Étude Médico-Légale: Psychopathia Sexualis avec recherches spéciales sur l'inversion sexuelle
Part 49
«Je crois pouvoir exprimer la conviction que mon mariage, qui aura lieu d'ici quelques semaines, que le changement de domicile qui en sera la conséquence et que je désire moi-même, seront capables de détruire les derniers résidus de ma perversion, résidus qui d'ailleurs ne me gênent plus. Je termine ces lignes par l'affirmation la plus sincère que, dans mon for intérieur, je suis devenu un tout autre homme et que cette transformation m'a rendu l'équilibre moral qui m'a manqué jusqu'ici.»
Les lignes précédentes que M. le Dr V. Schrenk complète encore en rapportant une communication verbale du malade d'après laquelle celui-ci ne s'est plus livré à aucun acte de masturbation, constituent bien la preuve la plus éclatante de l'effet durable et efficace de la suggestion post-hypnotique.
Pour ma part, je tiens le sentiment hétérosexuel du malade pour une création artificielle d'un excellent médecin, et le malade lui-même semble le sentir, car il parle d'une barrière qui n'est pas fondée sur des raisons morales, mais qui doit être directement attribuée au traitement.
La lettre suivante, que mon collègue V. Schrenk a bien voulu mettre à ma disposition, nous montre quel sort a été réservé à ce malade intéressant.
«Monsieur le baron, rentré depuis quelques jours de mon voyage de noces, je me permets de vous envoyer un rapport sommaire sur mon état actuel. La semaine qui précéda le mariage, je me trouvai, à vrai dire, dans un état d'émotion excessive, car je craignais de ne pouvoir remplir certains devoirs. Les prières pressantes de mon ami, qui voulait à tout prix avoir encore un entretien avec moi, m'ont laissé absolument froid. Depuis que je vous ai rencontré la dernière fois, je n'ai pas revu cet ami. J'étais très inquiet à l'idée que mon mariage pourrait fatalement devenir malheureux. Mais maintenant je n'ai plus d'inquiétude à ce sujet. Il est vrai que, la première nuit, je n'ai réussi que très difficilement à me mettre en excitation sexuelle; mais la seconde nuit et les suivantes je crois avoir satisfait à toutes les exigences qu'on peut demander à un homme normal; je suis toujours capable d'y satisfaire. J'ai aussi la conviction que l'harmonie qui existe, au point de vue intellectuel, entre ma femme et moi depuis longtemps, se complète encore de plus en plus par un autre genre d'harmonie. Il me paraît impossible de revenir aux anciennes habitudes. Voici peut-être un fait significatif pour mon état actuel: la nuit passée j'ai, il est vrai, rêvé d'un ancien amant, mais ce rêve n'était pas sensuel et ne m'a pas excité.
«Quant à ma situation actuelle, j'en suis satisfait. Je sais bien que mon affection nouvelle est loin d'avoir atteint le même degré que mon affection ancienne. Mais je crois que ce penchant croîtra en force tous les jours. Déjà maintenant la vie que je menais autrefois me paraît incompréhensible et je ne puis pas comprendre pourquoi je n'ai pas pensé plus tôt à refouler ces sentiments anormaux par une satisfaction sexuelle normale. Une rechute ne me paraîtrait possible qu'à la suite d'une transformation complète de ma vie psychique actuelle, et cela, pour le dire en un mot, me semble impossible.
«Votre tout dévoué, L...»
J'apprends encore les détails suivants par une lettre que M. le Dr V. Schrenk m'a écrite le 7 décembre:
«Dans le cas présent, la guérison paraît être de plus longue durée que je ne l'aurais attendu, car, lorsqu'il y a quelques mois, j'ai parlé avec mon ancien malade, celui-ci a déclaré qu'il se sentait très heureux de la vie conjugale et, comme je l'ai compris, il s'attend à devenir père d'ici peu de temps.»
En effet, au printemps 1891, il est devenu père. Le docteur V. Schrenk a publié sur son ancien malade de nouveaux renseignements très intéressants au point de vue thérapeutique, qu'on peut relire dans la _Wiener internationale klinische Rundschau_ 1892 ainsi que dans son livre _Die Suggestionstherapie_, 1892, p. 242.
