Étude Médico-Légale: Psychopathia Sexualis avec recherches spéciales sur l'inversion sexuelle
Part 44
Elle regrette profondément d'avoir par sa passion rendu Marie malheureuse, trouve pervers ses sentiments sexuels, et cet amour d'une femme pour une autre femme moralement répréhensible chez les individus sains. Elle a beaucoup de talent littéraire, possède une mémoire extraordinaire. Sa seule faiblesse est sa légèreté colossale et son incapacité de gérer, avec bon sens, l'argent et les valeurs en argent. Mais elle se rend parfaitement compte de cette faiblesse et nous prie de n'en plus parler.
S... a 153 centimètres de taille; elle est d'une charpente osseuse délicate et maigre, mais étonnamment musculeuse sur la poitrine et sur la partie supérieure des cuisses. Sa démarche, avec des vêtements féminins, est maladroite.
Ses mouvements sont vigoureux, pas désagréables, bien que d'une certaine raideur masculine, sans grâce. Elle salue par une vigoureuse poignée de mains. Toute son attitude a l'air résolue, énergique, et dénote une certaine confiance en sa propre force. Le regard est intelligent, l'air un peu sombre. Ses pieds et ses mains sont remarquablement petits comme chez un enfant. Les parties tendineuses des extrémités sont remarquablement velues, tandis qu'on ne voit pas de poils de barbe, ni même de duvet, malgré les expériences faites avec le rasoir. Le torse ne répond pas du tout à la conformation féminine. La taille manque. Le bassin est si mince et si peu proéminent qu'une ligne partie d'au-dessous de l'aisselle et allant au genou correspondant forme une ligne droite et n'est ni enfoncée par la taille, ni repoussée en dehors par le bassin. Le crâne est légèrement oxycéphale et reste dans toutes ses dimensions d'un centimètre au-dessous du volume moyen du crâne féminin.
La circonférence du crâne est de 32 centimètres, la ligne de l'oreille à la pointe postérieure du crâne de 24, la ligne de l'oreille à l'occiput de 23, celle de l'oreille au front de 26,5; la circonférence longitudinale est de 30, la ligne de l'oreille au menton de 20,5, le diamètre longitudinal de 17, le plus grand diamètre en largeur de 13, la distance des conduits auditifs de 12, la ligne des jugulaires de 11,2 centimètres. La mâchoire supérieure dépasse la mâchoire inférieure de 0,5 centimètre. La position des dents n'est pas tout à fait normale. La dent oculaire supérieure à droite ne s'est jamais développée. La bouche est remarquablement petite. Les oreilles sont décollées, les lobes ne sont pas séparés, mais se confondent avec la peau des joues. Le palais est dur, étroit et bombé. La voix est dure et grave. Les seins sont assez développés, mais sans sécrétion. Le _mons Veneris_ est couvert de poils touffus et foncés. Les parties génitales sont tout à fait féminines, sans aucune trace de phénomènes d'hermaphrodisme, mais leur développement s'est arrêté; elles ont le type enfantin d'une fille de dix ans. Les _labia majora_ se touchent presque complètement, les _minora_ ont la forme d'une crête de coq et proéminent au-dessus des grandes. Le clitoris est petit et très sensible. Le _frenulum_ est tendre, le _perineum_ très étroit, _introitus vaginæ_ étroit, avec muqueuse normale. L'hymen manque (probablement absence congénitale), de même les _carunculæ myrtiformes_. La _vagina_ est tellement étroite que l'introduction d'un _membrum virile_ serait impossible; d'ailleurs très sensible. Il est évident que jusqu'ici le coït n'a pas eu lieu. L'utérus est senti à travers le rectum gros comme une noix; il est immobile et en rétroflexion.
