Etude Medico Legale Psychopathia Sexualis Avec Recherches Speci

Chapter 5

Chapter 53,183 wordsPublic domain

Les idées qui arrêtent les désirs sexuels doivent être à la portée de l'homme civilisé, chose importante pour lui. La liberté morale de l'individu dépend, d'une part, de la puissance des désirs et des sentiments organiques qui accompagnent la poussée sexuelle; d'autre part, des idées qui lui opposent un frein.

Ces deux éléments décident si l'individu doit ou non aboutir à la débauche et même au crime. La constitution physique et, en général, les influences organiques exercent une puissante action sur la force des éléments impulsifs; l'éducation et la volonté morale sont les mobiles des idées de résistance.

Les forces impulsives et les forces d'arrêt sont choses variables. L'abus de l'alcool produit à ce sujet une influence néfaste, puisqu'il éveille et augmente le _libido sexualis_ et diminue en même temps la force de résistance morale.

LA COHABITATION[21]

[Note 21: Comparez Roubaud: _Traité de l'impuissance et de la stérilité_, Paris, 1878.]

La condition fondamentale pour l'homme, c'est une érection suffisante. Anjel fait observer (_Archiv für Psychiatrie_, VIII, H. 2) avec raison que, dans l'excitation sexuelle, ce n'est pas seulement le centre d'érection qui est excité, mais que l'excitation nerveuse se répand sur tout le système vaso-moteur des nerfs. La preuve en est: la turgescence des organes pendant l'acte sexuel, l'injection des _conjunctiva_, la proéminence des bulbes, la dilatation des pupilles, les battements du coeur (par paralysie des nerfs vaso-moteurs du coeur qui viennent du sympathique du cou, ce qui produit une dilatation des artères du coeur et ensuite l'hyperhémie et un plus fort ébranlement des ganglions cardiaques). L'acte sexuel va de pair avec une sensation de volupté qui, chez l'homme, est probablement provoquée par le passage du sperme à travers les canaux éjaculateurs dans l'urèthre, effet de l'excitation sensible des parties génitales. La sensation de volupté se produit chez l'homme plus tôt que chez la femme, s'accroît comme une avalanche au moment où l'éjaculation commence et atteint son maximum au moment de l'éjaculation complète, pour disparaître rapidement _post ejaculationem_.

Chez la femme la sensation de volupté se manifeste plus tard, s'accroît lentement, et subsiste dans la plupart des cas après l'éjaculation.

Le fait le plus décisif dans la cohabitation, c'est l'éjaculation. Cette fonction dépend d'un centre (génito-spinal) dont Budge a démontré l'existence et qu'il a placé à la hauteur de la quatrième vertèbre lombaire. Ce centre est un centre réflexe, il est excité par le sperme qui, à la suite de l'excitation du gland, est poussé par phénomène réflexe hors des vésicules séminales dans la portion membraneuse de l'urèthre. Quand ce passage de la semence, qui a lieu avec une sensation de volupté croissante, représente une quantité suffisante pour agir assez fortement sur le centre d'éjaculation, ce dernier entre en action. La voie motrice du réflexe se trouve dans le quatrième et le cinquième nerf lombaire. L'action consiste dans une agitation convulsive du muscle bulbo-caverneux (innervé par les troisième et quatrième nerfs sacrés) et ainsi le sperme est projeté au dehors.

Chez la femme aussi il se produit un mouvement réflexe quand elle se trouve au maximum de l'agitation sexuelle et voluptueuse. Il commence par l'excitation des nerfs sensibles des parties génitales et consiste en un mouvement péristaltique dans les trompes et l'utérus jusqu'à la _portio vaginalis_, ce qui fait sortir la glaire tubaire et utérine.

Le centre d'éjaculation peut être paralysé par des influences venant de l'écorce cérébrale (coït à contre-coeur, en général émotions morales, et quelque peu par influence de la volonté).

Dans les conditions normales, l'acte sexuel terminé, l'érection et le _libido sexualis_ disparaissent, et l'excitation psychique et sexuelle fait place à une détente agréable.

