Étude Médico-Légale: Psychopathia Sexualis avec recherches spéciales sur l'inversion sexuelle

Part 48

Chapter 483,627 wordsPublic domain

À l'âge de treize ans, à l'occasion d'une soirée dansante donnée à la maison, une jeune gouvernante excita son imagination, et à l'âge de quinze ans il tomba amoureux d'une jeune dame. Il est resté sensuellement très excitable, mais les années suivantes ce furent exclusivement les hommes sympathiques qui lui firent cette impression. Il ne pratiquait point la masturbation.

À l'âge de vingt ans, le malade est devenu neurasthénique _ex abstinentia_. Il essaya alors le coït, mais ne réussit pas. En revanche, il était saisi d'un puissant _libido_ quand, dans un hammam, il avait l'occasion de voir des _viri nudi_. L'un d'eux remarqua l'émotion du jeune homme, l'aborda, le masturba, ce qui lui causa un grand plaisir. Il se sentait puissamment attiré vers cet homme et se fit encore masturber par lui à plusieurs reprises. Entre temps il faisait des essais du coït avec les femmes, mais il remportait toujours un échec. Le malade en était profondément désolé; il consulta des médecins qui expliquèrent son impuissance par sa nervosité et qui étaient d'avis que cela s'arrangerait bientôt.

Jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans, sa satisfaction sexuelle consistait à se faire masturber une fois par mois par l'homme aimé. C'est à cette époque qu'il se sentit pour la dernière fois attiré vers la femme. C'était une paysanne vierge. Elle se montra inaccessible à ses désirs. Comme son amant lui était devenu inaccessible aussi, le malade prit l'habitude de la masturbation solitaire. À la suite de ces pratiques, sa neurasthénie s'accentua de plus en plus. Il ne put pour cette raison terminer ses études; il évita les hommes, devint sombre, aboulique; il fit sans succès des cures dans divers établissements hydrothérapiques. Le malade vint me trouver vers la fin du mois de février 1890 pour me demander conseil au sujet de sa neurasthénie (cérébro-spinale) qui était grave et continue.

C'est un homme grand, svelte, de manières aristocratiques, d'allures nettement viriles, et d'apparence névropathique; lobes des oreilles grands et se confondant comme un cadre avec les joues. Les parties génitales sont tout à fait normales. Il présente les symptômes ordinaires d'une neurasthénie cérébro-spinale modérée. Il est très déprimé, se plaint que la vie lui paraît si peu agréable qu'il en est arrivé au _tædium vitæ_; il est péniblement affecté de son anomalie sexuelle, d'autant plus que sa famille insiste pour qu'il se marie.

Chez la femme il n'y a que l'âme qui l'intéresse et non le corps. Sexuellement il n'a d'affection que pour les hommes, et encore faut-il que ceux-ci soient du meilleur monde. Ses rêves n'ont jamais eu pour objet des individus de son propre sexe, mais toujours des personnes du sexe féminin. Dans ces rêves érotiques il s'est vu dans le rôle de la femme.

La puella la plus raffinée n'a jamais pu provoquer de l'érection ni du _libido_ chez lui.

Ses rapports sexuels avec les hommes ont consisté dans la masturbation passive ou mutuelle. Il ne s'est livré que rarement à l'auto-masturbation et quand il ne pouvait faire autrement. Depuis cinq mois il s'en est abstenu, depuis le mois d'août 1889 il n'a pas eu non plus de rapports sexuels avec des hommes.

Un essai d'hypnose selon la méthode de Bernheim n'a pas réussi. En passant plusieurs fois la main sur le front, on provoque de l'engourdissement avec catalepsie. Cette méthode est employée pour appliquer le traitement suggestif chez ce malade digne de pitié. L'état hypnotique reste toujours le même; il est impossible de l'amener au somnambulisme.

À la troisième séance le malade reçoit les suggestions: l'onanisme et l'amour du sexe masculin sont détestables; il faut trouver les femmes belles et rêver d'elles.

