Etude Medico Legale Psychopathia Sexualis Avec Recherches Speci

Chapter 46

Chapter 463,638 wordsPublic domain

Les séances ont lieu tous les deux jours. À partir du 15 on réussit à obtenir l'état somnambulique avec suggestions posthypnotiques à volonté. Le malade reprend une certaine solidité morale et se rétablit au physique, mais des malaises cérébrasthéniques le tourmentent encore; parfois il a encore des rêves d'hommes pendant la nuit, et à l'état de veille des penchants vers l'homme, ce qui le déprime.

Le traitement dure jusqu'au 21 septembre. Résultat: le malade est guéri de l'onanisme; il n'est plus excité par les hommes mais bien par les femmes. Coït normal tous les huit jours. Les malaises hystériques ont disparu; les malaises neurasthéniques sont très atténués.

Le 6 octobre, le malade m'annonce par lettre qu'il se porte bien, et me remercie en paroles émues de l'avoir «sauvé d'un abîme profond». Il se sent rendu à une nouvelle vie.

Le 9 décembre 1889, le malade revient pour être soumis de nouveau à mon traitement. Il a eu, ces temps derniers, deux fois des rêves érotiques d'hommes, mais à l'état de veille il n'a éprouvé aucun penchant pour l'homme, il a pu aussi résister à la tentation de se masturber, bien que vivant seul à la campagne il n'eût pas d'occasions de faire le coït. Il a plus que de l'inclination pour l'autre sexe, et ordinairement il ne rêve que de personnes féminines; rentré dans la capitale, il a fait le coït et en a éprouvé du plaisir. Le malade se sent réhabilité moralement, presque débarrassé des malaises neurasthéniques, et déclare, après trois nouvelles séances hypnotiques, que maintenant il se croit tout à fait guéri et à l'abri de toute rechute. Toutefois une rechute a eu lieu au mois de septembre 1890. Le malade, après un surmenage physique dans un voyage à travers de hautes montagnes et une série d'émotions morales, et de plus par manque d'occasions de faire le coït, était redevenu neurasthénique.

Il eut de nouveau des rêves d'hommes, se sentit attiré vers des hommes sympathiques. Il se masturba plusieurs fois et n'éprouva plus de vrai plaisir lorsque, rentré dans la ville, il fit le coït. Du reste, par un traitement antineurasthénique et une seule hypnose, on réussit vite à rétablir sa santé et à rendre sa conduite normale.

Au cours des années 1890 et 1891, le malade eut encore par-ci par là des tendances à l'inversion sexuelle et des rêves dans ce sens, mais seulement lorsque, à la suite d'émotions morales ou d'excès, la névrose se manifestait de nouveau. Dans ces moments, le coït ne lui procurait plus de satisfaction. Le malade s'est vu alors dans la nécessité de faire rétablir l'équilibre par quelques séances hypnotiques, ce qui a toujours facilement réussi.

À la fin de l'année 1891, le malade déclare avec satisfaction que depuis son traitement il a su se maintenir à l'abri de la masturbation et des rapports homosexuels, et que sa confiance en lui-même, de même que son estime de lui-même, s'est consolidée de nouveau.

Quant aux autres cas d'inversion acquise, guéris par l'emploi de la suggestion hypnotique, consulter Wetterstrand, _Der Hypnotismus und seine Anwendung in der praktischen Medicin_, 1891, p. 52; Bernheim _Hypnotisme_, Paris, 1891, etc., p. 38.

Les faits que nous venons de citer et qui montrent le succès de la suggestion hypnotique en présence des cas d'inversion sexuelle acquise, font supposer qu'il est possible de porter secours aussi aux malheureux qui sont atteints d'inversion sexuelle congénitale.

