Étude Médico-Légale: Psychopathia Sexualis avec recherches spéciales sur l'inversion sexuelle

Part 58

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Seulement, quand on évoque les souvenirs de son amour pour Fr. et de sa jalousie, elle est émue et excessivement agitée. Fr. «lui a manqué de fidélité, elle l'a tuée parce qu'elle l'avait aimée». Tous les experts dépeignent le développement intellectuel de l'accusée comme étant au niveau de celui d'une fille de treize à quatorze ans. Elle comprend que des enfants n'auraient pu naître de son union avec Fr., mais elle ne veut pas convenir que son «mariage» aurait été une chose insensée. Elle repousse la supposition d'avoir eu avec Fr. des rapports sexuels (peut-être masturbation). Sur ce point, de même que sur sa _vita sexualis peracta_, on n'apprend absolument rien; on n'a pas procédé non plus à un examen gynécologique.

Le procès se termine par un verdict constatant l'aliénation mentale de l'accusée. (_The Memphis Medical Monthly_, 1892.)

LA PÉDÉRASTIE ACQUISE ET NON MORBIDE[122].

[Note 122: Pour notes historiques intéressantes, consulter Krauss, _Psychologie des Verbrechens_, p. 114; Tardieu, _Attentats_; Maschka, _Hdb._ III, p. 174. Ce vice paraît avoir pris son origine en Asie et s'être propagé de là à travers la Crète en Grèce et y avoir été très répandu à l'époque de l'antique Hellas. De là il parvint à Rome, où il s'est développé. En Perse, en Chine (où il est même toléré), il est très répandu, mais aussi en Europe. (Comparez Tardieu, Tarnowsky et autres).]

La pédérastie représente une des pages les plus épouvantables de l'histoire des débauches humaines.

Les motifs qui amènent à la pédérastie un homme qui primitivement a des sentiments sexuels normaux et qui est sain d'esprit, peuvent être très divers. Elle peut temporairement servir de moyen de satisfaction sexuelle, à défaut du moyen normal, de même que, dans des cas rares, il y a bestialité à la suite d'une abstinence forcée des jouissances sexuelles normales[123].

[Note 123: Il ressort des faits recueillis par Lombroso que des rapports sexuels entre des individus du même sexe, ont lieu aussi chez les animaux forcés à l'abstinence. (_Le Criminel_, p. 20, etc.)]

Ce fait se produit à bord des navires à longue course, dans les prisons, les bagnes, etc. Il est fort probable que, dans ces réunions d'individus, il y en a qui sont d'une moralité très basse et d'une sensualité très puissante, ou bien qu'il y a de véritables uranistes qui deviennent les séducteurs des autres. La volupté, l'instinct d'imitation, la rapacité font le reste.

Toutefois, preuve bien caractéristique de la puissance de l'instinct génital, ces mobiles suffisent pour vaincre l'horreur de l'acte contre nature.

Une autre catégorie de pédérastes est représentée par ces vieux roués qui sont saturés des jouissances sexuelles normales et qui trouvent dans la pédérastie un moyen de ranimer leur volupté, l'acte ayant pour eux le charme de la nouveauté. Ils stimulent temporairement par ce moyen leur puissance psychique et somatique abaissée. Cette nouvelle situation sexuelle les rend, pour ainsi dire, relativement puissants, et leur donne des jouissances que les rapports sexuels avec la femme ne peuvent plus leur offrir. Avec le temps la puissance pour l'acte pédéraste disparaît aussi. Alors ces individus peuvent en venir à la pédérastie passive comme à un stimulant passager qui les met dans la possibilité d'accomplir la pédérastie active, de même qu'ils ont occasionnellement recours à la flagellation, à la contemplation de scènes lascives. (Cas de bestialité cité par Maschka.)

La fin de l'activité sexuelle chez les individus atteints d'une telle dégradation morale, consiste en faits d'impudicité de toutes sortes avec des enfants, _cunnilingus_, _fellare_ et autres horreurs.