Après la sixième séance (10 mars), il se produit une évolution visible dans l'existence psychique du malade. Il devient plus calme, il se sent plus dégagé, rêve par-ci par-là de femmes, et plus d'hommes, trouve que ces derniers lui sont devenus tout à fait indifférents et m'annonce avec satisfaction qu'il n'a plus de velléités de masturbation. Il s'approche du beau sexe, mais il s'aperçoit que les femmes n'exercent pas sur lui la moindre force d'attraction.

Le 19 mars des affaires rappellent le malade chez lui, de sorte que le traitement a dû être interrompu.

Le 17 mai 1890 il revient au traitement. Il affirme qu'entre temps il ne s'est pas masturbé et qu'il a su résister à son penchant pour les hommes. Aussi n'a-t-il plus rêvé d'hommes, et deux fois même dans ses songes il s'est occupé de femmes, mais tout à fait platoniquement. Son asthénie cérébrale (_ex abstinentia_) s'est augmentée. Il souffre évidemment du manque d'une satisfaction morale et sensuelle de sa _vita sexualis_, puisque l'amour homosexuel et la masturbation lui sont devenus impossibles, et que, en même temps, il est aussi privé des rapports avec les femmes. Le malade en est péniblement affecté jusqu'au _tædium vitæ_.

On le soumet alors à un traitement antineurasthénique (hydro-électrothérapie) et on reprend le traitement hypnotique. Ce n'est qu'après une cure laborieuse de dix semaines que les malaises neurasthéniques disparaissent. Parallèlement il se produit un changement dans l'individualité psychique.

Le malade s'aperçoit avec satisfaction qu'il devient plus vigoureux et que la vie sexuelle ne joue plus chez lui un rôle dominant. Il est vrai qu'il se sent attiré plutôt vers l'homme que vers la femme, mais il résiste facilement aux désirs homosexuels. Le boudoir qu'il avait jusqu'ici se transforme en bureau de travail; au lieu de s'occuper de luxe, de toilette et de lectures frivoles, il court dans les forêts et sur les montagnes. À cause des dangers d'un échec, on laisse le malade prendre une initiative sur le terrain hétérosexuel.

Ce n'est que dans la quatorzième semaine de sa cure qu'il se met à l'épreuve. Il réussit brillamment. Il devient un homme gai, sain de corps et d'esprit; il nourrit les meilleures espérances pour son avenir et caresse même l'idée de se marier.

Il éprouve un plaisir croissant aux rapports sexuels normaux et a, à l'occasion, des rêves érotiques concernant des femmes; il ne rêve plus d'hommes.

Vers la fin du mois de septembre, la cure du malade est terminée. Il se sent tout à fait normal sous le rapport hétérosexuel; il est délivré de sa neurasthénie et il a des idées de mariage. Toutefois il avoue franchement qu'il entre encore en érection quand il voit un homme bien fait tout nu; mais il résiste avec facilité aux envies qui pourraient le prendre à ce propos; dans la vie des songes il a exclusivement des «relations avec la femme».

Au mois d'avril 1891 j'ai revu le malade qui se portait au mieux. Il croit que sa _vita sexualis_ est complètement assainie, en tant qu'il fait le coït régulièrement avec une parfaite puissance, qu'il ne rêve que de femmes et qu'il n'a jamais la moindre velléité de masturbation. Toutefois il me fait cet aveu intéressant que souvent _post coïtum_ il a encore passagèrement un «léger goût pour l'homme», mais qu'il lui est facile de le dompter. Il se croit rétabli pour toujours et nourrit le projet de se marier.