Bien entendu, la situation dans ces derniers cas est tout autre, en tant qu'il s'agit de combattre une anomalie congénitale, de détruire une existence psycho-sexuelle morbide pour en créer à sa place une nouvelle qui soit saine. Cet effet paraît _a priori_ impossible à obtenir, du moins chez l'uraniste prononcé. Mais, ce qui est en apparence impossible, devient possible par l'emploi d'artifices; cela ressort du cas de Schrenck-Notzing que nous trouverons plus loin. Il dépasse de beaucoup le cas que j'ai rapporté et dans lequel du moins la désuggestion des sentiments homosexuels a réussi avec l'emploi de l'hypnose.

Une observation analogue est rapportée par Ladame (voir plus loin).

Les conditions sont de beaucoup plus favorables chez l'hermaphrodite psycho-sexuel, chez qui on peut du moins renforcer par la suggestion et faire prévaloir les éléments et le sentiment hétérosexuel qui existent chez l'individu malade.

OBSERVATION 137.--Je suis enfant illégitime, né en 1858. Ce n'est que tard, en suivant les traces obscures de mon origine, que j'ai pu avoir des renseignements sur l'individualité de mes parents. Ces renseignements, malheureusement, sont très incomplets. Mon père et ma mère étaient cousins. Mon père est mort il y a trois ans; il s'était marié avec une autre femme et avait plusieurs enfants qui, autant que je sais, sont bien portants.

Je ne crois pas que mon père ait eu de l'inversion sexuelle. Étant enfant, je l'ai vu souvent sans me douter que c'était mon père. Il avait un aspect vigoureux et viril. D'ailleurs, on dit qu'à l'époque de ma naissance ou auparavant, il aurait eu une maladie vénérienne.

J'ai vu plusieurs fois ma mère dans la rue, mais j'ignorais alors que c'était ma mère. Elle devait avoir environ vingt-quatre ans, lorsque je suis venu au monde. Elle était de grande taille, de mouvements brusques et énergiques et d'un caractère résolu. On dit qu'à l'époque de ma naissance elle a beaucoup voyagé, déguisée en homme, qu'elle a porté les cheveux courts, fumé de longues pipes et en général qu'elle s'est fait remarquer alors par ses allures excentriques. Elle possédait une excellente instruction, avait été belle dans sa jeunesse; elle est morte sans avoir été jamais mariée et a laissé une fortune considérable.

Tout cela permettrait, le cas donné, de conclure à des penchants homosexuels ou du moins à l'existence d'anomalies. Ma mère a, plusieurs années avant ma naissance, donné le jour à une fille. Cette soeur que je n'ai jamais connue, s'est mariée très jeune; mais elle s'est empoisonnée après quelques années de mariage, pour des raisons que j'ignore encore.

J'ai 1 m. 70 de taille; 0 m. 92 de tour; le tour de mes reins est de 1 m. 02; je crois donc avoir le bassin un peu fortement développé. Le pannicule graisseux a été très développé chez moi de tout temps. La charpente osseuse est vigoureuse. La musculature est bien faite, mais pas assez développée, peut-être faute d'exercice ou peut-être sous l'influence de l'onanisme que j'ai pratiqué de bonne heure et avec persévérance: de sorte que je parais plus fort que je ne le suis. Le système pileux, les cheveux et la barbe sont normaux. Les poils des parties génitales sont quelque peu clairsemés. Le reste du corps est presque glabre. Tout mon extérieur a un caractère tout à fait viril. La démarche, le maintien, la voix, sont d'un homme complet, et d'autres uranistes m'ont souvent dit qu'ils ne se doutaient pas du tout de ma passion. J'ai servi dans l'armée et j'ai toujours pris plaisir aux exercices du cavalier, monter à cheval, faire de l'escrime, nager, etc.

Ma première éducation a été dirigée par un prêtre. Je n'avais guère de camarades de jeu pour ainsi dire. La vie de famille de mes parents d'adoption était irréprochable. Au mois d'octobre 1871, on m'a mis en pension. Là, j'ai commis les premiers actes pervers sur lesquels j'aurai à revenir en détail dans l'historique de ma vie sexuelle.

