Etude Medico Legale Psychopathia Sexualis Avec Recherches Speci

Chapter 51

Chapter 513,485 wordsPublic domain

De crainte de scandale il se renferme dans sa chambre, médite en silence, incapable de mouvement, de temps en temps tourmenté par des idées angoissantes. La conscience ne semble pas être troublée. Durée des accès: huit à quatorze jours. Causes du retour inexplicables. Amélioration subite; grand besoin de dormir; après la satisfaction de ce besoin, il se sent très bien. Dans l'intervalle rien d'anormal. Anjel suppose l'existence d'une base épileptique, et il considère les accès comme l'équivalent psychique d'une crise épileptique.

MANIE

La sphère sexuelle participe aussi souvent à l'excitation générale qui existe dans ce cas dans la sphère psychique.

Chez les maniaques du sexe féminin, c'est même la règle. Dans certains cas isolés, on peut se demander si l'instinct est réellement accentué, et s'il ne se manifeste pas seulement avec brutalité, ou bien s'il existe réellement une augmentation morbide. Dans la plupart des cas, cette dernière supposition pourrait être juste; elle existe d'une façon certaine dans les délires sexuels ou dans leurs équivalents religieux. Selon le degré de la maladie, l'instinct accentué se manifeste sous des formes différentes.

Dans la simple exaltation maniaque et lorsqu'il s'agit d'hommes, on observe la manie de faire la cour, la frivolité, la lascivité des propos, la fréquentation des bordels; quand il s'agit de femmes, on rencontre le penchant à faire des coquetteries dans la société des messieurs, à se bichonner, à se pommader, à parler d'histoires de mariages et de scandales, à suspecter, au point de vue sexuel, les autres femmes; dans l'ardeur religieuse, équivalent de l'autre manie, on note des impulsions à participer aux pèlerinages et aux missions, à aller au couvent, ou à devenir au moins cuisinière d'un curé, en même temps que la malade parle beaucoup de son innocence et de sa virginité.

Au point culminant de la manie (accès furieux), on observe des invitations directes à faire le coït, l'exhibition, les propos obscènes, une irritation démesurée contre l'entourage féminin, un penchant à se barbouiller avec de la salive, de l'urine et même des excréments, des délires religioso-sexuels, où l'on est couverte par le Saint-Esprit, où l'on a mis au monde l'enfant Jésus, etc., onanisme effréné, mouvements du coït en remuant le bassin.

Chez les hommes susceptibles d'accès furieux, il faut s'attendre à des actes de masturbation éhontée, et à des viols d'individus féminins.

SATYRIASIS ET NYMPHOMANIE

On a appelé satyriasis (chez l'homme) et nymphomanie (chez la femme), des états d'excitation psychique dans lesquels l'instinct génital, accentué d'une manière morbide, tient le premier rang.

Moreau est d'avis que ces états sont d'un genre à part: il a certainement tort d'admettre cette théorie. La complexité des symptômes sexuels n'est toujours qu'un phénomène partiel d'une psychose générale (manie, folie hallucinatoire).

L'essentiel, dans l'état d'excitation sexuelle, est un état d'hyperesthésie psychique, avec participation de la sphère sexuelle. L'imagination ne présente que des scènes sexuelles, avec des hallucinations et des illusions, et un vrai délire hallucinatoire.

Les représentations les plus indifférentes provoquent des allusions sensuelles, et l'accentuation voluptueuse de ces représentations et de ces perceptions est augmentée à un vif degré. L'objet de la conscience morbide prend un empire sur tous les sentiments et toutes les tendances de l'individu; et il y a alors une excitation physique générale, semblable à celle qui a lieu pendant le coït. Souvent les parties génitales sont en turgor constant (priapisme chez l'homme).

L'homme atteint de rage sexuelle cherche à satisfaire son instinct à tout prix, et, par là, il devient très dangereux pour les personnes de l'autre sexe. Faute de mieux, il se masturbe ou commet des actes de sodomie. La femme nymphomane cherche à attirer les hommes par exhibition ou par des gestes lascifs; la simple vue d'un homme lui cause une surexcitation sexuelle démesurée qui se traduit ou par la masturbation, ou par des mouvements du bassin, ou en se frottant contre son lit.