IV
PATHOLOGIE SPÉCIALE
Les phénomènes de la vie sexuelle morbide dans les diverses formes et états de l'aliénation mentale.--Entraves psychiques.--Affaiblissement mental aigu.--Faiblesse mentale consécutive à des psychoses, à des attaques d'apoplexie, à une lésion de la tête ou à un _lues cerebralis_.--Démence paralytique.--Épilepsie.--Folie périodique.--Psychopathie sexuelle périodique.--Manie.--Symptômes d'excitation sexuelle chez les maniaques.--Satyriasis.--Nymphomanie.--Satyriasis et nymphomanie chroniques.--Mélancolie.--Hystérie.--Paranoia.
ENTRAVES PSYCHIQUES AU DÉVELOPPEMENT
En général, la vie sexuelle est très peu développée chez les idiots. Elle fait même totalement défaut chez les idiots d'un degré avancé. Les parties génitales sont, dans ce cas, petites, atrophiées, les menstrues ne se produisent que tard ou pas du tout. Il y a impuissance ou stérilité. Même chez les idiots qui ont des facultés mentales d'un niveau relativement plus élevé, la vie sexuelle ne tient pas le premier rang. Elle se manifeste, dans quelques cas très rares, avec une certaine périodicité et alors elle se fait jour avec une grande intensité. Elle ne peut apparaître que sous forme de rut et elle exige avec impétuosité une satisfaction. Les perversions de l'instinct génital ne semblent pas se rencontrer chez les individus dont le développement intellectuel reste à un degré aussi peu élevé.
Si l'impulsion à la satisfaction sexuelle se butte à une résistance, il se produit de puissants désirs accompagnés de violences dangereuses contre les personnes. Il est bien compréhensible que l'idiot ne soit pas difficile quand il s'agit de sa satisfaction sexuelle et qu'il s'attaque même aux personnes de sa plus proche parenté.
Ainsi Marc Ideler rapporte le cas d'un idiot qui voulut stuprer sa propre soeur et qui l'avait presque étranglée quand on l'empêcha de commettre l'acte.
Un cas analogue est raconté par Friedreich (_Friedreichs Blätter_, 1858, p. 50).
J'ai, à plusieurs reprises, donné mon avis médical sur des délits contre les moeurs commis sur des petites filles.
Girard aussi (_Annales méd.-psych._, 1885, nº 1) cite un cas à ce sujet. La conscience de la portée de l'acte manque toujours, mais souvent l'idiot a le sentiment instinctif que ces actes obscènes ne sont pas permis en public, c'est ce qui le décide à accomplir les actes sexuels dans un lieu solitaire.
Chez les imbéciles, la vie sexuelle est ordinairement aussi développée que chez les individus qui jouissent de la plénitude de leurs facultés mentales. Les sentiments d'arrêt moraux sont très peu développés. Voilà pourquoi la vie sexuelle de ces individus se fait jour d'une manière plus ou moins vive. C'est aussi pour cette raison que les imbéciles sont un élément troublant pour la vie sociale. L'accentuation morbide et la perversion de l'instinct sont très rares chez eux.
La satisfaction de l'instinct génital la plus usitée, c'est l'onanisme. L'imbécile ose rarement s'attaquer aux personnes adultes de l'autre sexe.
Souvent il stupre des animaux. L'immense majorité des sodomistes sont des imbéciles. Les enfants aussi sont assez souvent l'objet de leurs aggressions.
Emminghaus (_Maschka's Handbuch_, IV, p. 234) rappelle la grande fréquence chez eux des manifestations impudiques de l'instinct génital: masturbation dans un lieu public, exhibition des parties génitales, violences sur des enfants et même sur des personnes de leur propre sexe, sodomie.
Giraud (_Annales méd.-psychol._, 1885, nº 1) a rapporté toute une série d'attentats aux moeurs commis sur des enfants.
1º H..., dix-sept ans, imbécile, a entraîné avec des noix une petite fille dans un grenier, (_Genitalia puellæ nudavit, sua genitalia ei ostendit et in abdomine infantis coitum conatus est._ Il n'a pas du tout conscience de la signification de son acte au point de vue légal et moral.
