Essais de Montaigne (self-édition) - Volume III

Part 38

Chapter 382,996 wordsPublic domain

Il se reiettera souuent aux excez mesme, s'il m'en croit: autrement, la moindre desbauche le ruyne. Il se rend incommode et desaggreable en conuersation. La plus contraire qualité à vn honneste homme, c'est la delicatesse et obligation à certaine façon particuliere. Et elle est particuliere, si elle n'est ployable, et soupple. Il y a de la honte, de laisser à faire par impuissance, ou de n'oser, ce qu'on voit faire à ses compaignons. Que telles gens gardent leur cuisine. Par tout ailleurs, il est indecent: mais à vn homme de guerre, il est vitieux et insupportable. Lequel, comme disoit Philopœmen, se doit accoustumer à toute diuersité, et inegalité de vie. Quoy que i'aye esté dressé autant qu'on a peu, à la liberté et à l'indifference, si est-ce que par nonchalance, m'estant en vieillissant, plus arresté sur certaines formes (mon aage est hors d'institution, et n'a desormais dequoy regarder ailleurs qu'à se maintenir) la coustume a desia sans y penser, imprimé si bien en moy son charactere, en certaines choses, que i'appelle excez de m'en despartir. Et sans m'essayer, ne puis, ny dormir sur iour, ny faire collation entre les repas, ny desieuner, ny m'aller coucher sans grand interualle, comme de trois heures, apres le soupper, ny faire des enfans, qu'auant le sommeil: ny les faire debout: ny porter ma sueur: ny m'abreuuer d'eau pure ou de vin pur: ny me tenir nud teste long temps: ny me faire tondre apres disner. Et me passerois autant mal-aisément de mes gans, que de ma chemise: et de me lauer à l'issuë de table, et à mon leuer: et de ciel et rideaux à mon lict, comme de choses bien necessaires. Ie disnerois sans nape: mais à l'Alemande sans seruiette blanche, tres-incommodéement. Ie les souïlle plus qu'eux et les Italiens ne font: et m'ayde peu de cullier, et de fourchete. Ie plains qu'on n'aye suyuy vn train, que i'ay veu commencer à l'exemple des Roys: Qu'on nous changeast de seruiette, selon les seruices, comme d'assiette. Nous tenons de ce laborieux soldat Marius, que vieillissant, il deuint delicat en son boire: et ne le prenoit qu'en vne sienne couppe particuliere. Moy ie me laisse aller de mesme à certaine forme de verres, et ne boy pas volontiers en verre commun. Non plus que d'vne main commune. Tout metail m'y desplaist au prix d'vne matiere claire et transparante. Que mes yeux y tastent aussi selon leur capacité. Ie dois plusieurs telles mollesses à l'vsage. Nature m'a aussi d'autre part apporté les siennes: comme de ne soustenir plus deux plains repas en vn iour, sans surcharger mon estomach: ny l'abstinence pure de l'vn des repas: sans me remplir de vents, assecher ma bouche, estonner mon appetit. De m'offenser d'vn long serein. Car depuis quelques années, aux couruées de la guerre, quand toute la nuict y court, comme il aduient communément, apres cinq ou six heures, l'estomach me commence à troubler, auec vehemente douleur de teste: et n'arriue point au iour, sans vomir. Comme les autres s'en vont desieuner, ie m'en vay dormir: et au partir de là, aussi gay qu'au parauant. I'auois tousiours appris, que le serein ne s'espandoit qu'à la naissance de la nuict: mais hantant ces années passées familierement, et long temps, vn seigneur imbu de cette creance, que le serein est plus aspre et dangereux sur l'inclination du soleil, vne heure ou deux auant son coucher: lequel il euite songneusement, et mesprise celuy de la nuict: il a cuidé m'imprimer, non tant son discours, que son sentiment. Quoy, que le doubte mesme, et l'inquisition frappe nostre imagination, et nous change? Ceux qui cedent tout à coup à ces pentes, attirent l'entiere ruine sur eux. Et plains plusieurs Gentils-hommes, qui par la sottise de leurs medecins, se sont mis en chartre tous ieunes et entiers. Encores vaudroit-il mieux souffrir vn reume, que de perdre pour iamais, par desaccoustumance, le commerce de la vie commune, en action de si grand vsage. Fascheuse science: qui nous descrie les plus douces heures du iour. Estendons nostre possession iusques aux derniers moyens. Le plus souuent on s'y durcit, en s'opiniastrant, et corrige lon sa complexion: comme fit Cæsar le haut mal, à force de le mespriser et corrompre. On se doit adonner aux meilleures regles, mais non pas s'y asseruir: si ce n'est à celles, s'il y en a quelqu'vne, ausquelles l'obligation et seruitude soit vtile. Et les Roys et les philosophes fientent, et les dames aussi. Les vies publiques se doiuent à la ceremonie: la mienne obscure et priuée, iouït de toute dispence naturelle. Soldat et Gascon, sont qualitez aussi, vn peu subiettes à l'indiscretion. Parquoy, ie diray cecy de cette action: qu'il est besoing de la renuoyer à certaines heures, prescriptes et nocturnes, et s'y forcer par coustume, et assubiectir, comme i'ay faict. Mais non s'assuiectir, comme i'ay faict en vieillissant, au soing de particuliere commodité de lieu, et de siege, pour ce seruice: et le rendre empeschant par longueur et mollesse. Toutesfois aux plus sales offices, est-il pas aucunement excusable, de requerir plus de soing et de netteté? _Naturâ homo mundum et elegans animal est._ De toutes les actions naturelles, c'est celle, que ie souffre plus mal volontiers m'estre interrompue. I'ay veu beaucoup de gens de guerre, incommodez du desreiglement de leur ventre. Tandis que le mien et moy, ne nous faillions iamais au poinct de nostre assignation: qui est au sault du lict, si quelque violente occupation, ou maladie ne nous trouble. Ie ne iuge donc point, comme ie disois, où les malades se puissent mettre mieux en seurté, qu'en se tenant coy, dans le train de vie, où ils se sont esleuez et nourris. Le changement, quel qu'il soit, estonne et blesse. Allez croire que les chastaignes nuisent à vn Perigourdin, ou à vn Lucquois: et le laict et le fromage aux gens de la montaigne. On leur va ordonnant, vne non seulement nouuelle, mais contraire forme de vie. Mutation qu'vn sain ne pourroit souffrir. Ordonnez de l'eau à vn Breton de soixante dix ans: enfermez dans vne estuue vn homme de marine: deffendez le promener à vn laquay Basque: ils les priuent de mouuement et en fin d'air et de lumiere.

