Étude Médico-Légale: Psychopathia Sexualis avec recherches spéciales sur l'inversion sexuelle

Part 59

Chapter 593,673 wordsPublic domain

La liaison de S. et G. a provoqué, par son caractère choquant, bien des commentaires chez les particuliers et dans les cabarets. G. passait la plupart de ses soirées dans le cercle de la famille de S. dont il est devenu pour ainsi dire un familier. Tous deux faisaient souvent des promenades ensemble. Pendant une de ces promenades S. dit à G. qu'il était joli garçon et qu'il l'aimait beaucoup. S. prétend n'avoir touché ce sujet que pour avertir G. de certains dangers. Quant à leurs rapports dans la maison, il est établi que S. assis sur le canapé, avait parfois enlacé de ses bras G. et l'avait embrassé. Cette marque d'affection lui fut donnée aussi en présence de Mme S. et de la bonne de la maison. Lorsque G. fut atteint de blennorrhagie, S. lui montrait comment il fallait faire les injections et, à cette occasion, il prenait dans sa main le _membrum_ du jeune homme. G. déclare qu'en demandant à S. pourquoi il l'aimait tant, celui-ci aurait répondu: «Je ne le sais pas moi-même». Quand G. restait quelques jours sans venir, S. s'en plaignait avec des larmes dans les yeux aussitôt que G. faisait sa réapparition. S. lui disait aussi que son ménage n'était pas heureux et, les larmes aux yeux, priait G. de ne pas l'abandonner, car il était l'ami qui devait remplacer sa femme.

L'acte d'accusation conclut de tous ces faits que la liaison entre les deux accusés avait une tournure sexuelle. Si tout se passait en public et de façon à être remarqué par tout le monde, c'est une circonstance qui, selon l'acte d'accusation, ne vient point à l'appui du caractère inoffensif de la liaison, mais c'est plutôt une preuve de l'intensité de la passion de S. On convient que l'accusé a des antécédents sans tache, une conduite honorable et un coeur tendre. Il est probable que la vie conjugale de S. n'était pas heureuse et qu'il avait des disposions naturelles très sensuelles.

Au cours de l'instruction judiciaire, on a plusieurs fois soumis G. à un examen médico-légal. Il est d'une taille moyenne, avec un teint pâle, une constitution robuste. Le pénis et les testicules sont très fortement développés.

On a constaté d'un unanime accord que l'anus, par suite du manque de plis à son pourtour et du relâchement du sphincter, était altéré pathologiquement, et que ces changements permettaient avec une certaine probabilité de conclure à la pratique de la pédérastie passive.

C'est sur ces faits que fut basée la sentence du tribunal. L'arrêt a reconnu que la liaison existant entre les deux accusés n'indiquait pas d'une manière certaine l'impudicité contre nature, les constatations faites sur le corps de G. ne suffisant pas en elles-mêmes à en fournir la preuve.

Mais, prenant dans son ensemble ces deux circonstances, le tribunal s'est fait la conviction que les deux accusés étaient coupables, et considéra comme établi que: «l'état anormal de l'anus de G. n'a pu se produire qu'à la suite de l'introduction réitérée du membre de l'accusé S. dans cette partie du corps, et que G. s'est prêté complaisamment à ces pratiques et a toléré l'exécution sur lui de ces actes immoraux».

Ainsi le cas prévu par l'article 175 du R. St. G. semble être établi. En fixant les peines on a tenu compte du degré d'instruction de S., du fait que c'est lui qui a évidemment séduit G.; pour ce dernier on a pris en considération qu'il avait été séduit et qu'il était encore très jeune; pour tous les deux, on admit comme circonstance atténuante leurs bons antécédents, et, conformément à ces conditions, le Dr S. a été condamné à huit mois de prison, le jeune G. à quatre mois.

Les accusés se sont pourvus en cassation auprès du tribunal de l'empire à Leipzig et se préparaient, dans le cas où la cassation serait rejeté, à recueillir des documents afin de pouvoir demander la révision du procès.