Le bassin est aminci dans tous les sens (rabougri), avec un type masculin très prononcé. La distance entre les pointes de l'os iliaque antérieur est de 22,3 (au lieu de 26,9), celle des crêtes iliaques 26,5 (au lieu de 29,3) celle des trochanter de 27,7 (31), les conjungata externes ont 17,2 (19-20), et les internes ont 7,7 (au lieu de 10,8). En raison du peu de largeur du bassin, les cuisses ne sont pas convergentes comme c'est le cas chez la femme, mais leur position est tout à fait droite.
Le rapport médical a démontré que chez S..., il y a une inversion morbide et congénitale du sentiment sexuel, inversion qui se manifeste même anthropologiquement par des anomalies dans le développement du corps, et qui a pour cause de lourdes tares héréditaires; qu'enfin les actes incriminés trouvent leur explication dans la sexualité morbide et irrésistible de la malade.
La remarque caractéristique de S.: «Dieu m'a inculqué l'amour dans le coeur; s'il m'a créée telle et pas autrement, est-ce ma faute, ou sont-ce les voies insondables de la Providence?» est, sous ce rapport, tout à fait légitime.
Le tribunal a prononcé l'acquittement. La «comtesse en vêtements d'homme», comme l'appelaient les journaux, rentra dans la capitale de son pays où elle figure de nouveau comme comte Sàndor. Son seul chagrin est que son amour heureux avec sa Marie ardemment adorée a maintenant disparu.
Une femme mariée, à Brandon (Wisconsin), dont le docteur Kiernan rapporte l'histoire (_The med. Standard_, 1888, nov.-déc), a eu plus de chance. Elle enleva, en 1883, une jeune fille, se laissa marier avec elle à l'église, et vécut maritalement avec elle sans être dérangée.
Un cas rapporté par Spitzka (_Chicago med. Review_ du 20 août 1881) fournit un intéressant exemple historique d'androgynie. Il concerne lord Cornbury, gouverneur de New-York, qui a vécu sous le gouvernement de la reine Anne, et qui, évidemment atteint de _moral insanity_, était un débauché effréné. Malgré sa haute position, il ne pouvait s'empêcher de se promener dans les rues vêtu en femme et avec toutes les allures et les minauderies d'une cocotte.
Sur un des portraits qu'on a pu conserver de lui, on remarquera surtout l'étroitesse de son os frontal, sa face asymétrique, ses traits féminins, sa bouche sensuelle. Il est certain qu'il ne s'est jamais pris lui-même pour une femme.
Chez les individus atteints d'inversion sexuelle, le sentiment et la tendance sexuels pervers peuvent aussi se compliquer d'autres phénomènes de perversion.
Il est probable qu'il s'agit, en ce qui concerne la manifestation de l'instinct, de faits analogues à ceux qui se produisent chez les personnes hétérosexuelles perverses dans la mise en action de leur instinct.
Étant donné cette circonstance que l'inversion sexuelle va presque régulièrement de pair avec une accentuation morbide de la vie sexuelle, il est fort possible que des actes sadistes et de volupté cruelle se produisent sans la satisfaction du libido. Un exemple caractéristique à ce sujet est le cas de Zastroio (Casper-Liman, 7e édit., t. I, p. 160; t. II, p. 487), qui a mordu une de ses victimes, un garçon, lui a déchiré le prépuce, fendu l'anus, et finalement l'a étranglé.
Z... était issu d'un grand-père psychopathe, d'une mère mélancolique; son oncle maternel s'adonnait à des jouissances sexuelles anormales et s'est suicidé.
Z... était né d'uraniste; dans son _habitus_ et ses occupations, il était de caractère masculin, atteint de phimosis; c'était un homme faible psychiquement, tout à fait déséquilibré et, au point de vue social, tout à fait inutilisable. Il avait l'_horror feminæ_; dans ses rêves érotiques, il se sentait femme en face de l'homme; il avait la pénible conscience de son absence de sentiment sexuel normal et de son penchant pervers; il essaya de trouver une satisfaction dans l'onanisme mutuel et eut souvent des désirs de pédérastie.
