Étude Médico-Légale: Psychopathia Sexualis avec recherches spéciales sur l'inversion sexuelle

Part 53

Chapter 533,413 wordsPublic domain

Le 4 novembre 1889, R... étant dans sa période dangereuse, se trouvait dans la rue au moment où un groupe de petites filles de l'école passait devant lui. Son impulsion indomptable se réveilla. Il n'eut pas le temps d'aller dans un cabinet d'aisances, il était trop excité. Aussitôt il procéda à l'exhibition, se masturba sous une porte-cochère: immense scandale, arrestation. R... n'est pas idiot ni défectueux éthiquement. Il gémit sur son sort, éprouve une honte profonde de son acte, craint de nouveaux accès, mais considère ses accès comme morbides, comme une fatalité en présence de laquelle il se trouve impuissant.

Il se croit encore sexuellement puissant. Le pénis est d'une grandeur anormale. Existence du réflexe crémastérien; réflexe patellaire accentué. Depuis quelques années, faiblesse du sphincter vésical. Divers symptômes neurasthéniques.

Le rapport médical a démontré que R... avait agi sous l'influence de conditions morbides et d'une manière impulsive. Pas de condamnation. Le malade a été interné dans une maison de santé d'où il fut relaxé quelques mois plus tard.

Dans l'observation précédente, le point clinique principal n'est pas dans la névrose existante, mais plutôt dans le caractère impulsif de l'acte (exhibition pour la masturbation).

Il est évident qu'en établissant des catégories entre les exhibitionnistes imbéciles, entre ceux qui sont mentalement affaiblis et ceux qui se trouvent sous l'influence d'un trouble névrosique des sens (épileptique ou neurasthénique), le côté médico-légal de ce phénomène n'est pas encore épuisé. On peut ajouter aux groupes précédents un autre groupe dont les représentants sont, par suite de lourdes tares (héréditaires, névrose dégénérative), poussés périodiquement et d'une manière impulsive à l'exhibition.

Dans ces états de _psychopathia sexualis periodica_ l'impulsion à l'exhibition éveillée par hasard, n'est qu'un phénomène partiel d'un ensemble clinique, de même que dans la _dipsomania periodica_. Magnan, à qui j'emprunte les deux cas instructifs suivants, attribue, avec raison, une grande importance au caractère impulsif et périodique de ces penchants morbides, ainsi qu'au fait que souvent ils sont accompagnés d'une angoisse pénible qui fait place à un sentiment de grand soulagement aussitôt que les désirs sont réalisés.

Ces faits--et, dans une mesure non moins grande, toute l'histoire clinique de la dégénérescence psychique, qu'on peut dans la plupart des cas ramener à des influences héréditaires ou à des conditions qui, dans les premières années de la vie, ont nui au développement du cerveau (_Rachitis_, etc.),--sont, au point de vue médico-légal, d'une signification décisive.

OBSERVATION 174.--G..., vingt-neuf ans, garçon de café, a, en 1888, exhibé sous la porte d'une église en face de plusieurs filles qui travaillaient dans un magasin. Il avoue le fait, et même que plusieurs fois déjà au même endroit et à la même heure, il s'était rendu coupable du même délit, ce qui, l'année passée, lui avait valu une peine d'un mois de prison.

G... a des parents très nerveux. Son père est mal équilibré psychiquement, d'un caractère très emporté. Sa mère est de temps en temps malade psychiquement et atteinte d'une grave maladie de nerfs.

G... eut de tout temps un tic nerveux de la face; variations continuelles entre une dépression sans motif avec _tædium vitæ_ et des périodes de gaieté. À l'âge de dix ans et de quinze ans, il a voulu se suicider pour des raisons futiles.

Quand il est émotionné, il a des convulsions dans les extrémités. Il présente constamment de l'analgésie générale. En prison il fut tout d'abord hors de lui à cause de la honte et du déshonneur qu'il causait à sa famille; il s'accusait d'être le plus mauvais des hommes et de mériter la punition la plus grave.

Jusqu'à l'âge de dix-neuf ans, G... s'est satisfait par l'auto-masturbation et la masturbation mutuelle: il a aussi une fois onanisé une fille. À partir de cette époque, employé dans un café, il était à la vue de la clientèle féminine tellement excité qu'il en avait souvent de l'éjaculation. Il souffrait presque continuellement de priapisme et, comme l'affirmait sa femme, il en perdait le sommeil, malgré le coït. Depuis sept ans, il avait, à plusieurs reprises, exhibé et s'était exposé _nudatus_ en présence de _feminis vicinis_.