Cette sorte de pédérastie est la plus dangereuse, car les individus de ce genre poursuivent avant tout et dans la plupart des cas les jeunes garçons, et leur corrompent l'âme et le corps.

Les observations que Tarnowsky (_op. cit._, p. 53, etc.) a recueillies à ce sujet dans la Société de Saint-Pétersbourg sont horribles. Ce sont les pensionnats qui sont le théâtre et les foyers de la pédérastie. De vieux roués et des uranistes jouent le rôle de séducteurs. Au commencement il en coûte à celui qu'on séduit d'accomplir cet acte dégoûtant. Il a d'abord recours à son imagination et évoque l'image d'une femme. Peu à peu il s'habitue à cette abomination. Finalement, semblable à l'homme détraqué sexuellement par la masturbation, il devient relativement impuissant en présence de la femme et en même temps assez libidineux pour se plaire à l'acte pervers. Suivant les circonstances, cet individu devient un cynède vénal.

Ces faits ne sont pas rares dans les grandes villes ainsi que nous l'apprennent les observations recueillies par Tardieu, Hoffmann, Liman et Taylor. Il ressort de nombreuses communications que j'ai reçues de la part d'uranistes, qu'il existe une prostitution professionnelle, de véritables maisons de prostitution pour l'amour entre individus masculins.

Ce qui est encore digne d'être remarqué, ce sont les artifices de la coquetterie que ces mérétrices mâles déploient sous forme de toilettes de luxe, de parfums et de vêtements de coupe féminine, pour attirer les pédérastes et les uranistes. Cette imitation intentionnelle des particularités de la femme se retrouve d'ailleurs spontanément et inconsciemment chez les invertis congénitaux et parfois dans les cas d'inversion sexuelle (morbide) acquise.

Les lignes suivantes fournissent des renseignements intéressants et précieux pour le psychologue et surtout pour les fonctionnaires de la police, sur la vie sociale et les menées des pédérastes.

Coffignon, _La Corruption à Paris_, p. 327, divise les pédérastes actifs en amateurs, entreteneurs et souteneurs.

Les amateurs (rivettes) sont des gens débauchés, mais souvent des invertis congénitaux, appartenant au monde, ayant de la fortune et qui ont des raisons de bien se garder que la satisfaction de leurs désirs homosexuels soit connue. À cet effet, il vont dans les lupanars, les maisons de passe ou dans les appartements particuliers des prostituées féminines qui ont l'habitude d'être en bons termes avec les prostitués masculins. C'est ainsi qu'ils se mettent à l'abri du chantage.

D'aucuns de ces amateurs ont assez d'audace pour se livrer dans des lieux publics à leurs désirs abominables. Ils risquent d'être arrêtés, mais moins facilement (dans les grandes villes) le chantage. On dit que le danger augmente leur jouissance secrète.

Les entreteneurs sont de vieux pécheurs qui ne peuvent s'empêcher, même au risque de tomber entre les mains des maîtres-chanteurs, d'entretenir une maîtresse masculine.

Les souteneurs sont des pédérastes qui ont subi des condamnations, qui soutiennent un petit «jésus», qui l'envoient en expédition pour attirer des clients (faire chanter les rivettes), et qui, autant que possible, surviennent au moment psychologique pour plumer la victime.

Souvent ils vivent ensemble par bandes; chacun remplit selon ses goûts actifs ou passifs le rôle d'homme ou de femme. Dans ces bandes, il y a de véritables noces, des mariages, des bénédictions nuptiales, avec banquets et accompagnement des nouveaux mariés dans leurs chambres.

Ces souteneurs élèvent leurs petits jésus. Les pédérastes passifs sont des «petits jésus», des «jésus», ou des «tantes».

Les petits «jésus» sont des enfants abandonnés et dévoyés que le hasard amène dans les mains d'un pédéraste actif qui les séduit et leur ouvre alors une carrière horrible pour gagner leur vie, soit comme entretenus, soit comme les hétaïres masculines des rues avec ou sans souteneur.