On trouve dans l'historique de quelques-uns des malades précédents de pareilles velléités sadistes chez des invertis sexuels (comp. observations 107, 108 de cette édition). Il y a aussi du masochisme parfois (comp. observations 43, 6e édition, observation 111, 114 de cette édition).
Comme exemple de satisfaction sexuelle perverse basée sur l'inversion sexuelle, nous citerons encore ce Grec qui, comme le rapporte Athenæus, était amoureux d'une statue de Cupidon et la souilla dans le temple de Delphes; puis, outre les cas monstrueux cités dans le livre de Tardieu (_Attentats_, p. 272), le cas horrible d'un nommé Artusio (voir Lumbroso: _L'uomo delinquente_, p. 200) qui a ouvert le ventre d'un garçon et l'a souillé par cette ouverture.
Les observations 86, 110, 111 prouvent que, dans l'inversion sexuelle, on rencontre quelquefois aussi du fétichisme.
DIAGNOSTIC, PRONOSTIC ET TRAITEMENT DE L'INVERSION SEXUELLE
L'inversion sexuelle n'a eu pour la science jusqu'à ces derniers temps qu'un intérêt anthropologique, clinique et médico-légal; on est arrivé, grâce aux recherches plus récentes, à pouvoir penser aussi à la thérapie de cette anomalie funeste qui, chez l'individu atteint, constitue un si grave préjudice au point de vue moral, physique et social.
La première condition d'une intervention thérapeutique, c'est la différenciation exacte entre les cas de maladie acquise et ceux de maladie congénitale, et le classement d'un cas concret dans une des catégories qu'on a pu définir par la voie de l'empirisme scientifique.
Le diagnostic entre les cas acquis et congénitaux n'offre pas de difficultés au début.
Si l'_inversio sexualis_ est déjà déclarée, l'étude rétrospective du cas donnera les éclaircissements nécessaires sur la maladie.
La conclusion importante, au point de vue du pronostic, c'est-à-dire de savoir s'il y a inversion congénitale ou acquise, ne peut dans ces cas se déduire que d'une anamnèse minutieuse.
Il serait de la plus grande importance, pour juger du caractère congénital de l'anomalie, d'établir si l'inversion sexuelle existait longtemps avant que l'individu se soit livré à la masturbation. Une enquête dans ce sens se butte à une difficulté: la possibilité d'une indication inexacte de l'époque (erreur de mémoire).
Prouver que le sentiment hétérosexuel a existé avant la période de début de l'auto-masturbation ou de l'onanisme mutuel, est chose importante pour la constatation d'une inversion sexuelle acquise.
En général, les cas acquis sont caractérisés de la façon suivante:
1º Le sentiment homosexuel ne se montre dans la vie de l'individu que secondairement, et peut être dû parfois à des incidents qui ont troublé la satisfaction sexuelle normale (neurasthénie onaniste, états psychiques).
Il est cependant probable que dans ce cas, malgré un libido sensuel et grossier, les sentiments et les penchants pour l'autre sexe, surtout au point de vue de l'affection psychique et du sens esthétique, ne reposent _ab origine_ que sur une base très faible.
2º Tant que l'inversion sexuelle ne s'est pas manifestée par des faits, le sentiment homosexuel est jugé par la conscience comme vicieux et morbide, et l'individu ne s'abandonne que faute de mieux à cette anomalie.
3º Le sentiment hétérosexuel reste pendant longtemps prédominant, et l'individu ressent péniblement l'impossibilité de le satisfaire. Ce sentiment s'efface à mesure que le sentiment homosexuel se fait de plus en plus fort.
Dans les cas congénitaux, au contraire, on observe les phénomènes suivants:
_a_) Le sentiment homosexuel vient en première ligne et domine la _vita sexualis_. Il apparaît comme une satisfaction naturelle et prédomine aussi dans les songes de l'individu.
_b_) Le sentiment hétérosexuel a manqué de tout temps, ou si, dans le cours de la vie de l'individu, il se manifeste aussi (hermaphrodisme psycho-sexuel), il n'est qu'un phénomène épisodique, ne trouve pas de racines dans l'âme de l'individu, et n'est qu'un moyen accidentel pour satisfaire des impulsions sexuelles.
