Etude Medico Legale Psychopathia Sexualis Avec Recherches Speci

Chapter 42

Chapter 423,339 wordsPublic domain

L'examen de l'anus indiquait la pratique de la pédérastie passive. (Taylor, _Med. jurisprudence_, 1873. 11, p. 280, 473).

OBSERVATION 127.--Un fonctionnaire d'âge moyen, marié à une brave femme et, depuis plusieurs années, père de famille heureux, présente un phénomène curieux dons le sens de l'inversion sexuelle.

L'histoire scandaleuse suivante fut divulguée un jour par l'indiscrétion d'une prostituée. X... se présentait environ tous les huit jours au lupanar, s'y costumait en femme; à ce déguisement ne manquait jamais une perruque de femme. La toilette terminée, il se couchait sur un lit et se laissait masturber par une prostituée. Il préférait de beaucoup employer, s'il pouvait l'y décider, un individu masculin, l'homme de peine du lupanar. Le père de X... avait une tare héréditaire, fut à plusieurs reprises atteint d'aliénation mentale et _hyperæsthesia_ et _paræsthesia sexualis_.

OBSERVATION 128.--C... R..., servante, vingt-six ans, souffre depuis l'âge de sa formation de _paranoïa originaria_ et d'hystérie; elle eut, à la suite de ses idées fixes, un passé romanesque et s'attira, en 1887, en Suisse, où elle s'était réfugiée par monomanie de la persécution, une instruction judiciaire. À cette occasion on constata qu'elle était atteinte d'inversion sexuelle.

On n'a aucun renseignement sur ses parents ni sur sa parenté R... prétend que, sauf une inflammation des poumons qu'elle a eue à l'âge de seize ans, elle n'a jamais été gravement malade auparavant.

La première menstruation eut lieu sans malaises à l'âge de quinze ans; plus tard les _menses_ furent irrégulières et anormalement fortes. La malade affirme qu'elle n'a jamais eu de penchant pour les personnes de l'autre sexe, et jamais toléré qu'un homme s'approchât d'elle. Elle n'a jamais pu comprendre comment ses amies pouvaient parler de la beauté et de l'amabilité des personnes du sexe masculin. Elle ne peut pas comprendre non plus comment une femme peut se laisser embrasser par un homme. Par contre, elle fut transportée d'enthousiasme quand elle put poser un baiser sur les lèvres d'une amie bien aimée. Elle a pour les filles un amour qu'elle ne peut pas s'expliquer. Elle a aimé et embrassé avec extase quelques-unes de ses amies; elle aurait été capable de leur sacrifier sa vie. Le comble de son plaisir aurait été de vivre avec une pareille amie et de la posséder seule et entièrement.

Elle se sent comme homme vis-à-vis de la fille aimée. Étant encore petite fille, elle n'avait de goût que pour les jeux des garçons; elle aimait surtout entendre les décharges des fusils et la musique militaire; elle en était tout à fait enthousiasmée et aurait aimé partir comme soldat. Son idéal était la chasse et la guerre. Au théâtre elle n'avait d'intérêt que pour les artistes des rôles de femmes. Elle sait très bien que cette tendance est contraire au caractère féminin, mais c'est plus fort qu'elle. Elle avait grand plaisir à aller habillée en homme, de même elle fit de tout temps avec plaisir toutes sortes d'ouvrages d'homme et y montra une adresse particulière, tandis que c'était le contraire en ce qui concerne les ouvrages de femme et surtout les travaux manuels. La malade aime aussi à fumer et à boire des boissons alcooliques. A la suite d'idées fixes de persécution et pour échapper à ses prétendus persécuteurs, la malade s'est, à plusieurs reprises, montrée en vêtements d'homme et a joué des rôles masculins. Elle le faisait avec tant d'adresse--(native sans doute)--qu'elle sut généralement tromper les gens sur son véritable sexe.

Il a été établi documentairement que, déjà en 1884, la malade avait vécu pendant longtemps tantôt habillée en civil, tantôt avec l'uniforme d'un lieutenant, et que, poussée par la monomanie de la persécution, elle s'était, en août 1884, habillée d'un costume semblable à celui des laquais et s'était réfugiée d'Autriche en Suisse. Là elle trouva une place comme domestique dans la famille d'un négociant; elle tomba amoureuse de la demoiselle de la maison, la «belle Anna», qui de son côté, ne se doutant pas du véritable sexe de R..., devint amoureuse du jeune et joli servant.

