Etude Medico Legale Psychopathia Sexualis Avec Recherches Speci
Chapter 52
Dans de nombreux cas on rencontrera, au lieu d'un état psychiquement morbide, une névrose locale ou générale. Comme la ligne de démarcation entre la névrose et la psychose est incertaine, que les troubles élémentaires psychiques sont fréquents dans la première et se retrouvent presque toujours dans la perversion profonde de la vie sexuelle, et comme une affection nerveuse telle que, par exemple, l'impuissance, la faiblesse irritable, etc., exerce toujours une influence sur la perpétration de l'acte criminel, une juridiction équitable concluera toujours à des circonstances atténuantes, bien que l'irresponsabilité ne puisse être admise que lorsque une défectuosité psychique ou une maladie a été constatée.
Le jurisconsulte pratique évitera, pour diverses raisons, d'avoir, dans tous les cas de délits sexuels, recours à des médecins légistes pour provoquer une enquête psychiatrique.
Quand il se voit dans la nécessité de recourir à ce moyen de défense, c'est affaire avec sa conscience et son jugement. Des indices sur la nature pathologique pourront être fournis par les circonstances suivantes:
L'auteur du délit est un vieillard. Le délit sexuel a été commis en public et avec un cynisme étonnant. Le mode de satisfaction sexuelle est puéril (exhibition), ou cruel (mutilation, assassinat par volupté), ou pervers (nécrophilie), etc.
D'après l'expérience acquise, on peut dire que, parmi les délits sexuels qu'on peut rencontrer, le viol, l'outrage aux moeurs, la pédérastie, l'_amor lesbicus_, la bestialité, sont ceux qui peuvent avoir une origine psycho-pathologique.
Dans le viol compliqué d'assassinat, en tant qu'il vise encore un autre but que l'assassinat, de même dans le viol des cadavres, l'existence d'un état psychopathique est probable.
L'exhibition, ainsi que la masturbation mutuelle, feront présumer comme très vraisemblable des conditions pathologiques. L'onanisation d'un autre, de même que l'onanisme passif peut se rencontrer dans la _dementia senilis_, dans l'inversion sexuelle, mais aussi chez de simples débauchés.
Le _cunnilingus_ de même que le _fellare_ (_penem in os mulieris arrigere_) n'ont pas présenté jusqu'ici des symptômes psycho-pathologiques.
Ces horreurs sexuelles ne semblent se rencontrer que chez les débauchés qui, rassasiés des jouissances sexuelles naturelles, ont vu en même temps s'affaiblir leur puissance. La _pædicatio mulierum_ ne paraît pas être de nature psychopathique, mais une pratique d'époux d'un niveau moral très bas qui ont peur de faire des enfants, ou, on dehors du mariage, de cyniques rassasiés de jouissances sexuelles.
L'importance pratique du sujet nous oblige à examiner de plus près, au point de vue médico-légal, les actes sexuels qui ont été déclarés par le législateur punissables comme délits de moeurs. Ce qui nous aidera dans cet examen, c'est que les actes psycho-pathologiques qui dans certaines circonstances sont tout à fait similaires à ceux qui appartiennent à la catégorie physio-psychologique, seront mis dans leur vrai jour par la comparaison avec ces derniers.
1. OUTRAGES AUX MOEURS PAR EXHIBITIONNISME
(Autriche, art. 516; Projet de loi, art. 195; Code allemand, art. 183.)
La pudeur est dans la vie civilisée de l'homme moderne un trait de caractère et un principe tellement enracinés par l'éducation des siècles qu'il faut bien supposer de prime abord l'existence d'un état psycho-pathologique chez ceux qui outragent grossièrement la décence publique.
On supposera, avec juste raison, qu'un individu qui blesse d'une telle façon le sentiment moral des hommes et en même temps sa propre dignité, n'a jamais pu acquérir de principes moraux (idiots), ou les a perdus (faiblesse mentale acquise), ou qu'il a agi dans un moment de trouble de sa conscience (folie transitoire, troubles de l'esprit).