Le satyriasis est rare. On remarque plus souvent des cas de nymphomanie, mais moins souvent à la ménopause. Elle peut se produire même dans la vieillesse.

L'abstinence alliée à une stimulation continuelle de la sphère sexuelle par des irritations psychiques et périphériques (_pruritus pudendi_, oxyures, etc.) peut provoquer ces états, mais selon toute probabilité seulement chez des individus tarés[101].

[Note 101: Comparez les cas intéressants de Marc-Ideler, II, p. 131.--Ideler. _Grundriss der Seelenkeilkunde, II_, p. 488-492.]

En affirmant qu'elle peut se produire aussi à la suite de l'intoxication par les cantharides, on paraît se baser sur une confusion avec le priapisme. La sensation voluptueuse qui se manifeste au début dans le _priapismus ab intoxicatione cantharidis_ se change bientôt en une sensation contraire. Le satyriasis et la nymphomanie sont des états morbides psycho-sexuels aigus.

Il existe du reste des cas qu'on pourrait non sans raison appeler des cas chroniques de satyriasis ou de nymphomanie.

Il faut classer dans cette catégorie de malades les hommes qui, dans la plupart des cas, après l'_abusus Veneris_, surtout par la masturbation, souffrent de _neurasthenia sexualis_, mais ont en même temps un libido sexuel très développé. Leur imagination est, de même que dans les cas aigus, surchauffée, leur âme remplie d'images malpropres, de sorte que les choses même les plus sublimes y sont souillées par des images et des scènes cyniques.

Les pensées et les désirs de ces gens ne visent que la sphère sexuelle, et, comme leur chair est faible, ils arrivent, aidés par leur imagination, aux plus grandes perversités sexuelles.

On peut appeler nymphomanie chronique les états analogues chez les femmes, états qui mènent naturellement à la prostitution. Legrand du Saulle (_La folie_, p. 510) rapporte des cas intéressants qui évidemment ne peuvent s'expliquer autrement.

MÉLANCOLIE

La conscience et l'humeur du mélancolique ne sont pas favorables à l'éveil des instincts sexuels. Cependant il arrive parfois que ces malades se masturbent.

Dans les cas que j'ai observés personnellement, il s'agit toujours de malades tarés et qui, avant leur maladie déjà, s'étaient adonnés à la masturbation. L'acte ne paraissait pas être motivé par la satisfaction d'une excitation voluptueuse; c'était plutôt par habitude, par ennui, par peur, pour amener un changement temporaire dans leur situation psychique très pénible.

HYSTÉRIE

Dans cette névrose, la vie sexuelle aussi est très souvent anormale; il s'agit presque toujours d'individus tarés. Toutes les anomalies possibles de la fonction sexuelle se rencontrent ici, avec des aspects variés et des complications étranges; quand il y a une base dégénérative héréditaire, de l'imbécillité morale, on peut constater les formes les plus perverses.

Le changement et l'aberration morbides du sentiment sexuel ne restent jamais sans conséquences pour la vie psychique de ces malades.

Un cas bien remarquable à ce sujet est rapporté par Giraud.

OBSERVATION 162.--Marianne L., de Bordeaux, a la nuit, pendant que ses maîtres dormaient sous l'influence du narcotique qu'elle leur avait donné, pris les enfants de ses maîtres, les a livrés à son amant pour ses jouissances sexuelles et les a fait assister aux scènes les plus outrageantes pour la moralité. On a constaté que L... était hystérique (hémianesthésie et accès convulsifs) et que, avant sa maladie, c'était une personne très convenable et très digne de confiance. Depuis sa maladie, elle s'est prostituée d'une façon éhontée, et elle a perdu tout sens moral.