III

NEURO-PSYCHOPATHOLOGIE GÉNÉRALE[22]

Fréquence et importance des symptômes pathologiques.--Tableau des névroses sexuelles.--Irritation du centre d'érection.--Son atrophie.--Arrêts dans le centre d'érection.--Faiblesse et irritabilité du centre.--Les névroses du centre d'éjaculation.--Névroses cérébrales.--Paradoxie ou instinct sexuel hors de la période normale.--Éveil de l'instinct sexuel dans l'enfance.--Renaissance de cet instinct dans la vieillesse.--Aberration sexuelle chez les vieillards expliquée par l'impuissance et la démence.--Anesthésie sexuelle ou manque d'instinct sexuel.--Anesthésie congénitale; anesthésie acquise.--Hyperesthésie ou exagération morbide de l'instinct.--Causes et particularités de cette anomalie.--Paresthésie du sens sexuel ou perversion de l'instinct sexuel.--Le sadisme.--Essai d'explication du sadisme.--Assassinat par volupté sadique.--Anthropophagie.--Outrages aux cadavres.--Brutalités contre les femmes; la manie de les faire saigner ou de les fouetter.--La manie de souiller les femmes.--Sadisme symbolique.--Autres actes de violence contre les femmes.--Sadisme sur des animaux.--Sadisme sur n'importe quel objet.--Les fouetteurs d'enfants.--Le sadisme de la femme.--La _Penthésilée_ de Kleist.--Le masochisme.--Nature et symptômes du masochisme.--Désir d'être brutalisé ou humilié dans le but de satisfaire le sens sexuel.--La flagellation passive dans ses rapports avec le masochisme.--La fréquence du masochisme et ses divers modes.--Masochisme symbolique.--Masochisme d'imagination.--Jean-Jacques Rousseau.--Le masochisme chez les romanciers et dans les écrits scientifiques.--Masochisme déguisé.--Les fétichistes du soulier et du pied.--Masochisme déguisé ou actes malpropres commis dans le but de s'humilier et de se procurer une satisfaction sexuelle.--Masochisme chez la femme.--Essai d'explication du masochisme.--La servitude sexuelle.--Masochisme et sadisme.--Le fétichisme; explication de son origine.--Cas où le fétiche est une partie du corps féminin.--Le fétichisme de la main.--Les difformités comme fétiches.--Le fétichisme des nattes de cheveux; les coupeurs de nattes.--Le vêtement de la femme comme fétiche.--Amateurs ou voleurs de mouchoirs de femmes.--Les fétichistes du soulier.--Une étoffe comme fétiche.--Les fétichistes de la fourrure, de la soie et du velours.--L'inversion sexuelle.--Comment on contracte cette disposition.--La névrose comme cause de l'inversion sexuelle acquise.--Degrés de la dégénérescence acquise.--Simple inversion du sens sexuel.--Éviration et défémination.--La folie des Scythes.--Les Mujerados.--Les transitions à la métamorphose sexuelle.--Métamorphose sexuelle paranoïque.--L'inversion sexuelle congénitale.--Diverses formes de cette maladie.--Symptômes généraux.--Essai d'explication de cette maladie.--L'hermaphrodisme psychique.--Homosexuels ou uranistes.--Effémination ou viraginité.--Androgynie et gynandrie.--Autres phénomènes de perversion sexuelle chez les individus atteints d'inversion sexuelle.--Diagnostic, pronostic et thérapeutique de l'inversion sexuelle.

