Etude Medico Legale Psychopathia Sexualis Avec Recherches Speci
Chapter 50
Simon (_Crimes et délits_, p. 220), fait mention d'une fille épileptique de vingt-trois ans, de la meilleure éducation et d'une moralité des plus sévères, qui, dans l'attaque de vertige, murmure quelques paroles obscènes, soulève ensuite ses jupons, fait des mouvements lascifs et cherche à déchirer son pantalon fermé.
Kiernan (_Alienist und Neurologiste_, janvier 1884) raconte qu'un épileptique avait toujours comme _aura_ de ses accès la vision d'une belle femme en position lascive et qu'il en avait de l'éjaculation. Après des années et à la suite d'un traitement bromuré, cette vision a été remplacée par celle d'un diable qui l'attaque avec un trident. Au moment où celui-ci l'atteint, il perd conscience.
Le même auteur fait mention d'un homme très respectable qui avait deux à trois fois par an des accès épileptiques suivis de rage dysthymique et des impulsions à la pédérastie qui duraient huit à quinze jours; il parle ensuite d'une dame qui, à la ménopause, avait des accès épileptiques avec des impulsions sexuelles pour un garçon.
OBSERVATION 150.--W..., sans tare, autrefois sain, intellectuellement normal, tranquille, bon, de moeurs décentes, non adonné à la boisson, manqua d'appétit le 13 avril 1877. Le 14 au matin, en présence de sa femme et de ses enfants, il se leva brusquement de son siège, s'élança sur une amie de sa femme, la conjura et conjura sa femme ensuite de lui accorder le coït. Repoussé, il fut atteint immédiatement d'une crise épileptiforme, à la suite de laquelle il se mit à rager, cassant ce qu'il trouvait, jetant de l'eau bouillante à ceux qui voulaient l'approcher et jetant un enfant dans le foyer. Bientôt après il devint calme, resta troublé pendant quelques jours encore et recouvrit ensuite ses sens mais avec une amnésie complète pour tout ce qui s'était passé (Howalewsky, _Jahrbuescher f. Psych._, 1879).
Un autre cas étudié par Casper (_Klin. Novellen_, p. 267) dans lequel un homme ordinairement très convenable, attaqua à peu d'intervalle quatre femmes dans la rue (une fois même devant deux témoins) et en viola une, quoique son épouse, jeune, jolie et saine, habitât tout près,--peut être aussi rattaché à une épilepsie larvée, d'autant plus que l'individu en question avait de l'amnésie de ses actes scandaleux.
La nature épileptique des actes sexuels est incontestable et claire dans les observations suivantes.
OBSERVATION 151.--L..., fonctionnaire, quarante ans, époux affectueux, bon père, commit, en quatre années, vingt-cinq délits graves contre les moeurs pour lesquels il eut à purger des peines d'emprisonnement d'assez longue durée.
Comme premier chef, il était accusé d'avoir, en passant à cheval, mis à nu ses parties génitales devant des filles de onze à treize ans et attiré l'attention de celles-ci par des paroles obscènes. Même étant en prison, il s'est montré(_genitalibus denudatis_) à la fenêtre qui donnait sur une promenade très fréquentée.
Le père de L... était un aliéné, le frère de L... a été un jour rencontré dans la rue, vêtu seulement d'une chemise. Pendant son service militaire, L... eut deux fois des syncopes très graves. Depuis 1859, il souffrait d'étranges accès de vertige qui devenaient de plus en plus fréquents; il devenait alors tout faible, tremblait de tout son corps, devenait d'une pâleur de mort; un voile obscurcissait ses yeux, il voyait de petites étincelles scintiller; il était obligé de s'appuyer pour ne pas tomber. Après des attaques plus violentes, grande fatigue et sueurs profuses.
