ici tenir aucun compte.» (_Monographie des dermatoses_, t. I, p. 132, 1832.) Mais à moins de supposer que Celse a décrit une éruption imaginaire, il faut bien accepter les caractères qu’il lui assigne. Alibert la place parmi les eczémas. Il a eu, sans doute, ses motifs. Mais comme l’eczéma qu’il décrit sous ce nom n’est pas le même que celui de l’auteur latin, la nature de l’épinyctide ancienne reste toujours indécise. Peut-être a-t-elle disparu de la pathologie. Ce qui est certain, c’est que Lorry, grande autorité en matière de maladies cutanées, assure ne l’avoir jamais vue. «_Mihi vero epinyctidem qualem veteres medici describunt, serò periodicè dolores concitantem atroces, de die quiescentem, videre nunquam contigit._» (_Tractatus de morbis cutaneis_, p. 264. Parisiis, MDCCLXXVII.)
[281] Celse, lib. V, cap. XXVIII.--_De pustularum generibus._
[282] La forme que Celse assigne à cette éruption, la distingue de celle que Villan et Bateman mentionnent sous le même nom et qui est constituée par des pustules larges, d’un rouge très-vif, et remplacées, en se desséchant, par une croûte épaisse dure et foncée. La phlyzacie est le caractère des pustules de la dermatose que les auteurs appellent _ecthyma_.
[283] Celse, ibid., _De phymate_.
[284] Le mot _phyma_ dérive en effet de φυω, naître, et désigne _tout ce qui fait éruption au dehors_. (Hippocrate, _Aphor._, traduits par Lallemand et Pappas, p. 26. Note, 1839.)
Cette leçon est adoptée par Castelli: «_Phyma comprehendit abscessus, pustulas, ulcera, etc._ (_Lexicon_, au mot _Phyma_.)
[285] Gui Patin, _Lettres_, t. I, lettre CLXXIV. 1846.
[286] Hahn a reconnu une telle solidarité entre ces trois fièvres éruptives, qu’il a recours aux mêmes preuves pour établir leur ancienneté. C’est précisément un des arguments qui me paraissent démontrer le mieux leur origine moderne, quand on l’a prouvée pour l’une d’elles.
[287] Magni Hippocratis..., Foesio authore. Francofurti, 1596, p. 120.
[288] Hippocrate, _Aphorismes_, section IIIe, aphorisme 20, trad. de Daremberg. Paris, 1855.
[289] Montaigne, _Essais_, chap. XLVI.
[290] Aretæi Cappadocis, _De causis et signis acutorum morborum lib. primus_, cap. IX. _De pestilentibus faucium vitiis._ MDCIII.
[291] Castelli, _Lexicon medicum_, au mot _Carbunculus_.
[292] Voy. Celse, lib. V, cap. XXVIII.
[293] Werlhof, _Disquisitio de variolis et anthracibus_.--Quand on a lu cet écrit, on n’est plus surpris que les contemporains se soient rangés du côté de Werlhof.
[294] Werlhof, _Disquisitio cit._, p. 46-52.
[295] Hippocrate, _De morbis vulgaribus_, _lib. secundus, sectio prima_.
[296] Galien, édition de Kuhn, t. XVII, A., p. 36.
[297] Rhazès, _Traité sur la petite vérole et la rougeole_, p. 17, _ad calcem_ du _Traité_ cit. de Paulet.
[298] Werlhof fait remarquer que les mots arabes avec ou sans l’article, _Giodari_, _Giadari_, _Algiodari_, _Algiadari_, sont exclusivement affectés à la variole, et que jamais ils n’ont servi, dans cet idiome, à désigner le charbon. (_Disquisitio cit. de Variolis et Anthracibus_, p. 62.)
[299] Rhazès, _Ouv. cit._, p. 20.
[300] Oribase mentionne les _cicatrices qui succèdent aux dermatoses impétigineuses_: _cicatrices quæ ex impetigine fiunt_ (cité par Gruner, _Morborum antiquitates_, p. 41.--_Apud Oribasium, Curat. morb._, III, 36, p. 631. _Collect. Stephan._).
[301] Hardy, _Leçons sur les malad. de la peau_, p. 141, 1860.
[302] Hahn, _Ouv. cit._, p. 124.