_An viuere tanti est? Cogimur à suetis animum suspendere rebus, Atque, vt viuamus, viuere desinimus: Hos superesse reor, quibus et spirabilis aer, Et lux, qua regimur, redditur ipsa grauis._

S'ils ne font autre bien, ils font aumoins cecy, qu'ils preparent de bonne heure les patiens à la mort, leur sapant peu à peu et retranchant l'vsage de la vie. Et sain et malade, ie me suis volontiers laissé aller aux appetits qui me pressoient. Ie donne grande authorité à mes desirs et propensions. Ie n'ayme point à guarir le mal par le mal. Ie hay les remedes qui importunent plus que la maladie. D'estre subiect à la colique, et subiect à m'abstenir du plaisir de manger des huitres, ce sont deux maux pour vn. Le mal nous pinse d'vn costé, la regle de l'autre. Puis-qu'on est au hazard de se mesconter, hasardons nous plustost à la suitte du plaisir. Le monde faict au rebours, et ne pense rien vtile, qui ne soit penible. La facilité luy est suspecte. Mon appetit en plusieurs choses, s'est assez heureusement accommodé par soy-mesme, et rangé à la santé de mon estomach. L'acrimonie et la pointe des sauces m'agréerent estant ieune: mon estomach s'en ennuyant depuis, le goust l'a incontinent suyuy. Le vin nuit aux malades: c'est la premiere chose, dequoy ma bouche se desgouste, et d'vn degoust inuincible. Quoy que ie reçoiue desagreablement, me nuyt; et rien ne me nuyt, que ie face auec faim, et allegresse. Ie n'ay iamais receu nuysance d'action, qui m'eust esté bien plaisante. Et si ay fait ceder à mon plaisir, bien largement, toute conclusion medicinalle. Et me suis ieune,