J'ai fait mes classes au lycée, puis mon service militaire comme volontaire d'un an; j'ai étudié ensuite la science forestière et je suis maintenant intendant d'un grand domaine. Je n'ai appris à parler qu'à l'âge de trois ans et ce fait a contribué à maintenir les gens dans la supposition que je suis hydrocéphale. À partir de l'époque où j'allai à l'école, mon développement intellectuel fut normal; j'apprenais même facilement, mais je n'ai jamais pu concentrer mon activité sur un point fixe. J'ai beaucoup de goût pour l'art et pour l'esthétique, mais aucun goût pour la musique. Dans mes premières années, j'avais le plus mauvais caractère qu'on puisse imaginer. Il a changé complètement au cours de ces derniers douze ans, sans que j'en puisse indiquer la cause. Aujourd'hui rien ne m'est plus haïssable que le mensonge et je ne dis plus rien de contraire à la vérité, pas même en plaisantant. Dans les affaires d'argent je suis devenu très économe, sans être pour cela avare.

Bref, aujourd'hui je ne pense qu'en rougissant à mon passé et je ne me considérerai à juste titre comme un parfait galant homme, que lorsque je pourrai être délivré de ma malheureuse perversion ou perversité sexuelle. J'ai bon coeur, toujours prêt à faire le bien dans la mesure de mes moyens, de caractère gai pour la plupart du temps; je suis un homme bien vu dans la société. Je n'ai aucune trace de cette irascibilité nerveuse qu'on remarque si souvent chez mes compagnons de souffrance. Je ne manque pas non plus de bravoure personnelle. Rien dans les premières phases de mon développement n'indique une anomalie. Il est vrai qu'étant encore enfant j'aimais à être au lit et à me coucher sur le ventre; je me suis, dans cette position, le matin, frotté avec plaisir le ventre contre le lit, ce qui a souvent fait rire mes parents adoptifs. Mais je ne me rappelle pas avoir ressenti de sensations voluptueuses par ces mouvements. Je n'ai jamais recherché particulièrement la camaraderie des petites filles et je n'ai jamais joué aux poupées. De très bonne heure, j'entendis parler des choses sexuelles. Mais en écoutant ce genre de conversation, je ne pensais à rien. Même dans la vie de mes rêves, il n'y avait alors rien qui touchât aux choses sexuelles. Il n'en était pas non plus question dans mes relations avec les garçons de mon âge. Je crois pouvoir affirmer que ma _vita sexualis_ ne s'est éveillée qu'à l'âge de treize ans, au pensionnat, après avoir été entraîné par un camarade à l'onanisme mutuel. L'éjaculation ne se produisit pas encore; la première n'eut lieu qu'un an plus tard. Malgré cela, je me livrai avec passion au vice de l'onanisme. Mais à cette époque se manifestèrent déjà les premiers symptômes d'un penchant homosexuel. Des jeunes gens vigoureux, des débardeurs de la halle, des ouvriers, des soldats apparurent dans mes rêves, et l'évocation de leur image jouait un rôle pendant la masturbation. En même temps, il se manifesta une première inclination à la pédérastie, notamment à la pédérastie passive. Jusqu'à l'âge de quatorze ans j'ai fait souvent avec mon séducteur des essais de pédérastie mutuelle sans que l'on ait réussi à accomplir une _immissio_. Parallèlement à ces tendances, il existait encore un penchant faible pour le sexe féminin. Environ six mois après la première masturbation, j'allai une fois chez une _puella publica_, mais je n'eus ni éjaculation ni volupté particulière. Plus tard j'ai fait jusqu'à l'âge de dix-neuf ans six fois le coït dans des maisons publiques. L'érection et l'éjaculation se produisaient promptement, mais sans me procurer une grande volupté. L'onanisme, surtout pratiqué mutuellement, m'était au moins aussi agréable que le coït. Je n'ai jamais eu ce qu'on appelle un «amour de lycéen». Il y a dix ans, lorsque je me trouvais à la station balnéaire de H., je crus qu'il s'éveillait en moi de l'amour pour une dame d'une beauté extraordinaire qui appartenait à une grande famille; je me sentais bien près d'elle et je m'estimai heureux quand je constatai que mon amour était payé de retour. Aussi cette liaison me détourna pendant quelque temps de l'onanisme; seulement j'avais peur, par suite de l'onanisme pratiqué pendant des années, d'être affaibli et d'être incapable de remplir mes devoirs conjugaux. Quand nous fûmes ensuite séparés par la distance, mon affection se refroidit bien vite; je m'aperçus que je m'étais berné moi-même et, deux années plus tard, je pouvais apprendre sans la moindre jalousie, que cette dame s'était mariée. Mon penchant pour la femme--si jamais il avait existé--se refroidissait de plus en plus. Il y a deux ans et demi, étant allé avec des amis très virils dans une maison publique à H., je fis mon dernier coït. J'eus encore une érection, mais plus d'éjaculation. La femme m'est devenue indifférente; la prostituée qui se comporte avec effronterie, provoque mon indignation. J'aime la société des femmes spirituelles, surtout de celles qui sont déjà d'un certain âge, bien que dans la société je sois maladroit, gauche, et souvent même sans tact. Je n'ai jamais trouvé aucun charme aux formes du corps féminin.