Chez les hystériques la vie sexuelle est souvent excitée morbidement. Cette excitation peut se manifester d'une manière intermittente (menstruelle). Elle peut avoir pour effet une prostitution éhontée même chez des femmes mariées. Quand l'impulsion sexuelle se manifeste sous une forme atténuée, il y alors onanisme, promenades en état de nudité dans la chambre, manie de s'oindre d'urine ou d'autres matières malpropres, de se parer de vêtements d'hommes, etc.

Schule (_Klin. Psychiatrie_, 1886, p. 237) note surtout très fréquemment un instinct génital morbidement accentué, «qui transforme en Messalines des filles prédisposées et même des épouses qui vivaient heureuses en ménage.» Cet auteur cite des cas où, pendant le voyage de noces, des femmes ont essayé de s'enfuir avec des hommes de rencontre, des cas de femmes très respectées qui ont noué des liaisons sans choix et ont sacrifié toute dignité à leur insatiable avidité sexuelle.

Dans les délires hystériques, la vie sexuelle accentuée d'une manière morbide peut se manifester par la monomanie de la jalousie, par de fausses accusations contre des hommes pour de prétendus actes d'impudicité[102], par des hallucinations du coït[103], etc.

[Note 102: Voir plus loin, le cas Merlac dans le _Lehrb. d. ger. Psychopathol._, de l'auteur, 2e édit., p 322.--Morel, _Traité des maladies mentales_, p. 687.--Legrand, _La Folie_, p. 237.--Procès La Roncière dans les _Annales d'hyg._, 1re série, IV, 3e série, XXII.]

[Note 103: C'est là-dessus que se basent les incubes dans les procès des sorcières au moyen âge.]

Par moments il peut aussi se produire de la frigidité avec manque de sensation voluptueuse qui survient dans la plupart des cas par suite de l'anesthésie génitale.

PARANOIA

Dans les diverses formes de la folie primaire, les phénomènes anormaux de la vie sexuelle ne constituent pas un fait rare. Car plusieurs formes de l'aliénation mentale provoquent le développement des abus sexuels (paranoia masturbatoire) ou des processus d'excitation sexuelle; souvent il s'agit d'individus psychiquement dégénérés chez lesquels, en dehors d'autres stigmates de dégénérescence fonctionnelle, la vie sexuelle se trouve aussi souvent chargée de lourdes tares.

C'est surtout dans la _paranoia erotica_ et _religiosa_ que la vie sexuelle est amenée à un degré morbide, que même elle devient perverse dans certaines circonstances et se manifeste assez distinctement. Mais, dans la folie érotique, l'état de surexcitation sexuelle ne se manifeste pas tant par des procédés et des actes qui visent directement la satisfaction sexuelle, que--il y a des exceptions--par un amour platonique, un enthousiasme romanesque pour une personne de l'autre sexe pour la satisfaction esthétique qu'elle procure; dans certaines circonstances cet enthousiasme peut se reporter sur un produit de l'imagination, un tableau ou une statue.

L'amour sans vigueur ou qui ne se manifeste que spirituellement pour l'autre sexe, n'a d'ailleurs souvent sa cause que dans l'affaiblissement des organes génitaux, résultat de la masturbation pratiquée trop longtemps; souvent sous l'enthousiasme chaste pour un être aimé, se cachent une grande lubricité et des abus sexuels. Chez les femmes notamment, une excitation sexuelle violente dans le sens de la nymphomanie peut se déclarer épisodiquement.

Le _paranoia religiosa_ aussi porte, dans la plupart des cas, sur la sphère sexuelle qui se manifeste par un instinct sexuel d'une violence morbide et d'une précocité anormale.

Le _libido_ trouve sa satisfaction dans la masturbation ou dans l'extase religieuse dont l'objet peut être la personne d'un prêtre ou de certains saints, etc.

Nous avons parlé assez longuement de ces rapports psycho-pathologiques sur le terrain sexuel et le terrain religieux.

À part la masturbation, les délits sexuels sont relativement assez fréquents dans la _paranoia_ religieuse.