En 1883, il a conclu son mariage par amour. Les devoirs conjugaux ne suffisaient pas à ses besoins excessifs. Par moments, son excitation sexuelle devenait si violente qu'il en avait des maux de tête, qu'il paraissait troublé, comme s'il était ivre, étrange, et incapable de faire son service.

Se trouvant dans cet état le 12 mai 1887, il avait deux fois, à de courts intervalles, exhibitionné devant des dames dans les rues de Paris. Depuis, il livre un combat désespéré contre ses penchants morbides qui l'obsèdent presque constamment; à la fin de cet état il était toujours sombre, consterné, et il pleurait alors des nuits entières. Toutefois, il recommençait toujours. Rapport médical: preuve de dégénérescence héréditaire avec idées obsédantes et impulsions irrésistibles (perversion délirante du sens génital). Acquittement. (Magnan, _Arch. de l'anthropologie criminelle_, T. V, nº 28).

OBSERVATION 175.--Br., vingt-sept ans, de mère névropathe et de père alcoolique, a un frère qui est ivrogne et une soeur qui est hystérique. Quatre parents proches du côté paternel sont des ivrognes; une cousine est hystérique.

Il pratiqua, à partir de onze ans, l'onanisme, tantôt solitaire, tantôt mutuel. À partir de l'âge de treize ans il eut un penchant à exhibitionner. Il essaya dans l'urinoir d'une rue, en éprouva un bien-être voluptueux, mais eut des remords bientôt après. Quand il essayait de combattre son penchant, il sentait une angoisse violente et un serrement à la poitrine. Étant soldat, il avait souvent l'obsession de montrer, sous divers prétextes, sa _mentulam_ aux camarades.

À partir de l'âge de dix-sept ans, il eut des rapports sexuels avec des femmes. Il avait un grand plaisir à se montrer nu devant elles. Il continuait ses exhibitions dans les rues. Mais comme dans les urinoirs il ne pouvait compter que rarement sur des spectateurs féminins, il choisit pour théâtre de ses délits les églises. Pour pouvoir exhibitionner dans ces endroits, il était toujours obligé de se remonter le courage par quelques verres.

Sous l'influence des boissons alcooliques, l'impulsion qu'il pouvait ordinairement assez bien maîtriser, devenait irrésistible. B... n'a pas été condamné, il perdit sa place et depuis il boit encore davantage. Peu de temps après, nouvelle arrestation pour exhibition et masturbation dans une église. (Magnan, _idem_.)

OBSERVATION 176.--X..., garçon coiffeur, trente-cinq ans, plusieurs fois condamné pour délits de moeurs, a été de nouveau arrêté parce que depuis trois semaines il rôdait autour d'une école de filles, il cherchait à attirer sur lui l'attention des filles, et quand il y réussissait il exhibitionnait immédiatement. À l'occasion, il leur avait aussi promis de l'argent en leur disant: _Habeo mentulam pulcherrimam, venite ad me ut eam lambatis_.

X... avoue tout au magistrat, mais, dit-il, il ne sait pas comment il a pu arriver à commettre de pareils actes. D'habitude c'est un homme de fort bon sens, mais il a un penchant à commettre ce délit, et il ne peut pas le réprimer.

Déjà, en 1879, étant soldat, il a quitté le service pour rôder dans la ville et exhibitionner devant des enfants. Un an de prison. En 1881, même délit. Il courait après les enfants et s'arrêtait fixe. Un an et trois mois de prison. Deux jours après avoir été rendu à la liberté il disait à deux petites filles: «_Si mentulam meam videre vultis, mecum in hanc tabernam veniatis._» Il nia ces paroles et prétendit qu'il était ivre. Trois mois de prison.

En 1883, nouvelle exhibition. Il ne prononça pas une parole; pendant son interrogatoire, il prétendit que depuis une maladie grave qu'il avait eue, il y a huit ans, il souffrait de ces excitations morbides. Un mois de prison. En 1884, exhibition devant des filles dans un cimetière; en 1885, _idem_. Il déclara: «Je reconnais mon tort, mais c'est une maladie; quand cela me prend, je ne puis pas m'empêcher de faire ces actes. Parfois il se passe un plus long laps de temps pendant lequel ces penchants ne me viennent pas.» Six mois de prison.

Relaxé le 12 août 1885, il récidive le 13 août. Même excuse. Cette fois on le soumet à un examen médical qui ne put constater aucun trouble mental. Trois ans de travaux forcés.

Après avoir purgé cette peine, série de nouvelles exhibitions.

Cette fois, l'examen a donné les résultats suivants.

