Étude Médico-Légale: Psychopathia Sexualis avec recherches spéciales sur l'inversion sexuelle
Part 55
K..., sur les antécédents duquel on n'a aucun renseignement, fut gravement malade pendant toute la première année de sa vie; il était alors maigre comme un squelette. Dans la deuxième année de sa vie, il se remit peu à peu, sauf qu'il se plaignait souvent de maux de tête et d'yeux, de vertiges; il aurait été bien portant jusqu'à l'âge de onze ans, alors il eut une «maladie grave» avec délire. Parfois, les maux de tête le prenaient subitement, de telle sorte qu'il interrompait brusquement ses jeux, et qu'il n'y pouvait retourner qu'après un certain laps de temps. Quand on l'interrogeait dans ces moments, il ne répondait qu'à voix basse et lente: «Oh, ma tête! ma tête!»
C'était un enfant indocile, peu obéissant et réfractaire à toute éducation. Il montrait des changements brusques dans son état d'esprit, ses désirs et ses idées. À l'âge de trois ans, on le surprit un jour, au moment où il torturait, à coups de couteau un petit poulet. Il raconte des fables avec l'air d'une véracité parfaite. À l'école il dérange les autres, fait des grimaces, murmure sans cesse, est récalcitrant et manque de respect au maître. Il considère toute correction comme une injustice. Mis à l'école de correction, il se tient à l'écart des autres élèves, s'occupe de lui-même, est méfiant, détesté par ses camarades, n'a pas d'amis. Ses facultés intellectuelles sont bonnes; on convient qu'il a une intelligence claire, de la perspicacité et une bonne mémoire. Au point de vue éthique, cependant, il se montre très défectueux. Il ne manifeste pas la moindre douleur, ni le moindre repentir de ses actes; il n'a aucune conscience de la responsabilité. Pour sa mère seule, il a quelque chose comme une velléité de tendresse. Il n'attache aucune importance particulière à ses crimes. Il pèse froidement ses chances et se dit qu'on ne pourra pas le condamner à mort puisqu'il n'a que quatorze ans; il sait que jusqu'ici ce n'est pas l'usage de pendre des garçons de quatorze ans, et, ajoute-t-il, ce n'est pas avec lui qu'on commencera à rompre avec la tradition. Quant au mobile de ses actes on ne peut obtenir aucune explication de K... Une fois, il prétend qu'à la suite de la lecture de récits sur les tortures que les prisonniers des Peaux-Rouges avaient à subir, il s'enquit de ces cruautés et fut poussé à les imiter. Il avait même, pour cette raison, voulu un jour s'enfuir et aller chez les Indiens de l'Amérique. Quand il se désignait une victime il avait toujours l'imagination remplie de scènes et d'actes de cruauté.
Le matin de ces jours-là, il s'était toujours réveillé avec du vertige et la tête lourde, et cela durait toute la journée.
Comme anomalies physiques, il n'y a que le volume considérable du pénis et des testicules. Le _mons Veneris_ montre un système pileux complet; toutes les parties génitales ont les proportions et le développement de celles d'un homme adulte. On ne peut trouver des symptômes indiquant l'existence de l'épilepsie. (Dr Mac-Donald, _Clark University Mass._)
OBSERVATION 187 (_Assassinat par sadisme_).--Homme marié, âgé de trente ans à l'époque de son dernier crime, c'est-à-dire au moment de la découverte. Il avait attiré une fille dans un clocher de l'église dont il était sacristain et l'y avait tuée. Devant les preuves et les indices, il avoua avoir commis encore un autre assassinat, analogue à celui-ci.
Les deux cadavres avaient de nombreuses blessures sur les parties molles de la tête, blessures causées par un instrument contondant, des enfoncements des os du crâne, des effusions de sang sous la dure-mère et dans le cerveau. Les deux cadavres n'avaient pas de blessures sur les autres parties du corps; les parties génitales particulièrement étaient intactes.