[303] Les remèdes vantés par Pline, contre les cicatrices et autres vices de la peau, semblent imaginés pour reculer les bornes de l’absurdité humaine. Je recommande, comme échantillon, le chap. XII du livre XXX qui porte ce titre: _Ad ignem sacrum_, _ad carbunculos_, _furunculos_, _ambusta_, etc. (Plinii secundi _Hist._, 1543.)
[304] Celse, lib. IV, cap. V.--Le titre du chapitre est significatif: _De varis, lenticulis et ephelide_.
[305] Les mots _argenti spuma_ désignent ou une préparation particulière d’argent, ou la _litharge blanche_.
[306] Martini Lister, _Exercitationes medicinales_, p. 265. Londini, MDCXCVII. _De Variolis._--Lister écrivait aux XVIIe et XVIIIe siècles.
[307] Johannis Freind, _Opera omnia med._ Londini, MDCCXXXIII. P. 525.
[308] Freind, _ibid._, p. 487.
[309] Richard Mead, _De variolis et morbillis_, p. 2. Londini, 1747.
[310] Thomæ Sydenham, _Oper. med._, t. I, p. 149. Genevæ, MDCCLXIX.
[311] Pinel, _Nosograph. philosophique_, t. II, p. 22. 1810.
Pinel a-t-il voulu dire que les premières descriptions sérieuses de la variole dataient de Rhazès et d’Avicenne, je n’ai rien à reprendre. Mais je devrais rectifier son erreur, s’il a entendu que la maladie n’a commencé qu’au temps de ces écrivains.
[312] Ozanam, _Hist. méd. des malad. épid._, t. III, p. 318.--Fodéré, _Leçons sur les épid._, t. IV, p. 297.
[313] Littré, _Revue des Deux-Mondes_, art. cit. et Hippocrate, _Trad._ E. Littré, t. V, _Argument du 2e livre des Épid._
[314] Rayer, _Traité des malad. de la peau_, t. I, p. 550. 1834.
[315] Bousquet, _Nouv. traité de la Vaccine_, p. 21. 1848.
[316] Il paraît qu’en 1767 la variole aurait enlevé, dans la seule ville de Pékin, près de _cent mille_ enfants.
[317] Marius, évêque d’Avenches, en Suisse, né vers l’an 532, mort à Lausanne en 596, est l’auteur d’une Chronique abrégée qui s’étend depuis 455 jusqu’en 581, et qui a été insérée par Dom Bouquet dans le _Recueil des historiæ Francorum scriptores_, t. II, p. 12.
Le passage que je viens d’extraire est immédiatement suivi de cet autre: «_Anno 571 infanda infirmitas atque grandula cujus nomen est pustula, in supra scriptis regionibus innumerabilem populum vastavit._»
Cette _glande_ appelée _pustule_ n’est que le _bubon_ de la peste qui régnait alors, et qu’on désignait ainsi parce que le vocabulaire n’était pas encore bien arrêté. Il ne s’agit nullement de la _pustule varioleuse_, comme on aurait pu le croire à la première lecture.
[318] «_Substantive varii et variæ dicuntur qui et quæ maculas et papulas in facie distinctas habere solent._» (Castelli, au mot _Varius_.)
La qualification de _varius_ qui désignait, chez les Latins, tout individu dont le visage était bourgeonné ou parsemé de taches, inspira à Cicéron un jeu de mots qui trouve ici sa place. S’adressant à Q. Servilius Isauricus: «_Miramur_, dit-il, _cur Servilius pater tuus, homo constantissimus, te nobis tam varium reliquit_.» (Cit. par Lorry, _Tractatus de morbis cutaneis_, p. 539. MDCCLXXVII.)
[319] Gregorii Turonensis, _Opera omnia_, lib. V, cap. XXXIV et seq.
[320] Dans sa traduction française de Grégoire de Tours (t. I, p. 298, 1861), M. Guizot a rendu littéralement ces mots _morbus dysentericus_, par _dysenterie_, maladie bien différente de celle que désigne le texte. Quelque étranger que le traducteur fût à la médecine, il était facile de voir que les symptômes indiqués ne répondaient pas à la maladie qui porte ce nom vulgaire.
[321] On sait qu’à cette époque l’usage des ventouses était en grande vogue.
[322] En notant ce fait vulgaire dans l’histoire de la variole, Grégoire y voit un acte de la vengeance de Dieu, irrité contre Nantin qui s’était rendu coupable de graves outrages envers les prêtres.