Le traitement par suggestion peut réussir aussi dans l'inversion sexuelle manifestement congénitale, ainsi que le prouvent les sujets traités par l'auteur et celui de Ladame où du moins on a réussi à désuggérer les sentiments homosexuels et à obtenir une neutralisation sexuelle très salutaire, étant donnés les dangers de la honte sociale et des poursuites judiciaires. Wetterstrand a même réussi à remplacer la tendance homosexuelle par des sentiments hétérosexuels avec puissance génitale. Ce cas est cité par von Schrenk (_op. cit._, observation 49). Des succès analogues ont été encore obtenus par Bernheim (cité par Schrenk: observation 51), Muller (cité par Schrenk: observation 53), Schrenk (_op. cit._, cas 66, 67). Ce dernier même a réussi dans des cas d'effémination (Schrenk, _op. cit._, cas 62 et 63).

Nous tenons à citer ici le premier de ces cas qui est pour ainsi dire un succès phénoménal et que l'auteur a pu personnellement suivre. D'ailleurs, ces succès décisifs et durables ne peuvent être obtenus que quand on peut pousser l'hypnose jusqu'au somnambulisme. Toutefois, il faut se mettre en garde contre les illusions.

OBSERVATION 143 (_Cas d'inversion sexuelle congénitale amélioré par suggestion hypnotique_).--R., fonctionnaire, vingt-huit ans, demanda, le 20 janvier 1880, des secours médicaux. Il est le frère du malade qui fait l'objet de l'observation 135 et par conséquent d'une famille très tarée. Vers la fin du traitement, il avoue être l'auteur de l'autobiographie qui a été insérée comme observation 83 dans la cinquième édition de ce livre et que nous allons tout d'abord reproduire ici:

«Mon anomalie consiste, pour le dire brièvement, en ce que, sous le rapport sexuel, je me sens tout à fait femme. Depuis ma première jeunesse, dans mes rêves et dans mes actes sexuels, j'ai eu devant les yeux uniquement des images d'êtres masculins et de parties génitales d'hommes. Jusqu'à ce que je sois devenu élève de l'Université, je n'y ai rien trouvé d'étrange. (Je n'ai jamais parlé à autrui de mes fantaisies et de mes rêves; je vivais, quand je fréquentais le lycée, très retiré, et j'étais très peu communicatif). Ce qui frappa mon attention, alors que j'étais étudiant de l'Université, c'est que les êtres féminins ne pouvaient m'inspirer le moindre intérêt. J'ai essayé plusieurs fois depuis, au lupanar et ailleurs, de faire le coït ou d'arriver au moins au coït, mais toujours en vain.

«Aussitôt que j'étais seul avec un être féminin dans une chambre, toute érection cessait immédiatement. J'ai pris d'abord ce phénomène pour de l'impuissance, et pourtant j'étais à cette époque si excité sexuellement qu'il me fallait me masturber plusieurs fois par jour pour pouvoir dormir.

