Etude Medico Legale Psychopathia Sexualis Avec Recherches Speci
Chapter 41
Sans réfléchir beaucoup sur ces impressions, qui différaient tant des sentiments de mes camarades, je commençai à me masturber en pensant pendant l'acte à des hommes bâtis comme des héros et bien mis, jusqu'à ce que, à l'âge de dix-sept ans, je fusse éclairé sur mon état par un compagnon de sort. Depuis ce temps j'ai eu huit à dix fois affaire avec des filles; mais pour provoquer l'érection, j'ai toujours dû évoquer l'image d'un bel homme de ma connaissance; je suis convaincu aujourd'hui que, même en ayant recours à mon imagination, je ne serais pas capable d'user d'une fille. Peu de temps après cette découverte, je préférai fréquenter des uranistes vigoureux et âgés, car à cette époque je n'avais ni les moyens ni l'occasion de voir de véritables hommes. Depuis, cependant, mon goût a complètement changé, et ce ne sont que les hommes, les vrais hommes, entre vingt-cinq et trente-cinq ans, aux formes vigoureuses et souples, qui puissent exciter au plus haut degré mes sens, et dont les charmes me ravissent comme si j'étais vraiment femme. Grâce aux circonstances, j'ai pu au cours des années faire environ une douzaine de fois connaissance avec des hommes, qui, pour une gratification de 1 à 2 florins par visite, servaient à mes fins. Quand je me trouve enfermé seul dans ma chambre avec un joli garçon, mon plus grand plaisir, c'est avant tout _membrum ejus vel maxime si magnum atque crassum est, manibus capere et apprehendere et premere, turgentes nates femoraque tangere atque totum corpus manibus contractare et, si conseditur, os faciem atque totum corpus, immovero nates, ardentibus oxculis obtegere. Quodsi membrum magnum purumque est, dominusque ejus mihi placet, ardente libidine mentulam ejus in os meum receptam complures horas sugere possum, neque autem detector, si semen in os meum ejaculalur, cum maxima corum qui «_uraniste_» nominantur pars hac re non modo delectatur, sed etiam semen nonnunquam devorat._
Cependant j'éprouve la volupté la plus intense quand je tombe sur un homme qui est déjà dressé à ces pratiques et qui _membrum meum in os recipit et erectionem in ore suo concedit_.
Quelque invraisemblable que cela paraisse, je trouve toujours, moyennant quelques cadeaux, des garçons chics qui se laissent faire. Ces gaillards apprennent ordinairement ces choses pendant leur service militaire, car les uranistes savent très bien que, chez les militaires, on est bien disposé pour de l'argent; et le drôle, une fois dressé à ce service, est souvent par les circonstances amené à continuer, malgré sa passion pour le sexe féminin.