[Note 22: Sources: Parent-Duchatelet, _Prostitution dans la ville de Paris_, 1837.--Rosenbaum, _Entstehung der Syphilis_, Halle, 1839.--Le même, _Die Lustseuche im Alterthum_, Halle, 1839.--Descuret, _La médecine des passions_, Paris, 1860.--Casper, _Klin. Novellen_, 1863.--Bastian, _Der Mensch in der Geschichte_.--Friedländer, _Sittengeschichte Roms_.--Wiedemeister, _Cæsarenwahnsinn_.--Scherr, _Deutsche Kultur und Sittengeschichte_, t. I, chap. IX.--Tardieu, _Des attentats aux moeurs_, 7e édit., 1878.--Emminghaus, _Psychopathologie_, pp. 98, 225, 230, 232.--Schüle, _Handbuch der Geisteskrankheiten_, p. 114.--Marc, _Die Geisteskrankheiten_, trad. par Ideler, II, p. 128.--V. Krafft, _Lehrb. d. Psychiatrie_, 7e édit., p. 90; _Lehrb. d. ger. Psychopathol._, 3e édit, p. 279; _Archiv f. Psychiatrie_, VII, 2.--Moreau, _Des aberrations du sens génésique_, Paris, 1880.--Kirn, _Allg. Zeitschrift f. Psychiatrie_, XXXIX, cahiers 2 et 3.--Lombroso, _Instinct sexuel et crimes dans leurs rapports (Goltdammers Archiv_, t. XXX).--Tarnowsky, _Die Krankhaften Erscheinungen des Geschlechtssinne_, Berlin, 1886.--Ball, _La Folie érotique_, Paris, 1888.--Sérieux, _Recherches cliniques sur les anomalies de l'instinct sexuel_, Paris, 1888.--Hammond, _Sexuelle Impotenz_, traduit par Sallinger, Berlin, 1889.]

Chez les hommes civilisés de notre époque les fonctions sexuelles se manifestent très souvent d'une manière anormale. Cela s'explique en partie par les nombreux abus génitaux, en partie aussi par ce fait que ces anomalies fonctionnelles sont souvent le signe d'une disposition morbide du système nerveux central, disposition résultant, dans la plupart des cas, de l'hérédité. (Symptômes fonctionnels de dégénérescence.)

Comme les organes de la génération ont une importante corrélation fonctionnelle avec tout le système nerveux, rapports psychiques et somatiques, la fréquence des névroses et psychoses générales dues aux maladies sexuelles (fonctionnelles ou organiques), se comprend facilement.

TABLEAU SCHÉMATIQUE DES NÉVROSES SEXUELLES

I.--NÉVROSES PÉRIPHÉRIQUES

1º SENSITIVES

a, _Anesthésie_; b, _Hyperesthésie_; c, _Névralgie_.

2º SÉCRÉTOIRES

a, _Aspermie_; b, _Polyspermie_.

3º MOTRICES

a, _Pollutions (spasmes)_; _Spermatorrhée (paralysie)_.

II.--NÉVROSES SPINALES

1º AFFECTIONS DU CENTRE D'ÉRECTION

_a) L'excitation_ (priapisme) se produit par une action réflexe due à des excitations sensitives périphériques, directement par l'excitation organique des voies de communication du cerveau au centre d'érection (maladies spinales de la partie inférieure de la moelle cervicale et de la partie supérieure de la moelle dorsale) ou du centre lui-même (certains poisons) ou enfin par des excitations psychiques.

Dans ce dernier cas, il y a satyriasis, c'est-à-dire prolongation anormale de l'érection et du _libido sexualis_. Quand il y a seulement excitation réflexe ou excitation directe organique, le _libido_ peut faire défaut et le priapisme être accompagné d'un sentiment de dégoût.

_b) La paralysie_ provient de la destruction du centre ou des voies de communication (_nervi erigentes_), dans les maladies de la moelle épinière (impuissance paralytique).

Une forme atténuée de cet état est la diminution de la sensibilité du centre par le surmenage (suite des excès sexuels, surtout onanisme) ou par l'intoxication due à des sels de brome, etc. Cette paralysie peut être accompagnée d'une anesthésie cérébrale, souvent d'une anesthésie des parties génitales externes. Souvent il se produit dans ce cas de l'hyperesthésie cérébrale (_libido sexualis_ accentué, lubricité).

Une forme particulière de l'anesthésie incomplète se produit dans les cas où le centre n'est sensible qu'à certaines excitations spéciales auxquelles il répond par l'érection. Ainsi il y a des hommes chez qui le contact sexuel avec une épouse chaste ne donne pas une excitation suffisante pour amener l'érection, mais chez qui l'érection se produit quand ils viennent à coïter avec une prostituée ou qu'ils accomplissent un acte sexuel contre nature. Les excitations psychiques, en tant qu'elles peuvent venir en compte dans ces cas, peuvent être cependant inadéquates (voir plus bas paresthésie et perversions du sens sexuel).