2º L..., vingt et un ans, imbécile, dégénéré, est occupé à garder les troupeaux. Sa soeur âgée de onze ans vient avec une camarade âgée de huit ans et raconte qu'un inconnu a essayé de commettre sur elles des attentats obscènes. L... conduit aussitôt les enfants dans une maison inhabitée, essaie le coït sur l'enfant de huit ans, mais il abandonne bientôt sa tentative car l'_immissio_ ne réussit pas et l'enfant crie. Rentré à la maison, il promet à l'enfant de l'épouser si elle ne le trahit pas. Amené devant le juge, il exprime l'intention de réparer son tort en épousant la petite.
3º G..., vingt et un ans, microcéphale, imbécile, pratique depuis l'âge de six ans la masturbation: il fut plus tard pédéraste, tantôt actif, tantôt passif; a essayé à plusieurs reprises de faire l'acte de pédérastie sur des garçons et a attaqué des petites filles. Il ne comprenait absolument pas la portée de ses actes. Ses envies sexuelles le prenaient périodiquement et sous forme de rut, comme chez les animaux[97].
[Note 97: Pour les nombreux cas de ce genre, voir _Henkes Zeitschrift_, XXIII, fascicule supplémentaire, p. 147.--Combes, _Annales med.-psych._, 1866--Liman, _Zweifelhafte Geisteszustaende_, p. 389).--Casper-Liman, _Lehrb._, 7e édit., cas 293.--Bartels, _Friedreichs Blätter f. d. gerichtl. Med._, 1890, fascicule 1.
Pour d'autres cas de pédérastie consulter Casper, _Klin. Novellen_, cas 5.--Combes, _Annales méd.-psychol._, juillet.]
4º B..., vingt et un ans, imbécile, se trouvant seul au bois avec sa soeur âgée de dix-neuf ans, lui demande de consentir au coït. Elle refuse. Il menace de l'étrangler et la blesse d'un coup de couteau. La fille affolée lui tire violemment le pénis comme pour l'arracher, alors il renonce à sa tentative et revient tranquillement à son ouvrage. B... a un crâne microcéphale, mal conformé: il n'a aucune compréhension de son acte.
Emminghaus (_op. cit._ p. 234) cite un cas d'exhibitionnisme.
OBSERVATION 144.--Un homme de quarante ans, marié, avait pendant seize ans exhibitionné dans des squares et autres endroits publics devant des petites filles, des bonnes, etc. Il choisissait toujours l'heure du crépuscule et sifflait pour attirer l'attention sur lui. Des gens qui le guettaient l'avaient souvent surpris et lui avaient administré une verte correction. Il évitait alors ces endroits; mais il continuait ailleurs. Hydrocéphalie. Imbécillité à un degré léger. Le tribunal inflige une punition minime.
OBSERVATION 145.--X..., issu d'une famille chargée de tares héréditaires, imbécile, étrange et bizarre dans ses pensées, ses sentiments et ses actes, est arrivé, grâce au népotisme, à occuper les fonctions de juge suppléant. _Accusatus est quod iterum iterumque ancilis genitalia sua ostendit et superiorem corporis partem de fenestra demonstravit._ Hors cela aucune trace d'instinct génital. Prétend n'avoir jamais pratiqué la masturbation. (Sander: _Archiv. f. Psych_. T. I, p. 655)
OBSERVATION 146.--_Actes de pédérastie sur un enfant._ Le 8 avril 1884, à dix heures du matin, un certain V... entre en conversation dans la rue avec Mme X... qui tenait sur ses genoux un garçon de seize mois. V... lui prit l'enfant sous prétexte qu'il voulait le mener promener. Il s'éloigna à une distance d'un demi-kilomètre, revint et déclara que l'enfant lui était tombé des bras et s'était, dans sa chute, blessé à l'anus. Cette partie du corps était déchirée et il en coulait du sang. À l'endroit où l'accident a eu lieu, on a trouvé des traces de sperme. V... avoua son crime abominable, mais pendant l'audience il eut une attitude si étrange, qu'on ordonna un examen de son état mental. Il fit l'impression d'un imbécile aux gardiens de la prison.
