Étude Médico-Légale: Psychopathia Sexualis avec recherches spéciales sur l'inversion sexuelle
Part 35
Vers la fin du mois d'octobre 1888, le malade m'écrivait qu'il avait résisté victorieusement à la masturbation et aux idées de bottes. Il n'a rêvé qu'une seule fois de bottes et il n'a presque plus eu de pollutions. Il est affranchi des tendances homosexuelles, mais, malgré de fréquentes et puissantes émotions sexuelles, il n'a aucun _libido_ pour la femme. Dans cette situation fatale, il est forcé par les circonstances de se marier dans trois mois.
2. HOMOSEXUELS OU URANISTES.
Contrairement au groupe précédent, c'est-à-dire celui des hermaphrodites psychosexuels, il y a ici, _ab origine_, un sentiment et un penchant sexuels exclusifs pour les personnes du même sexe; mais, contrairement au groupe qui suit, l'anomalie des individus se borne uniquement à la _vita sexualis_ et n'exerce pas un effet plus profond et plus grave sur le caractère ni sur la totalité de la personnalité intellectuelle.
La _vita sexualis_ est, chez ces homosexuels (uranistes), _mutatis mutandis_, tout à fait semblable à celle de l'amour normal hétérosexuel; mais, comme elle est contraire au sentiment naturel, elle devient une caricature, d'autant plus que ces individus sont en général atteints d'_hyperæsthesia sexualis_ et que, par conséquent, leur amour pour leur propre sexe est un amour ardent et extatique.
L'uraniste aime, idolâtre son amant masculin, de même que l'homme qui aime la femme, idolâtre sa maîtresse. Il est capable de faire pour lui les plus grands sacrifices; il éprouve les tortures de l'amour malheureux, souvent non payé de retour, de l'infidélité de l'amant, de la jalousie, etc.
L'attention de l'homme homosexuel n'est captivée que par le danseur, l'acteur, l'athlète, la statue d'homme, etc. L'aspect des charmes féminins lui est indifférent, sinon répugnant; une femme nue lui paraît dégoûtante, tandis que la vue des parties génitales viriles, la vue des cuisses de l'homme, etc., le fait tressaillir de joie.
Le contact charnel avec un homme qui lui est sympathique lui donne un frisson de volupté; et, comme de pareils individus sont souvent neurasthéniques sexuellement, soit de naissance, soit par suite de la pratique de l'onanisme ou d'une abstinence forcée de tout rapport sexuel, il se produit facilement des éjaculations qui, dans les rapports les plus intimes avec la femme, n'auraient pas lieu du tout ou ne pourraient être forcément provoquées que par des moyens mécaniques. L'acte sexuel de n'importe quel genre, accompli avec l'homme, procure du plaisir et laisse derrière lui un sentiment de bien-être. Quand l'uraniste est capable de se forcer au coït, le dégoût agit régulièrement comme idée d'entrave et rend l'acte impossible; il éprouve à peu près le même sentiment qu'un homme qui serait forcé de goûter à de la nourriture ou à des boissons nauséabondes. Toutefois, l'expérience nous apprend que souvent des invertis de ce second degré se marient pour des raisons éthiques ou sociales.
Ces malheureux sont relativement puissants, quand, au milieu de l'étreinte conjugale, ils fouettent leur imagination et se figurent tenir, au lieu de l'épouse, un homme aimé entre leur bras.
Mais le coït est pour eux un lourd sacrifice, et non un plaisir; il les rend pour des journées entières faibles, énervés et souffrants. Quand ces uranistes ne sont pas capables de contrebalancer les idées et les représentations d'entrave, soit par l'effort énergique de leur imagination, soit par l'emploi de boissons alcooliques excitantes, soit par des érections artificiellement créées à l'aide de vessies pleines, etc., ils sont complètement impuissants, tandis que le seul contact d'un homme peut leur donner des érections et même de l'éjaculation.
Danser avec une femme est désagréable à l'uraniste. La danse avec un homme, surtout avec un homme de formes sympathiques, lui paraît être le plus grand plaisir.