_c) Entraves_.--Le centre d'érection peut devenir incapable de fonctionner par suite des influences cérébrales. Ainsi agissent certaines émotions (dégoût, crainte des maladies vénériennes), ou bien la crainte de n'avoir pas la puissance nécessaire[23].

[Note 23: Magnan cite un exemple intéressant dans lequel une obsession de nature non sexuelle peut entrer en jeu (Voir _Ann. méd.-psych._, 1885). Un étudiant de vingt et un ans, très chargé au point de vue de l'hérédité, autrefois onaniste, a continuellement à lutter contre l'obsession du chiffre 13. Toutes les fois qu'il veut se livrer au coït, cette obsession du chiffre 13 empêche chez lui l'érection et rend l'acte impossible.]

Dans le premier cas, rentrent souvent les hommes qui ont pour la femme une aversion invincible, ou qui craignent une infection, ou encore ceux qui sont atteints d'une perversion sexuelle; dans le deuxième cas rentrent les névropathes (neurasthéniques hypocondriaques), souvent aussi des gens dont la puissance génitale est affaiblie (onanistes), des gens qui ont une raison ou croient en avoir une de se méfier de leur puissance génésique.

Cet état psychique agit comme entrave, et rend l'acte sexuel avec une personne de l'autre sexe temporairement ou pour jamais impossible.

_d) Débilité sensitive_.--Il existe alors une sensibilité anormale avec relâchement rapide de l'énergie du centre. Il peut s'agir d'un dérangement fonctionnel du centre lui-même, ou d'une faiblesse d'innervation des _nervi erigentes_, ou enfin d'une faiblesse du muscle ischio-caverneux. Avant de passer aux anomalies qui vont suivre, il faut encore faire mention des cas où, par suite d'une éjaculation anormalement hâtive, l'érection est insuffisante.

2º AFFECTIONS DU CENTRE D'ÉJACULATION

_a) L'éjaculation anormalement facile_ est due au manque d'arrêt cérébral qui se manifeste par suite d'une trop grande excitation psychique, ou d'une faiblesse sensitive du centre. Dans ce cas, une simple idée lascive suffit, dans certaines circonstances, pour mettre en action le centre très entaché de neurasthénie spinale, pour la plupart des cas par suite d'abus sexuels. Une troisième possibilité, c'est l'hyperesthésie de l'urèthre: le sperme en sortant provoque une action réflexe immédiate et très vive du centre d'éjaculation. Dans ce cas, la seule approche des parties génitales de la femme peut suffire pour amener l'éjaculation _ante portam_.

Quand l'hyperesthésie uréthrale intervient causalement, l'éjaculation peut produire un sentiment de douleur au lieu d'un sentiment de volupté. Dans la plupart des cas d'hyperesthésie uréthrale, il y a faiblesse sensitive du centre.

Ces deux troubles fonctionnels sont importants dans l'étiologie de la _pollutio nimia_ et _diurna_.

La sensation de volupté peut pathologiquement faire défaut. Cela peut se rencontrer chez des hommes ou des femmes héréditairement chargés (anesthésie, aspermie), à la suite de maladies (neurasthénie, hystérie), ou à la suite de surexcitations suivies d'affaissement (chez les mérétrices).

Le degré de l'émotion motrice et psychique qui se manifeste pendant l'acte sexuel dépend de l'intensité de la sensation voluptueuse. Dans certains états pathologiques, cette émotion peut tellement s'accroître que les mouvements du coït prennent un caractère convulsif, soustrait à l'influence de la volonté, et peuvent même se transformer en convulsions générales.

_b) Difficulté anormale de l'éjaculation_.--Elle est causée par l'insensibilité du centre (absence du _libido_, atrophie organique du centre par des maladies du cerveau et de la moelle épinière, atrophie fonctionnelle à la suite d'abus sexuels, marasme, diabète, morphinisme). Dans ce cas, l'atrophie du centre est souvent accompagnée de l'anesthésie des parties génitales. Elle peut être aussi la conséquence d'une lésion de l'arc réflexe ou de l'anesthésie périphérique (uréthrale) ou de l'aspermie. L'éjaculation ne se produit pas au cours de l'acte sexuel, ou très tardivement, ou enfin après coup sous forme de pollution.