Sur le linge du criminel, qui a été arrêté bientôt après le crime, on a trouvé des taches de sperme. On décrit L... comme ayant un extérieur sympathique; il est brun, imberbe. On n'a aucun renseignement sur ses conditions héréditaires, ni sur ses antécédents, ni sur sa _vita sexualis ante acta_, etc.
Il donne comme mobile: «volupté de la forme la plus cruelle et la plus abominable.» (Dr Mac-Donald, _Clark University Mass._)
4. MASOCHISME ET SERVITUDE SEXUELLE.
Le masochisme[114] aussi, peut, dans certaines circonstances, avoir une portée médico-légale, car le droit criminel moderne ne reconnaît plus le principe du _volenti non fit injuria_ et le Code pénal autrichien, actuellement en vigueur, dit expressément dans son article 4: «Des délits sont commis aussi sur des personnes qui demandent elles-mêmes à être endommagées par l'acte du délit.»
[Note 114: Ainsi que le fait remarquer Herbst (_Handb. des oesterr. Strafrechts_, Vienne 1878, p. 72), il y a pourtant des délits qui n'existent qu'à défaut du consentement de l'endommagé et qui, par conséquent, n'existent pas dans le cas où la personne qui paraît comme la partie lésée a consenti à l'acte, par exemple, à un vol, au viol.
Herbst range aussi dans la catégorie de ces actes la restriction de la liberté personnelle.
Dans ces derniers temps il s'est produit un changement important dans la façon d'envisager ce point. Le Code pénal allemand considère pour le cas d'homicide le consentement de la victime comme un fait si important qu'il inflige à la suite de cette circonstance une peine beaucoup plus atténuée (art. 216). De même le projet du Code pénal autrichien (§ 222). On a songé à ce propos aux doubles suicides des couples amoureux. Pour les coups et les blessures, ainsi que pour les séquestrations, le consentement de la personne lésée devra trouver chez le magistrat des égards analogues. Pour juger de la vraisemblance d'un pareil consentement qu'on pourrait invoquer, la connaissance du masochisme est en tout cas d'une certaine importance.]
Au point de vue psychologique et médico-légal les faits de servitude sexuelle offrent un intérêt beaucoup plus grand. Quand la sexualité est trop puissante, éventuellement captivée par un charme fétichiste et que la force morale de résistance est minime, une femme rancunière ou rapace, au pouvoir de laquelle l'homme est tombé par passion amoureuse, peut pousser son amant aux crimes les plus graves. Le cas suivant en est un exemple digne d'être retenu.
OBSERVATION 188 (_Assassinat de sa propre famille par servitude sexuelle_).--N..., fabricant de savons à Catane, âgé de trente-quatre ans, autrefois de bonne réputation, a, dans la nuit du 21 décembre 1886, tué à coups de poignard sa femme, qui dormait à côté de lui, et étranglé ses deux filles, dont l'aînée avait sept ans et la cadette six semaines. N... nia d'abord, et essaya de détourner les soupçons sur un autre; ensuite il fit des aveux complets et pria les magistrats de le faire exécuter.
N..., issu d'une famille tout à fait saine, autrefois bien portant, négociant respecté et très capable, vivant en bon ménage, se trouvait, depuis des années, sous l'influence fascinatrice d'une maîtresse qui savait l'attirer à elle, et qui le dominait entièrement.
Il a pu tenir secrets ces rapports et devant le monde et devant sa femme.
En provoquant sa jalousie et en lui déclarant qu'il ne pourrait conserver la possession de ses faveurs qu'en l'épousant, ce monstre de femme a su pousser son amant, faible de caractère et fou d'amour, à assassiner son épouse et ses enfants. Après l'acte, N... força son petit neveu à le ligotter comme si lui-même avait été victime des assassins, et il imposa le silence au petit garçon en le menaçant de le tuer. Quand les gens arrivèrent, il joua le rôle d'un père de famille malheureux et victime d'un guet-apens.
Après ses aveux, il manifesta un profond repentir. Pendant les deux années de l'instruction judiciaire et à l'audience publique, N... ne présenta jamais de symptômes de troubles mentaux.