[323] Le vieux mot français _corailles_ comprenait non-seulement le cœur et les régions voisines, mais encore les intestins en général. (Voy. Ducange, _Glossaire_, au mot _Corallum_.)
[324] Dans une note de sa belle édition d’Ambroise Paré (t. II, p. 211) le professeur Malgaigne, reproduisant en français ce passage de Grégoire de Tours, traduit, à ma grande surprise, _corales pusulas_, par _feu St Antoine_, et se prévaut de cette version arbitraire pour fixer, à cette époque, la première mention de cette maladie. Il suffit de jeter les yeux sur le texte du vieux chroniqueur pour constater l’inexplicable méprise de M. Malgaigne. Que le nom de _feu St Antoine_ ait été donné, comme il le dit, à des affections fort diverses, c’est ce qui n’est pas douteux. Mais il n’en est pas moins certain que cette maladie gangréneuse n’a régné que cinq siècles après, et qu’il faut attendre jusque-là les premiers documents historiques qui s’y rapportent.
[325] Gregorii, _Op. cit._, lib. VI, cap. XIX.
Je ferai observer que je n’ai pas suivi l’exemple de certains traducteurs qui ont rendu _valitudines variæ_ par _maladies diverses_. Outre que Grégoire n’avait en vue que la maladie régnante, il est clair pour moi que la qualification _variæ_ équivaut au mot _variola_ de Marius, et désigne l’aspect tacheté de la peau.
[326] Gregorii Turonensis lib. III, cap. XXIV, _De miraculis sancti Martini_.
[327] On a dit que les Arabes avaient voulu marquer la naissance de leur prophète par quelque événement extraordinaire, en fixant à l’an 572 la première apparition de la variole. Ce détail serait consigné, d’après J.-J. Reiska, dans un vieux manuscrit arabe de la bibliothèque de Leyde. (Voy. Mead, _Recueil des Œuvres_, etc., t. I, p. 405. Trad.)
En admettant que l’année 572 fût la date précise de la naissance de Mahomet, il est certain que la petite vérole qui se montra cette année en Arabie, conjointement avec la rougeole, n’était pas à ses débuts.
[328] Voy. Paulet, _Hist. de la petite vérole_, t. I, p. 96.
[329] A cette époque, Paris était cruellement frappé: «En 1445, dit Sauval, depuis le mois d’août jusqu’à la Saint-André (30 novembre) la petite vérole fit mourir plus de six mille petits enfants, et même bien des femmes, sans compter les hommes.» (_Antiquités de Paris_, t. II, p. 558.)
[330] Ce fait est noté par Pierre Martyr d’Anghiera, le premier historien des voyages de Christophe Colomb: «_Reliquos variolæ, morbilli eis ignoti hactenus superiore anno 1518, qui tanquam morbosos pecudes contagioso halitu eos invaserunt._» (_De rebus oceanicis et de orbe novo decades_).
[331] Aaron ou Ahron, prêtre et médecin d’Alexandrie, vivait du temps de l’empereur Héraclius, vers l’an 22 du VIIe siècle. Il est l’auteur d’une sorte d’encyclopédie, contenant trente traités en langue syriaque, connus sous le nom de _Pandectæ medicinales_. Ce livre fut traduit quelques années plus tard, en arabe, par un médecin juif. Je n’ai pas vérifié, et pour cause, le texte d’Aaron; mais je m’en rapporte sur ce point à l’autorité de Joseph Amoreux, très-versé en ces matières. (Voy. _Essai hist. et littér. sur la méd. des Arabes_, p. 129--1805.)
[332] Voy. Sprengel, _Hist. de la méd._, trad., t. II, p. 267.
[333] Le médecin connu sous le nom de Rhazès ou Razi était persan, mais il a adopté, dans ses écrits, la langue arabe qui était celle des savants depuis les conquêtes des Sarrasins en Asie. Son _Traité_ célèbre _de la petite vérole et de la rougeole_ a été plusieurs fois traduit. Mead en a donné une version latine que Coste, traducteur de ses œuvres, a reproduite en français (_Recueil des œuvres de Mead_). On le trouve aussi dans l’_Hist. de la petite vérole_ de Paulet (_ad calcem_). M. le Dr Eusèbe Desalle, très-versé dans l’idiome des Arabes, a publié une nouvelle version française.--Enfin, ce _Traité de la variole et de la rougeole_, a été traduit en dernier lieu par MM. Leclerc et Lenoir. Paris, 1866, in-8.