III.--NÉVROSES CÉRÉBRALES

1º _Paradoxie_, c'est-à-dire émotions sexuelles produites en dehors de l'époque des processus anatomico-physiologiques dans la zone des parties génitales.

2º _Anesthésie_ (manque de penchant sexuel).--Ici toutes les impulsions organiques données par les parties génitales, de même que toutes les représentations, toutes les impressions optiques, auditives et olfactives, laissent l'individu dans l'indifférence sexuelle. Physiologiquement ce phénomène se produit dans l'enfance et dans la vieillesse.

3º _Hyperesthésie_ (penchant augmenté jusqu'au satyriasis).--Ici, il y a une aspiration anormalement vive pour la vie sexuelle, désir qui est provoqué par des excitations organiques, psychiques et sensorielles. (Acuité anormale du _libido_, lubricité insatiable.) L'excitation peut être centrale (nymphomanie, satyriasis), périphérique, fonctionnelle, organique.

4º _Paresthésie_ (perversion de l'instinct sexuel), c'est-à-dire excitation du sens sexuel par des objets inadéquats.

Ces anomalies cérébrales tombent dans le domaine de la psychopathologie. Les anomalies spinales et périphériques peuvent se combiner avec celles-ci. Ordinairement elles se rencontrent chez des individus non atteints de maladies mentales. Elles peuvent se présenter sous diverses combinaisons et devenir le mobile de délits sexuels. C'est pour cette raison qu'elles demandent à être traitées à fond dans l'exposé qui va suivre. L'intérêt principal, cependant, doit revenir aux anomalies causées par le cerveau, ces anomalies poussant souvent à des actes pervers et même criminels.

A.--PARADOXIE.--INSTINCT SEXUEL EN DEHORS DE LA PÉRIODE DES PROCESSUS ANATOMICO-PHYSIOLOGIQUES

1º _Instinct sexuel dans l'enfance._--Tout médecin neuro-pathologue et tout médecin d'enfants savent que les mouvements de la vie sexuelle peuvent se manifester chez les petits enfants. Il faut citer, à ce propos, les communications très remarquables d'Ultzmann sur la masturbation dans l'enfance[24].

[Note 24: Louyer-Villermay rapporte ainsi un cas d'onanisme chez une fille de trois à quatre ans; de même, Moreau (_Aberrations du sens génésique_, 2e édit., p. 209) parle d'un enfant de deux ans. À consulter Maudsley: _Physiologie et Pathologie de l'âme_, p. 218; Hirschsprung (Kopenhagen), _Berlin. klin. Wochenschrift_, 1886, nº 38; Lombroso, _L'Uomo delinquente_.]

Il faut bien distinguer les cas nombreux où, à la suite de phimosis, balanites, oxyures dans l'anus ou dans le vagin, les enfants éprouvent des démangeaisons aux parties génitales, y font des attouchements, en ressentent une sorte de volupté et arrivent ainsi à la masturbation. Il faut bien séparer de tous ces cas ceux où, sans aucune cause périphérique, mais uniquement par des processus cérébraux, l'enfant éprouve des désirs et des penchants sexuels. Dans ces derniers cas seulement il s'agit d'une manifestation précoce de la vie sexuelle. Il est probable qu'on se trouve là en présence d'un phénomène partiel d'un état morbide neuro-psychopathique. Une observation de Marc (_Les maladies mentales_) nous fournit une preuve frappante de cet état. Le sujet était une fille de huit ans, issue d'une famille très honorable et qui, dénuée de tout sentiment moral, se livrait à la masturbation depuis l'âge de quatre ans. _Præterea cum pueris, decem usque duodecim annos natis, stupra fecit._ Elle était hantée par l'idée d'assassiner ses parents pour hériter et pour pouvoir s'amuser ensuite avec des hommes.

Dans ces cas de _libido_ précoce, les enfants sont amenés à la masturbation, et, comme ils sont fortement tarés, ils aboutissent souvent à l'idiotie ou aux formes graves des névroses ou psychoses dégénératives.