L'ouvrage de Marc contient un cas bien remarquable de folie religieuse qui a conduit à l'adultère. Giraud. (_Annal. méd.-psychol._) a rapporté un cas d'impudicité commis sur des petites filles par un homme de quarante-trois ans, atteint de _paranoia religiosa_ et qui était temporairement en excitation érotique. Il faut compter dans cette catégorie un cas d'inceste. (Liman, _Vierteljahrssch. f. ger. Med._)

OBSERVATION 163.--M..., a mis sa fille en état de grossesse. La femme, mère de 18 enfants et qui est elle-même enceinte de son mari, l'a dénoncé au parquet. M... souffrait depuis deux ans de _paranoia_ religieuse. «Il m'a été annoncé par le ciel que je devais coucher avec ma fille, l'éternel soleil. Alors il en naîtra un homme de chair et d'os par ma croyance qui date de dix-huit siècles. Cet homme sera un pont pour la vie éternelle entre l'ancien et le nouveau Testament.» Le fou avait obéi à cette impulsion qui selon lui était un ordre venu du ciel.

Dans la _paranoia persecutoria_ il se produit aussi parfois des actes sexuels dus à une cause pathologique.

OBSERVATION 164.--Une femme âgée de trente ans avait attiré un garçon de cinq ans qui jouait près d'elle, en lui promettant de l'argent et un morceau de rôti; _pene lusit supra puerum flexa coitum conavit_. Cette femme était une institutrice, qui, séduite et ensuite délaissée par un homme, s'était jetée pendant quelque temps dans la prostitution, bien qu'auparavant sa conduite fût d'une moralité rigoureuse. L'explication de sa légèreté de moeurs se trouvait dans le fait qu'elle avait une monomanie de la persécution très étendue et qu'elle croyait se trouver sous l'influence mystérieuse de son séducteur qui la forçait à des actes sexuels. Ainsi elle croyait que c'était son séducteur qui avait mis le petit garçon en travers de son chemin. On ne pouvait pas supposer que le mobile de son crime ait été une sensualité brutale, car il lui aurait été très facile de satisfaire son instinct sexuel d'une façon naturelle. (Kuessner, _Berl. klin. Wochenschrift._)

Cullere (_Perversions sexuelles chez les persécutés_ dans les _Annales médico-psychol._, mars 1886) a rapporté des cas analogues, par exemple l'observation d'un malade atteint de _paranoia sexualis persecutoria_ qui a essayé de violer sa soeur, cédant à la prétendue pression qu'exerçaient sur lui les bonapartistes.

Dans un autre cas un capitaine, atteint de la monomanie de la persécution électro-magnétique, est poussé par ses persécuteurs à la pédérastie qu'il abhorre au fond. Dans un cas analogue le persécuteur excite à l'onanisme et à la pédérastie.

V

LA VIE SEXUELLE MORBIDE DEVANT LES TRIBUNAUX[104]

Dangers des délits sexuels pour le salut public.--Augmentation du nombre de ces délits.--Causes probables.--Recherches cliniques.--Les juristes en tiennent peu de compte.--Points d'appui pour juger les délits sexuels.--Conditions de l'irresponsabilité.--Indications pour comprendre la signification psycho-pathologique des délits sexuels.--Les délits sexuels.--Exhibitionnistes; fricatores; souilleurs de statues.--Viol; assassinat par volupté.--Coups et blessures, dégâts, mauvais traitements sur des animaux par sadisme.--Masochisme et servitude sexuelle.--Coups et blessures; vol par fétichisme.--Débauche avec des enfants au-dessous de quatorze ans.--Prostitution.--Débauche contre nature.--Souillure d'animaux.--Débauche avec des personnes du même sexe.--Pédérastie.--La pédérastie examinée au point de vue de l'inversion sexuelle.--Différence entre la pédérastie morbide et non morbide.--Appréciation judiciaire de l'inversion sexuelle congénitale et de l'inversion acquise.--Mémoire d'un uraniste.--Raisons pour mettre hors des poursuites judiciaires les faits d'amour homosexuel.--Origine de ce vice.--Vie sociale des pédérastes.--Un bal de mysogines à Berlin.--Forme de l'instinct sexuel dans les diverses catégories de l'inversion sexuelle.--_Pædicatio mulierum._--L'amour lesbien.--Nécrophilie.--Inceste.--Actes immoraux avec des pupilles.