La malade fait sur cet épisode de sa vie les remarques caractéristiques que voici: «J'étais tout à fait amoureuse d'Anna. Je ne sais pas comment cela m'est venu, et je ne saurais me rendre aucun compte de cette inclination. C'est cet amour fatal qui est cause que j'ai pendant si longtemps continué de jouer le rôle d'un homme. Je n'ai encore jamais éprouvé d'amour pour un homme, et je crois que mon affection se tourne vers le sexe féminin et non pas vers le sexe masculin. Je ne comprend pas cet état.»

R... écrivait de Suisse des lettres à son amie et compatriote Amélie, qui ont été jointes au dossier du tribunal. Ce sont des lettres pleines d'un amour extatique qui dépasse de bien loin la mesure de l'amitié. Elle appelle son amie: «ma fleur de miracle, soleil de mon coeur, langueur de mon âme». Elle est son suprême bonheur sur terre, c'est à elle qu'elle a donné tout son coeur. Dans des lettres adressées aux parents de son amie, elle dit qu'ils veillent bien sur cette «fleur miraculeuse», car si celle-ci mourait, elle ne pourrait plus rester parmi les vivants.

R... fut pendant quelque temps internée à l'asile pour qu'on puisse examiner son état mental. Un jour qu'on autorisa une visite d'Anna près de R..., les accolades et les baisers ardents n'en voulaient plus finir. Anna avoua sans réticence qu'à la maison déjà elles s'étaient embrassées avec la même tendresse.

R... est une femme grande, svelte, et d'une apparence imposante, de conformation tout à fait féminine, mais avec des traits plutôt masculins. Le crâne est régulier, pas de stigmates de dégénérescence anatomique; les parties génitales sont normales et tout à fait vierges. R... fait l'impression d'une personne décente et moralement très pure. Toutes les circonstances indiquent qu'elle n'a aimé que platoniquement; le regard et l'extérieur indiquent une névropathe. Hystérie grave périodique, accès d'une sorte de catalepsie avec état délirant et visions. La malade est facile à mettre en état de somnambulisme par l'influence hypnotique, et, dans cet état, elle est susceptible de recevoir toutes les suggestions. (Observation personnelle, _Friedreichs Blætter_, 1881. Fascicule 1.)

4. ANDROGYNIE ET GYNANDRIE.

Il y a une transition à peine sensible entre la groupe précédent et les cas d'inversion sexuelle où non seulement le caractère et toutes les sensations du sens sexuel anormal coexistent, mais où même par la conformation de son squelette, le type de sa figure, sa voix, etc., en un mot sous le rapport anatomique comme sous le rapport psychique et psycho-sexuel, l'individu se rapproche du sexe dans le rôle duquel il se sent vis-à-vis des autres individus de son propre sexe. Il est évident que cette empreinte anthropologique de l'anomalie cérébrale représente un degré très avancé de dégénérescence. Mais, d'autre part, cette déviation est basée sur des conditions tout autres que les phénomènes tératologiques de l'hermaphrodisme envisagé au sens anatomique. Cela ressort clairement du fait que jusqu'ici on n'a jamais rencontré sur le terrain de l'inversion sexuelle, de tendance aux malformations hermaphroditiques des parties génitales. On a toujours établi que les parties génitales de ces individus étaient, au point de vue sexuel, complètement différenciées, bien que souvent atteintes de stigmates de dégénérescence anatomique (épi- ou hypospadies, etc.), qui entravaient le développement des organes qui étaient du reste bien différenciés au point de vue sexuel.

Mais on ne possède pas encore jusqu'ici un nombre d'observations suffisant de ce groupe intéressant: femmes en vêtements d'hommes avec parties génitales féminines, hommes en vêtements de femmes avec parties génitales masculines. Tout observateur expérimenté se rappelle sans doute avoir rencontré des individus masculins dont la manière d'être féminine (hanches larges, formes rondes avec abondance de graisse, barbe totalement absente ou très faiblement développée; traits de la figure féminins, teint délicat, voix de fausset, etc.) était surprenante, et _vice versa_ des êtres féminins qui, par la charpente des os, le bassin, la démarche, les attitudes, leurs traits grossiers et nettement virils, leur voix grave et rauque, etc., l'ont fait douter de l'«éternel féminin».