Lombroso (_Archiv. di Psychiatria_, IV. p. 22) a recueilli des documents sur des enfants héréditairement tarés. Il parle, entre autres, d'une fille de trois ans qui se masturbait sans cesse et sans vergogne. Une autre fille a commencé à l'âge de huit ans et a continué à s'onaniser après son mariage, surtout pendant la durée de sa grossesse. Elle a accouché douze fois. Cinq de ses enfants sont morts très jeunes; quatre étaient des hydrocéphales, deux (des garçons) se sont livrés à la masturbation, l'un à partir de l'âge de quatre ans, l'autre à partir de l'âge de sept ans.

Zambacco (_L'Encéphale_, 1882, nº 12) raconte l'histoire abominable de deux soeurs avec précocité et perversion du sens sexuel. L'aînée, R..., se masturbait déjà à l'âge de sept ans, _stupra cum pueris faciebat_, volait quand elle pouvait le faire, _sororem quatuor annorum ad masturbationem illixit_, faisait à l'âge de dix ans les actes les plus hideux, ne put pas même être détournée de sa rage par le _ferrum candens ad clitoridem_; elle se masturba une fois avec la soutane d'un prêtre pendant que celui-ci l'exhortait à s'amender, etc., etc.

2º _Réveil du penchant sexuel à l'âge de sénilité._--Il y a des cas rares où l'instinct sexuel se conserve jusqu'à un âge très avancé. «_Senectus non quidem annis sed viribus magis æstimatur_» (Zittmann). OEsterlen (_Maschkas Handbuch_, III, p. 18) rapporte même le cas d'un vieillard de quatre-vingt-trois ans qui fut condamné par une cour d'assises wurtembergeoise à trois ans de travaux forcés pour délit contre les moeurs. Malheureusement il ne dit rien du genre du délit ni de l'état psychique de l'accusé.

Les manifestations de l'instinct sexuel à un âge très avancé ne constituent pas, par elles-mêmes, un cas pathologique. Mais il faut nécessairement admettre des conditions pathologiques quand l'individu est usé (décrépitude), quand sa vie sexuelle est déjà éteinte depuis longtemps, et quand, chez un homme dont autrefois peut-être les besoins sexuels n'étaient pas très forts, l'instinct se manifeste avec une grande puissance et demande à être satisfait impérieusement, souvent même se pervertit.

Dans de pareils cas, le bon sens fera soupçonner l'existence de conditions pathologiques. La science médicale a bien établi qu'un penchant de ce genre est basé sur des changements morbides dans le cerveau, altérations qui peuvent mener à l'idiotie sénile (gagaïsme, gâtisme).

Ce phénomène morbide de la vie sexuelle peut être le précurseur de la démence sénile et se présente longtemps avant qu'il existe des faits manifestes de faiblesse intellectuelle. L'observateur attentif et expérimenté pourra toujours démontrer, même dans cette phase prodromique, un changement de caractère _in pejus_ et un affaiblissement du sens moral qui va de pair avec cet étrange réveil sexuel. Le _libido_ de l'homme qui est sur le point de tomber en démence sénile, se manifeste au début par des paroles et des gestes lascifs. Les enfants sont les premiers attaqués par ces vieillards cyniques, qui sont en train de verser dans l'atrophie cérébrale, et dans la dégénérescence psychique. Les occasions plus faciles d'aborder les enfants, et aussi la conscience d'une puissance défectueuse, peuvent expliquer ce fait attristant; une puissance génésique défectueuse et un sens moral très abaissé expliquent encore pourquoi les actes sexuels de ces vieillards sont toujours pervers. Ce sont des équivalents de l'acte physiologique dont ils ne sont plus capables. Comme tels, les annales de la médecine légale enregistrent l'exhibition des parties génitales (voir Lasègue: _Les exhibitionnistes. Union médicale_, 1871, 1er mai), l'attouchement voluptueux des parties génitales des enfants (Legrand du Saulle, _La folie devant les tribunaux_, p. 30), l'excitation des enfants à la masturbation du séducteur, l'onanisation de la victime (Hirn, _Maschkas Handbuch d. ger. Med._, p. 373), la flagellation des enfants.