[Note 104: Voir S. Weisbrod, _Die Sittlichkeitsverbrechen vor dem Gesetz_, Berlin, 1891.--Don Pasquale Panta, _I pervertimenti sessuali nell'uomo_, Napoli, 1893.]

Les codes de toutes les nations civilisées frappent celui qui commet des actes contraires aux bonnes moeurs. Comme le maintien des bonnes moeurs et de la moralité est une des conditions d'existence les plus importantes pour la communauté publique, l'État ne peut jamais faire trop quand il s'agit de protéger la moralité dans sa lutte contre la sensualité. Mais cette lutte est menée avec des armes inégales; seuls un certain nombre d'excès sexuels peuvent être poursuivis par la loi; la menace du châtiment n'a pas grande action sur les exubérances d'un instinct naturel si puissant; enfin il est certain qu'une partie seulement des délits sexuels parvient à la connaissance des autorités. L'action de ces dernières est appuyée par l'opinion publique qui considère ce genre de délits comme infamant.

La statistique criminelle montre ce triste fait que, dans notre civilisation moderne, les délits sexuels ont un accroissement progressif, et particulièrement les actes de débauche avec des individus âgés de moins de quatorze ans[105].

[Note 105: Comparez: Casper, _Klin. Novellen._--Lombroso, _Goltdammers Archiv_, t. XXX.--OEttingen, _Moralstatistik_, p. 191.]

Le moraliste ne voit dans ces tristes faits qu'une décadence des moeurs générales et, selon les circonstances, il arrive à la conclusion que la trop grande douceur du législateur dans le châtiment des délits sexuels, comparée avec la rigueur des siècles passés, est en partie la cause de l'augmentation de ce genre de délits.

Mais pour le médecin observateur l'idée s'impose que ce phénomène vital de notre civilisation moderne est en connexité avec la nervosité croissante des dernières générations, car cette nervosité crée des individus chargés de tares névropathiques, elle excite la sphère sexuelle, pousse aux abus sexuels et, étant donné que la lubricité continue à subsister même quand la puissance sexuelle est diminuée, elle conduit aux actes sexuels pervers.

On verra plus loin combien est justifiée cette manière de voir, surtout quand il s'agit d'expliquer la raison de l'accroissement remarquable du nombre des délits de moeurs commis sur des enfants.

Il ressort de ce que nous avons expliqué jusqu'ici que, en ce qui concerne l'acte des délits sexuels, ce sont souvent les conditions névropathiques et même psychopathiques de l'individu qui sont décisives. Cela posé, la responsabilité de beaucoup de gens accusés de délits de moeurs se trouve mise en doute.

On ne peut contester à la psychiatrie le mérite d'avoir reconnu et démontré la signification psychiquement morbide de nombreux actes sexuels monstrueux et paradoxaux.

Jusqu'ici la jurisprudence, législature et magistrature, n'a tenu compte que dans une mesure très restreinte de tous ces faits d'observation psycho-pathologique. Elle se met par là en contradiction avec la science médicale et risque de prononcer des condamnations et des peines contre des hommes que la science jugerait comme irresponsables de leurs actes.

Par suite de cette considération superficielle de ces délits qui compromettent gravement l'intérêt et le salut de la société, il arrive facilement que la loi condamne, à une peine déterminée, un criminel de beaucoup plus dangereux pour le public qu'un assassin ou une bête sauvage et le rende à la société après qu'il a purgé sa condamnation, tandis que l'examen scientifique démontre que l'auteur était un individu originairement dégénéré psychiquement et sexuellement, individu qui ne doit pas être puni, mais mis hors d'état de nuire pendant toute sa vie.