[334] Rhazès, _trad. franç. du Traité_, ch. XI.--Des moyens qu’il faut employer pour effacer les traces de la petite vérole. (_Recueil des œuvres de Mead._ Trad, t. I, p. 510.)
[335] Avicenne, dont le véritable nom est _Abou-Ibn-Sina_, appartient au Xe siècle (978 après J.-C.).
[336] Cet auteur, né à Carthage vers 1020, mort en 1087, a bien servi la science par ses traductions de quelques œuvres arabes.
[337] «_Variolæ sunt multæ pustulæ in toto corpore aut ex majori parte dispersæ._» (Summi in omni philosophia viri Constantini africani medici, _Operum reliqua_. Basileæ, MDXXXIX, lib. VIII, cap. XIIII, _de variola et causa et significatione_.)
[338] Thomæ Sydenham _Opera medica_, t. I, p. 79. _Variolæ regulares._ Genevæ, MDCCLXIX.
[339] Boerhaave, _Aphorismi de cognoscendis et curandis morbis_; _aphor._ 1379.
Stoll s’exprime comme Boerhaave: «La description de Sydenham est si exacte qu’on ne saurait trop la lire, et que j’ai bien peu de chose à y ajouter...» (_Aphoris. sur la connaissance et la curation des fièvres._ Paris, 1809, p. 135. Trad.)
[340] A côté de Sydenham, il est juste de nommer son compatriote Richard Morton, qui a aussi fort bien étudié les fièvres éruptives. (_Opera med._, t. I. Lugduni, MDCCXXXVII. _Tractatus de febribus inflammatoriis_, à cap. III ad cap. XI.)
[341] Je n’ai point à m’occuper ici du traitement. Je me contenterai de rappeler qu’il fut de tout temps entouré de pratiques superstitieuses, qui se sont perpétuées jusqu’à nous. «Je me souviens, dit Fouquet qui a si bien étudié ce sujet, d’avoir vu dans mon enfance, à Montpellier, qu’on vêtissait les _petits vérolés_ de drap écarlate ou qu’on les tenait dans des lits fermés de rideaux de la même étoffe, à peu près comme il est rapporté qu’on le pratique encore au Japon. On cachait superstitieusement sous le lit, des crapauds vivants à qui l’on croyait la vertu d’attirer à soi et d’absorber tout le venin de la maladie, comme on faisait coucher, du temps de Rivière, un mouton ou un agneau avec le jeune malade, d’après la même croyance; sans compter le soin qu’on avait de tenir la chambre des malades presque toujours fermée hermétiquement et d’en échauffer encore l’air par des réchauds où brûlaient continuellement des parfums; les prises de thériaque et d’extrait de genièvre, les bouillons de viande, ceux de chair de vipère et autres remèdes ou breuvages incendiaires dont le jeune patient était farci jour et nuit; et pis que tout encore, les vieilles femmes qui s’en mêlaient.» (Voy. _Traitement de la petite vérole des enfants_, etc. Amsterdam et Montpellier, 1772. T. I, p. 16.)
[342] Voy. Hurtrel d’Arboval, _Dict. de médecine, de chirurgie et d’hygiène vétérinaires_, au mot _variole_; 2e édit. Paris, 1838-39.--Je me contente de rappeler à ce propos que les pêcheurs assimilent à la variole une éruption qui recouvre la peau des _carpes_, surtout pendant l’été.
[343] «Serait-il vrai, comme l’assure Edouard Harissons, que ce genre d’éruption est complétement inconnu en Angleterre?» (Alibert, _Monographie des dermatoses_, t. I, p. 319.)--Ce qui me porterait à croire au moins qu’elle y est fort rare et par conséquent peu étudiée, c’est qu’elle porte le nom de _scab_ (gale), qui en donne une fausse idée, et ne représente pas une fièvre éruptive. Si les Anglais avaient constaté, comme nous, les ressemblances qui rapprochent la clavelée ovine et la petite vérole humaine, ils l’auraient naturellement désignée par les mots _sheep-pox_.
