Essais poétiques

Part 4

Chapter 4560 wordsPublic domain

Une fois à l’espoir mon cœur osa prétendre; D’un bien commun à tous je rêvai la douceur; Mais celui que j’aimai ne voulut pas m’entendre; Et, si par fois mes maux troublaient son ame tendre, L’ingrat! il m’appelait sa sœur!

Une autre aussi l’aima; je l’entendis près d’elle, Même en voyant mes pleurs, bénir son heureux sort; Et celui dont la joie allait causer ma mort, Hélas! en me quittant ne fut point infidèle.

Je ne puis l’accuser; dans son aveuglement, S’il a de ma douleur méconnu le langage, C’est qu’il croyait les cœurs promis à l’esclavage Indignes de souffrir d’un si noble tourment!

Malgré le trait mortel dont mon ame est atteinte, Auprès de ma rivale on me laissait sans crainte. Elle avait vu mes pleurs et les avait compris; Mais, ô sort déplorable! ô comble de mépris! Charles, je t’adorais... et ton heureuse épouse Connaissait mon amour et n’était point jalouse!

Que de fois j’enviai la beauté de ses traits! En l’admirant mes yeux se remplissaient de larmes; Et triste, humiliée, alors je comparais Le deuil de mon visage à l’éclat de ses charmes!

Pourquoi m’avoir ravie à nos sables brûlants? Pourquoi les insensés, dans leur pitié cruelle, Ont-ils jusqu’en ces lieux conduit mes pas tremblants? Là-bas, sous mes palmiers, j’aurais paru si belle!

Je n’aurais pas connu de ce monde abhorré Le dédain protecteur et l’ironie amère; Un enfant, sans effroi, m’appellerait sa mère, Et sur ma tombe, au moins, quelqu’un aurait pleuré!

Mais, que dis-je?... O mon Dieu? le désespoir m’égare: Devrais-je, quand aux cieux la palme se prépare, Lorsque tu me promets un bonheur immortel, Regretter la patrie où tu n’as point d’autel?

Ah! du moins qu’en mourant tout mon cœur t’appartienne! La plainte, les regrets ne me sont plus permis: Dans les champs paternels, à d’autres dieux soumis, Je n’eusse été qu’heureuse!.... ici je meurs chrétienne!

_Paris, 7 mai 1824._

TABLE.

A ma mère. _Pag._ 5 Chant Ossianique sur la mort de Napoléon. 11 Note du Chant Ossianique. 19 La noce d’Elvire. 21 Le dévouement des médecins français et des sœurs de Sainte-Camille, dans la peste de Barcelone. 27 Le bonheur d’être belle. 47 Le Loup et le Louveteau, fable. 53 Les adieux. 61 Magdeleine, Chant I. 67 Magdeleine, Chant VI. 79 La Tour du prodige. 95 Ourika. 117

— Note de transcription détaillée —

L’orthographe de l’époque a été conservée. Toutefois, certaines corrections ont été apportées:

p. 13, «:» remplacé par un point après «l’épopée et des poëmes didactiques»; p. 66, «rébelle» corrigé en «rebelle» («à ses vœux moins rebelle»); p. 66, «grands» corrigé en «grand» («le plus grand des guerriers»); p. 66, «dissippe» corrigé en «dissipe» («sa voix dissipe»); p. 72, «orgueuil» corrigé en «orgueil» («Ils seront passagers les jours de son orgueil!»); p. 72, «exale» corrigé en «exhale» («Autour de Magdeleine exhale ses vapeurs.»); p. 91, ajout de guillemets manquants devant «Quand tu viendras pleurer ...» et «Les échos du Carmel ...»; p. 93, «révéle» corrigé en «révèle» («L’avenir se révèle»); p. 99, «estait» corrigé en «estoit» («O ciel! s’il estoit là!»); p. 103, «Où suis-je» corrigé en «Où suis-je?»»; p. 106, «chevrefeuille» corrigé en «chèvrefeuille» («La vigne au chèvrefeuille»); p. 114, «la» corrigé en «l’a» («la mort l’a détrompée»).

À la page 85, «vielle nourice» est correct.

Les attributions dans la première gravure n’ont pas pu être complètement déchiffrées. Les deux sections manquantes ont été remplacées par [***].

End of Project Gutenberg's Essais poétiques, by Delphine de Girardin