Un acte très singulier et qui rentre dans cette catégorie est l'exhibitionnisme.
Les cas observés jusqu'ici nous montrent que ce sont exclusivement des hommes qui découvrent avec ostentation leurs parties génitales devant des personnes de l'autre sexe, et qui ont éventuellement poursuivi ces dernières, mais sans devenir agressifs.
La forme puérile de cet acte sexuel ou plutôt de cette manifestation sexuelle indique une idiotie intellectuelle ou morale, ou du moins une entrave temporaire aux fonctions intellectuelles et éthiques, en même temps que le libido reçoit une excitation due à un trouble considérable de la conscience (inconscience morbide, trouble des sens); elle met en doute aussi la puissance de ces individus. Il y a donc diverses catégories d'exhibitionnistes.
La première comprend les individus atteints de faiblesse mentale acquise, chez lesquels la conscience a été troublée par une maladie du cerveau ou de la moelle épinière; les fonctions éthiques et intellectuelles ont été lésées et ne peuvent former aucun contre-poids contre le libido qui a toujours été puissant ou qui a été excité par la maladie; de plus, ces individus sont impuissants et ne peuvent plus manifester leur impulsion sexuelle par des actes violents (éventuellement le viol) mais seulement par des actes puérils.
C'est dans cette catégorie que rentrent la plupart des cas rapportés[106].
[Note 106: Lasègue, _Union médicale_, 1887, mai; Laugier, _Annal. d'hygiène publ._, 1878, nº 106; Pelanda, _Ueber Pornopathiker, Archivio di Psichiatria_, VIII; Schuchardt, _Zeitschrift f. Medicinalbeamte_, 1890, II. 6.]
Il s'agit d'individus tombés dans la _dementia senilis_, dans l'idiotie paralytique, ou qui, par abus de l'alcool, par suite d'épilepsie, etc., sont devenus malades au point de vue intellectuel.
OBSERVATION 165.--Z..., fonctionnaire supérieur, soixante ans, veuf, père de famille, a provoqué un scandale parce que pendant une période de quinze jours, à plusieurs reprises, _genitalia sua de fenestra ostendit_ à une fille qui habitait en face de lui. Plusieurs mois après, cet homme a répété dans des circonstances analogues son acte inconvenant. Dans l'interrogatoire il reconnaît lui-même le caractère abominable de son procédé, mais il ne peut en donner aucune explication. Une année après, il est mort d'une affection cérébrale. (Lasègue, _op. cit._)
OBSERVATION 166.--Z..., soixante-dix-huit ans, marin, a plusieurs fois exhibitionné dans des préaux où jouent les enfants ou dans la proximité des écoles de filles. C'était son seul procédé d'activité sexuelle. Z..., marié, père de dix enfants, a eu, il y a douze ans, à la tête, une grave blessure dont il porte encore une cicatrice osseuse très profonde. Une pression sur cette cicatrice lui cause de la douleur, en même temps que la figure devient rouge et qu'il a l'air comme pétrifié. Le malade paraît somnolent; il a souvent des convulsions dans l'extrémité supérieure à droite (évidemment des états épileptoïdes en connexité avec une maladie de l'écorce cérébrale). Du reste, constatation d'une démence sénile et d'un _senium_ très avancé. On ne sait pas si les exhibitions ont coïncidé avec des accès épileptoïdes. Preuve d'une _dementia senilis_. Acquittement. (Dr Schuchardt, _op. cit._)
Pelanda (_op. cit._) m'a communiqué une série de cas qui rentrent dans cette catégorie.
1. Paralytique, soixante ans. À l'âge de cinquante-huit ans, il a commencé à exhibitionner devant des femmes et des enfants. Il a gardé à l'asile d'aliénés (Verona) pendant longtemps encore son caractère lascif et a essayé aussi de la _fellatio_.