Une justice qui n'apprécie que l'acte, et non l'auteur de l'acte, court toujours risque de léser les intérêts importants de la société (moralité publique et sécurité) et ceux de l'individu (l'honneur).

Sur aucun terrain du droit criminel il n'est aussi nécessaire que sur ce terrain des délits sexuels que les études du magistrat et du médecin légiste se complètent; seul l'examen anthropologico-clinique peut faire la lumière.

La forme du délit ne peut jamais par elle-même éclairer sur la question de savoir s'il s'agit d'un acte psychopathique, ou d'un acte commis dans la sphère normale de la vie psychique. L'acte pervers n'est pas toujours une preuve de la perversion du sentiment.

Les actes sexuels les plus pervers et les plus monstrueux ont déjà été observés chez des personnes saines d'esprit. Mais il faut démontrer que la perversion du sentiment est morbide. Cette preuve est fournie par l'étude du développement de l'individu et des conditions de son origine, ou par la constatation que cette perversion est le phénomène partiel d'un état général névropathique ou psychopathique.

Les _species facti_ sont très importants, bien que leur analyse ne donne lieu qu'à des suppositions, car suivant que le même acte sexuel est commis, par exemple, par un épileptique, par un paralytique ou par un homme sain d'esprit, il présente un caractère différent ou des particularités dans la manière de procéder.

Le retour périodique de l'acte sous des modalités identiques, la forme impulsive de l'exécution fournissent des indices importants pour son caractère pathologique. Mais la question ne peut être tranchée définitivement qu'après qu'on a ramené l'acte à des mobiles psychologiques (anomalies des représentations et des sentiments) et après qu'on a établi que ces anomalies élémentaires sont des phénomènes partiels d'un état général névro-psychopathique, ou d'un arrêt du développement psychique ou d'un état de dégénérescence psychique ou d'une psychose.

Les observations citées dans la partie générale et pathologique de ce livre, pourront fournir des indications précieuses au médecin légiste pour la découverte des impulsivités de l'acte.

Ces faits indispensables pour trancher la question de savoir s'il s'agit de simple immoralité ou de psychopathie, ne peuvent être établis que par un examen médico-légal fait selon les règles de la science, qui étudie et apprécie toute la personnalité au point de vue anamnestique, anthropologique et clinique.

La preuve de l'origine congénitale d'une anomalie de la vie sexuelle est importante, et il est nécessaire, pour l'établir, de rechercher les états de dégénérescence psychique.

Une aberration acquise, pour pouvoir être reconnue comme morbide, doit être ramenée à une névropathie ou à une psychopathie.

Dans la pratique, il faut, quand pareil cas se présente, avant tout songer à l'existence d'une _dementia paralytica_ et à l'épilepsie.

En ce qui concerne la responsabilité, on doit principalement s'appuyer sur la preuve d'un état psychopathique chez l'individu accusé d'un délit sexuel.

Cette preuve est indispensable pour éviter le danger que la simple immoralité se couvre du prétexte de la maladie.

Des états psychopathiques peuvent amener à des crimes contre les moeurs, et en même temps supprimer les conditions de la responsabilité:

1) Quand aucune contre-représentation de nature morale ou légale ne s'oppose à l'instinct sexuel normal et éventuellement accentué; encore faut-il dans ce cas: alpha) que les considérations morales ou légales n'aient été jamais acquises (faiblesse mentale congénitale), ou bêta) que le sens moral et juridique soit perdu (faiblesse mentale acquise);

2) Quand l'instinct génital est renforcé (état d'exaltation psychique), en même temps que la conscience est voilée, et que le mécanisme psychique est trop troublé pour laisser entrer en action les contre-représentations qui virtuellement existent dans l'individu;

3) Quand l'instinct sexuel est pervers (état de dégénérescence psychique), il peut être en même temps exalté et irrésistible.

Les délits sexuels qui ne se commettent pas dans un état de défectuosité, de dégénérescence ou de maladie psychiques, ne doivent jamais bénéficier de l'excuse de l'irresponsabilité.