Les uranistes, sauf quelques exceptions, me laissent froid d'habitude, car tout ce qui est féminin me répugne au plus haut degré. Pourtant il y a parmi eux des individus qui peuvent me charmer aussi bien qu'un véritable homme et avec lesquels j'aime encore mieux avoir des rapports parce qu'ils répondent à mes caresses enflammées avec une égale ardeur. Quand je me trouve en tête-à-tête avec un de ces individus, mes sens excités n'ont plus d'entraves et je laisse se déchaîner complètement mes fureurs bestiales: _osculor, premo, amplector eum, linguam meam in os ejus immitto; ore cupiditate tremente ejus labrum superius sugo, faciem meam ad ejus nates adpono et odore voluptari et natibus emanente voluptate obstupescor_. Les hommes véritables, en uniformes collants, font sur moi la plus grande impression. Quand j'ai l'occasion d'enlacer de mes bras un superbe gaillard et de l'embrasser, cela me donne une éjaculation immédiate, fait que j'attribue surtout à une masturbation fréquente. Car je me masturbais souvent dans les premières années, presque toutes les fois que j'avais vu un solide gaillard qui me plaisait; son image m'était alors présente pendant que je faisais l'acte d'onanisme. Mon goût, en ces choses, n'est pas trop difficile; il est comme celui d'une bonne qui voit son idéal dans un solide sous-officier de dragons. Une belle figure est, il est vrai, un accessoire agréable, mais pas du tout indispensable à l'excitation de mon envie sensuelle; la principale condition est et reste: _vir inferiore corporis parte robusta et bene formosa, turgidis femoribus durisque natibus_, tandis que le torse peut être svelte. Un ventre fort me dégoûte, une bouche sensuelle avec de belles dents m'excite et me stimule vivement. Si cet individu a, en outre, un _membrum pulchrum magnum et æqualiter formatum_, toutes mes exigences, même les plus exagérées, sont parfaitement satisfaites. Autrefois l'éjaculation se produisait cinq à huit fois dans une nuit, quand je me trouvais avec des hommes qui me plaisaient et qui m'excitaient passionnément; maintenant encore j'éjacule quatre à six fois, étant excessivement lubrique et sensuel, au point que même le cliquetis du sabre d'un joli hussard peut me causer de l'émotion. Avec cela j'ai une imagination très vive et je pense pendant presque toutes mes heures de loisir à de jolis hommes aux membres vigoureux, et je serais ravi si un gaillard solide et resplendissant de force, _magna mentula præditus me præsente puellam futuat; mihi persuasum est, fore ut hoc aspectu sensus mei vehementissima perturbatione afficiantur et dum futuit corpus adolescentis pulchri tangam et si liceat ascendam in eum dum cum puella concumbit atque idem cum eo faciam et membrum meum in ejus anum imittum._ Seuls mes moyens financiers restreints m'empêchent de mettre à exécution ces projets cyniques dont mon esprit est très souvent rempli; autrement il y a longtemps que je les aurais réalisés.
Le militaire exerce sur moi le plus grand charme, mais j'ai encore, en outre, un faible pour les bouchers, les cochers de fiacre, les camionneurs, les cavaliers du cirque, à la condition qu'ils aient un corps bien fait et souple. Les uranistes me sont odieux pour les rapports intimes, et j'ai contre la plupart d'entre eux une aversion tout à fait injustifiée que je ne saurais m'expliquer. Aussi, sauf une seule exception, n'ai-je jamais eu une relation d'amitié intime avec aucun uraniste. Par contre, les rapports les plus cordiaux, consolidés par les années, me rattachent à quelques hommes normaux, dans la société desquels je me trouve très bien, mais avec lesquels je n'ai jamais ou de rapports sexuels et qui ne se doutent pas du tout de mon état.
Les conversations sur les questions politiques ou économiques, ainsi que toute discussion sur un sujet sérieux, me sont odieuses; par contre, je cause avec beaucoup de plaisir et avec un assez bon jugement des choses de théâtre. Dans les opéras, je me figure être sur la scène, je ma crois entouré des applaudissements du public qui me célèbre, et je voudrais, de préférence, représenter des héroïnes passives ou chanter des rôles dramatiques de femmes.
Les sujets de conversation les plus intéressants pour moi et mes semblables, ce sont toujours nos hommes; ce thème est inépuisable pour nous autres; les charmes les plus secrets de l'amant sont alors minutieusement expliqués, _mentulæ æstimantur, quanta sint magnitudine, quanta crassitudine; de forma carum atque rigiditate conferimus, alter ab altero cognoscit cujus semen celerius, cujus tardius ejaculatur_. Je mentionne encore qu'un de mes quatre frères s'est laissé entraîner à des actes uranistes, sans être uraniste lui-même; tous les quatre sont des adorateurs passionnés du sexe féminin et font sans cesse des excès sexuels. Les parties génitales des hommes, dans notre famille, sont, sans exception, très fortement développées.