_Quem circumcursans huc atque huc sæpe Cupido Fulgebat crocina splendidus in tunica,_

presté autant licentieusement et inconsidérement qu'autre, au desir qui me tenoit saisi:

_Et militaui non sine gloria._

Plus toutesfois en continuation et en durée, qu'en saillie.

_Sex me vix memini sustinuisse vices._

Il y a du malheur certes, et du miracle, à confesser, en quelle foiblesse d'ans, ie me rencontray premierement en sa subiection. Ce fut bien rencontre: car ce fut long temps auant l'aage de choix et de cognoissance. Il ne me souuient point de moy de si loing. Et peut on marier ma fortune à celle de Quartilla, qui n'auoit point memoire de son fillage.

_Inde tragus celerésque pili, mirandáque matri Barba meæ._

Les medecins ployent ordinairement auec vtilité, leurs regles, à la violence des enuies aspres, qui suruiennent aux malades. Ce grand desir ne se peut imaginer, si estranger et vicieux, que Nature ne s'y applique. Et puis, combien est-ce de contenter la fantasie? A mon opinion cette piece là importe de tout: au moins, au delà de toute autre. Les plus griefs et ordinaires maux, sont ceux que la fantasie nous charge. Ce mot Espagnol me plaist à plusieurs visages: _Defienda me Dios de my._ Ie plains estant malade, dequoy ie n'ay quelque desir qui me donne ce contentement de l'assouuir: à peine m'en destourneroit la medecine. Autant en fay-ie sain. Ie ne voy guere plus qu'esperer et vouloir. C'est pitié d'estre alanguy et affoibly, iusques au souhaiter. L'art de medecine, n'est pas si resolue, que nous soyons sans authorité, quoy que nous facions. Elle change selon les climats, et selon les Lunes: selon Fernel et selon l'Escale. Si vostre medecin ne trouue bon, que vous dormez, que vous vsez de vin, ou de telle viande: ne vous chaille: ie vous en trouueray vn autre qui ne sera pas de son aduis. La diuersité des arguments et opinions medicinales, embrasse toute sorte de formes. Ie vis vn miserable malade, creuer et se pasmer d'alteration, pour se guarir: et estre moqué depuis par vn autre medecin: condamnant ce conseil comme nuisible. Auoit-il pas bien employé sa peine? Il est mort freschement de la pierre, vn homme de ce mestier, qui s'estoit seruy d'extreme abstinence à combattre son mal: ses compagnons disent, qu'au rebours, ce ieusne l'auoit asseché, et luy auoit cuit le sable dans les rongnons. I'ay apperceu qu'aux blesseures, et aux maladies, le parler m'esmeut et me nuit, autant que desordre que ie face. La voix me couste, et me lasse: car ie l'ay haute et efforcée. Si que, quand ie suis venu à entretenir l'oreille des grands, d'affaires de poix, ie les ay mis souuent en soing de moderer ma voix. Ce compte merite de me diuertir. Quelqu'vn, en certaine eschole Grecque, parloit haut comme moy: le maistre des ceremonies luy manda qu'il parlast plus bas: Qu'il m'enuoye, fit-il, le ton auquel il veut que ie parle. L'autre luy repliqua, qu'il prinst son ton des oreilles de celuy à qui il parloit. C'estoit bien dit, pourueu qu'il s'entende: Parlez selon ce que vous auez affaire à vostre auditeur. Car si c'est à dire, suffise vous qu'il vous oye: ou, reglez vous par luy: ie ne trouue pas que ce fust raison. Le ton et mouuement de la voix, a quelque expression, et signification de mon sens: c'est à moy à le conduire, pour me representer. Il y a voix pour instruire, voix pour flater, ou pour tancer. Ie veux que ma voix non seulement arriue à luy, mais à l'auanture qu'elle le frappe, et qu'elle le perse. Quand ie mastine mon laquay, d'vn ton aigre et poignant: il seroit bon qu'il vinst à me dire: Mon maistre parlez plus doux, ie vous oy bien. _Est quædam vox ad auditum accommodata, non magnitudine, sed proprietate._ La parole est moitié à celuy qui parle, moitié à celuy qui l'escoute. Cestuy-cy se doibt preparer à la receuoir, selon le branle qu'elle prend. Comme entre ceux qui ioüent à la paume, celuy qui soustient, se desmarche et s'appreste, selon qu'il voit remuer celuy qui luy iette le coup, et selon la forme du coup.