Il ne pouvait s'expliquer que par une sorte de fascination sa passion folle pour la catin en question. Il n'a jamais eu à se plaindre de sa femme. On ne trouva aucune trace d'un instinct génital anormalement fort, ni d'une tendance perverse chez ce criminel passionnel et exceptionnel. Son repentir et sa mortification prouvaient qu'il n'était pas non plus défectueux moralement. Preuve de facultés mentales intactes. Exclusion de toute impulsion irrésistible. (Mandalari, _Il Morgagni_, 1890, février.)
Il va de soi que la responsabilité, dans ce cas horrible et dans beaucoup d'autres analogues, ne peut pas être contestée. Dans l'ordre actuel des choses, l'analyse plus subtile des motifs d'un acte est hors de la portée des profanes et les juristes se tiennent systématiquement à l'écart de toute psychologie en raison d'un formalisme logique. Il n'y a pas lieu de supposer que la servitude sexuelle soit appréciée par des magistrats et des jurés, d'autant moins que dans ce cas le mobile de l'acte criminel n'est pas de nature morbide et que l'intensité d'un mobile en elle-même ne saurait être prise en considération.
Toutefois on devrait, dans de pareils cas, examiner et peser s'il y a encore sensibilité aux contre-motifs moraux ou si cet élément a été éliminé, ce qui indiquerait un déséquilibrement de l'état psychique.
Sans doute, dans ces cas, il s'est produit une sorte de faiblesse morale acquise qui influe sur la responsabilité. Dans les délits d'instigation, la servitude sexuelle devrait toujours être comptée comme une raison pour l'admission des circonstances atténuantes.
5. COUPS ET BLESSURES, VOL À MAIN ARMÉE, VOL PAR FÉTICHISME.
Autriche, § 190; Allemagne, § 219 (vol à main armée); Autriche, § 171 et 460; Allemagne, § 212 (vol).
Il ressort du chapitre de pathologie générale qui est consacré au fétichisme, que le fétichisme pathologique peut devenir quelquefois la cause de délits. Jusqu'ici on connaît, comme délits de ce genre: le fait de couper les nattes de cheveux (observations 78, 79, 80); le vol à main armée ou le simple vol de linges de femmes, mouchoirs, tabliers (observations 82, 83, 85, 86), souliers de femmes (observations 67, 87, 88), étoffes de soie (observation 93). Il n'y a pas à douter que les auteurs de ces actes soient psychiquement tarés. Mais pour pouvoir admettre le manque de libre arbitre et, par conséquent, l'irresponsabilité, il est absolument nécessaire de fournir la preuve qu'il y a une contrainte irrésistible soit dans le sens d'un acte impulsif, soit par une débilité d'esprit qui a mis l'individu dans l'impossibilité de dompter son penchant pervers et criminel.
Toutefois, ces délits, ainsi que la forme singulière de leur exécution qui diffère sensiblement d'un vulgaire vol ou vol à main armée, exigent une enquête médico-légale. D'autre part, ils n'ont pas toujours pour cause originaire des circonstances psycho-pathologiques, ainsi que nous le montrent les cas très rares où le coupeur de nattes[115] est poussé uniquement par l'âpreté au gain.
[Note 115: D'après le droit autrichien, ce délit pourrait être qualifié de blessure légère et tomber sous le coup du § 411; d'après le droit criminel allemand, il y a dans ce cas coups et blessures. (Comparez Liszt, p. 325.)]
OBSERVATION 189 (_Fétichisme du mouchoir. Vols continuels de mouchoirs de femmes_).--D..., quarante-deux ans, valet de ferme, célibataire, a été envoyé par les autorités, le 1er mars 1892, à l'asile du district de Deggendorff (Bavière) pour que son état mental y soit soumis à l'observation médicale.
D... est un homme de grande taille, 1 m,62, fort et gras. Le crâne est sub-microcéphale, l'expression de la figure fate. L'expression des yeux est névropathique. Les organes génitaux sont tout à fait normaux. Sauf un degré modéré de neurasthénie et d'accentuation du réflexe patellaire, on ne trouve rien d'anormal physiquement du côté du système nerveux.