Nous avons d'ailleurs, dans les groupes précédents, rencontré des traces isolées d'une pareille transformation anthropologique, entre autres dans l'observation 106 où une dame avait des pieds d'homme, dans l'observation 112 où il y eut développement des mamelles avec du lait à l'âge de la puberté.

Il paraît aussi que chez les individus du quatrième groupe ainsi que chez quelques-uns du troisième qui forment une transition vers le quatrième, la pudeur sexuelle n'existe qu'en face d'une personne du propre sexe et non pas en face du sexe opposé.

OBSERVATION 129. _Androgynie._--M. V... H..., trente ans, célibataire, est né d'une mère névropathe. On prétend que dans la famille du malade il n'y aurait eu ni maladies nerveuses, ni mentales, et que son frère unique est tout à fait normal au point de vue intellectuel et physique. Le malade, dit-on, eut un développement physique tardif et, pour cette raison, on l'a envoyé à plusieurs reprises aux bains de mer et dans les stations climatériques. Dès son enfance, il était de constitution névropathique et, d'après le témoignage d'un parent, il n'était pas comme les autres garçons. De très bonne heure il s'est fait remarquer par son aversion pour les amusements des garçons et par sa prédilection pour les jouets féminins. Il détestait tous les jeux des garçons, les exercices de la gymnastique, tandis que le jeu de poupées et les ouvrages de femme avaient pour lui un charme particulier. Plus tard le malade s'est bien développé au physique, il n'a pas eu de maladies graves; mais, au point de vue intellectuel, son individualité est restée anormale, incapable d'envisager la vie d'une manière sérieuse, et empreinte d'une tendance tout à fait féminine dans ses pensées et ses sentiments.

À l'âge de dix-sept ans, des pollutions se sont produites; devenues de plus en plus fréquentes, elles avaient lieu même dans la journée; elles affaiblirent le malade et causèrent des troubles nerveux nombreux. Des phénomènes de _neurasthenia spinalis_ se sont développés et ont subsisté jusqu'à ces dernières années, mais ils se sont atténués à mesure que les pollutions devenaient plus rares. Il nie avoir pratiqué l'onanisme, mais le contraire paraît très vraisemblable. Depuis l'âge de la puberté, son caractère apathique, mou et rêveur s'est fait de plus en plus jour. Tous les efforts pour amener le malade à une profession pratique proprement dite, restèrent infructueux. Ses facultés intellectuelles, bien que réellement saines, ne pouvaient s'élever à la hauteur nécessaire pour se diriger efficacement avec un caractère indépendant et envisager la vie d'une manière plus élevée. Il est resté sans volonté précise, un grand enfant; rien ne caractérise plus manifestement sa conformation anormale que son incapacité réelle à manier l'argent; de son propre aveu, il n'a pas l'esprit à gérer l'argent d'une façon ordonnée et sensée. Aussitôt qu'il a des fonds, il les dépense en bibelots, objets de toilette et autres futilités.

Le malade paraît aussi peu capable que possible de conquérir une position sociale, pas même d'en comprendre l'importance et la valeur.

Il n'a rien appris à fond; il a occupé son temps à sa toilette, aux passe-temps artistiques, surtout à la peinture pour laquelle il semble avoir quelque talent; mais, là non plus, il ne faisait rien, n'ayant pas la persévérance nécessaire. On ne pouvait pas l'amener à un travail intellectuel sérieux. Il ne comprenait que les apparences des choses; il était toujours distrait, et s'ennuyait toutes les fois qu'il était question d'affaires sérieuses. Des coups de tête insensés, des voyages sans rime ni raison, des gaspillages d'argent, des dettes: voilà ce qui se produisait à chaque instant dans son existence, et il ne saisissait même pas les inconvénients positifs de ce genre de vie. Il était entêté, intraitable; il n'a jamais fait rien qui vaille toutes les fois qu'on a essayé de le faire marcher tout seul et gérer lui-même ses intérêts.