Les petits jésus les plus rusés et les plus recherchés sont élevés et dressés par ceux qui enseignent à ces enfants l'art d'une mise et d'un maintien féminins.

Peu à peu ils cherchent à se débarrasser de leurs professeurs et exploiteurs pour devenir «femmes entretenues»; souvent ils arrivent à cette émancipation par une dénonciation anonyme du souteneur à la police.

La préoccupation du souteneur et du petit jésus est que ce dernier garde, par toutes sortes d'artifices de toilette, son air juvénile aussi longtemps que possible.

L'extrême limite d'âge est probablement la 25e année. Alors il devient «jésus» et «femme entretenue»; dans ce cas, il est souvent entretenu par plusieurs individus à la fois. Les «jésus» se divisent en «filles galantes», c'est-à-dire ceux qui sont de nouveau tombés en la possession d'un souteneur, et en «pierreuses» (coureurs ordinaires des rues comme leurs collègues féminines), et enfin en «domestiques».

Ces derniers prennent une place de domestique chez des pédérastes actifs pour servir à leurs désirs ou parfois aussi pour leur amener des «petits jésus».

Une subdivision de cette catégorie de domestiques est composée par ceux qui se placent comme femme de chambre petit jésus. Le but principal de ces domestiques est de se procurer, étant en place, des documents compromettants à l'aide desquels ils pourront faire plus tard du chantage et se procurer, par cette extorsion, une existence assurée pour leurs vieux jours.

La catégorie la plus détestable des pédérastes passifs est bien cette des «tantes», c'est-à-dire des souteneurs de prostituées féminines, qui ont une vie sexuelle normale, mais qui, monstres au moral, pratiquent la pédérastie passive par âpreté au gain ou dans le but de faire du chantage.

Les amateurs riches ont leurs réunions, leurs locaux où les passifs apparaissent vêtus en femmes et où l'on fait les orgies les plus horribles. Les garçons de service, les musiciens de ces soirées sont tous pédérastes. Les filles galantes n'osent pas, sauf en temps de carnaval, se montrer vêtus en femmes dans les rues, mais ils savent afficher leur métier honteux par certaines marques dans leur extérieur, dans la coupe féminine de leur mise, etc.

Ils attirent par gestes, par attouchements, etc.; ils mènent leurs conquêtes dans les hôtels, les bains ou les bordels.

Ce que l'auteur dit du chantage est généralement connu. Il y a des cas où des pédérastes se laissent extorquer toute leur fortune.

La note suivante coupée dans une feuille berlinoise (_National-Zeitung_) du mois de février 1881, qui m'est tombée par hasard entre les mains, paraît de nature à bien caractériser la vie et les menées des uranistes.

_Le bal des mysogines._ Presque tous les éléments de la société de Berlin ont leurs réunions: les gros, les chauves, les célibataires, les veufs. Pourquoi les ennemis du sexe féminin n'auraient-ils pas la leur? Cette espèce d'hommes, très curieuse au point de vue psychologique, mais peu édifiante au point de vue social, donnait ces jours derniers un bal. L'affiche annonça: «Grand bal masqué viennois.» On procédait avec une sévérité extrême à la vente et à la distribution des billets: ces messieurs veulent être entre eux. Leur rendez-vous est un grand local de danse bien connu. Nous entrons dans la salle vers minuit. On danse ferme aux sons d'un orchestre très bien tenu. L'épaisse fumée qui voile les becs de gaz ne permet pas de voir ressortir assez nettement les détails des mouvements du public. Ce n'est que pendant l'entr'acte que nous pouvons passer une revue plus minutieuse. Les masques sont en immense majorité; on ne voit qu'isolément l'habit noir et la robe de soirée.

Mais qu'est-ce que c'est que cela? Une dame en tarlatan rose qui passe près de nous avec un grand bruit de froufrou, tient dans le coin de sa bouche un cigare allumé et lance des bouffées de fumée comme un cuirassier. Elle porte une petite barbe blonde à peine dissimulée par le maquillage. Maintenant elle cause avec un «ange» fortement décolleté qui est planté là, les bras nus derrière le dos et qui fume aussi. Ce sont deux voix d'hommes et le sujet d'entretien est aussi très masculin; il s'agit de ce «fichu tabac qui ne tire pas». Voilà donc deux hommes en toilettes de femmes.