2. Vieux _potator_, soixante-six ans, très taré, atteint de folie circulaire. Son exhibitionnisme a été remarqué pour la première fois à l'église, pendant l'office. Son frère aussi était exhibitionniste.
3. Homme de quarante-neuf ans, taré, _potator_, de tout temps très excitable sexuellement, interné à l'asile pour alcoolisme chronique, exhibe toutes les fois qu'il aperçoit un être féminin.
4. Homme de soixante-quatre ans, marié, père de quatorze enfants. Chargé de lourdes tares. Rachitique, crâne microcéphale. Est exhibitionniste depuis des années, malgré les condamnations réitérées qu'il s'est attirées.
OBSERVATION 167.--X..., négociant, né en 1833, célibataire, a exhibitionné devant des enfants à plusieurs reprises: parfois il urinait devant eux; une fois, pendant qu'il se trouvait dans cette situation, il a embrassé une petite fille. Il y a vingt ans, X... a eu une grave maladie mentale qui a duré deux ans et pendant laquelle il aurait eu une attaque d'apoplexie.
Plus tard, ayant perdu sa fortune, il se livra à la boisson et, dans les dernières années, il semblait souvent avoir des absences d'esprit.
Le _status præsens_ a amené la constatation d'alcoolisme, de _senium præcox_, de faiblesse mentale. Penis petit, phimosis, testicules atrophiés. Preuves de maladie mentale. Acquittement. (Dr Schuchardt, _op. cit._)
Ces cas d'exhibitionnisme rappellent l'habitude des jeunes gens plus ou moins âgés et en excitation sexuelle, habitude qui se retrouve aussi chez certains adultes cyniques d'une moralité très abaissée, qui s'amusent à salir les murs des lieux d'aisance publics de dessins de parties génitales masculines et féminines. C'est une sorte d'exhibitionnisme idéal mais qui est encore très loin de l'exhibitionnisme réel.
Les épileptiques forment une autre catégorie d'exhibitionnistes.
Cette catégorie se distingue de la précédente par le fait essentiel qu'il y a absence de mobile conscient pour l'exhibition. Celle-ci semble plutôt un acte impulsif dont l'exécution s'impose à l'individu sans égards pour les circonstances extérieures, par suite d'une contrainte morbide et organique.
Il y a toujours _tempore delicti_ une obnubilation de l'esprit. Cela explique aussi pourquoi le malheureux, sans avoir conscience de la portée de son acte, dans tous les cas sans cynisme, commet sous l'influence d'une obsession aveugle un acte qu'il regrette et abhorre quand il a repris ses sens, à moins qu'il ne soit déjà arrivé à un état permanent de faiblesse mentale.
Dans cet état d'esprit embrouillé, _primum movens_ est, comme dans les autres actes impulsifs, un sentiment d'oppression anxieuse. S'il s'y joint un sentiment sexuel, l'idée obsédante reçoit une ligne de direction déterminée dans le sens d'un acte correspondant (sexuel).
On trouvera ailleurs l'explication du fait que, chez les épileptiques, ce sont précisément les représentations sexuelles qui surgissent avec une facilité particulière _tempore insultus_.
Si une pareille association d'idées s'est faite et que, dans un accès, un acte déterminé ait lieu, cette association se reproduit dans tous les accès suivants avec d'autant plus de facilité qu'il s'est formé, pour ainsi dire, un sentier battu dans la voie de la motivation.
L'état d'angoisse pendant que la conscience est voilée, fait paraître l'impulsion sexuelle associée, comme un ordre, une contrainte intérieure, qui est exécutée impulsivement et avec une suppression absolue du libre arbitre.