Mais revenons à mes tendances perverses. Quand, à l'âge de quatorze ans, je suis venu à H..., j'ai perdu de vue mon amant, mon séducteur. Il avait quelques années de plus que moi, et il entra dans la carrière administrative à l'âge de dix-neuf ans, je l'ai rencontré pendant un voyage en chemin de fer. Nous avons interrompu notre voyage, pris une chambre commune et essayé de la pédérastie mutuelle; mais, à cause des douleurs, l'_immissio_ ne nous a pas réussi. Nous nous sommes satisfaits alors par l'onanisme mutuel. À H..., j'ai eu des rapports sexuels avec deux condisciples, mais ces rapports se bornaient à de fréquentes masturbations mutuelles, mes deux camarades ne voulant pas se prêter à la pédérastie. Dans la dernière année de mon séjour à H..., j'avais alors dix-neuf ans, j'eus encore des rapports avec un troisième ami en pratiquant de l'onanisme; mais nos relations étaient déjà plus intimes; nous nous déshabillions et faisions de la masturbation mutuelle au lit. Du mois d'octobre 1869 jusqu'au mois de juillet 1870, je n'eus pas d'amant. Je faisais de la masturbation solitaire. Quand la guerre éclata, je voulus me faire enrôler comme volontaire, mais on ne m'a pas pris. En même temps que moi se présenta au bureau d'enrôlement un ancien camarade d'école qui depuis était devenu un jeune homme d'une rare beauté. J'ai dû partager avec lui dans un hôtel trop rempli le même lit pendant une nuit. Bien qu'à l'époque de notre séjour à l'école nous n'eussions jamais eu de rapports sexuels l'un avec l'autre, il se montra favorable à mes assiduités et fit une tentative de pédérastie. Elle ne réussit pas non plus, à cause des douleurs; cependant pendant ces essais il y eut _ejaculatio ante anum meum_. Aujourd'hui encore je me rappelle de la sensation de volupté que j'ai éprouvée et qui dépassa toute mon attente. Après la guerre j'ai encore souvent rencontré cet ami, mais nos rapports se bornèrent alors aux procédés d'onanisme mutuel. Pendant les dix-huit années suivantes, je n'ai eu que deux fois l'occasion de pratiquer l'amour homosexuel. L'hiver de l'année 1879 je rencontrai dans un compartiment de chemin de fer un beau hussard. Je le décidai à coucher avec moi dans un hôtel. Plus tard il m'avoua avoir déjà pratiqué l'onanisme mutuel avec le fils du châtelain de sa commune. Je ne pus le décider à la pédérastie. Par contre je provoquai chez lui de l'éjaculation par la _receptio penis ejus in os meum_. Ce procédé ne m'a procuré aucune satisfaction, mais du dégoût. Je n'y suis jamais revenu depuis et je n'ai pas accepté non plus la _receptio penis mei in os alterius_. En 1887 j'ai fait, c'était encore en chemin de fer, la connaissance d'un matelot que je décidai à rester avec moi à l'hôtel. Il prétendit, il est vrai, n'avoir encore jamais fait de la pédérastie, mais il s'y montra tout de suite disposé; il était dans une excitation sensuelle manifeste, eut immédiatement de l'érection et accomplit l'acte avec une ardeur non dissimulée. C'était la première fois que la _pædicatio_ réussissait. J'eus, il est vrai, des douleurs atroces mais aussi une jouissance infinie.