Depuis 1861, grande irascibilité qui attirait des blâmes sévères à ce fonctionnaire dont on avait toujours à se louer dans le service. Sa femme le trouvait changé: il y avait des jours où il se démenait comme un fou à la maison, se tenait la tête entre les mains, la cognait contre le mur et se plaignait de maux de tête. Pendant l'été de 1869, le malade est tombé quatre fois par terre, restant engourdi et les yeux ouverts.
On a constaté aussi des états de crépuscule intellectuel.
L... prétend ne rien savoir des délits qu'on lui reproche. L'observation a fait constater d'autres accès plus violents de _vertigo epileptica_. L... n'a pas été condamné. En 1875, il s'est développé chez lui une _dementia paralytica_ qui se dénoua bientôt par la mort. (Westphal, _Archiv f. Psych._, VII, p. 113).
OBSERVATION 152.--Un homme de vingt-six ans, ayant de la fortune, vivait depuis un an avec une fille qu'il aimait beaucoup. Il faisait le coït rarement, ne se montrait jamais pervers. Pendant cette année, il a eu deux fois, après des excès alcooliques, des crises épileptiques. Le soir, après un dîner où il avait bu beaucoup de vin, il alla dans l'appartement de sa maîtresse, entra d'un pas ferme dans la chambre à coucher bien que la fille de chambre lui eût dit que sa maîtresse était sortie. De là il alla dans une autre chambre où un garçon de quatorze ans dormait: il se mit à le violer. Aux cris du garçon qu'il avait blessé au prépuce et à la main, la bonne accourut. Alors le malade laissa le garçon et fit violence à la bonne. Il se coucha ensuite et dormit pendant douze heures. En se réveillant, il ne se rappelait que sommairement de son ivresse et du coït. Plus tard, il a eu à plusieurs reprises des crises épileptiques. (Tarnowsky, _op. cit._, p. 52).
OBSERVATION 153.--X..., homme du meilleur monde, mène depuis quelque temps une vie très dissolue et a des attaques d'épilepsie. Il se fiance ensuite. Le jour fixé pour le mariage, peu de temps avant la cérémonie nuptiale, il paraît au bras de son frère dans la salle remplie d'invités pour la noce. Arrivé devant sa fiancée, _denudat coram publico genitalia et masturbare incipit_. On l'amène immédiatement dans une clinique psychiatrique; en route il se masturbe sans cesse et il est encore, pendant quelques jours en proie à cette tentation. Le paroxysme passé, le malade n'avait qu'un souvenir très vague des incidents qui venaient de se passer, et il ne put donner aucune explication de sa manière d'agir. (_Le même._)
OBSERVATION 154.--Z..., vingt-sept ans, très chargé de tares héréditaires, épileptique, viole une fille de onze ans et la tue ensuite. Il nie le fait. Amnésie. L'état d'exception psychique au moment du crime n'a pas été démontré. (Pugliese, _Arch. di Psich._, VIII, p. 622.)
OBSERVATION 155.--V..., soixante ans, médecin, a commis des actes obscènes avec des enfants; il a été condamné à deux ans de prison. Le docteur Marandon a constaté plus tard des accès de peur épileptoïdes, démence, délire érotique et hypocondriaque par moments, accès d'angoisse. (Lacassagne, _Lyon médical_, 1887, nº 51.)
OBSERVATION 156.--Le 4 août 1878, la fille H..., âgée de presque quinze ans, cueillait, en compagnie de plusieurs petites filles et petits garçons, des groseilles sur la route publique. Tout d'un coup, H... terrassa la petite L..., âgée de neuf ans et demi, la dénuda, la tint ferme et invita A... âgé de sept ans et demi et O... âgé de cinq ans à exécuter une _conjunctio membrorum_ avec la fille, ce que ces deux petits garçons firent réellement.
H... avait une bonne réputation. Depuis cinq ans elle souffrait d'irritabilité nerveuse, de maux de tête, de vertiges, d'accès épileptiques et s'était arrêtée dans son développement physique et intellectuel. Elle n'est pas encore menstruée, mais elle présente le _molimen menstruale_. Sa mère est suspectée d'épilepsie. Depuis trois mois, H... avait souvent, après ses accès, fait des choses de travers sans en avoir souvenance.