OBSERVATION 168.--K..., fonctionnaire subalterne, vingt-neuf ans, de famille névropathique, vivant heureux en ménage, père d'un enfant, a plusieurs fois, au crépuscule, exhibitionné devant des bonnes. Il est grand, svelte, pâle, nerveux, précipité dans ses allures. Il n'a qu'un souvenir sommaire de ses délits. Depuis son enfance, il a eu de fréquents états congestifs, avec rougeur vive à la figure, pouls accéléré et tendu, regard fixe et comme dénotant une absence d'esprit. Par ci, par là, il y avait dans ces accès, abolition des sens et vertige. Dans cet état exceptionnel (épileptique), K... ne répondait que lorsqu'on avait crié plusieurs fois; alors il revenait à lui, comme s'il sortait d'un rêve. K... prétend que, pendant les quelques heures qui précédaient les actes incriminés, il se sentait toujours excité et inquiet, qu'il éprouvait une angoisse avec oppression et fluxion vers la tête. Arrivé au summum de cet état, il sortait sans but de la maison et exhibait quelque part ses parties génitales. Rentré à la maison, il n'avait gardé de ces incidents que comme un souvenir de rêve: il se sentait très fatigué et très déprimé. Il est aussi à remarquer que, pendant l'exhibition, il allumait des allumettes pour éclairer ses parties génitales. L'avis des médecins légistes concluait que les actes incriminés s'étaient produits sous l'action d'une contrainte due à l'état épileptique. Toutefois il fut condamné, avec admission de circonstances atténuantes. (Dr Schuchardt, _op. cit._)
OBSERVATION 169.--L..., trente-neuf ans, célibataire, tailleur, né d'un père qui probablement était adonné à la boisson, avait deux frères épileptiques et un qui était aliéné. Lui-même présente des crises épileptiques plus légères; il a de temps en temps l'esprit voilé; dans cet état il erre sans but et ne sait plus après où il a été. Il passait pour un homme convenable; il est maintenant accusé d'avoir dans une maison étrangère exhibé quatre à six fois ses parties génitales et joué avec. Le souvenir de ces actes était très vague chez lui.
L... avait déjà subi une grave condamnation pour avoir déserté plusieurs fois pendant qu'il était au régiment (probablement ces désertions ont eu lieu dans un état de trouble épileptique); en prison, il fut atteint d'une maladie mentale et on le transporta pour cause de «folie épileptique» à la Charité, d'où il fut plus tard renvoyé comme guéri. En ce qui concerne les actes incriminés, il faut exclure l'idée de cynisme ou d'exubérance. Il est probable qu'ils ont été commis dans un état d'obnubilation intellectuelle, ce qui ressort entre autres du fait que cet homme paraissait étrange au point de vue psychique, même aux agents qui l'arrêtaient, et qui l'appelaient l'idiot. (Liman, _Vierteljahrsschr. f. ger. Med._, N. F., XXXVIII, fascicule 2.)
OBSERVATION 170.--L..., trente-sept ans, s'est rendu coupable d'avoir, du 15 octobre jusqu'au 2 novembre 1889, fait un grand nombre d'exhibitions devant des filles; il avait commis ces actes en plein jour, dans la rue, et même dans des écoles où il pénétrait. À l'occasion il arrivait qu'il demandait aux filles la masturbation ou le coït, et comme cela lui était refusé, il se masturbait devant elles. À G..., se trouvant dans un cabaret, il frappa avec son pénis, mis à nu, sur les vitres, de sorte que les servantes et les enfants qui étaient dans la cuisine le virent.
Après son arrestation, on constata que, depuis 1870, L... avait déjà nombre de fois provoqué du scandale par ses exhibitions, mais qu'il avait toujours échappé à une condamnation, grâce aux preuves d'une maladie mentale établies par les médecins. En revanche, il avait subi, pendant son service militaire, des condamnations pour désertion et vol, et une fois, comme civil, pour vol de cigares. À plusieurs reprises il a été interné dans un asile d'aliénés pour maladie mentale (accès de folie). Du reste il s'était fait remarquer par son caractère changeant et querelleur, par son excitation périodique et son inconstance.
Le frère de L... est mort paralysé. Lui-même ne présente aucun stigmate de dégénérescence ni d'antécédents épileptiques. Pendant la période d'observation il n'est ni malade d'esprit, ni mentalement affaibli.