Pendant mon séjour dans cette ville ma _vita sexualis_ a subi un changement radical. J'ai constaté avec quelle facilité on peut, soit pour de l'argent, soit par goût, trouver des gens qui se prêtent à nos penchants. De tristes expériences avec des escrocs ne me furent pas épargnées non plus. Jusqu'à la fin de l'année passée j'ai goûté abondamment au plaisir de l'amour homosexuel et surtout de la pédérastie passive; depuis je n'ai pratiqué que l'onanisme mutuel de peur de contracter une maladie vénérienne. Je n'ai jamais été pédéraste actif, d'abord pour la simple raison que je n'ai trouvé personne qui pût supporter la douleur qui en résulte.

Je cherche de préférence mes amants parmi les cavaliers, les marins, éventuellement parmi les ouvriers, surtout les bouchers et les forgerons. Les hommes robustes, à la figure colorée, m'attirent particulièrement. Les culottes de peau ordinaire des cavaliers ont pour moi un charme particulier. Je n'ai pas de prédilection ni pour les baisers ni pour d'autres accessoires. J'aime aussi les grandes mains dures et rendues calleuses par le travail.

Je ne veux pas laisser passer inaperçu que, dans certaines circonstances, j'ai un grand empire sur moi-même.

Étant intendant d'un grand domaine, j'habitais une grande maison. Mon valet était un jeune homme d'une rare beauté, qui avait fait son service militaire dans les hussards. Après avoir causé une fois vaguement de cette affaire avec lui et appris à cette occasion qu'il était inaccessible, j'ai habité pendant des années avec ce jeune homme, je me suis réjoui de sa beauté, mais je ne l'ai jamais touché. Je crois qu'il ignore encore aujourd'hui ma passion. De même j'ai fait il y a deux ans et demi à C... la connaissance d'un matelot qu'aujourd'hui encore, mes amis et moi, nous déclarons être le plus bel homme que nous ayons jamais vu. Après une absence de plus de deux années, ce marin se rendit, il y a quelques semaines, à mon invitation et me fit une visite. Je sus m'arranger de façon à ce que nous couchions dans la même chambre; je brûlais du désir de m'approcher de lui. Mais avant je le sondai par une conversation confidentielle et quand j'appris qu'il méprisait tout ce qui avait rapport à l'amour homosexuel, je ne pus me décider à essayer de nouveaux rapprochements. Pendant des semaines nous avons partagé la même chambre, je me suis toujours réjoui à la vue de son corps superbe (dans les premiers jours j'en étais même excité sexuellement); j'ai pris avec lui un bain romain afin de pouvoir regardé son corps nu, mais il n'a jamais rien su de ma passion. Aujourd'hui encore j'ai une liaison idéale et platonique avec ce jeune homme qui a une instruction bien supérieure à sa position sociale et un joli talent de poète.

Jusqu'à l'âge de trente-huit ans, je n'ai pas eu une idée nette de ma situation. Je croyais toujours que je m'étais désaccoutumé de la femme par suite de l'onanisme trop précoce et pratiqué depuis, continuellement et avec intensité; j'espérais toujours que, quand je rencontrerais «la vraie femme», j'abandonnerais l'onanisme et que je pourrais trouver du plaisir avec elle. Je n'ai connu mon état qu'après avoir fait la connaissance de compagnons de souffrance et de gens de ma tendance. Je fus d'abord épouvanté; plus tard, je me suis résigné en me disant que mon sort ne dépend pas de moi. Aussi n'ai-je plus fait d'efforts pour résister à la tentation.