H... paraît déflorée. Elle ne présente pas de défectuosités intellectuelles. Elle déclare ne rien savoir de l'acte dont on l'accuse.
D'après le témoignage de sa mère, elle avait eu le matin du 4 août un accès épileptique et sa mère lui avait, pour cette raison, donné l'ordre de ne pas quitter la maison. (Purkhauer, _Friedreichs Blætter f. ger. Med._, 1879, II. 3.)
OBSERVATION 157. (_Actes d'impudicité en état d'inconscience morbide chez un épileptique_).--T..., percepteur d'impôts, cinquante-deux ans, marié, est accusé d'avoir pratiqué depuis dix-sept ans des actes d'impudicité avec des garçons en les masturbant ou en se faisant masturber par eux. L'accusé, un fonctionnaire jouissant de la plus grande estime, est consterné de cette accusation terrible, et prétend ne savoir absolument rien des actes qu'on lui impute. Son intégrité mentale paraît douteuse. Son médecin particulier, qui le connaît depuis vingt ans, fait remarquer le caractère sombre et renfermé de T..., ainsi que ses fréquents changements d'humeur.
Mme T..., de son côté, rapporte que son mari a voulu un jour la jeter à l'eau, qu'il avait de temps en temps des accès pendant lesquels il arrachait ses vêtements et voulait se jeter par la fenêtre. T... ne sait rien non plus de ces faits. D'autres témoins aussi rapportent des changements d'humeur surprenants et des bizarreries de caractère de l'inculpé. Un médecin prétend avoir constaté chez lui par moments des accès de vertige.
La grand'mère de T... était une aliénée, son père était tombé dans l'alcoolisme chronique et avait, dans ses dernières années, des accès épileptiformes; le frère de ce dernier était un aliéné qui, dans un accès de délire, avait tué un parent. Un autre oncle de T... s'est suicidé. Des trois enfants de T.... l'un était idiot, un autre louchait, et le troisième a souffert de convulsions. L'accusé déclare avoir eu, par moments, des accès pendant lesquels sa conscience s'était troublée, de sorte qu'il ne savait plus ce qu'il faisait. Ces accès étaient précédés d'une douleur en forme d'aura dans la nuque. Il éprouvait alors le besoin de respirer de l'air frais. Il ne savait pas où il allait. Sa femme le satisfaisait bien sexuellement. Depuis dix-huit ans il a un eczéma chronique au scrotum (ce fait a été prouvé) qui lui cause une excitation sexuelle extraordinaire. Les avis des six médecins étaient contradictoires (facultés mentales intactes--accès d'épilepsie larvée); les voix des jurés furent partagées, de sorte qu'il y eut acquittement. Le docteur Legrand du Saulle, appelé comme expert, constata que jusqu'à l'âge de vingt-deux ans T... avait chaque année uriné dix à dix-huit fois dans le lit. Après cette époque l'incontinence nocturne avait cessé, mais depuis il y avait des heures pendant lesquelles l'esprit de T... était voilé et il avait de temps en temps de l'amnésie. Bientôt après T... fut de nouveau poursuivi pour outrage aux moeurs commis en public; cette fois, il fut condamné à quinze mois de prison. En prison il était toujours malade et ses facultés mentales s'affaiblissaient à vue d'oeil. Pour ce motif il fut gracié, mais sa faiblesse mentale progressait de plus en plus. À plusieurs reprises on constata chez lui des accès épileptiformes (crampes toniques avec perte de la conscience et tremblements). (Auzouy, _Annal. méd.-psychol._, 1874, novembre; Legrand du Saulle, _Étude méd.-légales_, etc., p. 99.)
Nous allons clore cette énumération si importante au point de vue médico-légal par le cas suivant d'un délit de moeurs commis avec des enfants, cas que l'auteur a personnellement observé et ensuite rapporté dans _Friedreichs Blætter_[100].