D'après ce qui procède, la différenciation entre les divers autres groupes d'invertis congénitaux et les cas d'inversion acquise ne rencontrera guère de difficultés.
Le pronostic des cas d'inversion sexuelle acquise est de beaucoup plus favorable que celui des cas congénitaux. Dans les premiers, c'est vraisemblablement l'effémination complète, la transformation psychique de l'individu dans le sens de ses sentiments sexuels pervers qui constitue la limite au delà de laquelle il n'y a plus rien à espérer pour la thérapeutique. Dans les cas congénitaux, les diverses catégories énumérées dans ce livre représentent autant de degrés divers de la tare psychosexuelle, et la guérison n'est possible qu'avec la catégorie des hermaphrodites, et seulement probable (voir plus loin le cas de Schrenk-Notzing) dans les états de dégénérescence plus grave.
La prophylaxie de ces états n'en serait que plus importante: empêchement pour les congénitaux de procréer de pareils malheureux; préservation pour les invertis acquis des influences nuisibles qui, d'après l'expérience, pourraient amener cette fatale aberration du sentiment sexuel.
D'innombrables héréditaires deviennent la proie de ce triste mal, parce que les parents et les précepteurs ne se doutent même pas des dangers que la masturbation peut avoir pour les enfants, sur un terrain pareil.
Dans beaucoup d'écoles et de pensionnats il y a pour ainsi dire un apprentissage de la masturbation et de l'impudicité. Aujourd'hui on se préoccupe trop peu de la situation physique et morale des élèves.
S'acquitter du programme d'études, voilà la principale chose. Qu'importe si en même temps maint élève sombre au physique et au moral!
Avec une pruderie ridicule on cache d'un voile épais aux jeunes gens qui grandissent la vita sexualis: mais on ne fait pas la moindre attention aux mouvements de leur instinct génital. Combien peu de médecins sont consultés par leurs clients souvent les plus lourdement tarés pendant la période de développement des enfants.
On croit tout devoir abandonner à la nature. Par moments celle-ci s'agite trop violemment et conduit par des voies dangereuses les jeunes gens qui manquent de conseils et de secours.
Il ne nous paraît pas à propos d'approfondir ici le côté prophylactique de la question[96].
[Note 96: Les paroles suivantes, que m'a écrites le malade de l'observation 88 de la 6e édition, sont dignes d'attention sous le rapport de la prophylaxie: «Si jamais on arrivait, non pas à détruire, comme chez les Spartiates, les jeunes gens malingres pour avoir une bonne sélection dans le sens des idées darwiniennes, mais à reconnaître notre inversion sexuelle à l'âge de notre première jeunesse, on pourrait peut-être, pendant cette période, guérir par la suggestion, la pire de toutes les maladies! Il est probable que la guérison pourrait être plus facilement obtenue dans la jeunesse que plus tard.»]
Les parents et les précepteurs trouveront beaucoup d'indications et d'instructions dans ce livre ainsi que dans les nombreux ouvrages scientifiques sur la masturbation.
Voici les points à remplir dans le traitement de l'inversion sexuelle:
1º Combattre l'onanisme ainsi que les autres éléments nuisibles à la _vita sexualis_.
2º Suppression de la névrose (_neurasthenia sexualis_ et _universalis_) produite par des conditions anti-hygiéniques de la _vita sexualis_.
3º Traitement psychique pour combattre les sentiments et les impulsions homosexuels et développer le penchant hétérosexuel.
Le point principal de l'action devra viser à remplir la troisième indication, surtout contre l'onanisme.
L'accomplissement des points 1 et 2 du programme ne suffira que dans des cas très rares, quand l'inversion sexuelle acquise n'est pas encore arrivée à un état avancé. Le cas suivant rapporté par l'auteur dans le l'_Irrenfreund_ de 1884, nº I, en fournit un exemple.