L'experience m'a encores appris cecy, que nous nous perdons d'impatience. Les maux ont leur vie, et leurs bornes, leurs maladies et leur santé. La constitution des maladies, est formée au patron de la constitution des animaux. Elles ont leur fortune limitée dès leur naissance: et leurs iours. Qui essaye de les abbreger imperieusement, par force, au trauers de leur course, il les allonge et multiplie: et les harselle, au lieu de les appaiser. Ie suis de l'aduis de Crantor, qu'il ne faut ny obstinéement s'opposer aux maux, et à l'estourdi: ny leur succomber de mollesse: mais qu'il leur faut ceder naturellement, selon leur condition et la nostre. On doit donner passage aux maladies: et ie trouue qu'elles arrestent moins chez moy, qui les laisse faire. Et en ay perdu de celles qu'on estime plus opiniastres et tenaces, de leur propre decadence: sans ayde et sans art, et contre ses regles. Laissons faire vn peu à Nature: elle entend mieux ses affaires que nous. Mais vn tel en mourut. Si ferez vous: sinon de ce mal là, d'vn autre. Et combien n'ont pas laissé d'en mourir, ayants trois medecins à leur cul? L'exemple est vn miroüer vague, vniuersel et à tout sens. Si c'est vne medecine voluptueuse, acceptez la; c'est tousiours autant de bien present. Ie ne m'arresteray ny au nom ny à la couleur, si elle est delicieuse et appetissante. Le plaisir est des principales especes du profit. I'ay laissé enuieillir et mourir en moy, de mort naturelle, des rheumes; defluxions goutteuses; relaxation; battement de cœur; micraines; et autres accidens, que i'ay perdu, quand ie m'estois à demy formé à les nourrir. On les coniure mieux par courtoisie, que par brauerie. Il faut souffrir doucement les loix de nostre condition. Nous sommes pour vieillir, pour affoiblir, pour estre malades, en despit de toute medecine. C'est la premiere leçon, que les Mexicains font à leurs enfans; quand au partir du ventre des meres, ils les vont saluant, ainsin: Enfant, tu és venu au monde pour endurer: endure, souffre, et tais toy. C'est iniustice de se douloir qu'il soit aduenu à quelqu'vn, ce qui peut aduenir à chacun. _Indignare si quid in te iniquè propriè constitutum est._ Voyez vn vieillart, qui demande à Dieu qu'il luy maintienne sa santé entiere et vigoureuse; c'est à dire qu'il le remette en ieunesse.

_Stulte, quid hæc frustra votis puerilibus optas?_

N'est-ce pas folie? Sa condition ne le porte pas. La goutte, la grauelle, l'indigestion, sont symptomes des longues années; comme des longs voyages, la chaleur, les pluyes, et les vents. Platon ne croit pas, qu'Æsculape se mist en peine, de prouuoir par regimes, à faire durer la vie, en vn corps gasté et imbecille: inutile à son pays, inutile à sa vacation: et à produire des enfants sains et robustes: et ne trouue pas ce soing conuenable à la iustice et prudence diuine, qui doit conduire toutes choses à l'vtilité. Mon bon homme, c'est faict: on ne vous sçauroit redresser: on vous plastrera pour le plus, et estançonnera vn peu, et allongera-lon de quelque heure vostre misere.