Enfin, je répète les paroles par lesquelles j'ai commencé ces lignes. Je ne pouvais pas choisir mes expressions, car il s'agissait pour moi de fournir un sujet pour l'étude de l'existence uraniste; pour cela, il importait, avant tout, de ne donner que la vérité absolue. Veuillez donc excuser, pour cette raison, le cynisme de ces lignes.
Au mois d'octobre 1890, l'auteur des lignes qui précèdent se présenta chez moi. Son extérieur répondait, en général, à la description qu'il m'en avait faite. Les parties génitales étaient volumineuses, très poilues. Les parents auraient été sains au point de vue nerveux; un frère s'est brûlé la cervelle par suite d'une maladie nerveuse; trois autres sont nerveux à un degré très prononcé. Le malade est venu chez moi en proie au plus grand désespoir. Il ne peut plus supporter la vie qu'il mène, car il en est réduit aux rapports avec des individus vénals, et il ne peut pratiquer l'abstinence, étant donnée sa prédisposition excessive à la sensualité; il ne peut pas comprendre non plus comment on pourrait le transformer en un individu aimant les femmes et le rendre capable des plus nobles jouissances de la vie, car, dès l'âge de treize ans, il avait des penchants pour l'homme.
Il se sent tout à fait femme et aspire à faire la conquête d'hommes qui ne soient pas uranistes. Quand il est avec un uraniste, c'est comme si deux femmes se trouvaient ensemble. Il préférerait plutôt être sans sexe que de continuer à mener une existence comme la sienne. La castration ne serait-elle pas une délivrance pour lui?
Un essai d'hypnose n'amena chez ce malade excessivement émotionnel qu'un engourdissement très léger.
OBSERVATION 124.--B..., garçon de café, quarante-deux ans, célibataire, m'a été envoyé comme inverti par son médecin, dont il était amoureux. B... donna de bonne volonté et avec décence des renseignements sur sa _vita ante acta_ et surtout _sexualis_, très heureux de trouver enfin une explication sérieuse de son état sexuel qui, de tout temps, lui a paru morbide.
B... ne sait rien de ses grands-parents. Son père était un homme emporté, coléreux et très excité, _potator_, ayant eu, de tout temps, de grands besoins sexuels. Après avoir fait vingt-quatre enfants à la même femme, il divorça d'avec elle et mit trois fois en état de grossesse sa femme de ménage. La mère aurait été bien portante.
De ces vingt-quatre enfants, six seulement sont encore en vie: plusieurs d'entre eux ont des maladies de nerfs, mais sans anomalie sexuelle, sauf une soeur qui, de tout temps, a eu la manie de poursuivre les hommes.
B... prétend avoir été maladif dans sa première enfance. Dès l'âge de huit ans, sa vie sexuelle s'éveilla. Il se masturba et eut l'idée _penem aliorum puerorum in os arrigere_, ce qui lui fit grand plaisir. À l'âge de douze ans, il commença à devenir amoureux des hommes, dans la plupart des cas de ceux qui avaient trente ans et portaient des moustaches. Déjà, à cette époque, ses besoins sexuels étaient très développés; il avait des érections et des pollutions. À partir de ce moment, il s'est masturbé presque tous les jours, en évoquant pendant l'acte l'image d'un homme aimé. Son suprême plaisir était cependant _penem viri in os arrigere_. Il en avait une éjaculation avec la plus vive volupté. Environ douze fois seulement, il a pu, jusqu'ici, goûter ce plaisir. Quand il se trouvait en présence d'hommes sympathiques, il n'a jamais eu de dégoût pour le pénis d'autrui, au contraire. Il n'a jamais accepté les propositions de pédérastie qui, soit active, soit passive, lui répugne au plus haut degré. En accomplissant ces actes pervers, il s'est toujours figuré être dans le rôle d'une femme. Sa passion pour les hommes qui lui étaient sympathiques était sans bornes. Il aurait été capable de tout pour un amant. Il tressaillait d'émotion et de volupté rien qu'en l'apercevant.