Il se comporte d'une manière très décente et exprime une profonde horreur pour ses délits sexuels.
Il les explique de la façon suivante. D'habitude il n'est pas buveur, et par moments il a pourtant une impulsion à boire. Aussitôt qu'il a commencé à boire, il se produit un afflux de sang à la tête, des vertiges, de l'inquiétude, de l'angoisse, de l'oppression. Alors il tombe dans une sorte d'état de rêve. Un charme irrésistible le contraint à se découvrir, ce qui lui procure du soulagement et de la liberté pour respirer.
Une fois découvert il ne sait plus ce qu'il fait. Comme signes précurseurs de ces accès il a des scintillements devant les yeux et du vertige.
Il n'a qu'un souvenir très vague et semblable à un rêve lointain de sa période d'obnubilation.
Ce n'est qu'avec le temps que des représentations et des impulsions sexuelles se sont associées à ses états d'obnubilation pleins d'angoisse. Déjà, plusieurs années auparavant, en proie à cet état, il avait déserté sans motif et en s'exposant aux plus grands dangers; une fois il a sauté par une fenêtre du deuxième étage: une autre fois il a quitté une bonne place et est allé sans projet dans un pays voisin où il fut bientôt arrêté pour exhibitionnisme.
Quand par hasard L... s'enivrait, en dehors de sa période de maladie, il n'exhibitionnait jamais. À l'état lucide ses sentiments et ses rapports sexuels sont tout à fait normaux. (Dr Holzen, _Friedreichs Blætter_, 1890, fascicule 6.) Comme autres cas voir les observations 153, 155.
Un groupe qui, au point de vue clinique, est très voisin de celui des exhibitionnistes épileptiques, est représenté par certains neurasthéniques, chez lesquels il se produit aussi par accès des états d'obnubilation[107] (épileptoïde?) avec une oppression anxieuse. Les impulsions sexuelles qui s'associent à ces états peuvent amener impulsivement à des actes d'exhibitionnisme.
[Note 107: Comparez v. Krafft, _Ueber transitorisches Irresein bei Neurasthenischen, Journal Irrenfreund_, 1883, nº 8 et _Wiener klin. Wochenschrift_, 1891, nº 50.]
OBSERVATION 171.--Dr S., professeur de lycée, a provoqué un scandale public par le fait qu'il a été vu, à plusieurs reprises, _genitalibus denudatis_ devant des dames et des enfants. S... en convient, mais il nie avoir eu ni l'intention ni la conscience d'avoir provoqué par là un scandale public; il allègue comme excuse qu'en courant rapidement avec les parties génitales découvertes, il soulage son émotion nerveuse. Son grand-père du côté maternel était hypocondriaque et a fini par le suicide, sa mère était de constitution névropathique, avait du somnambulisme (se promenait pendant son sommeil) et fut passagèrement atteinte d'une dépression mélancolique. L'inculpé est névropathe; il était somnambule, eut de tout temps une aversion pour les rapports sexuels avec les femmes, pratiqua pendant sa jeunesse l'onanisme. C'est un homme timide, sans énergie, qui s'embarrasse facilement et tombe en confusion; il est neurasthénique. Il était toujours très excité sexuellement. Il rêvait souvent qu'il courait _mentula denudata_ ou qu'étant en chemise, il était suspendu sur la barre d'une salle de gymnastique, ayant la tête en bas, de sorte que la chemise retombait et que le membre en érection se trouvait découvert. Ces rêves lui donnaient des pollutions, et il était alors calmé pour toute une semaine.