Ils se soumirent à l'examen et à l'observation de spécialistes célèbres. Ceux-ci déclarèrent que, d'après les constatations faites sur l'anus de G., il n'y avait aucun indice d'actes de pédérastie passive.

Comme les parties intéressées attachaient aussi une grande importance au côté psychologique du cas, dont on ne s'était pas du tout occupé pendant l'audience, l'auteur du ce livre reçut la mission d'examiner et d'observer le Dr S. et son coaccusé G.

_Résultats de mon examen personnel fait du 11 au 18 décembre 1888, à Gratz._--Le Dr S..., trente-sept ans, marié depuis deux ans, sans enfants, autrefois chef du laboratoire municipal à H., est né d'un père qui, à ce qu'on dit, est devenu nerveux à la suite de surmenage. À l'âge de cinquante-sept ans il a été atteint d'une attaque d'apoplexie; à l'âge de soixante-sept ans, il est mort à la suite d'une nouvelle attaque d'apoplexie. La mère vit encore: on la dépeint comme une femme vigoureuse, mais qui depuis des années souffre des nerfs. La mère de cette dernière est morte à un âge assez avancé et, prétend-on, à la suite d'un abcès du cervelet. Un frère du père de la mère aurait été buveur. Le grand-père de l'accusé du côté paternel est mort prématurément à la suite d'un ramollissement du cerveau.

Le Dr S... a deux frères qui jouissent d'une bonne santé.

Lui-même déclare qu'il est d'un tempérament nerveux et d'une constitution robuste. Il prétend qu'après avoir eu, à l'âge de quatorze ans, un rhumatisme articulaire aigu, il a souffert pendant plusieurs mois d'une grande nervosité. À la suite, il souffrait souvent de rhumatismes, ainsi que de battements de coeur et de suffocations. Ces malaises disparurent peu à peu sous l'influence de l'usage des bains de mer. Il y a sept ans, il a attrapé une blennorrhagie. Cette blennorrhagie est devenue chronique et lui a causé pendant longtemps des douleurs de vessie.

En 1887, le docteur S. a subi son premier accès de colique néphrétique. Ces accès se répétèrent plusieurs fois au cours de l'hiver 1887-1888, jusqu'au 10 mai 1888 où un gros calcul néphrétique se dégagea. Depuis ce moment, son état de santé a été assez satisfaisant. Il prétend que, à l'époque où il souffrait de la pierre, il avait pendant le coït, au moment de l'éjaculation, une douleur aiguë dans l'urètre, de même quand il urinait.

Quant à son _curriculum vitæ_, S. déclare qu'il a, jusqu'à l'âge de quatorze ans fréquenté le lycée; mais, à partir de cette époque, il a dû, à la suite d'une maladie grave, continuer ses études sous la direction d'un maître particulier. Ensuite, il a passé quatre ans dans l'officine d'un droguiste; plus tard, il a, pendant six semestres, suivi les cours de la Faculté de médecine; et, pendant la guerre de 1870, il a servi comme aide-volontaire de lazaret. N'ayant pas son baccalauréat, il a abandonné l'étude de la médecine; il a acquis le diplôme de docteur en philosophie; ensuite il a servi comme assistant au musée minéralogique à K., plus tard à H., et puis il s'est livré à des études spéciales de chimie alimentaire et, il y a cinq ans, il a pris le poste de chef de laboratoire municipal.