À l'âge de dix-neuf ans, il s'est laissé souvent entraîner par des camarades à aller au lupanar. Il n'a jamais trouvé de plaisir au coït. Pour avoir de l'érection en présence de la femme, il a toujours dû s'imaginer qu'il avait affaire à un homme aimé. Ce qu'il aurait préféré à tout, c'est que la femme lui permît l'_immissio penis in os_, ce qui lui a toujours été refusé. Faute de mieux, il pratiquait le coït; il est même devenu deux fois père. Son dernier enfant, une fille de huit ans, commence déjà à se livrer à la masturbation et à l'onanisme mutuel, ce dont il est profondément affligé. N'y aurait-il pas quelque remède à cela?
Le malade affirme qu'avec les hommes il s'est toujours senti dans le rôle de la femme, même dans les rapports sexuels. Il a toujours pensé que sa perversion sexuelle avait pour cause originaire le fait que son père, en le procréant, avait voulu faire une fille. Ses frères et ses soeurs l'avaient toujours raillé à cause de ses manières féminines. Balayer la chambre, laver la vaisselle étaient pour lui des occupations agréables. On a souvent admiré ses aptitudes pour ce genre du travaux, et on a trouvé qu'il y était plus adroit que bien des filles. Quand il pouvait le faire, il se déguisait en fille. Pendant le carnaval, il allait dans les bals déguisé en femme. Dans ces occasions, il réussissait parfaitement à imiter les minauderies et les coquetteries des femmes, parce qu'il a un naturel féminin.
Il n'a jamais eu beaucoup de goût à fumer ou à boire, aux occupations et aux plaisirs masculins; mais il a fait avec passion de la couture, et, étant garçon, il a été souvent grondé parce qu'il jouait sans cesse aux poupées. Au théâtre et au cirque, son intérêt ne se concentrait que sur les hommes. Souvent il ne pouvait pas résister à l'envie de rôder autour des pissotières, pour voir des parties génitales masculines.
Il n'a jamais trouvé plaisir aux charmes féminins. Il n'a réussi le coït qu'en évoquant l'image d'un homme aimé. Ses pollutions nocturnes étaient toujours occasionnées par des rêves lascifs concernant des hommes.
Malgré de nombreux excès sexuels, B... n'a jamais souffert de neurasthénie, et il n'en présente aucun des symptômes.
Le malade est délicat, a une barbe et une moustache peu fournies; ce n'est qu'à l'âge de vingt-cinq ans que sa figure est devenue barbue. Son extérieur, sauf sa démarche dandinante et légère, ne présente rien qui puisse indiquer un naturel féminin. Il affirme qu'on a déjà souvent ridiculisé sa démarche féminine. Les parties génitales sont fortes, bien développées, tout à fait normales, couvertes de poils touffus; le bassin est masculin. Le crâne est rachitique, un peu hydrocéphale, avec des os pariétaux convexes. La face surprend par son exiguïté. Le malade prétend qu'il est facile à irriter et enclin aux emportements et à la colère.
OBSERVATION 125.--Le 1er mai 1880, les autorités policières amenèrent à la Clinique psychiatrique de Gratz un homme de lettres, le docteur en philosophie G...
G..., venant d'Italie et passant, dans son voyage, par Gratz, avait trouvé un soldat qui, moyennant argent, s'était livré à lui, mais qui finalement l'avait dénoncé à la police. Comme celui-ci défendait avec le plus grand sans-gêne son amour pour les hommes, la police trouva son état mental douteux et le fit placer en observation près d'aliénistes. G... raconta aux médecins, avec une franchise cynique, qu'il y a plusieurs années déjà il avait eu, à M..., une affaire analogue à démêler avec la police et qu'il avait été, alors, quinze jours en prison. Dans les pays du Sud, il n'y a aucune loi contre les gens comme lui; en Allemagne et en France seulement, on a trouvé l'affaire mauvaise.