[344] «De toutes les maladies qui affectent nos animaux domestiques, la clavelée des bêtes à laine est celle qui présente le plus de rapports avec la variole. L’éruption des boutons, leur forme, leur nature, leur mode de développement, leur terminaison, la fièvre qui les précède et les accompagne, les altérations pathologiques qui les caractérisent, les réactions sympathiques, les désordres et les incommodités qui peuvent suivre, sont, à peu près, les mêmes dans l’une et l’autre.» (Hurtrel d’Arboval, _Dict. de méd. vétérin._, au mot _Clavelée_; 2e édit. Paris, 1838-39.)
[345] S’il fallait en croire certains auteurs, la clavelée ovine dériverait d’une maladie éruptive à laquelle les dindons sont fort sujets et qui se propagerait aux bergeries placées dans le voisinage d’une basse-cour infectée. Outre que ce rapprochement a été souvent constaté sans amener les conséquences qu’on lui prête, et que, dans le cas contraire, la coïncidence s’explique naturellement par l’influence générale de la constitution régnante, il est clair que l’origine première de la clavelée n’est pas plus compréhensible que celle de la variole humaine qu’on lui compare.
[346] Dom Bouquet, _Recueil des hist._, t. II, p. 12.
[347] Je n’ignore pas que les vaches sont sujettes à plusieurs éruptions que le peuple prend pour la vraie picote, quoiqu’elles soient _au fond_ très-différentes. Je ne puis ici avoir en vue que la _picote_ qui donne une bonne vaccine capable de suppléer la variole.
[348] Je n’ai pas à m’expliquer ici sur la provenance équine de la variole de la vache. Si le fait était constant, il n’y aurait qu’à déplacer un des termes de la question qui m’occupe; mais jusqu’à plus ample informé, je crois à la spontanéité du cow-pox, sans nier les cas où il peut être transmis par le cheval. La contagion de la variole d’homme à homme, n’exclut pas la possibilité de sa formation de toutes pièces, abstraction faite de l’intervention antécédente du virus. Voy. Discussion sur l’origine du horse-pox (_Bulletin de l’Acad. de Médecine._ Paris, 1862, t. XXVII, p. 835 et suiv.).
[349] Bousquet, _Nouveau traité de la Vaccine_, p. 55.
[350] M. Bousquet l’a vérifiée lui-même en 1831, et a consigné les détails de cette épreuve dans son _Traité_ souvent cité (p. 555).
[351] La pratique de l’inoculation créait sans cesse de nouveaux foyers de contagion. Dès qu’elle fut généralisée, la variole régna sans désemparer; et, d’après des calculs qui n’ont pas été contredits, le nombre de ses victimes n’avait jamais été plus élevé. Quelque bénigne que fût d’ailleurs la variole de l’art, comparée à la variole de la nature, elle trompait assez souvent l’attente du médecin pour que cette éventualité dût entrer dans ses prévisions.
[352] Un livre tel que celui-ci doit conserver la date de cette immortelle découverte. Après vingt ans de travaux et de méditations, Jenner la rendit publique en 1798, dans une brochure de 60 pages, in-4º, sous ce titre: _An inquiry into the causes and effects of the variolæ vaccinæ_. London.
SECTION II
DE LA ROUGEOLE CONSIDÉRÉE COMME MALADIE NOUVELLE
«Ainsi que la petite vérole, la rougeole est certainement une maladie de date moderne, une maladie que l’antiquité grecque et latine n’a point connue. Ce n’est que plusieurs siècles après Jésus-Christ qu’elle a paru... Quoi qu’en aient dit certains écrivains qui, par voie d’interprétations plus ou moins forcées, plus ou moins sophistiquées, prétendent tout voir, tout retrouver dans les écrits de la médecine antique, il nous est impossible en vérité d’y apercevoir la moindre mention de la rougeole. C’est faire injure aux anciens, c’est méconnaître le génie des Hippocrate, des Celse, des Arétée, des Galien, ces grands peintres de la nature souffrante, que de s’imaginer qu’ils aient connu une semblable maladie et qu’ils n’en aient jamais parlé que d’une façon équivoque ou énigmatique[353].»
Ces lignes de M. le professeur Requin résument, dans les meilleurs termes, mon opinion personnelle sur l’origine récente de la rougeole, déjà implicitement démontrée dans la section précédente.
Dès le VIe siècle, la variole et la rougeole s’associent pour allumer de graves épidémies dont la physionomie insolite déroute la médecine contemporaine. Plus tard, les Arabes les décrivent en même temps, comme pour remplir une double lacune de la science. A partir de cette époque et sous des noms divers, la nosologie ouvre son cadre à deux fièvres éruptives dont on ne perdra plus la trace jusqu’à nos jours. Bref, leur réunion constante, depuis leur première apparition authentique, est, tout au moins, une forte présomption en faveur de leur génération simultanée.