[Note 100: Comparez encore Liman: _Zweifelhafte Geistessustaende_, cas 6; le travail de Lasègue sur les exhibitionnistes (_Union méd._, 1871); Ball et Chamburd, _Somnambulisme_ (_Dict. des sciences méd._, 1881).]
Le cas est d'autant plus curieux qu'on a pu établir avec certitude qu'au moment de l'acte, il y avait inconscience épileptique et que--ainsi qu'il ressort des _species facti_ donnés en latin pour des raisons qu'on comprendra,--les procédés de raffinement sont pourtant possibles dans cet état.
OBSERVATION 158.--P..., quarante-neuf ans, marié, interne d'un hospice, est accusé d'avoir, le 25 mai 1883, commis dans sa chambre les horribles délits de moeurs suivants sur la personne de la petite D..., âgée de dix ans, et sur la petite G..., âgée de neuf ans.
Voici la déposition de la petite D.:
J'étais avec G..., et ma petite soeur J..., âgée de trois ans, dans le pré. P..., nous appela dans sa chambre de travail et en ferma la porte aux verrous. _Tum nos exosculabatur, linguam in os meum demittere tentabat, faciem que mihi lambebat; sustulit me in gremium, bracas aperuit, vestes meas sublevavit, digitis me in genitalibus titillabat et membro vulvam meam fricabat ita ut humidam fierem._ Lorsque je criai, il me donna douze kreutzers et me menaça de me tuer d'un coup de fusil si je disais un mot de ce qui s'était passé. Finalement il m'invita à revenir le lendemain.
Voici la déposition de la petite G.:
_P., nates et genitalia D..., se exosculatus, iisdem me conatibus aggresus est. Deinde filiotum quoque tres annos natum in manus acceptum osculatus est nudatumque parti suæ virili appressit. Postea quæ nobis essent nomina interrogavit, ac censuit genitalia D..æ meis multo esse majora. Quia etiam nos impulit, ut membrum suum intueremur, manibus comprehenderemus et videremus, quantopere id esset erectum._
Dans son interrogatoire du 29 mai, P..., allègue qu'il ne se souvient que vaguement d'avoir, il y a peu de temps, caressé et embrassé des petites filles et leur avoir donné des cadeaux. S'il a fait autre chose, il ne doit avoir agi ainsi que dans un état d'irresponsabilité complète. D'ailleurs, depuis qu'il a fait une chute, il y a plusieurs années, il souffre de maux de tête. Le 22 juin il ne sait rien des faits du 25 mai, et il ne se souvient pas plus de son interrogatoire du 29 mai. Cette amnésie est pleinement confirmée au cours des débats contradictoires.
P..., est issu d'une famille de cérébraux; un de ses frères est épileptique. P... était autrefois adonné à la boisson. Il est exact qu'il a eu une lésion à la tête il y a plusieurs années. Depuis il eut pendant des intervalles de plusieurs semaines ou de quelques mois, des accès de troubles mentaux précédés de morosité, d'irritabilité, un penchant à l'abus de l'alcool, de l'angoisse, un délire de la persécution qui allait jusqu'aux menaces dangereuses et aux actes de violence. En même temps, il avait de l'hyperesthésie acoustique, des vertiges, des maux de tête, des congestions cérébrales. Tout cela lui causait un grand trouble d'esprit et une amnésie pour la période d'accès qui durait souvent des semaines entières.
Dans les intervalles, il souffrait de maux de tête au niveau de sa blessure (petite cicatrice cutanée à la tempe droite, douloureuse à la pression). Par l'exacerbation du mal de tête il devient irrité, morose au point d'être las de la vie; il a une certaine exaltation du sensorium. En 1879, P..., se trouvant dans cet état, a commis tout à fait impulsivement une tentative de suicide, dont il ne se souvenait plus après. Bientôt après, reçu à l'hôpital, il faisait l'impression d'un épileptique et fut pendant une période prolongée soumis à un traitement par le bromure de potassium. Reçu vers la fin de 1879 à l'hospice des infirmes, on n'observa jamais chez lui de crise épileptique proprement dite.