G... a cinquante ans; il est grand, vigoureux, avec un regard libidineux, des manières coquettes et cyniques. L'oeil a une expression névropathique et vague; les dents de la mâchoire inférieure sont bien plus en arrière que celles de la mâchoire supérieure. Le crâne est normal, la voix virile, la barbe bien fournie. Les parties génitales sont bien conformées; cependant les testicules sont un peu petits. Physiquement, G... ne présente rien à noter, sauf un léger emphysème du poumon et une fistule externe à l'anus. Le père de G... était atteint de folie périodique; la mère était une personne «excentrique»; une tante était atteinte d'aliénation mentale. De neuf enfants issus du père et de la mère de G..., quatre sont morts à un âge tendre.
G... prétend avoir été bien portant, sauf qu'il a eu des scrofulides. Il a obtenu le grade de docteur en philosophie. À l'âge de vingt-cinq ans il a eu des hémoptysies, il alla en Italie où, sauf quelques interruptions, il gagnait sa vie avec sa plume et en donnant des leçons. G... dit qu'il a souvent souffert de congestions et aussi quelque peu «d'irritation spinale», c'est-à-dire que le dos lui faisait mal. Du reste, il est toujours de bonne humeur, seulement son porte-monnaie n'est jamais bien garni, et il a toujours bon appétit, comme toutes les «vieilles hétaïres». Il raconte ensuite avec beaucoup de plaisir et de cynisme qu'il est atteint d'inversion sexuelle congénitale. Déjà, à l'âge de cinq ans, son plus grand plaisir était _videre mentulam_, et il rôdait autour des pissotières pour avoir ce bonheur. Avant l'âge de puberté, il avait pratiqué l'onanisme. À sa puberté il s'aperçut qu'il avait un sentiment très tendre pour ses amis. Une impulsion obscure lui montrait le chemin que son amour prendrait. Il avait pour ainsi dire l'obsession d'embrasser d'autres jeunes gens, et parfois de caresser le pénis du l'un ou de l'autre. Ce n'est qu'à l'âge de vingt-six ans qu'il commença à entrer en rapports sexuels avec des hommes; il se sentait alors toujours dans le rôle de la femme. Étant encore petit garçon, son plus grand plaisir était de s'habiller en femme. Il a été souvent battu par son père, quand, pour obéir à son impulsion, il mettait les vêtements de sa soeur. Quand il voyait un ballet, c'étaient toujours les danseurs et jamais les ballerines qui l'intéressaient. Aussi loin que sa mémoire remonte, il a toujours eu l'_horror feminæ_. Quand il allait dans un lupanar, ce n'était que pour voir des jeunes gens, «puisque, dit-il, je suis un concurrent des putains.» Quand il voit un jeune homme, il le regarde tout d'abord dans les yeux; si ceux-ci lui plaisent, il regarde la bouche pour voir si elle est faite pour les baisers, et ensuite vient le tour des parties génitales pour voir si elles sont bien développées. G... parle avec une grande suffisance de ses ouvrages poétiques, et il fait valoir que les gens de son acabit sont tous des hommes doués de beaucoup de talent. Il cite à l'appui de sa thèses comme exemples: Voltaire, Frédéric le Grand, Eugène de Savoie, Platon, qui, selon lui, étaient tous des «uranistes». Son plus grand plaisir est d'avoir un jeune homme qui lui soit sympathique et qui lui fasse la lecture de ses vers (les vers de G... ). L'été dernier, il a eu un amant de ce genre. Lorsqu'il dut se séparer de lui, il s'abandonna au désespoir; il ne mangeait plus, ne dormait plus et ne put que peu à peu se ressaisir. L'amour des uranistes est profond et extatique. A Naples, raconte-il, il y a un quartier où les _effeminelli_ vivent en ménage avec leurs amants, de même qu'à Paris les grisettes. Ils se sacrifient pour leur amant, entretiennent son ménage, tout comme les grisettes. Par contre, il y a répulsion entre uraniste et uraniste, tout comme «entre deux putains; c'est une question de boutique».