Un clown, comme on en voit tant, est là-bas près d'une colonne en conversation très affectueuse avec une ballerine et enlace d'un bras la taille irréprochable de cette dernière. Elle a une coiffure à la Titus blonde, un profil très accentué et à ce qu'il paraît des formes plantureuses. Les boucles d'oreilles étincelantes, le collier avec le médaillon autour du cou, les épaules et les bras pleins et arrondis ne laissent aucun doute sur son authenticité jusqu'à ce que, avec un mouvement brusque, elle se détache du bras qui la tient et en bâillant dise d'une voix du plus bas creux: «Émile tu es aujourd'hui trop ennuyeux.» Le professeur en croit à peine ses yeux: la ballerine aussi est du sexe masculin!

Plein de méfiance nous continuons notre examen. Nous sommes près de supposer qu'ici on joue «au monde renversé», car voilà que nous voyons marcher ou plutôt trottiner un homme,--non décidément cela n'en est pas un, bien qu'il porte une petite moustache bien soignée. Ces cheveux bouclés et bien soignés, cette figure maquillée et poudrée, avec des sourcils fortement dessinés à l'encre de Chine, ces boucles d'oreilles d'or, ce bouquet de fleurs qui couvre la partie comprise entre l'épaule gauche et la poitrine et qui orne l'élégant _smocking_ noir, ces bracelets d'or aux poignets et cet éventail élégant à la main gantée de blanc: ce ne sont point les attributs d'un homme. Et avec quelle coquetterie il manie son éventail, comme il se dandine et se tourne, comme il trottine et chuchotte! Et pourtant! Et pourtant la nature si bonne a créé homme cette poupée! Il est vendeur dans une maison de confection de notre capitale, et la ballerine que nous venions de voir à l'instant est son «collègue».

Là bas, à une table de coin, on semble tenir grand cercle. Plusieurs messieurs d'un âge mûr se pressent autour d'un groupe de dames fort décolletées qui sont assises devant des bouteilles de vin et qui, à en juger par leur hilarité bruyante, ne lancent pas des plaisanteries très discrètes. Qui sont ces trois dames? «Dames», dit en souriant mon guide expérimenté; celle à droite, aux cheveux bruns et en costume de fantaisie à demi-long, c'est la «marchande de beurre», de son métier garçon coiffeur; la seconde, la blonde, en costume de chanteuse de café-concert, avec un collier de perles, est ici connue sous le nom de «Miss Ella sur la Corde», de son métier un ouvrier tailleur pour dames; la troisième c'est la fameuse «Lotte», si connue et si célèbre.

Mais il est impossible que cela soit un homme! Voyez cette taille, ce buste, ces bras classiques, tout cet air et ces manières ont un caractère décidément féminin!

On m'apprend que «Lotte» était autrefois comptable. Aujourd'hui elle ou plutôt il est exclusivement «Lotte» et il trouve son plaisir à tenir les hommes aussi longtemps que possible en erreur sur son sexe. Lotte est en train de chanter un couplet qui n'est pas tout à fait conforme à l'étiquette d'une Cour impériale; elle fait entendre, grâce à un entraînement et à un exercice de longues années, une voix d'alto que bien des cantatrices pourraient lui envier. «Lotte» a aussi très souvent «travaillé» dans la spécialité d'«actrice comique». Aujourd'hui l'ancien comptable s'est tellement absorbé dans son rôle de dame que, même quand il sort dans la rue, il paraît toujours en toilette de femme, et les gens chez lesquels il est logé, racontent qu'il se sert même d'une robe de nuit de dame joliment brodée.