«Mes sentiments pour le sexe masculin se sont développés bien autrement: ils sont devenus plus forts chaque année. Au commencement ils se manifestèrent par une amitié extrêmement romanesque pour certains personnages, sous la fenêtre desquels j'attendais la nuit des heures entières, que je cherchais par tous les moyens à rencontrer dans les rues, et dont je cherchais toujours à me rapprocher. J'écrivais à ces personnages les lettres les plus passionnées, mais je me gardais bien toutefois d'y déclarer trop clairement mes sentiments. Plus tard, dans la période qui suivit mes vingt ans, j'eus une conscience nette de la nature sensuelle de mes inclinations, surtout à la suite de la sensation voluptueuse que j'éprouvais aussitôt que je me trouvais en contact direct avec un de ces amis. C'étaient tous des hommes bien bâtis, aux cheveux foncés et aux yeux noirs. Je ne me suis jamais senti excité par des garçons et je ne comprends pas comment on peut avoir du goût pour la pédérastie proprement dite. À la même époque (entre ma vingt-deuxième et ma vingt-troisième année) le cercle des personnes que j'aimais, s'élargissait de plus en plus. À l'heure qu'il est, je ne peux pas voir dans la rue un bel homme sans concevoir le désir de le posséder. J'aime surtout les personnes de la basse classe dont les formes vigoureuses m'attirent: les soldats, les gendarmes, les cochers de tramway, etc.. en un mot, tout ce qui porte un uniforme. Si quelqu'un de ces gens répond à mon regard, je sens comme un frisson à travers tout mon corps. Je suis excité surtout le soir, et rien qu'en entendant le pas vigoureux d'un militaire, j'ai souvent des érections des plus violentes. C'est pour moi un plaisir particulier de suivre ces individus et de les contempler en marchant derrière eux. Aussitôt que j'apprends qu'ils sont mariés ou qu'ils se commettent avec des filles, mon émotion disparaît. Il y a quelques mois encore je pouvais maîtriser mes penchants et ils ne se faisaient pas remarquer directement. À cette époque, un soldat que je suivais, me sembla disposé à consentir à mes désirs; je l'abordai. Pour de l'argent, il fut prêt à tout. _Statim summa libidine affectus sum eum amplecti et osculari neque periculo videndi deterritus sum, quominus hæc facerem. Genitalia mea apprehendit manibus et statim ejaculatio evenit._ Cette rencontre me fit enfin comprendre le but de ma vie, but que je cherchais depuis si longtemps. Je savais que c'était là que mon naturel trouverait son bonheur et sa satisfaction; à partir de ce moment j'ai pris la résolution de faire tous mes efforts pour trouver un être que je puisse aimer et auquel je resterais attaché pour toujours. Je n'ai aucun remords de ma manière d'agir.

«Il est vrai que dans les moments de calme je sens très bien la grande différence qui existe entre ma façon de penser et les vues du monde; je connais naturellement aussi, étant jurisconsulte, les dangers d'une liaison telle que je la désire, mais tant que la totalité de ma nature n'aura pas changé, je ne saurais résister aux tentations qui me hantent. Malgré tout, je serais prêt à me soumettre à tout traitement pour sortir de mon état anormal.

«Je sens en femme, et je m'en rends compte, entre autres par le fait que toute représentation sensuelle ayant rapport à une femme me paraît pour ainsi dire forcée et même contre nature. Je suis certain aussi que mon estime pour une femme--je fréquente beaucoup la société des dames et je m'y trouve très bien--se convertirait en aversion dans le cas où j'apercevrais chez elle des inclinations sensuelles pour ma personne. Dans mes rêves et dans mes fantaisies érotiques concernant les hommes, je me figure toujours dans des positions telles que leur figure est tournée vers moi. _Maxima mihi esset voluptas, si vir robustus nudus me tanta vi amplecteretur, ut reniti non possem._ En général, je me vois dans ces positions dans un rôle tout à fait passif, et ce n'est qu'en faisant violence à mes sentiments que je pourrais m'imaginer dans une autre situation. Je suis d'une timidité vraiment féminine. Quelque grand que soit mon désir de m'approcher de tel ou tel individu, je fais des efforts aussi grands pour ne rien laisser percer de mon inclination. Des moustaches, un système pileux très développé, et même la crasse, me paraissent particulièrement attrayants. Inutile de dire qu'au point de vue social mon état me paraît tout à fait désespérant, et si je n'avais pas l'espoir de trouver un être qui me comprenne, je ne saurais guère supporter la vie. Je sens que les rapports sexuels avec l'homme sont l'unique moyen de combattre avec efficacité mon penchant pour l'onanisme. Bien que cela m'affecte beaucoup, je ne puis pas m'en passer longtemps, car autrement, ainsi que je l'ai déjà éprouvé par expérience, je serais encore plus affaibli par des pollutions nocturnes et par des érections qui dureraient des heures entières dans la journée.