OBSERVATION 132.--Z... 51 ans, de mère psychopathe, a été mis dans son jeune âge à l'école des cadets où il a été entraîné à l'onanisme. Il se développa bien au physique; il avait le sens sexuel normal, et devint à l'âge de dix-sept ans légèrement neurasthénique à la suite de pratiques de masturbation; il eut des rapports sexuels avec des femmes et en éprouva du plaisir, se maria à l'âge de vingt-cinq ans, mais fut atteint un an plus tard de malaises neurasthéniques accentués et perdit alors tout à fait son inclination pour le sexe féminin. Elle fut remplacée par l'inversion sexuelle. Impliqué dans un procès de haute trahison, il passa deux ans en prison et ensuite cinq ans en Sibérie. Pendant ces sept années, la neurasthénie et l'inversion sexuelle s'aggravèrent sous l'influence de la masturbation continuelle. À l'âge de trente-cinq ans, rendu à la liberté, le malade a dû depuis visiter toutes sortes de stations thermales, à cause de ses malaises neurasthéniques très avancés. Pendant cette longue période, son sentiment sexuel anormal n'a subi aucun changement. Il vivait pour la plupart du temps séparé de sa femme, qu'il estimait beaucoup pour ses qualités intellectuelles, mais qu'il fuyait parce qu'elle était femme, de même qu'il évitait les contacts avec tout être féminin. Son inversion sexuelle était purement platonique. L'amitié, l'accolade cordiale, un baiser, lui suffisaient. Des pollutions occasionnelles se produisaient sous l'influence de rêves érotiques où il s'agissait toujours de personnes de son propre sexe. Pendant la journée aussi, la plus belle femme le laissait froid, tandis que la seule vue de beaux hommes provoquait chez lui de l'érection et de l'éjaculation. Au cirque et au bal il n'y avait que les athlètes et les danseurs qui l'intéressaient. Dans ses périodes de plus grande émotivité, l'aspect même des statues d'hommes lui provoquait du l'érection. Incidemment il retomba à son ancien vice, à la masturbation. Homme délicat de sentiment et cultivé au point de vue esthétique, il avait la pédérastie en horreur. Il considéra toujours son sentiment sexuel pervers comme quelque chose de morbide, sans s'en estimer malheureux, étant donné son libido et sa puissance manifestement affaiblis.
Le _status præsens_ a montré les symptômes ordinaires de la neurasthénie. La taille, l'attitude et le vêtement ne présentaient rien d'étrange. Le massage électrique eut un succès extraordinaire. Au bout de quelques séances, le malade était très ragaillardi au physique et au moral. Après vingt séances, le _libido_ s'est réveillé de nouveau, non dans le sens qu'il avait jusqu'ici, mais avec une tendance normale, la même que le malade eut jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans. À partir de ce moment ses rêves érotiques n'eurent pour objet que la femme, et un jour le malade me raconta avec joie qu'il avait fait le coït et qu'il y avait éprouvé le même plaisir qu'il y a vingt-six ans. Il cohabitait de nouveau avec sa femme et espérait être délivré pour jamais de la neurasthénie et de l'inversion sexuelle. Cette espérance s'est justifiée pendant les six mois que j'ai encore eu l'occasion d'observer le malade.
Ordinairement le traitement physique, même soutenu par la thérapie morale, par des conseils énergiques d'éviter la masturbation, de supprimer les sentiments homosexuels et d'éveiller les tendances hétérosexuelles, ne suffit pas, même dans les cas d'inversion sexuelle acquise.
Seul le traitement psychique--la suggestion--peut être efficace.
L'observation suivante montre un exemple intéressant et réconfortant du succès obtenu par l'autosuggestion dans les formes atténuées de l'anomalie.
OBSERVATION 133.--_Autobiographie d'un hermaphrodite psychique.--Lutte victorieuse de l'individu contre ses penchants homosexuels_.