En 1878, D... a été pour la première fois condamné par la Cour d'assises de Straubing à une peine d'un an et demi de prison pour avoir volé des mouchoirs.
En 1880, il vola dans la cour d'une ferme le mouchoir d'une marchande de volailles; il fut condamné à quinze jours de prison.
En 1882, il essaya, sur la route publique, d'arracher à une fille de paysan le mouchoir que celle-ci tenait à la main. Accusé d'acte de brigandage il fut acquitté sur l'avis du médecin légiste, qui constata une débilité mentale d'un degré très avancé et un trouble morbide des fonctions intellectuelles _tempore delicti_.
En 1884, la Cour d'assises le condamna à quatre ans de prison pour vol d'un mouchoir commis avec violence et dans les mêmes circonstances que le délit précédent.
En 1888 il tira, dans un marché public, un mouchoir de la poche d'une femme. Il fut condamné à quatre mois de prison.
En 1889 il fut condamné pour un délit de ce genre à neuf mois de prison.
En 1891, _idem_, dix mois. Pour le reste, la liste de ses condamnations fait mention encore de quelques contraventions et détentions pour port d'armes prohibées et pour vagabondage.
Tous les vols de mouchoirs avaient été sans exception commis au détriment de jeunes femmes ou de filles et, dans la plupart des cas, en plein jour, en présence d'autres personnes, et avec tant de maladresse et si peu de ménagement que le voleur fut toujours immédiatement pris et arrêté. Nulle part, dans les dossiers, on ne trouve d'indice que D... aurait jamais volé d'autres objets, même les plus insignifiants.
Le 9 décembre 1891, D... venait une fois de plus de sortir de prison. Le 14, il fut pris en flagrant délit, au moment où, dans la bousculade d'une foire, il tirait un mouchoir de la poche d'une fille de paysans.
Il fut arrêté sur place et l'on trouva sur lui encore deux mouchoirs blancs de femmes.
Lors de ses arrestations précédentes, on avait aussi trouvé sur D... des collections de mouchoirs de femmes. En 1880, on en a trouvé 32; en 1882, on en a trouvé 17; il en portait 9 autour du corps; une autre fois 25. Lors de son arrestation en 1891, on a trouvé en le fouillant et en visitant son corps 7 mouchoirs blancs.
Dans ses interrogatoires, D... invoquait toujours comme mobile de ses vols qu'il se trouvait dans un état d'ébriété prononcée, et qu'il n'avait voulu faire qu'une plaisanterie.
Quant aux mouchoirs qu'on trouva sur lui, il prétendit les avoir en partie achetés, en partie troqués contre d'autres objets, ou les avoir reçus en cadeau des filles avec lesquelles il avait eu des rapports.
Pendant la période d'observation D... paraît intellectuellement très borné, en même temps qu'il y a chez lui une déchéance due au vagabondage, à l'ivrognerie et à la masturbation: mais au fond il est de bon caractère, docile et pas du tout réfractaire au travail.
Il ne sait rien de ses parents; il a grandi sans aucune éducation ni aucune surveillance; étant enfant, il subvenait à sa vie en mendiant; à l'âge de treize ans, il est devenu valet d'écurie et, à l'âge de quatorze ans, on abusa de lui pour des actes de pédérastie. Il affirme avoir senti son instinct génital très tôt et d'une manière puissante; il a commencé très tôt à faire le coït et il pratiquait en outre la masturbation. À l'âge de quinze ans, un cocher lui apprit qu'on pourrait se procurer un grand plaisir avec des mouchoirs de jeunes femmes en se les appliquant _ad genitalia_. Il essaya et trouva que le dire du cocher s'était pleinement confirmé; à partir de ce moment il essaya par tous les moyens de se procurer de ces mouchoirs. Son penchant devenait si puissant qu'aussitôt qu'il apercevait une femme qui lui était sympathique et qui tenait un mouchoir à la main ou assez visiblement dans sa poche, il était, en sentant une violente émotion sexuelle, saisi par l'impulsion de se presser contre cette personne et de lui voler son mouchoir.