En examinant de plus près les assistants, j'ai découvert, à ma grande surprise, plusieurs personnes de ma connaissance: mon cordonnier que j'aurais pris pour tout autre chose plutôt que pour un ennemi du beau sexe; il est aujourd'hui déguisé en «Trouvère» avec épée et chapeau à plumes et sa «Léonore» en costume de fiancée me donne habituellement au bureau de tabac les «Havanne» et les «Upmann». Je reconnais bien distinctement la «Léonore» qui pendant l'entr'acte s'est dégantée: voilà bien ses grandes mains couvertes d'engelures. Tiens! voilà aussi mon fournisseur de cravates! Il court dans un costume bien risqué; il est en «Bacchus» et le céladon d'une dame attifée d'une manière déplaisante, dame qui, à d'autres heures, sert comme garçon de brasserie. Les «vraies» dames qu'on rencontre ne sauraient faire le sujet d'une description destinée à la publicité. Dans tous les cas celles-ci n'ont de rapports qu'entre elles et évitent tout rapprochement avec les hommes mysogines, pendant que ceux-ci restent et s'amusent entre eux, et ne prennent aucun souci du sexe féminin.

Ces faits méritent l'attention pleine et entière des autorités policières qui devraient être à même d'avoir légalement le même pouvoir d'agir contre la prostitution masculine, que contre la prostitution féminine.

Dans tous les cas, la prostitution masculine est de beaucoup plus dangereuse pour la société que la prostitution féminine: c'est la plus grande des hontes dans l'histoire de l'humanité.

Je sais par les renseignements d'un fonctionnaire supérieur de la police de Berlin que celle-ci connaît jusque dans ses moindres détails le demi-monde masculin de la capitale allemande et qu'elle fait tout son possible pour combattre le chantage chez les pédérastes, car souvent les maîtres-chanteurs ne craignent pas de commettre même un assassinat.

Les faits que nous venons de citer justifient notre désir de voir le législateur de l'avenir renoncer, du moins pour des raisons d'utilité, aux poursuites judiciaires contre la pédérastie.

Il est à remarquer à ce sujet que le Code français laisse la pédérastie impunie tant qu'elle ne constitue pas en même temps un outrage public à la pudeur. Peut-être pour des raisons politiques et sociales le nouveau Code italien aussi passe sous silence le délit d'impudicité contre nature, de même que la législation hollandaise, et autant que je sache les législations belge et espagnole.

Nous laissons de côté la question de savoir dans quelle mesure les pédérastes d'élevage peuvent être considérés encore comme normaux au physique et au moral. Il est probable que la plupart d'entre eux souffrent de névroses génitales. Dans tous les cas, on trouve des transitions qui se confondent presque avec l'inversion sexuelle acquise. On ne peut pas, en général, mettre en doute la responsabilité de ces individus qui sont encore bien au-dessous de la prostituée.

En ce qui concerne la forme de la satisfaction sexuelle, on peut, en somme, caractériser les diverses catégories des hommes aimant l'homme par ce trait que l'uraniste congénital ne devient qu'exceptionnellement pédéraste, et qu'il y est amené éventuellement après avoir essayé et épuisé tous les autres actes d'impudicité possibles entre des individus de sexe masculin.

La pédérastie passive est idéalement et pratiquement la forme qui correspond à l'acte sexuel. L'uraniste accomplit la pédérastie active par complaisance. L'important est son inversion congénitale et inaltérable. Il n'en est pas de même avec le pédéraste qui l'est devenu par éducation. Il s'est comporté sexuellement d'une façon normale ou du moins il a senti ainsi; et épisodiquement, à ses heures de liberté, il a encore des rapports avec l'autre sexe.

Sa perversité sexuelle n'est ni primitive ni inaltérable. Il commence par la pédérastie et finit éventuellement par d'autres pratiques sexuelles qui sont encore possibles malgré la faiblesse du centre d'érection ou du centre d'éjaculation. Son désir sexuel, quand il est à l'apogée de la puissance, n'est pas pour la pédérastie passive, mais pour l'active. Toutefois il consent, par complaisance ou par rapacité d'hétaïre masculin, à se prêter à la pédérastie passive; parfois c'est aussi un moyen de stimuler sa puissance en voie d'extinction afin de pouvoir de temps en temps encore accomplir la pédérastie active.