Il y a deux ou trois semaines, votre livre _Psychopathia sexualis_ m'est tombé entre les mains. Cet ouvrage m'a fait une impression des plus profondes. Je l'ai d'abord lu avec un intérêt indubitablement lascif. La description de la formation des _mujerados_, par exemple, m'a beaucoup excité. L'idée qu'un jeune homme vigoureux soit émasculé de cette façon pour servir plus tard à la pédérastie de toute une tribu de peaux-rouges sauvages, vigoureux et sensuels, m'a tellement excité que, les deux jours suivants, je me suis masturbé cinq fois, toujours en rêvant que j'étais un de ces _mujerados_. Mais plus j'avançais dans la lecture du livre, plus j'en comprenais la portée sérieuse, morale, et plus j'ai pris en horreur mon état actuel. J'ai compris de mieux en mieux ce qu'il me faudrait faire pour amener, s'il en existe la moindre possibilité, un changement dans ma situation présente. Quand j'eus fini l'ouvrage, ma résolution était prise d'aller chercher remède chez l'auteur.

La lecture de l'ouvrage cité a eu sans doute un résultat. Depuis, je n'ai pratiqué que deux fois la masturbation solitaire, et deux fois avec des cavaliers. Dans ces quatre cas, j'ai eu bien moins de satisfaction qu'auparavant et j'ai toujours ce sentiment: «Ah! puisses-tu donc renoncer à tout cela!»

Néanmoins, je vous avoue que maintenant encore j'ai immédiatement des érections, quand je me trouve avec de beaux militaires.

Pour terminer, j'ajouterai encore que malgré, ou peut-être à cause de la fréquence de l'onanisme, je n'ai jamais eu de pollutions. L'éjaculation qui d'ailleurs ne consiste et n'a consisté habituellement qu'en quelques petites gouttelettes, ne se produit qu'après une friction d'une durée relativement longue.

Quand pour une raison ou pour une autre, je m'abstenais pendant longtemps de l'onanisme, l'éjaculation se produisait plus promptement et plus abondamment.

Il y a douze ans, Hansen a essayé, mais en vain, de m'hypnotiser.»

Au printemps de 1891 l'auteur de l'autobiographie précédente est venu me trouver, en me déclarant qu'il ne pouvait plus continuer cette existence et qu'il considérait le traitement hypnotique comme son dernier moyen de salut, ne se sentant pas lui-même la force nécessaire pour résister à son penchant funeste à l'onanisme et à la satisfaction sexuelle avec des personnes de son propre sexe. Il se sent comme un paria, un être contre nature, mis hors les lois de la nature et de la société, et se trouvant de plus en danger de tomber entre les mains des juges.

Il éprouve une horreur morale en accomplissant l'acte sexuel avec un individu masculin, et pourtant il se sent comme électrisé à la vue d'un beau troupier.

Depuis des années, il n'a plus la moindre sympathie, pas même morale, pour la femme.

La malade m'a paru, au point de vue physique et psychique, exactement tel qu'il s'est présenté dans son autobiographie.

J'ai pu constater que le crâne est un peu hydrocéphale et en même temps plagiocéphale.

Les essais d'hypnotisation se sont heurtés au commencement à des difficultés.

Ce n'est que par le moyen du Braid et en me servant d'un peu de chloroforme que j'ai pu obtenir, dans la troisième séance, un profond engourdissement.

À partir de ce moment, il suffisait de le faire regarder un objet brillant.

Les suggestions consistaient dans l'interdiction de la masturbation, dans la désuggestion des sentiments homosexuels, dans l'assurance que le malade prendrait goût à la femme et qu'il n'aurait plaisir et puissance que dans les rapports hétérosexuels.

Une seule fois il revint encore à la masturbation. Après la troisième séance, le malade rêva de femmes.