L'uraniste masculin, quand il est d'une classe bien élevée, n'a pas d'antipathie pour les rapports non sexuels avec les femmes, quand leur conversation et leur goût artistique lui paraissent agréables. Il n'abhorre la femme que dans son rôle sexuel.
La femme homosexuelle présente ces mêmes phénomènes, _mutatis mutandis_. À ce degré de l'aberration sexuelle, le caractère et les occupations restent conformes au sexe que l'individu représente. La perversion sexuelle reste une anomalie isolée, mais qui laisse des traces profondes dans l'existence sociale et intellectuelle de la personne en question. Conformément à ce fait, elle se sent, dans n'importe quel acte sexuel, dans le rôle qui lui échouerait dans le cas d'une tendance hétérosexuelle.
Il y a cependant des cas intermédiaires, formant une transition vers le troisième groupe, dans ce sens que la personne s'imagine, désire ou rêve le rôle sexuel qui correspondrait à ses sentiments homosexuels et qu'il se manifeste incomplètement des penchants à des occupations, des tendances de goût, qui ne sont pas conformes au sexe que l'individu représente. Dans certains cas on a l'impression que ces phénomènes ont été artificiellement produits par l'influence de l'éducation, dans d'autres qu'ils représentent des dégénérescences plus profondes et produites, dans les limites du degré en question, par une activité sexuelle perverse (masturbation); ces derniers cas présentent des phénomènes de dégénérescence progressive analogues à ceux que nous avons observés dans les inversions sexuelles acquises.
En ce qui concerne la façon de se satisfaire au point de vue sexuel, il faut remarquer que, chez beaucoup d'uranistes hommes, qui sont atteints de faiblesse sexuelle irritable, la seule accolade suffit pour provoquer une éjaculation. Les personnes sexuellement hyperesthésiques et atteintes de paresthésie des sentiments esthétiques, ont souvent un plus grand plaisir à se commettre avec des individus sales et communs, pris dans la lie de la populace.
Sur le même terrain se produisent des désirs pédérastes (naturellement actifs) et d'autres aberrations; mais il est rare, et évidemment c'est seulement chez des personnes d'une moralité défectueuse et très cupides, que le _libido nimia_ amène aux actes de pédérastie.
Contrairement aux vieux débauchés corrompus qui préfèrent des garçons et pratiquent de préférence la pédérastie, l'affection sexuelle des uranistes adultes ne paraît pas se tourner vers les individus masculins non développés.
L'uraniste ne pourrait probablement devenir dangereux pour les garçons que par suite d'un rut violent, ou quand il ne trouve pas mieux.
Le mode de satisfaction sexuelle des uranistes féminins est probablement la masturbation mutuelle et passive; ces personnes trouvent le coït aussi dégoûtant, fatigant et inadéquat que l'homme uraniste.
OBSERVATION 112.--L'observation suivante est l'extrait d'une très longue autobiographie qu'un médecin atteint d'inversion sexuelle a mise à ma disposition.
J'ai quarante ans; je suis né d'une famille très saine[94], j'ai toujours été bien portant; je passais pour un modèle de fraîcheur physique et intellectuelle, d'énergie; je suis d'une constitution robuste, mais je n'ai que peu de barbe; sauf aux aisselles et au _mons Veneris_, je n'ai pas de poils sur le corps.
[Note 94: Plus tard, on a appris qu'un proche parent était mort fou, et que huit soeurs et frères du malade avaient péri entre l'âge de un à huit ans d'_hydrocephalus acutus_ ou _chronicus_.]
Peu après ma naissance, mon pénis était déjà extraordinairement grand; à l'heure qu'il est, il a en _statu erectionis_ 21 centimètres de longueur et une circonférence de 14 centimètres. Je suis excellent cavalier, gymnaste, nageur; j'ai pris part à deux campagnes comme médecin militaire. Je n'ai jamais eu de goût pour les vêtements de femme ni pour les occupations féminines. Jusqu'à l'âge de puberté, j'étais timide en face du sexe féminin, et je le suis encore quand je me trouve en présence de femmes que je ne connais que depuis peu de temps.