Une chose bien dégoûtante que nous devrions mentionner encore c'est la _pædicatio mulierum_[124] et même _uxorum_, selon les circonstances.

[Note 124: Comparez Tardieu, _Attentats_, p. 198; Martineau, _Deutsche med. Zeitg._, 1882, p. 9; Virchow, _Jahrbuch_, 1881, p. 553; Coutagne, _Lyon médical_, nº 35, 36.]

Des débauchés accomplissent ces actes d'un goût particulier sur des filles vénales ou même sur leurs épouses. Tardieu cite des exemples d'hommes qui, en dehors du coït régulier avec leurs épouses, faisaient de temps en temps la pédication. Parfois la crainte de provoquer une nouvelle grossesse peut pousser l'homme à cet acte et décider la femme à le tolérer.

OBSERVATION 198 (_Pédérastie imputée mais non prouvée. Renseignements puisés dans le dossier_).--Le 30 mai 1888 le docteur chimiste S... a été dénoncé par une lettre anonyme adressée à son beau-père comme entretenant des rapports immoraux avec le fils du boucher G..., jeune homme âgé de dix-neuf ans. On remit au docteur S... la lettre. Indigné du contenu de cette missive, il alla trouver son supérieur hiérarchique qui lui promit de procéder discrètement dans cette affaire, de s'informer auprès de la police des propos qui couraient dans le public et de ce qu'on en disait en général.

Le 31 mai au matin, la police arrêta le jeune G..., qui était atteint de blennorrhagie avec orchite et qui était couché dans l'appartement du docteur S. où on le soignait. Le docteur S. fit auprès du procureur des démarches pour obtenir la mise en liberté de G.; il offrit même un cautionnement, ce qui fut refusé. Dans sa requête adressée au tribunal, le docteur S. prétend qu'il y a trois ans il fit dans la rue la connaissance du jeune G., que depuis il l'avait perdu de vue, et qu'il ne l'aurait retrouvé qu'à l'automne de 1887 dans le magasin de son père. Depuis novembre 1887, c'est G. qui était chargé de fournir la viande nécessaire pour la cuisine du docteur; il venait le soir pour prendre la commande et le matin pour livrer la marchandise. C'est ainsi que le docteur S. fit une connaissance plus étroite de G., et peu à peu il eut des sentiments amicaux pour ce jeune homme. Le docteur S. tomba malade et resta la plupart du temps au lit jusqu'au 15 mai 1888; G. eut tant d'attentions pour lui que S. ainsi que sa femme le prirent en affection à cause de son attitude gaie, innocente et toute filiale. Le docteur S. lui montrait sa collection d'antiquités, et tous deux passaient souvent ensemble des soirées pendant lesquelles Mme S. leur tenait compagnie. S. prétend encore avoir fait avec G. des essais de fabrication de saucisses et de gelées, etc. Vers la fin du mois de février, G. fut atteint de blennorrhagie. Comme le docteur S. l'estimait comme un ami, qu'il aimait beaucoup à soigner les malades et qu'il avait étudié la médecine pendant plusieurs semestres, il s'occupa de G. et lui donna des médicaments, etc. Comme G. était encore malade au mois de mai et que, pour bien des raisons, il aurait été désirable qu'il quittât la maison paternelle, M. et Mme S. le prirent chez eux pour le soigner.

S. repousse avec indignation toutes les suspicions auxquelles ces faits ont donné lieu; il invoque son passé honorable, sa bonne éducation, la circonstance qu'à cette époque G. était atteint d'une maladie dégoûtante et contagieuse et que lui-même S. souffre d'une maladie douloureuse (calculs néphrétiques avec coliques temporaires).

En face de cette version bien inoffensive du docteur S., il faut cependant tenir compte des faits suivants qui ont été établis par l'enquête judiciaire et sur lesquels s'est appuyée la sentence du tribunal de première instance.