À jeun il lui était presque toujours possible de résister à ce penchant, par la crainte d'encourir une condamnation. Mais, quand il avait bu, sa force de résistance disparaissait. Déjà pendant son service militaire, il s'était fait donner des mouchoirs par des jeunes filles ou des femmes qui lui plaisaient et il les avait troqués contre d'autres après s'en être servi pendant quelque temps.
Quand il passait la nuit chez une fille, il échangeait toujours son mouchoir avec elle. À plusieurs reprises il avait acheté des mouchoirs pour les échanger chez des femmes.
Tant que les mouchoirs étaient neufs et n'avaient pas encore servi, ils ne produisaient sur lui aucun effet. Ils ne l'excitaient sexuellement qu'après qu'ils avaient été portés par des filles.
Il ressort du dossier de son procès que souvent, pour mettre des mouchoirs neufs en contact avec des femmes, il en avait à plusieurs reprises mis sur le chemin où des femmes devaient passer et avait essayé de les forcer à marcher dessus. Une fois il assaillit une fille, lui pressa son mouchoir sur le cou et se sauva ensuite.
Quand il était en possession d'un mouchoir qui avait été touché par une femme, il se produisait chez lui de l'érection et de l'orgasme. Il passait alors le mouchoir _ad corpus nudum_, de préférence _ad genitalia_, et obtenait alors une éjaculation satisfaisante.
Il n'a jamais demandé le coït aux femmes; d'une part parce qu'il «craignait un refus, mais surtout parce qu'il aimait mieux le mouchoir que la femme».
D... ne fait ces aveux qu'avec beaucoup de réticences et par petits morceaux. Plusieurs fois il se met à pleurer et déclare qu'il ne veut pas continuer à parler, parce que cela le fait rougir. Ce n'est pas un voleur; il n'a jamais volé, pas même pour la valeur d'un sou, même quand il se trouvait dans la plus grande misère. Il n'a jamais pu se décider à vendre les mouchoirs.
Il affirme avec un accent très sincère et parti du coeur: «Je ne suis pas méchant garçon. Seulement quand je fais de ces bêtises-là, je suis tout sens dessus dessous.»
L'excellent rapport fait par l'administration de l'asile appuie sur le fait que les délits ont été commis sous l'influence d'une impulsion morbide et irrésistible qui repose sur la prédisposition anormale du sujet; il constate aussi une débilité mentale peu prononcée. Acquittement sur l'accusation de vol.
6. DÉBAUCHE AVEC DES INDIVIDUS AU-DESSOUS DE QUATORZE ANS. OUTRAGES (AUTRICHE).
Code autrichien, § 128, 132; Projet autrichien, § 189, 191; Code allemand, § 114, 176.
Par débauche (souillure, outrage) avec des individus non encore mûrs sexuellement, le législateur comprend toutes sortes d'actes d'impudicité commis sur des personnes au-dessous de quatorze ans, et qu'on ne peut pas qualifier comme des viols. L'expression «débauche», dans le sens juridique du mot, réunit toutes les aberrations désolantes et toutes les plus grandes abominations dont un homme embrasé par la volupté, d'une morale faible et souvent aussi d'une puissance sexuelle faible, est seul capable.
Un caractère commun à ces délits de moeurs commis sur des individus qui appartiennent plus ou moins encore à l'enfance, c'est leur manque de virilité, leur caractère de friponnerie et souvent d'ineptie. En effet, à part les êtres pathologiques, représentés par les imbéciles paralytiques, et les individus tombés dans l'imbécillité sénile, ce genre de délits est commis presque exclusivement par des gens très jeunes qui n'ont pas encore confiance dans leur courage et leur puissance, ou par des débauchés qui sont devenus plus ou moins impuissants. Il est absolument inimaginable qu'un adulte, en pleine possession de sa puissance sexuelle et de ses facultés mentales, puisse trouver plaisir à la débauche avec des enfants.