S... fait toutes ces dépositions d'une manière sûre et précise. Il ne cherche pas à rappeler ses souvenirs en faisant ses réponses; de sorte qu'on a de plus en plus l'impression d'avoir affaire à un homme qui aime et qui dit la vérité, d'autant plus que, dans les examens des jours suivants, les dépositions furent toujours les mêmes. En ce qui concerne sa _vita sexualis_, S. déclare avec modestie, décence et franchise, que, à partir de l'âge de onze ans, il s'est rendu compte de la différence des sexes, que jusqu'à l'âge de quatorze ans il fut pendant quelque temps adonné à l'onanisme, qu'il a fait son premier coït à l'âge de dix-huit ans, et qu'il l'a pratiqué avec modération les années suivantes. Ses désirs sexuels n'ont jamais été très grands, l'acte sexuel était normal à tous les points de vue jusqu'à ces derniers temps; il avait la puissance nécessaire et une sensation voluptueuse satisfaisante. Depuis son mariage, conclu il y a deux ans, il n'a coïté qu'avec sa femme qu'il a épousée par inclination et qu'il aime encore beaucoup; il faisait l'acte plusieurs fois par semaine.

Mme S..., qui a dû être entendue, confirme pleinement ces dépositions.

À toutes les questions contradictoires au sujet d'un sentiment sexuel pervers pour l'homme, le docteur S. répondit, dans les examens réitérés, par la négative, toujours d'accord avec ses dépositions et sans avoir la moindre hésitation dans ses réponses; même lorsqu'on veut lui tendre un piège en lui représentant que la preuve d'un sentiment sexuel pervers serait fort utile pour le but qu'il veut atteindre avec le nouvel examen médical, il persiste dans ses dépositions antérieures. On fait cette constatation très précieuse que S. ne sait rien des faits établis par la science sur l'amour homosexuel. Ainsi on apprend que ses rêves accompagnés de pollutions, n'ont jamais pour objet des individus du sexe masculin, que les nudités féminines seules l'intéressent, qu'aux bals il aime à danser avec des femmes, etc. On ne peut découvrir chez S. aucune trace de quelque inclination sexuelle pour son propre sexe. En ce qui concerne ses relations avec G., il fait exactement les mêmes déclarations qu'il a faites devant le juge d'instruction. Il ne saurait expliquer son affection pour G. que par le fait qu'il est un homme nerveux, sentimental, d'un coeur facile à toucher, et très sensible aux prévenances aimables. Dans sa maladie, il se sentait isolé et déprimé; sa femme était souvent absente, en visite chez ses parents, et c'est ainsi qu'il est arrivé à conclure une amitié avec G., jeune homme très poli et bon garçon. Maintenant encore, il a un faible pour lui, et se sent dans sa compagnie très rassuré et heureux.

Il eut déjà deux fois auparavant des amitiés de ce genre: quand il était étudiant, pour un confrère du même corps d'étudiants, un docteur A., qu'il a souvent enlacé de ses bras et embrassé; plus tard pour un baron M. Quand il le perdait de vue pendant quelques jours, il était inconsolable jusqu'aux larmes.

Il a la même tendresse et le même attachement pour les bêtes. Ainsi il a eu un chien qui est mort il y a quelque temps, et qu'il a pleuré comme si c'était un membre de sa famille; il embrassait souvent cet animal. (En évoquant ce souvenir, S... a les larmes aux yeux.) Ces dépositions sont confirmées par le frère du docteur, avec cette remarque que, en ce qui concerne l'amitié de son frère avec A. et M., le moindre soupçon d'une tendance sexuelle paraît exclu d'avance. Les interrogatoires les plus prudents et les plus insistants, les procédés les plus insinuants avec le docteur S. ne fournissent pas le moindre point d'appui pour des suppositions de ce genre.

Il prétend n'avoir jamais eu non plus en présence de G., la moindre émotion sexuelle, et encore moins une érection ou un désir sexuel. Quant à son affection pour G..., poussée jusqu'à la jalousie, il l'explique simplement par son tempérament sentimental et par son amitié exaltée. G. lui est encore cher aujourd'hui comme s'il était son fils.