Avec ces phénomènes d'une conformation originairement anormale et psychiquement défectueuse, s'alliaient des symptômes prononcés d'un sentiment sexuel pervers qui, d'ailleurs, sont aussi indiqués par l'_habitus_ somatique du malade. Il se sent sexuellement femme en face de l'homme; il a de l'inclination pour les personnes de son propre sexe en même temps que de l'indifférence, sinon de l'aversion pour les femmes. Il prétend avoir eu, à l'âge de vingt-deux ans, des rapports sexuels avec des femmes, et avoir accompli le coït d'une façon normale; mais il s'est bientôt détourné du sexe féminin, d'une part, parce que ses malaises neurasthéniques s'accentuaient après chaque coït, d'autre part, parce qu'il avait peur d'être infecté et que l'acte ne lui avait jamais procuré de satisfaction. Il ne se rend pas parfaitement compte de son état sexuel anormal; il a conscience d'avoir un penchant pour le sexe masculin, mais il n'admet qu'avec réticence qu'il a pour certains individus masculins un sentiment du délicieuse amitié, sans qu'il s'y joigne un sentiment sensuel. Il n'abhorre pas précisément le sexe féminin, il se déciderait même à épouser une femme qui l'attirerait par des penchants artistiques homogènes aux siens, à la condition qu'on lui fît grâce de ses devoirs conjugaux qui lui seraient désagréables et dont l'accomplissement le rendrait faible et le fatiguerait. Le malade nie avoir jamais eu des rapports sexuels avec des hommes; mais ses dénégations sont démenties par l'embarras et la rougeur qu'il manifeste en parlant de ce sujet, et plus encore par un incident arrivé à N..., où le malade se trouvait il y a quelque temps: au restaurant, il a essayé d'entrer en rapports sexuels avec quelques jeunes gens et a provoqué ainsi un immense scandale.

L'extérieur aussi, l'_habitus_, la conformation du corps, les gestes, les manières, la toilette attirent l'attention et rappellent décidément des formes et des allures féminines. Le malade est d'une taille au-dessus de la moyenne, mais le thorax et le bassin sont de conformation féminine. Le corps est riche en graisse, la peau bien soignée, tendre et douce. Cette impression qu'on est en présence d'une femme habillée en homme est encore renforcée par le fait que la figure ne porte que peu de barbe qui d'ailleurs est rasée, le malade n'ayant laissé qu'une petite moustache, et aussi par sa démarche dandinante, ses manières timides et pleines de minauderies, ses traits féminins, l'expression flottante et névropathique de ses yeux, les traces de rouge et du blanc sur sa figure, la coupe gomineuse de ses vêtements, avec un veston bombé devant comme par des seins, sa cravate à franges et nouée à la façon des dames, et enfin ses cheveux séparés au milieu par une raie, ramenés et collés sur les tempes.

L'examen du corps a permis de constater une conformation d'un caractère féminin incontestable. Les parties génitales externes sont, il est vrai, bien développées, mais le testicule gauche est resté dans le canal inguinal, le _mons Veneris_ est peu poilu, anormalement riche en graisse et proéminent. La voix est d'un timbre élevé et manque absolument de caractère viril.

Les occupations et les pensées de V... H... ont également un caractère féminin très prononcé. Il a son boudoir, sa table de toilette bien assortie devant laquelle il passe des heures entières, s'occupant de toutes sortes d'artifices pour s'embellir; il abhorre la chasse, les exercices d'armes et toutes les occupations masculines; il se désigne lui-même comme un bel esprit, parle de préférence de ses peintures, de ses essais poétiques, s'intéresse aux ouvrages féminins, tels que la broderie qu'il fait aussi; il dit que son bonheur suprême serait de passer sa vie dans un cercle de messieurs et de dames qui auraient des goûts artistiques, une éducation esthétique, d'occuper son temps en conversations, à faire de la musique, à discuter des questions d'esthétique, etc. Sa conversation roule de préférence sur les choses féminines, les modes, les travaux manuels de la femme, l'art de la cuisine, les affaires du ménage.

Le malade est bien portant, mais un peu anémique. Il est de constitution névropathique et présente des symptômes de neurasthénie qui sont entretenus par son genre de vie manqué, par un trop long séjour au lit et à la chambre, par sa mollesse.

Il se plaint de maux de tête périodiques, de congestions céphaliques, de constipation habituelle; il a facilement des soubresauts d'effroi: il se plaint d'être parfois faible et fatigué, d'avoir des douleurs aiguës dans les extrémités, dans la direction des nerfs lombo-abdominaux; il se sent fatigué après ses pollutions et après ses repas; il est sensible à la pression sur le _Proc. spinosi_, sur le thorax, la poitrine, de même qu'à la palpation des nerfs qui y conduisent. Il éprouve d'étranges sympathies ou antipathies pour certains personnages; quand il rencontre des personnes antipathiques, il est en proie à un état singulier d'angoisse et de trouble. Ses pollutions, bien qu'elles soient actuellement devenues rares, sont pathologiques, car elles se produisent même au cours de la journée et sans aucune émotion voluptueuse.