V..., quarante-cinq ans, ouvrier maçon, moralement et psychiquement taré, est dolichomicrocéphale; il a une face étroite et resserrée, une figure et des oreilles asymétriques, un front bas et fuyant. Les parties génitales sont normales. V... fait preuve d'une sensibilité cutanée très minime en général; c'est un imbécile, il n'a pas de conception de rien. Il vit au jour le jour, sans s'inquiéter de rien, vit pour lui et ne fait rien de sa propre initiative. Il n'a ni désirs ni coeur; il n'a jamais fait le coït. Il est impossible d'obtenir de lui d'autres détails sur sa _vita sexualis_. L'idiotie intellectuelle et morale est prouvée par sa microcéphalie; le crime doit être attribué à un instinct sexuel indomptable et pervers. Il est interné dans un asile d'aliénés (Virgilio. _Il Manicomio._ Ve année nº 3).
Un cas analysé par L. Meyer (_Arch. f. Psych._ T. I, p. 103) nous montre des femmes imbéciles devenues indécentes, se livrant à la prostitution et à d'autres actes d'immoralité[98].
[Note 98: V. Sander, _Vierteljahrschrift f. ger. M._, XVIII, p. 31.--Casper, _Klin. Novellen_, cas 27.]
DÉBILITÉ MENTALE ACQUISE
Dans la pathologie générale, nous avons déjà parlé des anomalies variées de la _vita sexualis_ dans les cas de _dementia senilis_. Dans les autres états de faiblesse mentale acquise, produits par l'apoplexie, le _trauma capitis_, ou existant comme phases secondaires des psychoses non encore établies ou bien sur la base d'inflammations chroniques de l'écorce cérébrale (_lues, dom. paralytica_), les perversions de l'instinct génital semblent être très rares et les actes sexuels choquants ne semblent avoir pour origine qu'une accentuation morbide ou une manifestation effrénée d'une vie sexuelle qui en soi-même n'est point anormale.
1.--DÉBILITÉ MENTALE (IDIOTIE) CONSÉCUTIVE AUX PSYCHOSES.
Casper (_Klin. Novellen_, cas 31) cite un cas d'impudicité commis sur un enfant et dont s'était rendu coupable un médecin, âgé de trente-trois ans, faible d'esprit consécutivement à une maladie hypocondriaque. Il s'excusa d'une manière toute puérile, ne saisissant point la portée légale et morale de cet acte qui évidemment n'était que la conséquence d'un instinct sexuel devenu indomptable par suite de la faiblesse mentale de l'individu.
Un cas analogue est cité dans l'observation 21 de l'ouvrage _Zweifelhafte Geisteszustaende_ de Liman (_Dementia_ par mélancolie; outrage à la pudeur; exhibitionnisme).
2.--IDIOTIE CONSÉCUTIVE À L'APOPLEXIE.
OBSERVATION 147.--B...., cinquante-deux ans, a eu une maladie du cerveau à la suite de laquelle il est devenu incapable de continuer son métier de négociant.
Un jour, pendant l'absence de sa femme, il attira deux petites filles dans sa chambre, leur fait boire des boissons alcooliques, leur fit des attouchements voluptueux, leur recommanda de ne rien dire et alla ensuite vaquer à ses affaires. L'expertise a constaté une idiotie consécutive à un double accès d'apoplexie. B... qui jusque-là avait eu une conduite irréprochable, prétend avoir commis l'acte sous l'obsession d'une impulsion qu'il ne s'explique pas lui-même et lui a fait perdre la raison. Après le délit, lorsqu'il fut revenu à lui-même, il en eut honte et il renvoya immédiatement les petites filles. Depuis ses attaques d'apoplexie, B... était affaibli mentalement, incapable d'exercer son métier, à moitié paralysé, pouvant à peine parler et penser. Il pleurait souvent comme un enfant, et fit bientôt après son arrestation une tentative puérile de suicide. En tout cas, son énergie morale et intellectuelle était trop affaiblie pour combattre ses mouvements sensuels. Pas de condamnation. (Giraud, _Ann. méd.-psychol._, 1881, mars).