G... éprouve une fois par semaine le besoin d'avoir des rapports sexuels avec un homme. Il se sent heureux de son étrange sentiment sexuel qu'il considère comme anormal, mais non comme morbide ni comme illégitime. Il est d'avis qu'il ne reste à lui et à ses compagnons qu'un parti à prendre, c'est d'élever au niveau du surnaturel le phénomène contre-nature qui est en eux. Il voit dans l'amour uraniste comme un amour plus élevé, idéalisé, divinisé et abstrait. Quand nous lui objectons qu'un pareil amour est contraire aux buts de la nature et à la conservation de la race, il répond d'un air pessimiste que le monde doit mourir et la terre continuer à tourner autour de son axe sans les hommes qui n'existent que pour leur propre supplice. Afin de donner une raison et une explication de son sentiment sexuel anormal, G... prend Platon comme point de départ, Platon, dit-il, «qui certes n'était pas un cochon». Déjà Platon a formulé la thèse allégorique que les hommes étaient autrefois des boules. Les dieux les avaient coupées en deux disques. Dans la plupart des cas l'homme se compasse sur la femme, mais quelquefois aussi l'homme sur l'homme. Alors le pouvoir de l'instinct de l'union est aussi puissant, et tous deux se raffraîchissent par devant. G... raconte ensuite que ses rêves, quand ils étaient érotiques, n'ont jamais eu pour sujet des femmes, mais toujours des hommes. L'amour pour l'homme est le seul genre qui puisse le satisfaire. Il trouve abominable de fouiller avec son pénis dans le ventre d'une femme. Comme il l'a entendu dire, c'est de cette manière dégoûtante qu'on pratique le coït. Il n'a jamais eu envie de voir les parties génitales d'une femme; cela lui répugne. Il ne considère pas comme un vice son genre de satisfaction sexuelle; c'est une loi de la nature qui l'y force. Il s'agit pour lui de l'instinct de conservation. L'onanisme n'est qu'un expédient misérable, et nuisible encore, tandis que l'amour uraniste relève le moral et retrempe les forces physiques.
Avec une indignation morale qui a l'air bien comique à côté de son cynisme ordinaire, il proteste contre la confusion des uranistes avec les pédérastes. Il abhorre le _podex_, un organe de sécrétion. Les rapports des uranistes ont toujours lieu par devant et consistent dans un système d'onanisme combiné.
Telles sont les descriptions de G... dont l'individualité intellectuelle est aussi, en tout cas, primitivement anormale. La preuve en est dans son cynisme, dans sa frivolité incroyable, dans l'application de ses maximes au domaine religieux, terrain sur lequel nous ne pourrions le suivre, sans transgresser les limites tracées même pour une observation scientifique; dans son raisonnement philosophique entortillé sur les causes de son sentiment sexuel pervers; dans sa manière retorse d'envisager le monde; dans sa défectuosité éthique dans tous les sens; dans sa vie de vagabond; dans ses manières bizarres et dans son extérieur. G... fait l'effet d'un homme originairement fou. (Observation personnelle. _Zeitschrift für Psychiatrie_).
OBSERVATION 126.--Taylor avait à examiner une nommée Elise Edwards, âgée de vingt-quatre ans. L'examen a amené la constatation qu'elle était du sexe masculin. E... avait depuis l'âge de quatorze ans porté des vêtements féminins, elle a aussi débuté sur la scène comme actrice; elle portait les cheveux longs et, à la mode des femmes, une raie au milieu. La conformation de la figure avait quelque chose de féminin; pour le reste le corps était tout à fait masculin. Elle avait soigneusement arraché les poils de sa barbe. Les parties génitales viriles, vigoureuses et bien développées, étaient fixées par un bandage vers le haut sur le ventre.