Même quand il est éveillé, il a souvent, comme dans ses rêves, une impulsion à courir, avec son membre découvert. Quand il se met à découvrir son membre, il sent une chaleur ardente; il court alors à tort et à travers, son membre devient moite, mais il n'arrive pas à la pollution. Enfin il y a _relaxatio membri_, il le remet dans son pantalon, il recouvre ses sens et est très heureux quand personne n'a vu ce manège. Dans cet état d'excitation il se sent comme en rêve, comme ivre. Il n'a jamais eu, dans ces circonstances, l'intention de provoquer des femmes. S... n'est pas épileptique. Ses assertions sont empreintes d'un cachet de vérité. En effet, se trouvant dans cet état, il n'a jamais poursuivi de femmes, il ne leur a même jamais adressé la parole. La brutalité et la frivolité semblent être absentes dans son cas. De toutes façons les actes de S... sont dus à un sentiment et à une idée morbides et il se trouvait, au moment de les commettre, dans un état de trouble morbide des fonctions mentales. (Liman, _Vierteljahrschrift für gerichtl. Med._ N. F XXX, VIII, fascicule 2.)
OBSERVATION 172.--X..., trente-huit ans, marié, père d'un enfant. De tout temps d'un caractère sombre, taciturne; souffrant souvent de maux de tête; gravement neurasthénique, mais pas malade au physique, très tourmenté par des pollutions nocturnes; a plusieurs fois suivi dans la rue des filles de magasin qu'il avait guettées dans un urinoir; en les suivant il exhibait ses parties génitales et manipulait son pénis. Dans un cas il avait même poursuivi une fille jusque dans le magasin. (Trochon, _Arch. de l'anthropologie criminelle_, III, p. 256.)
Dans l'observation suivante l'exhibition n'apparaît que comme un accessoire à côté d'un penchant impulsif à satisfaire par la masturbation un _libido_ violent qui se manifeste subitement.
OBSERVATION 173.--R..., cocher, quarante-neuf ans, marié à Vienne depuis 1866, sans enfants, est né d'un père névropathe exalté sexuellement et qui est mort d'une maladie cérébrale. Il ne présente aucun stigmate de dégénérescence.
À l'âge de vingt-cinq ans il a eu une _commotio_ grave à la suite d'une chute d'un lieu élevé. Jusque-là sa _vita sexualis_ était normale. Depuis il tombe tous les trois ou quatre mois dans un état d'excitation sexuelle très pénible, avec une impulsion à la masturbation. Comme signes précurseurs de ces accès, il éprouve un sentiment de grande fatigue et de malaise avec le besoin de prendre des boissons alcooliques. Dans les intervalles il est froid sexuellement, et il n'a eu que rarement le besoin de faire le coït avec sa femme qui, du reste, est depuis cinq ans malade et inapte à la cohabitation.
Il affirme ne s'être jamais masturbé pendant qu'il était jeune homme; il n'a pas songé davantage, dans les intervalles de ses accès, à ce genre de satisfaction sexuelle.
Pendant la période dangereuse, l'impulsion à la masturbation surgit toujours à la vue de certains charmes féminins, tels que jupon court, beau pied et beaux jarrets, apparition élégante. L'âge n'y fait rien. Des petites filles même peuvent exercer une impression excitante. L'impulsion est subite, irrésistible. R... donne la description des états et des symptômes d'un acte impulsif. Il a souvent essayé de résister, mais alors il se sent brûlé par une chaleur et il a des angoisses terribles; il sent comme une chaleur d'ébullition qui lui monte à la tête; il est comme dans un brouillard; il ne perd pas tout à fait conscience, c'est vrai, mais il est comme hors de ses sens. En même temps il a des douleurs et des lancements violents dans les testicules et dans les cordons spermatiques. Il regrette d'être obligé d'avouer que l'impulsion est plus forte que sa volonté. Dans cette situation il se sent contraint de se masturber, n'importe dans quel endroit où il se trouve. Aussitôt que l'éjaculation s'est produite, il se sent soulagé et il retrouve son empire sur lui-même. C'est une chose terrible et fatale. Son avocat m'apprend que R... a déjà été condamné six fois pour le même délit: exhibition et masturbation sur la voie publique. Toutes les fois il a demandé que l'état mental de son client fût soumis à un examen médical et le tribunal a toujours refusé, alléguant que dans le dossier de la cause on ne trouvait exprimé aucun doute concernant la responsabilité de l'accusé.