De tout temps la danse me fut antipathique. À l'âge de huit ans s'éveilla en moi l'affection pour mon propre sexe. Tout d'abord j'éprouvais du plaisir en regardant les parties génitales de mes frères. _Fratrem meum juniorem impuli ut alter alterius genitalibus luderet, quibus factis penis meus se erexit._ Plus tard, en prenant un bain avec les enfants de l'école, les garçons m'intéressaient beaucoup, les filles pas du tout. J'avais si peu de goût pour elles qu'à l'âge de quinze ans encore je croyais qu'elles étaient munies d'un pénis comme nous autres. En compagnie de garçons ayant les mêmes sentiments, nous nous amusions _vicissim genitalibus nostris ludere_. À l'âge de onze ans et demi, on me donna un précepteur très sévère; je ne pouvais que rarement aller en cachette trouver mes camarades. J'apprenais très facilement, mais je ne m'accordais pas bien avec mon précepteur; un jour qu'il m'ennuyait trop, je me mis en rage et je courus sur lui avec un couteau; je l'aurais tué avec plaisir, s'il ne m'avait pas saisi le bras. À l'âge de douze ans et demi, j'ai déserté la maison paternelle pour une raison analogue, et pendant six semaines je rôdai dans le pays voisin.
On me mit ensuite au lycée; j'étais déjà développé sexuellement, et, en nous baignant, je m'amusais avec les garçons de la manière que j'ai indiquée, plus tard aussi par l'_imitatio coïtus inter femora_. J'avais alors treize ans. Les filles ne me plaisaient pas du tout. Des érections violentes m'amenèrent à jouer avec mes parties génitales; l'idée me vint aussi _penem in os recipere_, ce à quoi j'arrivai en me courbant. Je provoquai, par ce moyen, une éjaculation. C'est ainsi que j'arrivai à pratiquer la masturbation. J'en fus vivement effrayé, je me considérais comme un criminel; je me découvris à un condisciple âgé de seize ans. Celui-ci m'éclaira, me rassura et conclut avec moi une liaison d'amour. Nous étions heureux et nous nous satisfaisions par l'onanisme mutuel. En outre, je me masturbais aussi; au bout de deux ans, cette union fut rompue, mais, aujourd'hui encore, quand nous nous rencontrons par hasard--mon ami est un fonctionnaire supérieur--l'ancienne flamme se rallume de nouveau.
Ce temps que j'ai passé avec mon ami H... fut bien heureux, et j'en payerais le retour avec le sang de mon coeur. La vie m'était alors un plaisir; mes études étaient pour moi comme un jeu facile; j'avais de l'enthousiasme pour tout ce qui est beau.
Pendant ce temps, un médecin, ami de mon père, me séduisit en me caressant, à l'occasion d'une visite, en m'onanisant, en m'expliquant les procédés sexuels et en m'engageant à ne jamais me faire de manustuprations, cet acte étant très préjudiciable à la santé. Il pratiqua alors avec moi l'onanisme mutuel et me déclara que c'était pour lui le seul moyen de fonctionner au point de vue sexuel. Il a, dit-il, le dégoût des femmes; voilà pourquoi il a vécu en désaccord avec sa femme, morte depuis. Il m'invita avec insistance à venir le voir le plus souvent possible. Ce médecin était un homme de belle prestance, père de deux fils âgés du quatorze et quinze ans, avec lesquels, l'année suivante, je nouai une liaison d'amour analogue à celle que j'entretenais avec mon ami H... J'avais honte d'avoir fait des infidélités à ce dernier; toutefois je continuais mes rapports avec le médecin. Il pratiquait avec moi l'onanisme mutuel, me montrait nos spermatozoïdes sous le microscope; il me montrait aussi des ouvrages et des images pornographiques, mais qui ne me plaisaient guère, car je n'avais d'intérêt que pour les corps masculins. Plus tard, à l'occasion d'une visite, il me pria de lui accorder une faveur qu'il n'avait encore jamais goûtée et dont il avait grande envie. Comme je l'aimais, je consentis à tout. _Instrumentis anum dilatavit, me pædicavit, dum simul penem meum trivit ita ut eodem tempore dolore et voluptate affectus sim._ Après cette découverte j'allai immédiatement trouver mon ami H..., croyant que cet homme aimé me donnerait un plaisir plus grand encore. _Alter alterum pædicavit_; mais nous fûmes déçus tous les deux et nous n'y revînmes plus; car, passif, je n'éprouvais que de la douleur; et, actif, je n'avais pas de plaisir, tandis que l'onanisme mutuel nous procurait la plus grande jouissance. Je me laissai faire encore plusieurs fois par le médecin, et encore je ne le fis que par gratitude. Jusqu'à l'âge de quinze ans, je pratiquai avec des amis l'onanisme passif ou mutuel.