Dans les intervalles, c'était un brave homme, laborieux et bon, et qui n'a jamais montré trace d'excitation sexuelle, même dans son état d'exception; d'ailleurs il eut jusqu'à ces derniers temps des rapports sexuels avec sa femme. À l'époque de l'acte incriminé, P... présenta les symptômes d'un accès imminent et pria le médecin de lui faire donner du bromure de potassium.
P..., affirme que, depuis sa chute, il ne peut plus supporter les excès de chaleur ni d'alcool qui lui causent des maux de tête, et qu'il a tout de suite les sens troublés. L'observation médicale confirme ses autres assertions concernant sa faiblesse de mémoire, sa faiblesse d'esprit, son irascibilité, son mauvais sommeil.
Si l'on exerce une pression vigoureuse sur l'endroit de la _trauma_, P..., devient congestif, irrité, troublé; alors il tremble de tout son corps, paraît excité avec trouble des sens, et reste dans cet état pendant des heures entières.
Dans les moments ou il est exempt de ces sensations dont le point de départ est toujours la cicatrice, il paraît poli, expressif, franc, libre, serviable, mais toujours avec des facultés mentales faibles et un esprit voilé. P..., n'a pas été condamné. (Rapport détaillé dans _Friedreichs Blætter_.)
FOLIE PÉRIODIQUE
De même que dans les cas de manie non périodique, il se produit souvent aussi dans les accès périodiques une manifestation nette ou même une accentuation morbide de la sphère sexuelle.
Le cas suivant rapporté par Servaes (_Archiv. f. Psych._), nous montre que le sentiment sexuel peut alors avoir un caractère pervers.
OBSERVATION 159.--Catherine W..., seize ans, non encore menstruée. Le père est d'une nature coléreuse et emportée.
Sept semaines avant son admission (3 décembre 1872), dépression mélancolique et irritabilité. Le 27 novembre, accès de folie furieuse qui a duré deux jours. Ensuite de nouveau mélancolique. Le 6 novembre, état normal.
Le 24 novembre (vingt-huit jours après le premier accès de folie furieuse), elle est tranquille, déprimée. Le 27 décembre, état d'exaltation (gaîté, rire, etc.), avec rut amoureux pour sa garde-malade. Le 31 décembre, accès mélancolique subit qui disparaît après une durée de deux heures. Le 20 janvier, nouvel accès tout à fait analogue au premier. Accès pareil le 18 février, en même temps traces des _menses_. La malade avait une amnésie absolue pour tout ce qui s'était passé pendant ses paroxysmes et apprit en rougissant et avec un grand étonnement le récit des faits passés.
À la suite elle eut encore des accès avortés mais qui, grâce à la réglementation des _menses_, au mois de juin, ont fait place à un complet bien-être psychique.
Dans un autre cas rapporté par Gock (_Archiv. f. Psych._), où il s'agissait probablement d'une folie cyclique chez un homme chargé de lourdes tares, il se produisit pendant l'état d'exaltation un sentiment sexuel pour les hommes. Cet individu se prenait alors pour une femme; l'on peut se demander si ce n'est pas plutôt la monomanie du changement de sexe que l'inversion sexuelle elle-même qui provoqua les idées sexuelles du malade.
On peut rapprocher de ces sortes de cas, avec manifestation morbide de la vie sexuelle comme phénomène partiel d'une manie, ceux plus intéressants où un sentiment sexuel morbide et souvent pervers ne se fait jour que sous forme d'accès périodiques, et constitue un état analogue à la dipsomanie, accès qui sont le noyau de tous les troubles psychiques, tandis que, dans les périodes d'intervalle, l'instinct génital n'a ni une intensité anormale ni un caractère pervers.