Un fait bien caractéristique, c'est que S. déclare que lorsque G. lui racontait ses bonnes fortunes auprès des femmes, il ne se sentait péniblement touché que parce qu'il craignait que G. courût risque de se rendre malade par ses excès et de ruiner sa santé. Mais il n'a jamais éprouvé un sentiment de froissement personnel. Si aujourd'hui il connaissait pour G. une brave fille, il souhaiterait de bon coeur de les marier, et il aiderait à arranger ce mariage.

S. dit que ce n'est qu'au cours de l'enquête judiciaire qu'il a reconnu avoir agi avec imprudence dans ses rapports sociaux avec G. en donnant lieu aux cancans des gens. Il déclare que ses relations d'amitié étaient publiques, parce qu'elles avaient un caractère tout à fait innocent.

Il est à relever que Mme S. n'a jamais remarqué rien de suspect dans les rapports de son mari avec G., tandis que la femme la plus simple, guidée par son instinct, se serait doutée de quelque chose. Mme S. n'a non plus fait aucune objection à ce que G. fut reçu à la maison.

Elle fait valoir, à ce sujet, que la chambre dans laquelle G. était couché pendant sa maladie, se trouve au premier étage, tandis que l'appartement de la famille est au troisième; que, de plus, S. ne restait jamais seul avec G., pendant que celui-ci était à la maison. Elle déclare être convaincue de l'innocence de son mari, et l'aimer toujours comme auparavant.

Le docteur S. avoue sans réticence avoir autrefois souvent embrassé G. et avoir parlé avec lui de questions sexuelles. G. est très ardent pour les femmes, et, étant donnée cette circonstance, S., l'a souvent, par amitié, exhorté à ne pas se livrer à ces excès, surtout quand G., comme c'était souvent le cas, avait mauvaise mine à la suite de ses débauches sexuelles.

Il est vrai qu'il a dit une fois que G. était un joli garçon; mais cette remarque n'avait qu'un intérêt bien inoffensif.

C'est dans un débordement d'amitié qu'il a embrassé G., alors que celui-ci avait fait preuve d'une attention particulière ou lui avait fait un plaisir. Mais jamais il n'y avait éprouvé aucune sensation sexuelle. Aussi quand il rêvait par-ci par-là de G., c'était d'une façon bien innocente.

L'auteur de ce livre crut d'une grande importance d'étudier aussi le caractère de G. L'occasion s'en est offerte le 12 décembre de l'année courante, et il en a largement profité.

G... est un jeune homme au corps délicat, développé normalement pour son âge; il a vingt ans; il a une apparence névropathique et sensuelle. Les parties génitales sont normales et fortement développées. L'auteur croit devoir passer sur les constatations faites sur l'anus de ce jeune homme, car il ne se croit pas autorisé à émettre un jugement sur le rapport médical. Quand on s'entretient quelque temps avec G..., celui-ci fait l'impression d'un jeune homme inoffensif, bon, dénué d'astuce, léger, mais pas du tout corrompu moralement. Rien dans sa mise, ni dans son attitude n'indique un sentiment sexuel pervers. On ne peut concevoir le moindre soupçon d'avoir affaire à une courtisane du sexe masculin.

G., amené in _medias res_, déclare que S. et lui ont innocemment dit les choses qu'on leur reproche, et c'est là-dessus qu'on a échafaudé tout le procès.

Au début l'amitié et surtout les embrassements de S. lui ont paru étranges. Plus tard il s'est convaincu que c'était de la pure amitié, et il ne s'en est plus étonné.

G. reconnut dans S. comme un ami paternel, et il l'aima parce que ce dernier lui était agréable sans arrière-pensée.

Le mot «joli garçon» a été prononcé un jour que G. avait une amourette et qu'il exprimait ses doutes sur son bonheur à venir. C'est alors que S. l'avait consolé en lui disant: «Vous avez une jolie tournure, vous ne manquerez pas de faire un bon parti.»

Une fois S. s'est plaint à lui que sa femme avait un penchant pour la boisson, et, en lui faisant cette confidence, il avait les larmes aux yeux. Alors G. fut touché du malheur de son ami. C'est à cette occasion que S. l'avait embrassé et l'avait prié de lui conserver son amitié et de venir souvent le voir.