Mon père a eu une attaque d'apoplexie, mais il guérit en gardant une légère déviation de la figure. Ma mère était très anémique et très mélancolique. Tous deux ont beaucoup souffert d'hémorrhoïdes; mon père leur attribuait les maux de reins dont il souffrait par moments, même après son mariage.
Je suis, si j'ose m'exprimer ainsi, un caractère passif. Étant enfant je m'abandonnais à toutes sortes d'imaginations (les religieuses y compris). Je mouillais mes draps et pendant mon sommeil je m'amusais avec mes parties génitales, jusqu'au jour où mon père, pour m'en empêcher, m'attacha les mains. (J'étais à cette époque tout enfant et je ne me masturbais pas.) J'ai toujours été timide et maladroit dans mes rapports avec les autres. À l'âge d'environ quatorze ou quinze ans je fus poussé à l'onanisme. L'impulsion et les désirs pour la femme qui se sont manifestés lors de l'éveil de mon sentiment sexuel, n'étaient au fond que de nature platonique; d'ailleurs je n'avais pas d'occasions de me mettre en relation avec des dames. À l'âge d'environ dix-huit ans j'ai essayé de satisfaire d'une façon naturelle mon besoin sexuel, plutôt poussé par la curiosité que par une impulsion intérieure. Sans avoir eu jamais d'inclination pour la femme, j'ai depuis ce temps satisfait mon besoin par des rapports sexuels chaque fois que j'en ai eu l'occasion.
Peu après la période de la puberté, je devins très anémique et je paraissais plus que mon âge. Alors des pensées mélancoliques et des idées étranges se firent jour. J'éprouvais une vraie volupté à me représenter dans l'état de la plus grande humiliation possible. Il peut être intéressant d'ajouter encore qu'à cette époque je luttais contre des doutes religieux et que ce n'est que plus tard que j'ai trouvé le courage de me placer au-dessus de la religion. Je tombais amoureux des jeunes gens. Au commencement je résistai à ces idées, mais plus tard elles sont devenues si puissantes que je suis devenu un véritable uraniste. Les femmes me paraissaient n'être que des êtres humains de seconde classe. J'étais dans un état d'esprit désolant. Avec une lassitude de la vie, des tendances à la misanthropie s'installèrent dans mon âme malade. Un jour je lus l'ouvrage: _Was will das werden?_ (Qu'adviendra-t-il?) Et avant que j'aie pu m'en rendre compte, j'étais devenu démocrate-socialiste, mais dans le sens idéal. La vie avait de nouveau une valeur pour moi, car j'avais un idéal: la lutte pacifique pour le relèvement social du prolétariat. Cela produisit une puissante révolution dans mon être. Comme dans mes meilleurs jours (à l'âge de seize et dix-sept ans), je m'enthousiasmais pour l'art et notamment pour le théâtre. À l'heure qu'il est, je travaille à un drame et à une comédie, et je roule dans ma tête de grandes idées. J'ai lu une remarque de Schlegel que Sophocle devait son énergie et sa puissance de travail aux exercices physiques, son sens artistique à la musique. Puis un autre passage: «L'auteur dramatique doit être avant tout d'une intelligence intacte.» Cela me tomba comme une lourde pierre sur l'âme; car mes sentiments sexuels invertis ne pouvaient être sortis d'un esprit sain et droit.
Je conçus alors l'idée de me faire traiter par l'hypnotisme, mais la honte m'en empêcha. Je me dis alors que je devais être, au fond, un être lâche et bien faible pour avoir si peu de confiance en moi-même et je résolus sérieusement de supprimer mes désirs uranistes. En même temps, je combattis par un régime rationnel ma nervosité. Je faisais des parties de canot; je fréquentais la salle d'armes, je marchais beaucoup en plein air, et j'eus la joie, en me réveillant un matin, de me trouver comme un homme tout à fait transformé. Quand je pensais à mon passé entre vingt et vingt-six ans, il me semblait que, pendant cette période, un homme tout à fait étranger et dégoûtant avait logé dans ma peau.