Je n’ai pas besoin de dire que cette opinion a eu ses contradicteurs. Ceux qui prétendent avoir démêlé la variole dans certains textes complaisants, n’ont pas eu plus de peine à en faire sortir la rougeole. Non-seulement on a affirmé qu’Hippocrate avait connu cette maladie, mais Jean Manard a soutenu qu’elle a été désignée par les anciens sous le nom d’_Herpès_, assertion arbitraire contre laquelle le savant Jérôme Mercuriali a vivement protesté[354].
D’autres, parmi lesquels je me contenterai de nommer Welsch, Fernel, Hahn, Willan, Bateman, assurent que les Grecs décrivent la rougeole sous la dénomination d’_exanthème_, d’_érysipèle_, etc. Ma réfutation viendrait trop tard après celle de Gruner, qui me paraît péremptoire[355].
Les éruptions pourprées avec ou sans fièvre, les taches comparables aux piqûres des cousins, si souvent mentionnées par Hippocrate et son école, rappellent bien, sans doute, les papules de la rougeole; mais la similitude s’arrête aux apparences, et il est certain qu’on ne trouve nulle part dans les écrits des anciens, un signalement nosographique applicable à ce type si accentué et si répandu de la fièvre éruptive de nos jours.
On se souvient que Freind regardait l’Égypte comme le berceau de la variole, sans pouvoir toutefois en donner la preuve historique. Borsieri attribue aussi même provenance à la rougeole[356]. Ce n’est là qu’une simple conjecture; cependant il me paraît très-vraisemblable que ces deux maladies, qui ont fait ensemble leur entrée dans le monde, ont eu une patrie commune.
Une chose est certaine, c’est que la rougeole, après avoir parcouru l’Europe comme la variole, prit une telle extension qu’on rencontrait à peine quelques personnes qui n’en eussent été atteintes[357].
S’il nous a été permis, l’histoire à la main, de suivre la variole dans les principales étapes de son long voyage, nous manquons de renseignements sur la marche de la rougeole. La raison en est, que la première avec ses symptômes si frappants, ses formes hideuses, ses infirmités indélébiles, absorbait exclusivement l’attention des contemporains. Les deux maladies se montraient côte à côte, avec cette diversité de caractères qui a obligé plus tard les nosologistes à multiplier leurs variétés. Il est telle modification de leurs éruptions respectives qui change leur physionomie et obscurcit leur identité. Ce n’est pas sans de longues et nombreuses observations qu’on est parvenu à mettre un peu d’ordre dans ce chaos. Au VIe siècle, ce problème si complexe s’imposait, pour la première fois, à la médecine, et il n’est pas douteux que la rougeole n’ait souvent passé inaperçue sous le couvert de la variole. Je ne serais pas éloigné de croire qu’elle figurait, pour sa part, au milieu de ces _maladies tachetées_ (_valetudines variæ_), dont parle Grégoire de Tours.
Aaron est le premier qui ait donné à la rougeole un nom spécial que ses traducteurs ont rendu par _blacciæ_. La signification de ce mot est encore débattue. Certains érudits y ont reconnu la _roséole_ de la nosologie moderne. L’interprète de Rhazès a rapproché dans le même passage trois maladies exanthématiques, _variolæ_, _morbilli_, _blacciæ_. La rougeole (_morbilli_) serait donc distincte des _blacciæ_. D’autre part, Ingrassias, au XVIe siècle, et Conringius, au XVIIe, sont d’accord pour retrouver dans le mot _blacciæ_, la maladie que les Arabes appellent _hhumrah_ ou _alhhumrah_, et qui ne serait autre que l’éruption nommée de nos jours _scarlatine_, _rubeola_ de quelques auteurs latins[358], _rossalia_ des Italiens. Enfin Werlhof, dont l’autorité est pour moi décisive en ces matières, regarde le mot _blacciæ_ comme la traduction barbare du mot arabe _hhazba_ ou _alhhazba_, qui correspond à la rougeole ou _morbilli_[359]. Ces tâtonnements de la nomenclature ont au moins ce bon côté, qu’ils témoignent à leur manière, de la nouveauté des maladies qui attendent une désignation définitive.