_Non secus instantem cupiens fulcire ruinam, Diuersis contrà nititur obijcibus, Donec certa dies, omni compage soluta, Ipsum cum rebus subruat auxilium._

Il faut apprendre à souffrir, ce qu'on ne peut euiter. Nostre vie est composée, comme l'harmonie du monde, de choses contraires, aussi de diuers tons, doux et aspres, aigus et plats, mols et graues. Le musicien qui n'en aymeroit que les vns, que voudroit il dire? Il faut qu'il s'en sçache seruir en commun, et les mesler. Et nous aussi, les biens et les maux, qui sont consubstantiels à nostre vie. Nostre estre ne peut sans ce meslange; et y est l'vne bande non moins necessaire que l'autre. D'essayer à regimber contre la necessité naturelle, c'est representer la folie de Ctesiphon, qui entreprenoit de faire à coups de pied auec sa mule. Ie consulte peu, des alterations, que ie sens. Car ces gens icy sont auantageux, quand ils vous tiennent à leur misericorde. Ils vous gourmandent les oreilles, de leurs prognostiques, et me surprenant autre fois affoibly du mal, m'ont iniurieusement traicté de leurs dogmes, et troigne magistrale: me menassant tantost de grandes douleurs, tantost de mort prochaine. Ie n'en estois abbatu, ny deslogé de ma place, mais i'en estois heurté et poussé. Si mon iugement n'en est ny changé, ny troublé: au moins il en estoit empesché. C'est tousiours agitation et combat. Or ie traicte mon imagination le plus doucement que ie puis; et la deschargerois si ie pouuois, de toute peine et contestation. Il la faut secourir, et flatter, et pipper qui peut. Mon esprit est propre à cet office. Il n'a point faute d'apparences par tout. S'il persuadoit, comme il presche, il me secourroit heureusement. Vous en plaist-il vn exemple? Il dict, que c'est pour mon mieux, que i'ay la grauele. Que les bastimens de mon aage, ont naturellement à souffrir quelque gouttiere. Il est temps qu'ils commencent à se lascher et desmentir. C'est vne commune necessité. Et n'eust on pas faict pour moy, vn nouueau miracle. Ie paye par là, le loyer deu à la vieillesse; et ne sçaurois en auoir meilleur comte. Que la compagnie me doit consoler; estant tombé en l'accident le plus ordinaire des hommes de mon temps. I'en vois par tout d'affligez de mesme nature de mal. Et m'en est la societé honorable, d'autant qu'il se prend plus volontiers aux grands: son essence a de la noblesse et de la dignité. Que des hommes qui en sont frappez, il en est peu de quittes à meilleure raison: et si, il leur couste la peine d'vn facheux regime, et la prise ennuieuse, et quotidienne, des drogues medecinales. Là où, ie le doy purement à ma bonne fortune. Car quelques bouillons communs de l'eringium, et herbe du Turc, que deux ou trois fois i'ay aualé, en faueur des dames, qui plus gracieusement que mon mal n'est aigre, m'en offroyent la moitié du leur, m'ont semblé egalement faciles à prendre, et inutiles en operation. Ils ont à payer mille vœux à Æsculape, et autant d'escus à leur medecin, de la profluuion de sable aisée et abondante, que ie reçoy souuent par le benefice de Nature. La decence mesme de ma contenance en compagnie, n'en est pas troublée: et porte mon eau dix heures, et aussi long temps qu'vn sain. La crainte de ce mal, dit-il, t'effrayoit autresfois, quand il t'estoit incogneu. Les cris et le desespoir, de ceux qui l'aigrissent par leur impatience, t'en engendroient l'horreur. C'est vn mal, qui te bat les membres, par lesquels tu as le plus failly. Tu és homme de conscience:

_Quæ venit indignè pæna, dolenda venit._