3.--IDIOTIE CONSÉCUTIVE À DES LÉSIONS DE LA TÊTE.
OBSERVATION 148.--K..., à l'âge de quatorze ans, a été gravement blessé à la tête par un cheval. Le crâne était brisé en plusieurs endroits; il a fallu enlever plusieurs esquilles. Depuis cet accident, il paraît très borné d'esprit, violent et emporté. Peu à peu s'est développée chez lui une sensualité démesurée et vraiment bestiale qui l'amenait aux actes les plus impudiques. Un jour il viola une fille de douze ans et l'étrangla, pour qu'on ne découvrît pas son crime. Arrêté, il avoua. Le médecin légiste le déclara responsable. Exécution capitale.
L'autopsie a fait constater une soudure de presque toutes les sutures du crâne, une asymétrie remarquable des deux moitiés du crâne, des traces de fractures du crâne guéries. La moitié du cerveau affectée était traversée par des masses cicatrisées en forme de rayons; elle était d'un tiers plus petite que l'autre moitié. (_Friedreichs Blätter_, 1855, fascicule 6.)
4.--IDIOTIE ACQUISE, PROBABLEMENT PAR LUES.
OBSERVATION 140.--X... officier. _Sæpius cum parvis puellis stupra fecit, eas masturbare ipsum jussit, genitalia sua ostendit earumque genitalia tetigit._
X..., autrefois sain et d'une conduite irréprochable, fut atteint, en 1867, de syphilis. En 1879, il se produisit une paralysie du premier abducteur. On remarqua alors chez lui, comme conséquence de cet accident, de la faiblesse de la mémoire, un changement dans toutes ses manières et dans son caractère, des maux de tête, parfois de l'incohérence du langage, de la diminution dans la vivacité de l'esprit et de la logique, par moment de l'inégalité des pupilles, de la paralysie du côté droit de la bouche.
X..., trente-sept ans, ne présente, lors de l'examen, aucune trace de _lues_. La paralysie de l'abducteur subsiste toujours. L'oeil gauche est ambliopique. Il est affaibli mentalement; en présence des preuves écrasantes recueillies contre lui, il prétend qu'il s'agit d'un malentendu innocent. Traces d'aphasie. Faiblesse de la mémoire surtout pour les faits très récents, caractère superficiel de la réaction morale; l'esprit se fatigue très vite au point qu'il perd la mémoire et la faculté de parler. Cela prouve que la défectuosité éthique et que l'instinct génital pervers sont des symptômes d'un état cérébral morbide qui a été probablement occasionné par des _lues_.
Les poursuites sont abandonnées (Observation personnelle. _Jahrbuscher fur Psychiatrie_).
5.--DEMENTIA PARALYTICA.
Dans cette maladie aussi, la vie sexuelle est affectée morbidement; elle est accentuée dans les premières phases de la maladie et dans les états d'excitation épisodiques; elle est quelquefois aussi perverse; vers les dernières phases de la maladie, le _libido_ et la puissance baissent habituellement jusqu'à zéro.
Comme dans les phases prodromiques des formes séniles, on voit se produire de très bonne heure, à côté de lacunes morales et intellectuelles plus ou moins grandes, des manifestations d'un instinct sexuel exagéré (propos obscènes, lascivité dans les rapports avec l'autre sexe, projets de mariage, fréquentation des bordels, etc.), manifestations qui se font avec un sans-gêne bien caractéristique dû à l'obscurcissement de la conscience.
Excitation à la débauche, enlèvement de femmes, scandales publics, sont dans ce cas à l'ordre du jour. Au début, l'individu tient encore quelque peu compte des circonstances, bien que le cynisme de sa manière d'agir soit déjà assez frappant.
À mesure que la faiblesse mentale fait des progrès, les malades de cette catégorie deviennent choquants par exhibitionnisme, ils se masturbent dans la rue, font des actes obscènes avec des enfants.