J'étais devenu grand; les femmes et les filles me faisaient toutes sortes d'avances; mais je les fuyais comme Joseph fuyait la femme de Putiphar. À l'âge de quinze ans, je vins dans la capitale. Je n'avais que rarement l'occasion de satisfaire mon penchant sexuel. En revanche, je jouissais à l'aspect des images et des statues d'hommes, et je ne pouvais m'empêcher d'embrasser ardemment les statues aimées. L'ennui principal pour moi, c'étaient les feuilles de vigne qui couvraient les parties génitales.
À l'âge de dix-sept ans, je me fis inscrire à l'Université. De nouveau je vécus deux ans avec mon ami H...
À l'âge de dix-sept ans et demi on me poussa, alors que j'étais en état d'ivresse, à faire le coït avec une femme. Je me forçai; mais, aussitôt l'acte accompli, je pris la fuite, rempli de dégoût. De même qu'après ma première manustupration active, j'eus comme le sentiment que j'avais commis un crime. Dans un nouvel essai que je fis, sans être ivre, _puella nuda pulcherrima operante erectio non evenit_, tandis que la vue seule d'un garçon ou le contact de ma cuisse avec une main d'homme rendait mon pénis raide comme de l'acier. Mon ami H... venait, il y a peu de temps, de faire la même expérience. Nous nous creusâmes alors la tête, mais en vain, pour en découvrir la cause. Je laissai donc les femmes pour ce qu'elles sont, et je trouvai mon plaisir chez des amis par l'onanisme passif et mutuel: entre autres je le pratiquais avec les deux fils du médecin qui, depuis mon départ, avait abusé de ses enfants en leur faisant de la _pædicatio_.
À l'âge de dix-neuf ans je fis la connaissance de deux vrais uranistes.
A..., cinquante-six ans, d'un extérieur féminin, imberbe, très médiocre au point de vue intellectuel, avec un instinct sexuel très fort et qui s'est manifesté trop prématurément, a pratiqué l'amour uraniste depuis l'âge de six ans. Il venait tous les mois une fois dans la capitale. J'étais obligé de coucher avec lui: il était insatiable d'onanisme mutuel et me força aussi à la _pædicatio_ active et passive, ce que j'ai dû accepter à contre-coeur, par-dessus le marché.
B..., négociant, trente-six ans, d'apparence tout à fait virile, avait des besoins énormes, de même que moi-même. Il savait donner à ses manipulations sur mon corps un tel charme que je dus lui servir de cynède. C'est le seul avec lequel j'éprouvai dans le rôle passif quelque jouissance. Il m'avoua que, rien qu'en me sachant près de lui, il était pris d'érections très tourmentantes: quand je ne pouvais pas le servir, il était obligé de se soulager par la masturbation.