Le père a souffert d'alcoolisme chronique et, dit-on, avait commis le même genre d'actes d'impudicité. La mère et une soeur sont atteintes d'une maladie de nerfs; toute la famille était d'un tempérament violent.

X... souffrit de crises épileptiques à partir de sept ans jusqu'à dix-huit ans. À l'âge de seize ans, premier coït. Plus tard, gonorrhée et prétendue syphilis. Dans la période suivante, rapports sexuels normaux jusqu'à l'âge de vingt et un ans. À cette époque il était souvent obligé de passer devant un préau; à l'occasion il satisfaisait son besoin d'uriner et il arrivait que des enfants poussés par la curiosité le regardaient.

Incidemment, il s'aperçut que ces regards curieux l'excitaient sexuellement et lui donnaient de l'érection et même de l'éjaculation. Il trouva alors plus de plaisir à ce genre de satisfaction sexuelle, devint de plus en plus indifférent au coït; il ne se satisfaisait que par l'exhibition qui envahissait toutes ses pensées et dont il rêvait même dans ses pollutions. Il lutta contre ce penchant mais en vain; sa résistance devint de plus en plus faible. Il était pris avec une telle puissance qu'il n'avait plus d'égards pour rien, qu'il ne voyait ni n'entendait plus rien autour de lui, qu'il était complètement «sans raison, comme un taureau qui veut de sa tête enfoncer un mur».

X... a un crâne d'une largeur anormale; pénis petit; le testicule gauche est atrophié. Le réflexe patellaire manque. Symptômes de neurasthénie, surtout neuro-cérébrale. Pollutions fréquentes. Les rêves ont la plupart pour sujet le coït normal, et rarement l'exhibition devant des petites filles.

Quant à ses actes sexuels anormaux, il affirme que le penchant à chercher et à attirer des filles vient chez lui en première ligne, et ce n'est que lorsqu'il a réussi, _earum intentionem in sua genitalia nudata transferre, erectionem et ejaculationem fieri_; pendant l'acte il ne perd pas conscience. Après il est toujours mécontent de l'avoir commis et il se dit, quand il n'a pas été pris en flagrant délit, «qu'il a encore une fois échappé au procureur».

En prison il n'a plus ce penchant; là il n'est tourmenté que par des rêves et des pollutions. Quand il est en liberté il cherche chaque jour l'occasion de se satisfaire par l'exhibition. Il donnerait dix années de sa vie, s'il pouvait se débarrasser de sa manie; «cette vie d'angoisse continuelle, cette alternative entre la liberté et la prison est insupportable».

Le rapport médical supposa une perversité congénitale du sens sexuel en même temps qu'il constatait, une tare héréditaire manifeste, une constitution névropathique, une asymétrie du crâne, un développement défectueux des parties génitales.

Il est à remarquer aussi que l'exhibitionnisme s'est déclaré à partir de l'époque où la maladie épileptique a cessé, de sorte qu'on pourrait penser à un phénomène vicariant.

La perversion sexuelle s'est développée sur la base d'une prédisposition existante et par le concours d'une association d'idées amenée par le hasard (regards curieux des enfants lorsqu'il urinait), à la suite d'un acte insignifiant en lui-même.

Le malade n'a pas été condamné, mais transféré dans un asile d'aliénés. (Dr Freyer, _Zeitschr. f. Medicinalbeamte_, 3e année nº 8.)

OBSERVATION 177.--Par une soirée du printemps de 1891, vers les neuf heures, une dame venait toute consternée au poste de police du Stadtpark raconter l'incident suivant. Pendant qu'elle se promenait, un homme complètement nu par devant était sorti subitement d'un bosquet et s'était approché d'elle; épouvantée, elle avait pris la fuite. L'agent de police se rendit immédiatement à l'endroit désigné et y trouva un homme qui exposait aux regards _ventrem et genitalia nuda_. Il essaya de se sauver, mais il fut rejoint et arrêté. Il déclara avoir été, par suite d'une forte consommation d'alcool, excité sexuellement et sur le point de se mettre en quête d'une prostituée. En traversant le parc il s'était souvenu que l'exhibition lui procurait beaucoup plus de jouissance que le coït qu'il ne pratique que rarement et à défaut d'un autre genre de satisfaction. Après avoir retiré sa chemise et déboutonné la partie supérieure de son pantalon, il s'était posté dans un bosquet et _quum duæ feminæ advenissent nudatis genitalibus iis occurrisse_. Dans cette situation il sent une chaleur agréable et le sang lui monte à la tête.

L'inculpé est un ouvrier d'un établissement industriel; son contremaître le dépeint comme un homme consciencieux dans ses devoirs, laborieux, rangé, sobre et intelligent.