«Jusqu'ici je n'ai aimé vraiment que deux hommes. Tous les deux étaient des officiers, de beaux hommes, de grand talent, sveltes et bien bâtis, bruns, avec des yeux noirs. J'ai fait la connaissance de l'un à l'Université. J'étais amoureux fou de lui; je souffrais beaucoup de son indifférence, je passais la moitié des nuits sous ses fenêtres, rien que pour être dans sa proximité. Quand il fut transféré dans une autre garnison, je fus désespéré.

«Peu après je fis la connaissance d'un autre officier qui ressemblait au premier, et qui m'a captivé dès le premier moment. Je cherchai par tous les moyens possibles à me rencontrer avec lui; je passais toute la journée dans la rue et dans les endroits où je pouvais espérer le voir. Je sentais me monter le sang au visage quand je l'apercevais à l'improviste. Quand je le voyais causer amicalement avec d'autres, je ne me sentais plus de jalousie. Quand j'étais assis à côté de lui, j'avais l'impulsion invincible de le toucher; je pouvais à peine cacher ma grande émotion, quand j'avais l'occasion de lui effleurer les _genua aut femora_. Cependant jamais je n'ai eu le courage de déclarer mes sentiments devant lui, car j'ai cru deviner dans ses manières qu'il ne les aurait pas compris ou pas partagés.

«J'ai vingt-sept ans, je suis de taille moyenne, bien fait; je passe pour être joli, j'ai la poitrine un peu étroite, de petites mains, de petits pieds et une voix grêle. Au point de vue intellectuel, je crois être bien doué, car j'ai passé brillamment mon examen de brevet; je sais plusieurs langues et je suis bon peintre.

«Dans mon métier je passe pour être travailleur et consciencieux. Les gens de ma connaissance me trouvent froid et singulier. Je ne fume pas, ne pratique aucun sport; je ne puis ni chanter, ni siffler. Ma démarche est un peu affectée, de même que mon langage. J'ai beaucoup de prédilection pour l'élégance, j'aime les bijoux, les sucreries, les parfums, et je vais de préférence dans la société des dames.»

On apprend encore par les notes prises par le Dr V. Schrenk sur la maladie de cet inverti, que les entraves sociales et légales d'un côté, l'impulsion violente pour son propre sexe de l'autre côté, ont provoqué dans l'âme du malade des luttes terribles qui ont fait de sa vie un supplice. C'est pour cette raison qu'il s'est confié à un médecin.

Le 22 janvier 1889, le malade fut soumis au traitement hypnotico-suggestif suivant la méthode de l'École de Nancy. Peu à peu on réussit à le mettre en somnambulisme.

Les suggestions lui ont été faites dans ce sens: indifférence et faculté de résistance vis-à-vis du sexe masculin, intérêt croissant pour les rapports avec la femme, interdiction de la masturbation, substitution des images féminines aux images masculines dans les rêves érotiques. Après quelques séances, les formes féminines commencent à plaire au malade. À la septième séance, on lui suggère de faire le coït et d'y réussir. Cette suggestion est suivie d'effet. Pendant les trois mois suivants, le malade se trouvant sous l'influence éducatrice des suggestions périodiques, est resté en possession complète d'un fonctionnement sexuel normal. Le 22 avril 1889, il y a rechute, par suite de la séduction d'un uraniste. Repentir et horreur dans la séance suivante. Comme expiation, coït avec une femme en présence du séducteur.

Le malade se plaint que le coït avec des femmes très inférieures comme éducation, ne satisfait pas son besoin esthétique. Il espère trouver cette satisfaction dans un mariage heureux. Il cesse le traitement, se fiance quelques semaines plus tard avec une amie d'enfance, se présente six mois après comme un heureux fiancé, et croit, par suite du bonheur qu'il éprouve avec sa fiancée, être à l'abri de toute rechute.

L'auteur assure que le traitement hypnotique n'a jamais d'effet nuisible secondaire. Étant donnée la lourde tare héréditaire du malade, il ne tranche pas la question de savoir si la guérison sera durable, mais il exprime la conviction que, dans le cas de récidive, la suggestion hypnotique ne manquerait pas de produire son effet comme la première fois.