L'imagination du débauché, dans la mise en scène active ou passive des actes d'impudicité, est excessivement féconde, et l'on peut se demander si, par l'énumération suivante des actes parvenus jusqu'ici à la connaissance des hommes de loi, on ait épuisé tous les cas possibles capables de se produire dans ce domaine.
Dans la plupart des cas, l'impudicité consiste en attouchements voluptueux (selon les circonstances, flagellation[116]), manustupration active, entraînement des enfants à la débauche en se servant d'eux pour la masturbation ou pour l'attouchement voluptueux.
[Note 116: Pour les cas précis, voir _Friedreichs Blætter, f. ger. Anthropologie_, 1859, III, p. 77.]
Parmi les délits plus rares sont le _cunnilingus_, _irrumare_ sur des garçons ou des filles, _pædicatio puellarum_, _coitus inter femora_, exhibition.
Dans un cas rapporté par Maschka (_Handb._, III, p. 174), un jeune homme fit danser dans sa chambre des petites filles nues, de huit à douze ans, il les fit sauter, uriner devant lui jusqu'à ce qu'il en eût de l'éjaculation.
L'abus des garçons par des femmes voluptueuses n'est pas rare non plus; ces femmes procèdent avec les enfants à une _conjunctio membrorum_ pour se satisfaire par la friction, ou bien elles cherchent à se procurer de la satisfaction en se faisant masturber[117].
[Note 117: Les cas cités par Maschka, _Handbuch_, III, p. 175.--Caspers, _Vierteljahreschrift_, 1852, t. 1.--Tardieu, _Attentats aux moeurs_.]
Un des exemples les plus abominables a été observé par Tardieu. Des servantes, d'accord avec leurs amants, ont masturbé des enfants qui leur avaient été confiés, ont fait le _cunnilingus_ avec une fille de sept ans, lui ont introduit des carottes et des pommes de terre _in vaginam_ et aussi dans l'anus d'un garçon de deux ans.
OBSERVATION 190.--L..., soixante-deux ans, lourdement taré, masturbateur, prétend n'avoir jamais fait le coït, mais avoir souvent pratiqué la _fellatio_. Il est à l'asile d'aliénés pour _paranoia_. Son plus grand plaisir était d'attirer chez lui des filles de dix à quatorze ans et de pratiquer sur elles le _cunnilingus_ et d'autres horreurs. Il éjaculait alors avec orgasme.
La masturbation ne lui procurait pas une satisfaction aussi grande et ne lui donnait de l'éjaculation que fort difficilement. Faute de mieux il était aussi _fellator virorum_ et occasionnellement exhibitionniste. Phimosis. Crâne asymétrique. (Pélanda, _Arch. di Psichiatria_, X, fascic. 3.)
OBSERVATION 191.--X..., prêtre, quarante ans, fut accusé d'avoir attiré à lui des filles de dix à treize ans, de les avoir déshabillées, d'avoir fait sur elles des attouchements voluptueux et de s'être, après ces procédés, finalement masturbé.
Il est taré, onaniste dès son enfance, imbécile moralement; de tout temps il fut sexuellement très excitable. Le crâne est un peu petit. Pénis d'une grandeur extraordinaire; symptômes d'hypospadias. (_Idem._)
OBSERVATION 192.--K..., vingt-trois ans, joueur d'orgue de Barbarie, est accusé et convaincu d'avoir à plusieurs reprises attiré des garçons, parfois aussi des petites filles, et d'avoir, dans un lieu écarté, pratiqué avec ces enfants des actes d'impudicité (masturbation mutuelle, _fellatio puerorum_, attouchements des parties génitales des petites filles).
K... est un imbécile; il est aussi rabougri au physique, il a à peine 1 m,5 de taille; crâne rachitique, hydrocéphale, avec des dents écartées l'une de l'autre, défectueuses, irrégulières.
Des lèvres épaisses, une mine abêtie, un langage bègue, des attitudes maladroites complètent l'image de la dégénérescence physique et intellectuelle. K... se comporte comme un enfant qui a été surpris pour une gaminerie.
Barbe à peine perceptible. Parties génitales bien et normalement développées.