Déjà en 1886 B... a été condamné pour avoir deux fois exhibitionné sur la voie publique: la première fois en plein jour, et la seconde fois, le soir, étant assis sous une lanterne.

B..., âgé de trente-sept ans, célibataire, fait une impression étrange par sa mise de gommeux, son langage et ses manières affectés. Son oeil a une expression névropathique et romanesque; autour de sa bouche se dessine toujours un sourire d'infatuation. Il prétend être né de parents sains. Une soeur de son père et une soeur de sa mère eurent une maladie mentale. D'autres soeurs de sa mère passaient pour des dévotes excentriques.

B... n'a jamais eu de maladies graves. Dès son enfance il était excentrique, fantasque, aimait les romans de chevalerie et autres, s'absorbait tout entier dans ces sortes d'histoires et finissait par s'identifier, dans son imagination surchauffée, avec les héros du roman. Il croyait toujours être quelqu'un de supérieur aux autres, attachait une grande valeur à une mise élégante et aux bijoux; et lorsque les dimanches il se pavanait, il croyait dans son imagination être un fonctionnaire supérieur. B... n'a jamais présenté de symptômes d'épilepsie. Dans sa première jeunesse, il a pratiqué un onanisme modéré, plus tard le coït d'une façon modérée. Il n'a jamais eu avant des sentiments ou des impulsions sexuelles perverses. Il vivait d'une vie retirée et employait ses loisirs à la lecture (ouvrages populaires et histoires de chevalerie, Dumas entre autres). B... n'était pas buveur. Ce n'est qu'exceptionnellement qu'il se préparait une sorte de _bowle_ et en la buvant il se sentait excité sexuellement.

Depuis quelques années son _libido_ ayant considérablement diminué, il avait conçu pendant ses libations alcooliques «l'idée bête en diable» et le désir _genitalia adspectui feminarum publice exhibere_.

Quand il est dans cet état, il s'échauffe; le coeur lui bat violemment, le sang lui monte à la tête, et alors il ne peut se défendre contre son penchant. Il ne voit ni n'entend plus autre chose, et il est alors tout à fait absorbé par son désir. Après il a souvent frappé à coups de poing sa tête folle et pris la ferme résolution de ne plus faire du pareilles choses, mais les idées folles lui sont toujours revenues.

Pendant ces exhibitions, son pénis n'a qu'une demi-érection et jamais il n'y a éjaculation, celle-ci d'ailleurs ne se produit que tardivement quand il fait le coït. Il lui suffit, lorsqu'il exhibe, _genitalia adspicere_, et il a alors l'idée soulignée par une sensation voluptueuse que cet aspect doit être très agréable aux femmes, de même que lui regarde _genitalia feminarum_. Il n'est capable de faire le coït que lorsque la _puella_ se montre très prévenante. Sinon il préfère payer et s'en aller sans avoir rien fait. Dans ses rêves érotiques, il exhibitionne devant des femmes jeunes et plantureuses.

Le rapport médico-légal a démontré la personnalité héréditairement psychopathique de l'inculpé, la tendance perverse et impulsive aux délits incriminés et a fourni encore la preuve, digne d'être remarquée, que les impulsions à la consommation de l'alcool, chez cet homme d'habitude sobre et économe, doivent être attribuées à une contrainte morbide qui revient périodiquement. Il ressort à l'évidence des _species facti_ que pendant ses accès B... se trouvait dans un état d'exception psychique, dans une sorte de trouble des sens, tout à fait plongé dans ses fantaisies sexuelles perverses. C'est ainsi que s'explique aussi le fait qu'il ne s'est aperçu de l'approche de l'agent de police que lorsqu'il était déjà trop tard pour prendre la fuite. Ce qui est intéressant dans cet exhibitionnisme héréditaire, dégénératif et impulsif, c'est que le penchant sexuel pervers a été réveillé de son état latent par l'influence de l'alcool.

Les frotteurs représentent une espèce d'exhibitionnistes remarquables au point de vue médico-légal. Leur perversion repose sur un fondement névrotico-dégénératif et clinique qui est analogue à celui des autres exhibitionnistes; mais le procédé qui les caractérise particulièrement est provoqué par un _libido_ violent (_hyperæsthesia sexualis_) qui existe en même temps qu'une puissance sexuelle fort entamée.

Les trois observations suivantes, empruntées à Magnan (_op. cit._), sont typiques.