Comme le succès incroyable de ce cas m'avait intéressé au plus haut degré, et que je m'intéressais encore davantage au cours que prendraient les choses après la guérison, je me suis adressé à l'auteur en lui demandant des renseignements sur l'état de santé de son ancien malade.

Avec la plus grande amabilité, M. le Dr V. Schrenk a mis à ma disposition la lettre suivante qu'il avait reçue au mois de janvier 1890.

«Par le traitement suggestif de M. le baron V. Schrenk, j'eus pour la première fois la faculté physique d'avoir des rapports sexuels avec une femme, ce qui, jusqu'ici ne m'avait pas réussi malgré des essais réitérés.

«Comme mon besoin esthétique ne pouvait être satisfait par des relations avec des prostituées, j'ai cru trouver mon salut réel dans un mariage. Une affection amicale ancienne pour une dame que je connais depuis mon enfance m'a fourni la meilleure occasion de conclure un mariage, d'autant plus qu'à cette époque je croyais que c'était elle qui serait le plus capable d'éveiller en moi des sentiments pour le sexe féminin, sentiments qui, jusque-là m'étaient totalement inconnus. Son être répond tellement à mes inclinations que je suis profondément convaincu de trouver aussi une complète satisfaction physique. Cette conviction n'a pas changé pendant les mois qui se sont écoulés depuis nos fiançailles.

«J'ai l'intention de me marier dans quatre semaines.

«En ce qui concerne mon attitude vis-à-vis du sexe masculin, ma force de résistance--c'est le résultat le plus positif et le plus constant du traitement--subsiste toujours au même degré. Tandis que, autrefois, il m'était impossible, en voyant par exemple un beau cocher de tramway, de résister à une excitation sexuelle intense au point de me forcer à quitter la voiture: aujourd'hui je peux rester sans aucune excitation sexuelle, même quand je me trouve avec mon ancien amant. Il faut ajouter toutefois que la fréquentation de ce dernier a toujours pour moi un certain attrait qui cependant ne peut être comparé à mon ancienne passion.

«D'autre part j'ai refusé, et sans que cela m'ait coûté beaucoup d'efforts, des offres réitérées d'entrer en rapports sexuels avec des hommes auxquels autrefois je n'aurais pu résister.

«Je puis affirmer que c'est plutôt par sentiment de pitié que je ne romps pas les relations avec mon ancien amant qui a conservé pour moi son affection passionnée.

«Ces relations me paraissent plutôt comme un devoir moral que comme un besoin intérieur.

«Depuis que le traitement médical a été terminé, je n'ai plus eu de rapports avec des prostituées. Cette circonstance, ainsi que les nombreuses lettres de mon ancien amant et ses tentatives de renouer l'ancienne liaison, peuvent être considérées comme la cause de ce que, dans l'intervalle de huit mois, je me suis laissé entraîner trois ou quatre fois dans nos entretiens à un rapport sexuel. Dans ces occasions, j'ai toujours conservé la conscience d'être parfaitement maître de moi-même, ce qui était contraire à mon état passionnel d'autrefois, et m'a attiré les reproches les plus vifs de la part de mon ami. Je sens toujours une certaine barrière insurmontable qui n'est pas fondée sur des raisons morales mais qui doit être directement attribuée à votre traitement. Depuis ce temps, je n'éprouve plus pour lui d'amour dans le sens d'autrefois. D'ailleurs, depuis que le traitement a été terminé, je n'ai plus jamais cherché d'occasions d'entrer en rapports sexuels avec des hommes et je n'en éprouve pas non plus le besoin, tandis qu'autrefois il ne se passait pas un jour où je ne m'y sentisse poussé au point que par moments j'étais incapable de penser à autre chose.

«Les images sexuelles à l'état de rêve ou à l'état de veille sont devenues très rares.