S. n'a jamais spontanément amené la conversation sur les choses sexuelles. Comme G. lui demandait un jour ce que c'était que la pédérastie, dont il prétendait avoir entendu beaucoup parler en Angleterre, S. lui en avait donné l'explication.

G. convient qu'il est homme de prédispositions sensuelles. À l'âge de douze ans, il a été initié à la vie sexuelle en entendant les propos des apprentis. Il ne s'est jamais masturbé; à l'âge de dix-huit ans, il a fait le coït pour la première fois, et depuis il a beaucoup fréquenté le bordel. Il n'a jamais éprouvé une inclination pour son propre sexe, ni aucune sensation sexuelle quand S. l'embrassait. Il a toujours fait le coït d'une façon normale et avec volupté. Ses pollutions dans ses rêves étaient toujours accompagnées d'images lascives concernant des femmes. Il repousse avec indignation l'insinuation qu'il s'est livré à la pédérastie passive, et invoque à ce propos qu'il descend d'une famille saine et honnête.

Avant que le bruit relatif à ces soupçons eût éclaté, il ne se doutait de rien et ne pensait nullement à mal. Il donne sur les anomalies de son anus, les mêmes essais d'explication qu'on trouve dans le dossier du l'affaire. Il nie avoir fait de l'auto-masturbation _in ano_.

Il est bon de remarquer que J. S., en entendant parler du prétendu amour homosexuel de son frère, n'en aurait pas été moins étonné que les autres personnes qui connaissaient celui-ci de plus près. Il est vrai qu'il n'a pu comprendre lui non plus ce qui attachait son frère à G., et que toutes les représentations qu'il lui avait faites sur son attitude étaient restées inutiles.

L'expert s'est donné la peine d'observer sans qu'on s'en aperçût le docteur S. et G. pendant qu'ils soupaient à Gratz, en compagnie du frère de S. et de Mme S. Cette observation n'a pas fourni le moindre indice dans le sens d'une amitié illicite.

L'impression générale que m'a faite le docteur S. fut celle d'un individu nerveux, sanguin, un peu exalté, mais en même temps de bon caractère, franc, et avant tout un homme sentimental.

Le docteur S., est au physique, vigoureux, un peu replet; il a une tête régulière et légèrement brachycéphale. Les parties génitales sont très développées, le pénis est un peu gros, le prépuce un peu hypertrophié.

_Conclusions._--La pédérastie est une forme insolite, perverse, et l'on peut même dire monstrueuse, de la satisfaction sexuelle, qui, dans la vie moderne, n'est malheureusement pas rare, mais toutefois exceptionnelle parmi les populations européennes. Elle suppose une perversion congénitale ou acquise du sens sexuel en même temps qu'une défectuosité du sens moral acquise par des influences héréditaires ou morbides.

La science médico-légale connaît exactement les conditions physiques et psychiques sur la base desquelles se produit cette aberration de la vie sexuelle et, dans un cas concret, surtout lorsqu'il est douteux, il paraît nécessaire d'examiner si ces conditions empiriques et subjectives existent aussi pour la pédérastie.

À ce sujet, il faut bien distinguer entre la pédérastie active et la passive. La pédérastie active se rencontre:

I. Comme phénomène non morbide:

1º Comme moyen de satisfaction sexuelle dans le cas d'une abstinence forcée des jouissances sexuelles normales, quand en même temps l'individu a de grands besoins sexuels;

2º Chez de vieux débauchés qui, rassasiés des jouissances sexuelles normales, et devenus plus ou moins impuissants, et de plus dépravés moralement, ont recours à la pédérastie pour stimuler leur volupté par ce charme d'un nouveau genre, et remonter un peu leur impuissance psychique et somatique tombée très bas;

3º Traditionnel chez certains peuples à un niveau très bas de civilisation et dont ni la moralité ni les moeurs ne sont développées.