_Conclusions médicales._--1º M. V... H... est d'après tout ce qu'on a observé en lui et rapporté sur sa personne, un être intellectuellement anormal, défectueux, et il faut ajouter qu'il l'est _ab origine_. Son inversion sexuelle présente un phénomène partiel de cette conformation anormale au point de vue physique et intellectuel.

2º Cet état, étant primitif, n'est susceptible d'aucune guérison.

Il y a dans les centres intellectuels les plus élevés une organisation défectueuse, qui le rend incapable de diriger son existence par lui-même et d'acquérir une position sociale par l'exercice d'une profession. Son sentiment sexuel pervers l'empêche de fonctionner sexuellement d'une façon normale; il a, en outre, pour lui, toutes les conséquences sociales d'une pareille anomalie: dangers dans la satisfaction des envies perverses qui résultent de son organisation anormale, ses craintes de conflits avec la loi et la société. Cette préoccupation cependant ne doit pas être très grande, étant donné que l'instinct génital pervers du malade est minime.

3º M. V... H... n'est pas irresponsable dans le sens légal du mot; il n'y a pas lieu de l'interner dans un asile d'aliénés, cela n'est pas nécessaire.

Bien que ce soit un grand enfant, incapable de se diriger lui-même, il peut, sous la surveillance et la direction d'hommes intellectuellement normaux, vivre dans la société. Il est capable aussi jusqu'à un certain degré de respecter les lois et les prescriptions de la société civile et de les prendre comme ligne de direction pour ses actes; mais en vue des aberrations sexuelles et des conflits avec la loi qui en pourraient résulter, il faut appuyer sur le fait que son sentiment sexuel est anormal et basé sur des conditions organiques et morbides, circonstance dont éventuellement on devra lui tenir compte.

4º M. V... H... souffre aussi physiquement. Il présente des symptômes d'une anémie légère et de _neurasthenia spinalis_.

Un régime de vie rationnel, un traitement médical tonique et autant que possible hydrothérapique paraissent nécessaires. Il faut maintenir le soupçon que la masturbation pratiquée de bonne heure a été la cause première de cette maladie, et la possibilité de l'existence d'une spermatorrhée, étiologiquement et thérapeutiquement importante, paraît tout indiquée. (Observation personnelle, _Zeitschrift f. Psychiatrie_.)

OBSERVATION 130.--Mlle X..., trente-huit ans, s'est présentée à l'automne de 1881 à ma consultation pour de violentes douleurs spinales, une insomnie persistante qu'elle a voulu combattre et qui l'a amenée au morphinisme et au chloralisme.

La mère et la soeur avaient une maladie de nerfs; les autres membres de la famille seraient bien portants, à ce qu'elle dit. La malade prétend que sa maladie date de 1872, à la suite d'une chute sur le dos dont elle fut vivement effrayée: mais étant encore jeune fille, elle souffrait déjà de crampes musculaires et de symptômes hystériques. Par suite de sa chute, il s'est développé une névrose neurasthénico-hystérique où prédominaient l'irritation spinale et l'insomnie. Épisodiquement elle eut de la paraplégie hystérique qui dura jusqu'à huit mois, et des accès de délire d'_hysteria hallucinatoria_ avec crampes. Au cours de sa maladie, il se surajouta des symptômes de morphinisme. Un séjour de plusieurs mois à la clinique a fait cesser le morphinisme et a atténué considérablement la névrose neurasthénique; à ce propos, la faradisation générale s'est montrée étonnamment favorable.

Au premier aspect, la malade avait fait une impression étrange par ses vêtements, ses traits et ses manières. Elle portait un chapeau d'homme, des cheveux coupés courts, un pince-nez, une cravate d'homme, une jaquette à coupe masculine et qui couvrait une grande partie de sa robe; elle avait les traits durs, masculins, une voix un peu grave: elle fit plutôt l'impression d'un homme en jupons que d'une dame, en faisant abstraction de la gorge et de la conformation féminine du bassin.