Des états d'excitation psychique amènent le malade à des tentatives de viol ou du moins à des outrages grossiers à la pudeur, il attaque les femmes dans la rue, paraît en public dans une toilette incomplète, pénètre en toilette négligée dans les appartements d'autrui avec l'intention de faire le coït avec la femme d'un ami ou d'épouser séance tenante la fille de la maison.
De nombreux cas de ce genre se trouvent enregistrés dans Tardieu (_Attentats aux moeurs_), Mendel (_Progr. Paralyse der Irren_, 1880, p. 123), Westphal (_Archiv f. Psychiatrie_, VII, p. 622). Un cas rapporté par Pétrucci (_Annal. méd.-psychol._ 1875) nous montre que, dans ce genre de maladie, les individus atteints peuvent être aussi amenés à la bigamie.
Ce qui est très caractéristique, c'est la brutalité avec laquelle les malades à l'état avancé procèdent pour satisfaire leur instinct sexuel.
Dans un cas rapporté par Legrand (_La folie_, p. 519), on surprit un père de famille qui se masturbait en pleine rue. Après l'acte, il avala son sperme.
Un malade que j'ai observé, officier, issu d'une grande famille, fit dans une ville de saison, en plein jour, des tentatives obscènes sur des petites filles.
Un cas analogue est rapporté par Regis (_De la dynamie ou exaltation fonctionnelle au début de la paralysie générale_, 1878).
Les observations de Tarnowsky (_Op. cit._, p. 82), nous apprennent que, dans les phases prodromiques et au cours de la maladie, il se produit aussi des cas de pédérastie et de bestialité.
ÉPILEPSIE
Il faut ajouter aux maladies dont nous venons de parler l'épilepsie, qui est souvent une cause d'affaiblissement psychique et qui peut donner naissance à tous les faits de satisfaction sexuelle brutale dont nous venons de parler.
D'ailleurs, chez beaucoup d'épileptiques, l'instinct génital est très vif. Dans la plupart des cas, il est satisfait par la masturbation, parfois par des actes obscènes avec des enfants, par la pédérastie. La perversion de l'instinct suivie d'actes sexuels pervers ne semble se rencontrer que rarement.
De beaucoup plus importants sont les cas,--qu'on cite de plus en plus fréquemment dans les ouvrages spéciaux,--les cas dans lesquels les épileptiques ne présentent pendant certains intervalles aucun symptôme de sexualité excessive, mais seulement au moment des accès épileptiques, quand ils sont dans un état d'exception psychique équivalent ou post-épileptique.
Ces cas ont été jusqu'ici à peine analysés au point de vue clinique, et nullement au point de vue médico-légal; ils méritent pourtant une étude approfondie, car on pourrait ainsi mieux juger certains actes contre la morale et certains viols, et éviter par ce moyen certains arrêts injustes des tribunaux.
Les faits suivants feront clairement ressortir que les altérations du cerveau, qui se produisent à la suite des affections épileptiques, peuvent occasionner une excitation morbide de la vie sexuelle[99].
[Note 99: Arndt (_Lehrbuch. d. Psych._, p. 140), relève particulièrement l'état de rut qui existe chez les épileptiques. «J'ai connu des épileptiques qui se sont enflammés de la passion la plus sensuelle pour leur propre mère et d'autres qui étaient suspectés par leur père d'avoir des rapports sexuels avec leur mère.» Mais Arndt est dans l'erreur quand il prétend que partout où il y a une vie sexuelle anormale, il faut supposer l'existence d'un élément épileptique.]
De plus, dans les états d'exception psychique, l'épileptique a les sens troublés et se trouve sans résistance contre ses impulsions sexuelles.
Depuis des années, je vois un jeune épileptique, très taré, qui, toutes les fois qu'il a eu des accès réitérés, s'élance sur sa mère et veut la stuprer. Le malade reprend ses sens après un certain temps, mais avec amnésie pour les faits qui se sont passés. Dans les intervalles, c'est un homme d'une moralité sévère et qui n'a pas de besoins sexuels.
Il y a quelques années, j'ai connu un valet de ferme qui, au moment de ses accès épileptiques, se livrait à une masturbation effrénée. Pendant les intervalles, sa conduite était irréprochable.