II. Comme phénomène morbide:

1º Sur la base d'une inversion sexuelle congénitale avec horreur des rapports sexuels avec la femme, inversion qui va jusqu'à l'impuissance à accomplir l'acte normal. Ainsi que l'a déjà remarqué Casper, la pédérastie est très rare dans ce cas. L'uraniste se satisfait avec l'homme par la masturbation passive ou mutuelle ou par des actes similaires du coït (par exemple _coitus inter femora_) et n'arrive qu'exceptionnellement à la pédérastie, par rut sexuel ou par complaisance, quand le sens moral est chez lui très diminué;

2º Sur la base de l'inversion morbide acquise:

_a._ À la suite de l'onanisme pratiqué pendant des années et ayant rendu l'individu impuissant en présence de la femme, et quand en même temps un vif désir sexuel continue à subsister;

_b._ À la suite d'une grave maladie psychique (imbécillité sénile, ramollissement du cerveau chez les aliénés, etc.); dans ce cas, ainsi que l'a démontré l'expérience, l'inversion sexuelle peut se produire facilement.

La pédérastie passive se rencontre:

I. Comme phénomène non morbide:

1º Chez des individus de la lie du peuple, qui ont eu le malheur d'être séduits dès l'enfance par des roués et dont la douleur et le dégoût ont été vaincus par l'argent; il faut encore que ces individus, moralement dégradés, soient tombés assez bas, quand ils arrivent à l'âge adulte, pour se plaire dans ce rôle d'hétaïres masculins;

2º Dans des circonstances analogues à celle du paragraphe I, pour récompenser un consentement à la pédérastie active.

II. Comme phénomène morbide:

1º Chez des individus atteints d'inversion sexuelle, comme compensation de services d'amour rendus et en surmontant la douleur et le dégoût;

2º Chez des uranistes qui se sentent femmes, en face de l'homme; les mobiles sont la volupté et leur penchant. Chez ces hommes-femmes il y a _horror feminæ_ et incapacité absolue pour les rapports sexuels avec la femme. Le caractère et les inclinations sont féminins.

Telles sont les observations recueillies par la science médico-légale et la psychiatrie. La science médicale exige la preuve qu'un homme appartient à une des catégories susénumérées, pour qu'elle puisse croire que cet individu est pédéraste.

C'est en vain qu'on chercherait, dans les antécédents et dans l'extérieur du docteur S., des symptômes permettant de le classer dans une des catégories de la pédérastie active établies par la science. Ce n'est ni un individu astreint à l'abstinence sexuelle, ni un individu devenu impuissant en face des femmes par suite de débauches, ni un homosexuel, ni un individu devenu par suite d'une masturbation continuelle indifférent pour la femme et poussé vers l'homme, ni un individu devenu, par suite d'une grave maladie mentale, sexuellement pervers.

Il n'a pas même les caractères généraux de la pédérastie: imbécillité morale ou dépravation d'un côté, et trop grands besoins sexuels de l'autre.

Il est aussi impossible de classer son complice G., dans une des catégories de la pédérastie passive; car il n'a ni les attributs d'une hétaïre masculine, ni les stigmates cliniques de l'homme-femme. Il est tout le contraire de cela.

Pour rendre plausible du point de vue médico-légal une liaison pédéraste entre ces deux hommes, il faudrait alors que le docteur S., présentât les antécédents et les symptômes du pédéraste actif mentionnés (I al. 2) et G., ceux du pédéraste passif cités (II al. 1 ou 2).

La supposition sur laquelle se fonde le verdict est, au point de vue de la psychologie légale, insoutenable.

On pourrait, pour la même raison, prendre tout homme pour un pédéraste. Reste encore à examiner si, au point de vue psychologique, les explications fournies par S., et G., sur leur amitié au moins étrange, tiennent debout.