Malgré ces amourettes, j'étais assistant de clinique à l'hôpital et je passais comme très zélé et très capable dans mon métier. Bien entendu, j'ai cherché dans toute la littérature médicale une explication de ma bizarrerie sexuelle. Partout je la trouvais stigmatisée comme un délit qui mérite d'être puni, tandis que moi je n'y pouvais reconnaître que la simple et naturelle satisfaction de mes désirs sexuels. J'avais la conscience que cette particularité m'est venue de naissance; mais, me sentant en antagonisme avec le monde entier, et souvent près de la folie et du suicide, j'essayais toujours et toujours de satisfaire avec les femmes mon immense appétit génital. Le résultat était toujours le même: ou il y avait absence de toute érection ou, quand je réussissais à faire l'acte, il y avait dégoût et horreur d'y revenir.
Étant médecin-major, je souffris énormément à la vue et au contact de milliers de corps d'hommes nus. Heureusement, je contractai une liaison d'amour avec un lieutenant qui partageait mes sentiments, et je passai encore une fois une période de divines délices.
Par amour pour lui, je me laissai décider à la _pædicatio_, que son âme désirait tant. Nous nous aimâmes jusqu'à sa mort, à la bataille de Sedan. Depuis, je n'acceptai plus jamais la _pædicatio_ ni passive, ni active, bien que j'aie eu beaucoup d'amourettes et que je sois un personnage très demandé.
À l'âge de vingt-trois ans, je suis allé m'établir comme médecin à la campagne, j'étais très couru et très aimé comme médecin. Pendant cette période, je me satisfaisais avec des garçons de quatorze ans. Je me suis, à cette époque, lancé dans la vie politique et brouillé avec le clergé. Un de mes amants me trahit, le clergé me dénonça et je fus forcé de prendre la fuite. L'enquête judiciaire conclut en ma faveur. J'ai pu rentrer, mais je fus vivement ébranlé et je profitai de la guerre qui venait d'éclater (1870) pour servir sous les armes, espérant trouver la mort. Je rentrai de la guerre, avec nombre de distinctions honorifiques; homme mûr et calme, je ne trouvais plus de plaisir que dans les travaux assidus de mon métier. J'espérais que mon énorme instinct génital était près de s'éteindre, épuisé que j'étais par les immenses fatigues de la campagne.
À peine fus-je reposé que l'ancien instinct indomptable recommença à se faire sentir en moi et m'entraîna à des satisfactions effrénées. Souvent je faisais mon examen de conscience, me reprochais mon penchant répréhensible aux yeux du monde, sinon aux miens.
Pendant un an, je m'abstins, en déployant toute ma force de volonté; ensuite, j'allai dans la capitale pour me forcer aux rapports avec les femmes. Moi qui, à la vue du plus sale garçon d'écurie, étais pris d'érections violentes, je n'avais guère d'émotion auprès de la plus belle des femmes. Je rentrais anéanti. J'avais un garçon pour mon service et en même temps pour mes satisfactions sexuelles.
La solitude de la vie du médecin du campagne, le vif désir d'avoir des enfants, me poussaient au mariage. Du reste, je voulais couper court aux cancans des gens, et j'espérais en outre triompher enfin de mon fatal penchant.
Je connaissais une demoiselle pleine de bonté et de coeur, et de l'amour de laquelle j'étais convaincu. Je réussis, grâce à l'estime et à l'adoration que j'avais pour ma femme, à remplir mes devoirs conjugaux. Ce qui me facilita ma tâche, ce fut l'air garçon qu'avait ma femme. Je l'appelais mon Raphaël, je fouettais mon imagination pour évoquer des images de garçons et arriver ainsi à l'érection. Mon imagination se lassa au bout d'un moment: c'en était fait de l'érection. Je ne pouvais pas dormir dans le même lit que ma femme. Dans ces deux dernières années, le coït m'a toujours été de plus en plus difficile à exécuter, et, depuis deux ans, nous y avons renoncé. Ma femme connaît mon état d'âme. Sa bonté de coeur et son amour pour moi ont pu la décider à n'y attacher aucune importance.
Mon penchant sexuel pour mon propre sexe est resté toujours le même, et malheureusement il m'a forcé souvent à faire des infidélités à ma femme.