Un cas assez net de cette _psychopathia sexualis_ périodique, liée au processus de la menstruation, a été rapporté par Anjel (_Archiv. f. Psych._, XV, fascicule 2).
OBSERVATION 160.--Dame tranquille, arrivant à la ménopause. Lourdes tares héréditaires. Pendant sa jeunesse accès de petit mal. Toujours excentrique, violente; principes moraux rigides; mariage sans enfants.
Il y a plusieurs années, après de fortes émotions morales, accès hystéro-épileptique; ensuite, pendant plusieurs semaines, trouble mental post-épileptique. Puis insomnie pendant plusieurs mois. À la suite, parfois, insomnies dues à la menstruation et impulsion _pueros decimum annum nondum agentes allicere, osculari et genitalia eorum tangere_. À l'heure actuelle il n'y a pas de désir du coït et pas du tout de désirs de se rapprocher d'un homme adulte.
La malade parle parfois franchement de cette impulsion, demande à être surveillée, car elle ne pourrait pas répondre d'elle. Dans les intervalles, elle évite anxieusement toute conversation sur ce sujet, elle est très décente et n'a de besoins sexuels d'aucun genre.
Pour ces cas encore peu connus de _psychopathia sexualis_ périodique, Tarnowsky (_op. cit._, p. 38) a fourni des documents précieux; mais les cas qu'il rapporte n'ont pas tous un caractère de périodicité.
Il cite des cas où des hommes mariés très bien élevés, et pères de famille, étaient de temps en temps forcés de se livrer aux actes sexuels les plus abominables, tandis que, dans les périodes d'intervalle, ils étaient sexuellement normaux, abhorraient les actes commis dans leur paroxysme et frémissaient en pensant au retour de nouveaux accès auxquels ils devaient s'attendre.
Quand le paroxysme éclatait, le sentiment sexuel normal disparaissait; il se produisait un état de surexcitation psychique accompagné d'insomnie, avec idées et obsessions d'exécuter des actes sexuels pervers, avec oppression anxieuse et impulsion de plus en plus forte à des actes sexuels habituellement abhorrés par l'individu, mais dans ce moment considérés comme une délivrance, puisqu'ils devaient faire disparaître l'état anormal.
L'analogie avec les dipsomanes est parfaite. Pour d'autres cas (concernant la pédérastie périodique), consulter Tarnowsky (_op. cit._, p. 41). Le cas 46 qui y est rapporté peut être classé dans la catégorie des épileptiques.
Le cas suivant, rapporté par Anjel (_Archiv. f. Psych._, XV, fascicule 2) est un des plus caractéristiques pour la manifestation périodique de l'excitation sexuelle morbide.
OBSERVATION 161.--Homme de classe sociale supérieure, quarante-cinq ans, très aimé de tout le monde, sans tare, très estimé, d'une moralité rigoureuse, marié depuis quinze ans, ayant eu autrefois des rapports sexuels normaux, père de plusieurs enfants bien portants, vivant de la meilleure vie conjugale, eut, il y a huit ans, une peur terrible. À la suite de cet incident il eut pendant plusieurs semaines une oppression angoissante, des palpitations de coeur. Ensuite vinrent des accès singuliers à des intervalles de plusieurs mois et même d'une année, accès que le malade appelle son «rhume de cerveau moral». Il perd le sommeil; au bout de trois jours perte de l'appétit, irritation d'humeur croissante, air troublé, regard fixe, regarde devant lui un point fixe, grande pâleur alternant avec la rougeur, tremblement des doigts, yeux rouges et luisants avec une expression singulière de lubricité, langage violent et précipité. Impulsion pour les petites filles de cinq à dix ans, même ses propres filles. Prière adressée à sa femme de mettre ses filles en sûreté. Dans cet état, le malade se renferme dans sa chambre pendant des jours entiers. Autrefois il avait l'obsession de guetter dans les rues les petites filles sortant de l'école, et il éprouvait une satisfaction particulière _iis præsentibus genitalia nudare, se mingentem fingens_.