OBSERVATION 178.--D..., quarante-quatre ans, taré, alcoolique et atteint de saturnisme, s'était beaucoup masturbé jusqu'à il y a un an; il avait aussi dessiné beaucoup d'images pornographiques et les avait montrées à ses amis. À plusieurs reprises, se trouvant seul chez lui, il s'était habillé en femme.

Depuis deux ans, étant devenu impuissant, il éprouvait le besoin d'aller dans la foule à l'heure du crépuscule et _mentulam denudare eamque ad nates mulieris crassissimæ terere_.

Pris un jour en flagrant délit, il fut condamné à quatre mois de prison.

Sa femme tient une crèmerie. _Iterum iterumque sibi temperare non potuit quia genitalia in ollam lacte completam mergeret._ Il éprouvait alors une sensation de volupté «comme s'il y avait contact avec du velours».

Il était assez cynique pour se servir de cette huile pour lui et pour ses clients.

En prison il s'est développé chez lui une monomanie alcoolique de persécution.

OBSERVATION 179.--M..., trente et un ans, marié depuis six ans, père de quatre enfants, lourdement taré, souffrant épisodiquement de mélancolie, a été il y a trois ans surpris par sa femme au moment où, revêtu d'une robe de soie, il se masturbait. Un jour il fut surpris dans un magasin au moment où il se frottait contre une dame. Il fut profondément confondu et demanda une punition sévère pour son penchant qui d'ailleurs était irrésistible.

OBSERVATION 180.--G..., trente-trois ans, lourdement chargé de tares héréditaires, est surpris à une station d'omnibus au moment où il frottait son membre contre une dame. Profond repentir, mais affirmation qu'à l'aspect des _posteriora_ prononcés d'une dame il se sentait irrésistiblement entraîné à faire du frottage et qu'il est alors troublé au point de ne plus savoir ce qu'il fait.

Internement dans un asile d'aliénés.

OBSERVATION 181.--Z.... né en 1850, d'un passé irréprochable, de bonne famille, employé d'une administration privée, bonne situation matérielle, sans tare, veuf depuis 1873, après un ménage de courte durée, s'était depuis longtemps fait remarquer dans les églises par sa manie de se presser par derrière contre les femmes, jeunes ou vieilles, et de manipuler leurs tournures. On le guetta et un jour on réussit à l'arrêter en flagrant délit. Il fut consterné au plus haut degré; désespérant de sa situation, il pria, en faisant un aveu complet, qu'on le ménage, sinon il ne lui resterait qu'à se suicider.

Depuis deux ans, il était obsédé par le penchant funeste, quand il se trouvait au milieu d'une foule, à l'église ou au théâtre, à se frotter par derrière contre les femmes et de manipuler leurs robes bouffantes, ce qui lui donnait de l'orgasme et de l'éjaculation.

Z... affirme n'avoir jamais été adonné à la masturbation et n'avoir dans aucun sens de tendance sexuelle perverse. Depuis la mort prématurée de sa femme, il avait satisfait ses puissants besoins sexuels dans des amourettes temporaires, mais il avait toujours eu de la répugnance pour les bordels et les prostituées. Le penchant au frottage lui est venu subitement, il y a deux ans; il stationnait par hasard dans une église. Bien qu'il se rendît compte que c'était inconvenant, il n'a pu s'empêcher de céder immédiatement à cette impulsion. Depuis il est devenu si excité par les postérieurs des femmes qu'il se sent poussé à chercher des occasions de frottage. Chez la femme il n'y a que la tournure qui l'excite; tout le reste du corps ou la toilette lui est absolument indifférent, de même que l'âge de la femme, sa beauté ou sa laideur. Depuis il n'a plus d'inclination pour la satisfaction naturelle. Ces derniers temps des scènes de frottage apparaissaient aussi dans ses rêves érotiques.

Pendant le frottage il se rend parfaitement compte de sa situation et de la portée de son acte, et il s'efforce de procéder autant que possible de manière à n'être pas aperçu. Après il éprouve toujours de la honte d'avoir commis une pareille action.

L'examen médico-légal n'a relevé aucun symptôme de maladie mentale ou de faiblesse intellectuelle, mais bien des symptômes de _neurasthenia sexualis_--_ex abstinentia libidinosi_, ce qui est indiqué aussi par le fait que le seul contact du fétiche avec les parties génitales non exhibées suffisait à produire une éjaculation. Il est évident que le libidineux Z... qui était sexuellement très affaibli et qui se méfiait de sa puissance, a été amené au frottage par une coïncidence accidentelle: la vue de _posteriora feminæ_ avec une émotion sexuelle. C'est cette liaison associative d'une perception avec une sensation qui a donné au postérieur féminin le caractère d'un fétiche.