Aujourd'hui encore, l'aspect d'un garçon de seize ans me met dans une vive excitation sexuelle avec des érections gênantes, de sorte que je me soulage à l'occasion par la manustupration du garçon ou par la masturbation sur moi-même.
Les tourments que je souffre sont indescriptibles. Faute de mieux, _uxor mea penem lerit, sed quod mulieris manus magno opere post dimidiam horam aduquitur, pueri manus post nonnulla momenta adsequitur_. Et ainsi je passe ma vie misérable, esclave de la loi et de mon devoir envers ma femme!
Je n'ai jamais eu le désir de la _pædicatio_ ni active ni passive. Quand je la faisais ou la subissais, c'était toujours par gratitude et par complaisance.
Le médecin auquel je dois cette auto-observation m'affirme que, jusqu'ici, il a eu des rapports sexuels avec au moins six cents uranistes. Il y en a beaucoup qui vivent encore et occupent des positions sociales très élevées et très respectées (10 p. 100 seulement d'entre eux sont devenus plus tard amateurs de femmes). Une autre partie ne déteste pas la femme, mais a plus de penchant pour le sexe masculin; les autres sont exclusivement et pour toujours amateurs d'hommes.
Ce médecin prétend n'avoir jamais rencontré de conformations anormales des parties génitales chez ces six cents uranistes; mais il a souvent pu remarquer certains rapprochements vers les formes féminines, le peu d'abondance des poils, un teint plus tendre, une voix plus haute. Il y avait souvent aussi un développement des mamelles; X..., _affirmat ab 13-15 anno lac in mammis suis habuisse quod amicus H... esuxit_. Seuls 10 p. 100 de ces hommes montraient du goût pour les occupations féminines. Tous ses amis étaient atteints d'un penchant sexuel anormalement précoce et fort. La grande majorité d'entre eux se sentait vis-à-vis l'un de l'autre comme hommes, se satisfaisait par l'onanisme mutuel, manustupration sur l'amant ou par l'amant. La plupart d'entre eux inclinaient vers la pédérastie active. Mais souvent, la crainte du Code pénal ou des raisons esthétiques contre l'anus, sont les causes pour lesquelles l'acte n'est pas exécuté. Ils se sentent rarement dans le rôle de femme vis-à-vis des autres, et ont rarement un penchant à la pédérastie passive.
Au commencement de l'année 1887, ce médecin fut arrêté parce qu'il s'était livré à des actes d'impudicité avec deux garçons de quatorze ans. Le délit consistait en ce qu'il faisait d'abord frotter par les garçons _mentulam propriam inter femora viri_ jusqu'à ce que l'éjaculation se produisît, et qu'il exécutait le même procédé _cum mentula propria inter femora pueri_. Lors des débuts judiciaires, on admit qu'on se trouvait en présence d'un instinct morbide; mais il fut prouvé que l'inculpé n'avait pas de troubles mentaux, qu'il n'avait pas perdu son libre arbitre, en tout cas qu'il n'avait pas agi sous une impulsion irrésistible.
Toutefois, il fut condamné à un an de prison, tout en tenant compte des plus grandes circonstances atténuantes.
OBSERVATION 113.--M. X..., de haute position sociale, m'a consulté pour une neurasthénie et une insomnie dont il souffre depuis des années. L'enquête sur la cause du mal a amené le malade à avouer qu'il a un penchant sexuel anormal pour son propre sexe, qu'il a en général de grands besoins sexuels, et que probablement sa maladie de nerfs vient de là. Les passages suivants de l'historique de la maladie de cet homme très intelligent pourront présenter quelque intérêt scientifique.
«Mon sentiment sexuel anormal remonte à l'époque de mon enfance. À l'âge de trois ans, un journal de modes me tomba par hasard entre les mains. J'embrassai les belles gravures d'hommes à en déchirer le papier, et je ne fis pas même attention aux figures de femmes. Je détestais les jeux des garçons.